Mai 2014. Le milliardaire est élu Président, et l'idiot utile est maire de Kiev, victoires Otaniennes ? Ou Poutiniennes ? Ou BHLiennes ?
Avril 2014. L'idiot utile Vitali Klitschko ne se présente pas à la Présidentielle Ukrainienne, qui devrait élire le milliardaire Porochenko, ami de BHL, un grand démocrate ? L'Europe donne 5 millions.
Mars 2014. La Russie de retour en Crimée ?, donnée à l'Ukraine en 1954 par le russe Khrouchtchev ; le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen, de l’Otan qui voulait l'Ukraine (pour la Crimée ?), proteste fermement.
Février 2014. Insurrection ukrainienne occidentale : Victoire de BHL et des oligarques usaphiles ; Ioula Timochenko libérée, notamment ... qui se présente à la présidentielle du 25 mai après la destitution parlementaire du Président Viktor Ianoukovitch, renvoyé devant la Cour Pénale Internationale (vae victis ?) ; résistances russes en Crimée.

Décembre 2013. L'Allemagne obtient la libération du très riche oligarque Khodorkovski, l'ancien prédateur du gaz russe, qui renonce à demander réparation pour la spoliation des biens qu'il a lui-même spolier au peuple russe.
Mars 2013. Le dit "méchant oligarque juif" décéde à Londres "mystérieusement".

Avril 2012. Pélerinage en Israël.

Octobre 2011. Ioula condamnée à 7 ans de prison pour abus de pouvoir.
Août 2011. La riche oligarque russo-arménienne Ioula Timochenko en prison est soutenue par Nicolas Sarkozy et ses amis intellectuels "parisiens" (défense d'une "intelligence" ?)

Décembre 2010. Blanchiment et vol de centaines de millions de tonnes de pétrole : l'oligarque Mikhaïl Khodorkovski coupable ; protestation de l'Occident (défense d'un agent ?)
Novembre 2010. L'oligarque Viktor Bout, le "marchand de mort", livré aux américains

Octobre 2008. L'oligarque de Peter Mandelson ... ? ; et de George Osborne.
Juillet/Août 2008. 496 millions d'euros pour la villa Leopolda ... ; Roll-back de la Russie : l'Ukraine veut vendre ses radars antimissiles aux américains ... ; la Premier ministre Ioulia Timochenko accusée de "haute trahison" par le chef de l'Etat atlantiste Viktor Iouchtchenko.
Mai 2008. Abramovitch vache à lait.
Avril 2008. Ukraine : la riche oligarque Ioula Timochenko, Premier ministre, veut la peau du très riche oligarque Leonid Tchernovetski, maire de Kiev.
Février 2008. Mort "suspect" d'un oligarque.
Janvier 2008. L'oligarque de Poutine, le richissime Deripaska finance le Bolchoï, notamment.

Décembre 2007. Russie. Des élections législatives irrégulières selon des observateurs occidentaux : les félicitations du Président Sarkozy ; Ukraine : le retour d'Ioula Timochenko, la riche oligarque usaphile.
Novembre 2007. Poutine dénonce les ingérences étrangères.
Octobre 2007. Russie. Ingérence. Rice apporte le soutien des Usa aux oligarques russes.
Octobre 2007. Ukraine. Les oligarques restent aux affaires.
Septembre 2007. France. Entreprise. Un oligarque chez Hédiard.
Juillet 2007. Contre les oligarques et leurs alliés étrangers Vladimir Poutine poursuit la reconstruction de l'Etat russe.
Juillet 2007. Tentative de séduction de G.W. Bush : Poutine résiste.
Avril 2007. Eltsine en terre : Poutine dénonce l'ingérence américaine en Russie.

Mai 2006. Russie. Alexeï Morchadov s'allie à Arcelor contre Mittal ; Roman Abramovitch investit dans l'acier russe.
Mars 2006. Ukraine. Revanche des pro-russes, mais les pro-américains sont toujours majoritaires.

Septembre 2005 : Querelle entre oligarques "oranges" en Ukraine ; prison confirmée pour Mikhaïl Khodorkovski : le pétrole demeure russe depuis le contrôle de l'Etat sur Ioukos.
Mars 2005 : L'Ioukos de Mikhaïl Khodorkovski : 600 millions de "blanchiement".

