14 novembre 2001 : George W. Bush avait bien remporté le scrutin de l'Etat de Floride
15 décembre 2000 : George W. Bush entrera à la Maison Blanche le 20 janvier 2001

Al Gore s'est finalement plié à la décision de la Cour suprême des Etats-Unis et a reconnu sa défaite. Les grands électeurs se réuniront le 18 décembre (2000) pour désigner le nouveau président, qui a promis de réconcilier les Américains.

Le passage de l'ère Clinton-Gore à celle de George W. Bush, le premier président du 3e millénaire, s'est effectué en un peu plus d'une heure, mercredi 13 décembre, au lendemain de la décision de la Cour suprême donnant la victoire au gouverneur du Texas, une des plus controversées de l'histoire. Mais, cette fois, le ton était différent : d'un bureau de la Maison Blanche, Al Gore a reconnu de bonne grâce la victoire de son rival à 21 heures, et ce dernier en a peu après remercié le vaincu. Le président élu – c'est désormais son titre jusqu'à son intronisation le 20 janvier – s'est pour la première fois adressé à la nation de la tribune de la Chambre du Texas, à majorité démocrate. Dick Cheney, le futur vice-président, devait recevoir jeudi les clés des bureaux officiels mis à la disposition de l'équipe de transition.

« W » avait du mal à dissimuler sa jubilation après cinq semaines d'émotions intenses et un succès à l'arraché obtenu devant les tribunaux plus que dans les urnes, avec 338 000 voix de moins qu'Al Gore. Une telle défaite victorieuse, obtenue par le truchement des grands électeurs dans ce système à deux tours, ne s'était pas vue depuis celle de Benjamin Harrison en 1888. Ayant senti le vent du boulet, ayant sans doute même cru un bref moment, à la fin de la semaine dernière, qu'il pouvait perdre, M. Bush se devait de s'élever au-dessus de l'esprit partisan qui a caractérisé sa campagne bien plus que des appels à l'unité contredits dans les faits. C'est à quoi il s'est appliqué en lisant son discours.

Dans la meilleure tradition de l'unanimisme cher aux Américains, il a retourné à Al Gore l'hommage que celui-ci venait de lui rendre, confirmant que les deux hommes allaient se rencontrer mardi prochain à Washington. « Nous avons eu de vifs désaccords. Et, à la fin, nous avons trouvé un consensus constructif. C'est une expérience que je porterai toujours avec moi, un exemple que je suivrai toujours », a-t-il déclaré. Optimiste sur un « changement de ton à Washington DC », la capitale fédérale jusque-là vouée aux gémonies, sur le « désir de réconciliation et d'unité de l'Amérique », le 43e président a développé un programme qu'il voit comme « l'essence du conservatisme compassionnel qui sera le fondement de [son] administration ». Et il a tendu la main vers un électorat noir qui l'a rejeté encore plus massivement qu'aucun candidat républicain et qui a l'impression de s'être fait voler son vote par les manœuvres du camp républicain.

SIX OBJECTIFS
Mais un discours de futur président n'est plus un discours de candidat, et « W » a remanié son programme pour tenir compte des nouvelles circonstances et dévoilé six objectifs pour « unir et inspirer les citoyens américains » : remise en ordre de l'enseignement public, réforme du système des retraites et de la protection sociale, réduction des impôts d'une manière « étendue, juste et fiscalement responsable », politique étrangère bipartisane et prise en compte de « certains des problèmes les plus profonds de notre société, individu par individu », par le biais d'organismes privés plus que par l'aide publique. Enfin, après avoir demandé à ses compatriotes de prier pour l'Amérique, pour lui et pour Al Gore, il a conclu : « Je n'ai pas été élu pour servir un parti, mais la nation (…). Que vous ayez voté pour moi ou non, je ferai de mon mieux pour servir vos intérêts et je travaillerai à mériter votre respect. »
On a coutume de dire que le discours d'un candidat battu est le plus important – et le plus difficile – de sa carrière. Al Gore, qui se souvient encore avec émotion de celui prononcé par son père après sa défaite au Sénat en 1970, n'a pas failli à la tradition, parlant avec une émotion et quelques touches d'humour que l'Amérique ne lui connaissait pas. Il a fait tout ce que cet exercice exigeait de lui : reconnaître sa défaite et appeler ses amis à s'unir derrière le vainqueur et à oublier leur rancœur. Au point que l'on aurait pu avoir l'impression que s'il avait parlé de la sorte dans la campagne l'issue aurait été inversée. Al Gore ne s'est pas comporté comme les républicains n'avaient cessé de le caricaturer : après avoir tout fait pour que tous les votes de Floride soient comptés, il a rendu les armes avec dignité. Mais il n'a pas abandonné les principes pour lesquels il s'était battu.
« Se battre », ce verbe a marqué son discours comme il avait été le leitmotiv de sa campagne. « Je n'ai qu'un seul regret, a-t-il dit, celui de n'avoir pas l'occasion de continuer à me battre pour le peuple américain pendant les quatre prochaines années, en particulier pour ceux qui ont besoin qu'on les décharge de leur fardeau ou qu'on enlève les barrières, ou pour ceux qui sentent que leur voix n'a pas été entendue. Je vous ai entendu et je n'oublierai pas. » Bref, il entend poursuivre le combat, sans doute pour obtenir l'investiture de son parti en 2004 contre ce même George W. Bush qu'il félicite aujourd'hui. Et, s'il a accepté la sentence de la Cour suprême qui a anéanti ses derniers espoirs, il a exprimé son « profond désaccord » sur une décision qu'il juge injuste.

Enfin, se moquer de soi-même dans de telles circonstances n'est pas chose aisée. Al Gore s'y est essayé non sans courage, en disant qu'il avait promis au téléphone à George W. Bush de ne pas revenir sur son retrait de la course comme il l'avait fait au petit matin du 8 novembre lorsqu'il avait appris que le score de Floride était si serré qu'un recompte était nécessaire. Et il a conclu en s'appliquant à lui-même les mots qu'il avait eus envers George Bush père après la victoire démocrate de 1992 : « Et maintenant, mes amis, dans une phrase que j'avais adressée jadis à d'autres, il est temps pour moi de m'en aller. » On peut comprendre qu'un tel discours ait été couvert d'éloges non seulement par les démocrates mais aussi par des républicains.
Patrice de Beer, Le Monde, 15 décembre 2000.

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Source A.P., Le Monde, 14 novembre 2001, p. 10
New York. Un nouveau décompte de 175 000 bulletins de vote contestés en Floride, qui n'avaient pu être vérifiés dans les délais, a confirmé que George Bush avait bien gagné cet Etat par 537 votes de plus que son rival Al Gore, pour une participation de 6 millions d'électeurs.
Ce nouveau décompte avait été organisé à l'initiative d'un pool d'agences de presse et de journaux américains.
"Nous sommes un pays de droit et l'élection présidentielle de 2000 est terminée", a déclaré Al Gore après cet ultime décompte, reconnaissant définitivement sa défaite et ajoutant qu'il soutenait sans réserve son ancien adversaire, George Bush, dans son combat contre le terrorisme.

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