Abdul Rahman

(28/30 mars 2006) (Passible de la peine de mort) Le chrétien afghan a été libéré de prison (troubles mentaux), et "se réfugie" en l'Italie ; malgré l'opposition du Parlement "élu démocratiquement" ; les talibans appelent au "djihad"

L 'Afghan emprisonné et menacé de la peine de mort "a été libéré de prison hier", a annoncé , mardi 28 mars, le ministre de la justice afghan, Sarwar Danish.
Le ministre a invoqué "plusieurs raisons" pour expliquer cette libération. "Le dossier comportait des failles techniques qui ont conduit le tribunal à interrompre le procès. D'autre part, sa fille et ses cousins ont déclaré qu'Abdul Rahman avait des problèmes mentaux", a-t-il expliqué.

Peu avant, le procureur général adjoint de Kaboul avait annoncé qu'Abdul Rahman était "libre de quitter la prison". "Nous avons envoyé une lettre en ce sens au ministère de la justice", avait déclaré Mohammed Ishaq Aliko.

Abdul Rahman s'était converti au christianisme il y a seize ans alors qu'il travaillait pour une ONG chrétienne au Pakistan. Il a ensuite passé neuf ans en Allemagne, avant de revenir en Afghanistan en 2005.

UN ACTE PASSIBLE DE LA PEINE DE MORT SELON LA CHARIA

Il a été arrêté il y a un mois, dénoncé selon la justice afghane par des proches pour avoir abjuré l'islam, un acte passible de la peine de mort selon la loi islamique (charia) en vigueur en Afghanistan.

Son cas a provoqué une vague de protestation en Occident, notamment aux Etats-Unis, principal soutien financier et militaire de l'Afghanistan, qui ont sommé le président Hamid Karzaï de respecter la liberté de culte également inscrite dans la Constitution afghane.

Face à ces pressions, plusieurs responsables gouvernementaux afghans avaient dit ces derniers jours qu'il allait être "bientôt libéré". Dimanche, la Cour suprême afghane avait décidé d'interrompre son procès et de renvoyer son dossier au procureur général en raison de doutes sur ses "capacités mentales". La mission de l'ONU à Kaboul avait annoncé lundi qu'Abdul Rahman avait demandé l'asile à l'étranger et avait espéré qu'un des pays intéressés allait l'accueillir pour "apporter une solution pacifique à son cas".
Avec AFP, LEMONDE.FR | 28.03.06 | 08h49

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jeudi 30 mars 2006, 14h07 L'Afghan chrétien a obtenu le statut de réfugié en Italie

ROME (AFP) - L'Italie a accordé jeudi le statut de réfugié à Abdul Rahman, l'Afghan chrétien arrivé à Rome mercredi après avoir risqué la peine de mort dans son pays pour avoir abjuré l'islam, a annoncé le ministère italien de l'Intérieur.
"Abdul Rahman a présenté une demande d'asile en règle à l'Etat italien" et "la commission territoriale compétente l'a accueillie, lui reconnaissant le statut de réfugié (...) en raison d'une persécution religieuse", indique un communiqué du ministère.

Le ministère de l'Intérieur n'a pas donné d'indication sur le lieu où se trouvait Abdul Rahman. Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi s'était déjà refusé à toute précision "pour des raisons de sécurité" mercredi en annonçant que l'homme était arrivé en Italie mercredi soir.

Abdul Rahman, 41 ans, a quitté l'Afghanistan pour l'Italie mercredi dans le plus grand secret, deux jours après sa libération à Kaboul, motivée selon le ministère de la justice afghan pour des raisons de procédure et des doutes sur ses "capacités mentales".

Converti depuis 16 ans au christianisme, Abdul Rahman a passé neuf ans en Allemagne avant de revenir en Afghanistan en 2002. Il avait été arrêté pour avoir abjuré l'islam après avoir été dénoncé par sa famille.

L'abjuration est interdite par la loi islamique (charia) en vigueur en Afghanistan, qui prévoit la peine de mort pour les contrevenants.

Mais les risques encourus par Abdul Rahman ont choqué plusieurs pays occidentaux et ont soulevé une vague de protestations. Acteur de la chute des talibans à la fin 2001 et principal soutien financier et militaire du président afghan Hamid Karzai, Washington a sommé ce dernier de respecter la liberté de culte, inscrite tout comme la charia dans la Constitution afghane, et de libérer l'accusé.