Novembre 2004 : Ukraine, une riche oligarque ; qui devient Premier ministre ... pour 7 mois ...
Mars 2004 : Recyclage.
2003, Russie, la saga des oligarques ; les sept banquiers qui contrôlaient 50% de l'économie russe.
Elena prend des risques.
Mikhaïl contre-attaque ; avec l'"américain" Simon Kukes.
Mikhaïl Khodorkovski chez Jacob Rothschild.
Immigration "caviar" à Londres.
Mikhaïl Khodorkovski a sanctuarisé sa fortune à Gibraltar.

A savoir : Trois hommes d'affaires déjà contraints à l'exil :

Vladimir Goussinski

51 ans, magnat des médias avec une télé, NTV, une radio, Echos de Moscou, et des journaux. Premier à entrer en conflit avec Vladimir Poutine, il fut contraint à l'exil en juillet 2000 en échange de la cession de ses biens à une entreprise proche du pouvoir.

Boris Berezovski

57 ans, lui aussi magnat des médias. Il fit la campagne de Poutine avant de tomber en disgrâce. Accusé de vol, il dut céder l'essentiel de sa fortune avant de quitter Moscou à la fin de l'an 2000 pour Londres, d'où il finance l'opposition.

Roman Abramovitch

37 ans, le plus jeune des oligarques russes, est en semi-exil. Il a fait fortune dans le pétrole et l'aluminium. Elu gouverneur de Tchoukotka, il est en train de vendre ses actifs. Vit le plus souvent à Londres où il a acheté un club de foot, Chelsea.
Libération, lundi 27 octobre 2003, p. 2

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Mikhaïl Khodorkovski a sanctuarisé sa fortune à Gibraltar contre toute tentative d'expropriation

Conscient des menaces qui pesaient sur Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski a sanctuarisé son groupe et sa fortune personnelle via la création, à Gibraltar, d'un trust offshore, le Menatep Group, abritant sa participation et celle de ses associés dans la première compagnie pétrolière russe. La récente nomination aux postes de responsabilité chez Ioukos de pétroliers américains réduit, par ailleurs, la marge de manœuvre du Kremlin.

Le directeur de la rédaction du Gibraltar Chronicle, Paco Olivera, n'a jamais entendu parler du Menatep Group. Normal, la colonie britannique accueille plus de 60 000 sociétés offshore, soit deux par habitant, qui assurent sa prospérité. Il ignore tout de la boîte postale 246 sise au bureau F, Regal House. Pourtant, ce minicentre financier, situé à deux pas de la nouvelle marina, abrite l'ensemble des trusts créés par Mikhaïl Khodorkovski et ses associés pour accueillir leur participation majoritaire dans Ioukos.

Le montage financier est constitué de plusieurs sociétés offshore enchevêtrées (Yukos Universal basée sur l'île de Man, Hulley Enterprises à Chypre, etc.). M. Khodorkovski contrôle directement 9,5 % et indirectement 50 % de Menatep Group. Ses associés, Platon Lebedev, en prison depuis juillet, et Vassili Chakhnovski, disposent chacun de 7 % de la holding. "Le trust existe pour procu- rer un refuge aux actifs pouvant être soumis à l'expropriation, au contrôle des changes et autres risques politiques. Mais il faut aussi se souvenir qu'en vertu de la législation, sur le plan juridique, les avoirs passent du propriétaire aux trustees, les fondés de pouvoir chargés de gérer la fortune au profit des bénéficiaires", indique un associé de Marrache & Co, l'un des plus gros cabinets juridiques local spécialisé dans la gestion de patrimoine. Or les statuts de Ioukos sont catégoriques : en cas d'incapacité du président, par exemple suite à un emprisonnement, les titres détenus par l'oligarque tombent automatiquement dans l'escarcelle du Menatep Group. De surcroît, toujours selon le English Trust Act de 1893 en vigueur à Gibraltar, même en cas de saisie de ses actifs, Mikhaïl Khodorkovski et ses partenaires disposent toujours du droit de vote au conseil d'administration. Ils sont autorisés, par ailleurs, à percevoir des dividendes.

