Dans un communiqué publié le 22 février, le MRAP indique avoir « avec consternation et révolte, pris connaissance du dictionnaire des synonymes mis en ligne sur le site de l'Institut des sciences cognitives (CNRS, Université Claude-Bernard Lyon I) », dont il exige le retrait et contre lequel il a porté plainte auprès du parquet de Lyon.
A la requête « nord-africain », le dictionnaire sélectionne, comme « composantes connexes », les mots « bicot, bougnoul, raton ». Il donne au mot « juif » les synonymes « hébraïque, hébreu, israëlite, judaïque, judéen, usurier » et au mot « chrétien » ceux de « bon, catholique, fidèle, généreux ». Selon le MRAP, ce dictionnaire « banalise des stéréotypes racistes et antisémites ». Le mouvement organise un colloque « Internet et droits de l'homme » le 31 mars (2001) au Sénat au cours duquel il compte aborder la question des dérives négationistes sur ce nouveau média.
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Une banalisation de l'antisémitisme ?
Le MRAP, issu du Mouvement national contre le racisme (MNCR), créé dans la Résistance, a été fondé par plus de cinquante organisations juives, dont certaines ont participé à la création de l'Etat d'Israël. En quelques rares occasions, au cours de son histoire, le MRAP a eu à subir des menaces ou des attaques contre ses locaux,: ainsi en fut-il à l'époque " héroïque " où son siège se trouvait encore rue du Faubourg-Saint-Denis; et aussi lors du tir contre la vitre du 89, rue Oberkampf. Les auteurs de telles attaques appartenaient alors à des forces de haine qui s'en prenaient à la lutte du MRAP contre tous les racismes. Les subir fut une épreuve, mais aussi un motif d'engagement redoublé contre la haine. Une manifestation pour la paix au Moyen-Orient et pour les droits des peuples palestinien et israélien a eu lieu le 7 octobre 2000, initiée par un collectif de soixante organisations, comprenant notamment la Ligue des droits de l'homme, les Verts, le Parti communiste, dans laquelle - à l'insu de ses organisateurs - des slogans antisémites ont été proférées. La nuit suivante, le MRAP a vu ses vitres éclater et, plus tard, ce message signé d'une étoile de David : " MRAP = Nazi ", souillant les murs de son siège national.
Malgré une condamnation sans réserve et des poursuites engagées contre leurs auteurs, certains compagnons de route de l'antiracisme n'hésitèrent pas à reprendre sciemment, sur certains médias, tels que Radio-Shalom ou Radio-J, l'insinuation selon laquelle le MRAP aurait été le commanditaire de ces injures. Ces agressions, qui ne se sont pas taries depuis neuf mois, doivent malheureusement être reliées aux injures quotidiennes, charriées sur le forum Internet du MRAP, ou encore reçues par courrier ou par téléphone. Et sans doute n'est-il pas inutile de signaler que d'autres injures racistes du même ordre, tout aussi graves, ont été adressées à des organisations dont le MRAP partage bien des combats contre toutes les formes d'exclusions, en particulier la Confédération paysanne, Droit au logement, le Mouvement de l'immigration et des banlieues, Droit devant!!, le Collectif judéo-arabe et le Syndicat de la magistrature.
Injures et attaques physiques s'inscrivent dans la continuité d'une campagne diffamatoire dans laquelle certains n'hésitent pas à affirmer que le MRAP est une " organisation antisémite ". Dans le même temps, aucune des réunions publiques en faveur d'une paix juste et durable au Proche-Orient n'a été épargnée par ceux toujours prêts à déformer notre expression, quand elles ne furent pas purement et simplement interdites, comme à Garges-lès-Gonesse. Ces allégations blessantes constituent également un réel danger de banalisation de l'antisémitisme. En effet, accuser le MRAP d'antisémitisme, c'est vouloir faire un trait sur sa raison d'être, sur ses cinquante années d'un combat acharné " contre le racisme sous toutes ses formes ", au premier rang desquels la lutte contre le négationnisme, forme accomplie de l'antisémitisme. C'est aussi oublier que le MRAP est à l'origine de l'adoption de la loi française contre le racisme de 1972, et de ses améliorations ultérieures, comme la loi Gayssot de 1990, qui vise entre autres à lutter contre les délits de négationnisme. Banaliser le terme " antisémite ", l'utiliser sans discernement, c'est concourir dangereusement à lui faire perdre de sa force infamante; c'est atténuer cette tragédie de l'histoire qu'est la Shoah; c'est également servir l'action des négationnistes.