L'Italie a été l'un des tout premiers pays à protester officiellement la semaine dernière contre l'éventualité d'une peine capitale pour Abdul Rahman et le chef de la diplomatie Gianfranco Fini avait proposé mardi de l'accueillir en Italie.
Yahoo.fr, actualités, jeudi 30 mars 2006, 14h07

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29/03/2006 12:29 KABOUL, 29 mars 2006 (AFP) - Le parlement afghan s'oppose au départ de l'Afghan chrétien à l'étranger

L'asemblée nationale afghane a protesté mercredi contre la libération de l'Afghan chrétien emprisonné et menacé de mort pour avoir abjuré l'islam, et estimé qu'il ne devait pas quitter le pays malgré des offres d'asile à l'étranger.

L'Allemagne et l'Italie se sont déclarées disposées à offrir l'asile à Abdul Rahman, 41 ans, libéré lundi après avoir été emprisonné pour avoir abjuré l'islam, un acte passible de la peine de mort selon la loi islamique (charia) en vigueur en Afghanistan.

Réunis pendant deux heures mercredi au parlement, les membres de la Wolesi Jirga ont publié un communiqué jugeant la libération "contraire aux lois en vigueur en Afghanistan".

Ils ont également demandé aux autorités afghanes "d'interdire et d'empêcher la fuite d'Abdul Rahman" à l'étranger, notamment en Occident. Des pays occidentaux financent une bonne partie du budget afghan et ont largement fait pression ces derniers jours sur Kaboul pour que M. Rahman soit libéré au nom du respect de la liberté de culte.

Les parlementaires ont également demandé que la Cour suprême afghane, qui a officiellement libéré Abdul Rahman en raison de "failles techniques" dans le dossier et de "doutes sur son état mental", justifie sa décision, ajoute le communiqué lu à la presse par le président de l'assemblée, Yunus Qanooni.

Le communiqué des parlementaires afghans ne dit pas si Abdul Rahman devrait ou non être condamné à mort, ou comment ils espèrent empêcher son éventuel départ vers l'étranger.

Le parlement afghan, le premier depuis 30 ans, a été élu en septembre dernier et intronisé en décembre. Si ses pouvoirs, et notamment ceux de la Wolesi Jirga, sont importants, il n'a depuis pris aucune décision d'ampleur, ayant juste adopté ces dernières semaines son règlement intérieur.
Yahoo.fr, actualités, lacroix.com 29/03/2006 12:29

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30/03/2006 12:54 KANDAHAR (Afghanistan), 30 mars 2006 (AFP) - Afghan chrétien: les talibans appellent les musulmans à punir "l'offense"

Les rebelles talibans ont dénoncé jeudi la libération d'un Afghan chrétien et appelé à la "guerre sainte" contre les "ennemis de l'islam", en estimant que cette affaire révélait à quel point le gouvernement et la justice afghane étaient à la solde de l'Occident.

Emprisonné il y a un mois pour avoir abjuré l'islam, un acte passible de la peine de mort selon la loi islamique en vigueur en Afghanistan, Abdul Rahman, 41 ans, a été libéré lundi sous la pression des pays occidentaux, attachés la liberté de culte, puis accueilli mercredi en Italie.

"La libération de l'apostat Abdul Rahman montre à quel point la justice afghane a les mains liées et que ses décisions sont prises par des étrangers", indique un communiqué lu à l'AFP par un porte-parole des talibans, Mohammed Hanif, par téléphone et depuis un lieu inconnu.

"Il n'y a plus ni juge, ni mollah à Kaboul. Ce ne sont plus que des vendus qui trompent la population au nom de la justice islamique. Ils auraient dû démissionner", a ajouté le porte-parole des talibans, chassés du pouvoir par la coalition militaire sous commandement américain à la fin 2001.

Pour les talibans, qui lorsqu'ils étaient au pouvoir prônaient une stricte application de la loi islamique (charia), cette affaire "a été montée de toute pièce" par l'Occident "pour montrer aux musulmans récalcitrants qu'ils ne sont plus en danger et que personne dans le monde islamique ne peut les punir".

"La nation afghane ne sera pas dupe de ces stratagèmes qui finiront par être déjoués", ajoute le communiqué, qui considère la libération d'Abdul Rahman comme "un crime de l'administration fantoche" de Kaboul.

"Nous demandons à nos frères musulmans de punir cette offense et de mener la guerre sainte contre l'administration Karzai", conclut-il.
Yahoo.fr, actualités, lacroix.com, 30/03/2006

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