Pour les experts, le trust Menatep est le dépositaire légal de la fortune du magnat et de ses hommes liges. Leurs avoirs sont donc hors de portée du Kremlin et des hommes du FSB (ex-KGB). Si les autorités russes souhaitent mettre la main sur leur "bas de laine", elles devront porter plainte pour "blanchiment" devant la Cour suprême du territoire chargée de superviser l'industrie financière. En effet, les chefs d'accusation - évasion et fraude fiscale - invoqués par le procureur russe ne sont pas considérés comme un délit à Gibraltar, haut lieu de la finance occulte.

PROTECTION AMÉRICAINE

L'affaire remonte aux années 1990. La banque commerciale russe Menatep prend une participation de 20 % dans la fiduciaire Valmet basée sur l'île de Man. Pour le compte de son nouvel actionnaire russe, Valmet se spécialise dans le montage de structures de protection de patrimoine dans les paradis fiscaux des îles Anglo-Normandes et à Gibraltar. Il s'agit de transférer une grande partie des capitaux russes, placés par les nouveaux riches russes à Chypre, dans une "lessiveuse" à la réputation moins sulfureuse. Or parmi les clients de Menatep figure le gratin du monde énergétique russe, Gazprom et Ioukos.

Pour protéger le patrimoine des dirigeants du géant pétrolier, le Menatep Group est construit par les spécialistes de l'ingénierie financière de Valmet, aujourd'hui disparue. Deux institutions très respectables de la City, la banque d'affaires UBS Warburg et le cabinet juridique international Clifford Chance, offrent une couverture respectable à cette aventure.

Mikhaïl Khodorkovski n'est pas seulement un fin financier, c'est également un tacticien consommé. Pour protéger son groupe en prévision de temps orageux, l'oligarque a eu la bonne idée de placer aux principaux postes de responsabilité des personnalités de l'industrie pétrolière américaine. La nomination, il y a deux mois, d'un directeur général, Steven Theede, ancien président de l'exploration-production en Europe de ConocoPhillips, est officiellement destinée à décharger le "boss" de la gestion au jour le jour.

A l'entendre, M. Khodorkovski voulait se concentrer sur la préparation de la fusion de Ioukos avec Sibneft qui doit être opérationnelle début 2004. Mais personne n'était dupe. Le pétrolier originaire du Kansas est appuyé par un directeur financier, Bruce Misamore, numéro trois, venu de Pennzoil, ainsi que par le patron de l'exploration, un ancien d'Amoco. L'objectif de cette manœuvre est transparent : obtenir le soutien de l'administration Bush, proche des milieux pétroliers d'outre-Atlantique, en cas de pépin.
Marc Roche, LE MONDE | 01.11.03 | 13h59, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.11.03

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A Londres, "l'immigration caviar" qui investit dans le football et l'immobilier, s'inquiète

Les médias britanniques suivent de très près les péripéties de l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski. Londres est, il est vrai, devenu le havre des "oligarques" russes, à commencer par Roman Abramovitch, propriétaire, depuis juillet, du Chelsea Footbal Club, à l'issue d'un rachat hautement médiatisé.

Depuis, le magnat russe du pétrole et de l'aluminium a dépensé plus de 150 millions d'euros en transferts de stars du ballon rond. "Je crois qu'il a acheté Chelsea sachant ce qui allait arriver à Khodorkovski. En cas de menace contre ses intérêts, Roman peut désormais se défendre en hurlant que le Kremlin veut mettre la main sur son club", avait alors déclaré son ancien mentor, Boris Berezovski, exilé à Londres, où il investit dans l'immobilier.

Dans la foulée de son alliance avec le géant pétrolier britannique BP, le président-fondateur de l'Alfa Group, Mikhail Fridman, a acquis, pour sa part, un pied-à-terre dans le West End. D'après les rumeurs, le club d'Arsenal serait la cible de Vladimir Potanine, qui est lui à la tête du conglomérat russe Interros, présent dans les métaux, les médias et l'agro-alimentaire.

L'afflux de milliardaires russes à Londres, capitale de la haute finance et du négoce de matières premières s'amplifie. Les maisons de vente aux enchères, les agences immobilières, les collèges privés et les restaurants chics se frottent les mains. Cette "immigration caviar" permet de compenser le départ d'un grand nombre de grosses fortunes arabes échaudés par le soutien de Blair à Bush. "Les nouveaux venus apprécient le respect de la vie privée et des traditions en Grande-Bretagne, qui a disparu en Russie. Le sens de l'Histoire est important pour eux, comme l'attestent les achats de manoirs. Ce sont de grands romantiques", explique Natacha Chouvaeva, la directrice de la rédaction de l'hebdomadaire Londonskyi Kurier. A mi-chemin entre Moscou et New York, Londres permet de joindre l'utile à l'agréable : télécommunications hors pair, dynamisme culturel et sportif, bonne qualité de la vie pour ceux qui en ont les moyens.