Accuser d'antisémitisme une organisation qui, avec d'autres, a permis de contenir, par une action tenace, l'antisémitisme de l'extrême droite en France, n'est-ce pas fragiliser son propre camp ? Cette attitude est contre-productive; elle obstrue tout dialogue en faveur d'une compréhension mutuelle. Ce qui se joue derrière ces injures répétées, c'est le refus de comprendre et d'admettre la double motivation de l'action du MRAP comme les deux faces d'une même pièce : la lutte contre le racisme sous toutes ses formes et pour l'amitié entre les peuples. Ce qui signifie l'instauration de la paix, subordonnée au respect indéfectible de droits réciproques, comme le droit des peuples palestinien et israélien à disposer d'une terre, d'un Etat, et à vivre en toute sécurité. C'est du reste la position défendue par de prestigieux responsables de l'armée israélienne ou de l'Autorité palestinienne qui, prenant le parti de la paix, déclarent qu'il est " nécessaire de combler peu à peu le fossé qui sépare les parties et de reconstruire la confiance ", ou que " la seule issue est une paix négociée ". Que dit d'autre le MRAP ? Mais sa double et intangible exigence dérange : pour certains, le MRAP, n'étant pas " pro-israélien ", serait donc antisémite ; pour d'autres, le MRAP, en défendant le droit de vivre en sécurité, serait " pro-israélien " et donc contre la Palestine. Le combat que mène le MRAP pour la paix lui vaut dès lors les foudres des extrémistes de tous bords, dont l'objectif est de rendre précisément la paix impossible. Leurs armes : la violence, la haine et le racisme. La convergence des attaques de ceux qui nous accusent d'antisémitisme et de ceux qui nous taxent de " marionnette juive " n'est-elle pas le signe que les extrêmes se rejoignent ?
En la circonstance, il y a urgence, ici, en France, à appréhender l'avenir d'une question aussi inextricablement complexe avec discernement et nuances et à avancer non pas les yeux bandés, mais le regard fixé sur les seules valeurs communes qui puissent fonder la paix : l'universalité et l'indivisibilité des droits de l'homme. Il est indispensable de s'éloigner des chemins de l'enfermement communautaire, groupes hermétiques incompatibles avec les valeurs de notre République, d'accepter le pluralisme, y compris sur le terrain des droits de l'homme, et de respecter des différences d'analyse et d'approche qui font la richesse et la force de notre combat. Il est de notre devoir de promouvoir un dialogue authentique en faveur de la paix, de se mobiliser sur les conditions de sa réalisation, de dénoncer sans retenue tous les oppresseurs quels qu'ils soient, d'isoler les fanatiques de tous bords et de rejeter la violence d'où qu'elle vienne. C'est à ce prix-là que nous pourrons continuer à servir demain la lutte contre le racisme sous toutes ses formes et pour l'amitié entre les peuples.
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Yahoo : la justice enfonce le clou
Yahoo, et par là-même celui qui fut son PDG jusqu'en mai 2001, est accusé d'avoir fourni des moyens techniques au internautes à travers sa plate-forme de petites annonces. En novembre 2000, une décision du juge Gomez a demandé à Yahoo de mettre en place un filtre pour empêcher les internautes français de se connecter. Mais les objets incriminés sont restés accessibles.
La décision rendue hier est dans le droit fil des précédents jugements. Pour les magistrats Français, Yahoo a beau être une société américaine, elle a des comptes à rendre à la justice française puisque son service est consultable depuis la France.
En novembre dernier, un juge américain n'a pas vu les choses de la même manière et a donné raison à Yahoo, estimant que la France n'avait pas à s'exprimer au delà de ses frontières. "Le Premier Amendement est plus important que le principe de courtoisie", avait dit le tribunal américain.
Aujourd'hui, la justice française lui répond en prétendant dire le droit sans frontières. Les exceptions d'incompétence territoriale et de prescription ont été rejetées.
Selon l'avocat de l'Amicale des déportés d'Auschwitz, à l'origine de cette action, "voilà une décision ouvre la voie à des poursuites futures contre les hébergeurs de tout poil".
Une fois encore, c'est la dimension mondiale d'Internet qui pose problème.
03 janvier 2001 : L'Union des Etudiants Juifs de France se félicite de la décision de Yahoo d'interdire les enchères nazies
09 juillet 2001 : Le Mrap antisémite ?
23 février 2001 : Le MRAP exige le retrait d'un dictionnaire raciste sur le site de Lyon-I.
lemonde.fr, 23 février 2001
Par Mouloud Aounit et Pierre Mairat (*)
09 Juillet 2001 - L'HUMANITE, TRIBUNE LIBRE
(*) Respectivement, secrétaire général et président délégué du MRAP.
Décidément, la justice française ne lâche pas prise ! Le tribunal correctionnel de Paris vient de se déclarer compétent pour juger l'Américain Tim Koogle, ex-PDG de la société Yahoo, pour vente aux enchères d'objets nazis sur Internet. Prochaine étape : le 7 mai (2002) au tribunal, à moins qu'une décision en appel vienne en décider autrement.
L'avocat de Yahoo interroge : "doit-on voiler toutes les femmes sur Internet sous prétexte que l'on peut se connecter en Afghanistan ?"
France-info, Chronique du 27 Février 2002, Jérôme Colombain