Les riches immigrés de l'Est dépensent sans compter au profit des œuvres caritatives. Mikhaïl Khodorkovski, patron de Ioukos, a ainsi financé la construction d'un mini-musée de l'Hermitage, à Somerset House. L'aristocratie et la haute bourgeoisie locales méprisent cet argent nouvellement acquis. Les magnats russes peuvent toutefois s'introduire dans la haute société moyennant espèces trébuchantes, par le truchement d'un intermédiaire de choix, le prince Michael de Kent. Membre désargenté de la famille royale, le cousin de la Reine ressemble, en outre, au dernier tsar, Nicolas II.
Marc Roche, LE MONDE | 30.10.03 | 13h33, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 31.10.03

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(03 novembre 2003) Khodorkovski, businessman avisé
Se sentant menacé, l'oligarque russe aurait fait d'un banquier britannique son fondé de pouvoir.

Un banquier de la City, Jacob Rothschild, contrôlerait dorénavant une partie du groupe Ioukos, affirme le Sunday Times dans son édition d'hier. Mikhaïl Khodorkovski, le patron du géant pétrolier russe, incarcéré à Moscou pour escroquerie et fraude fiscale, aurait fait de ce lord anglais son fondé de pouvoir, au terme d'un arrangement secret conclu l'été dernier. Selon le journal dominical britannique, l'oligarque avait prévu, en cas d'incapacité, de transférer à «une personnalité étrangère» les droits de vote attachés à ses actions Ioukos. La clause serait intervenue dès son emprisonnement.

La justice russe aura bien du mal à se rendre maître de l'empire pétrolier Ioukos. Après avoir fait arrêter ses principaux dirigeants, elle a mis, jeudi, 44 % de son capital sous séquestre. Mais, pressentant ses ennuis avec le Kremlin, Mikhaïl Khodorkovski avait apparemment pris ses précautions et mis sa fortune à l'abri. Il aurait placé ses avoirs à Gibraltar, un paradis fiscal connu pour son opacité. Un trust off-shore, Menatep Group, basé dans la colonie britannique, abriterait, via plusieurs sociétés-écrans, sa participation majoritaire dans Ioukos.

Jacob Rothschild a pris ses distances, il y a vingt-deux ans, avec sa famille et la banque du même nom. Il a bâti sa propre fortune dans la finance et dirige notamment une firme d'investissement, RIT Capital Partners. Il pèse aujourd'hui près de 400 millions de livres (560 millions d'euros). C'est également une figure très en vue du monde des arts en Grande-Bretagne, qui a présidé pendant plusieurs années la National Gallery. Il a fait la connaissance de Khodorkovski lorsque celui-ci a acheté Ioukos, au début des années 90. Les deux hommes ont monté ensemble plusieurs opérations culturelles et de bienfaisance. Lord Rothschild siège ainsi au conseil d'administration de Russie ouverte, une fondation très active dans le domaine éducatif et social, fondée en 2001 par le magnat du pétrole. Le banquier britannique pourrait ne pas être le seul dépositaire d'actions Ioukos. Mikhaïl Khodorkovski aurait, d'après le Sunday Telegraph, confié ses titres à d'autres personnalités, et notamment à l'un de ses anciens associés, Leonid Nevzlin, qui a quitté la Russie l'été dernier.
Libération, Par Christophe BOLTANSKI, lundi 03 novembre 2003, p. 9

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(04 novembre 2003) Mikhaïl Khodorkovski démissionne de Ioukos et défie le Kremlin

Cerné par les enquêtes et accusé de fraudes portant sur 1 milliard de dollars, l'oligarque russe Mikhaïl Khodorkovski a annoncé, lundi 3 novembre, sa démission de la direction du groupe pétrolier Ioukos, dont il demeure le premier actionnaire. Dans le même temps, il a rendu publique une déclaration qui sonne comme une entrée en politique. Voulant se consacrer à la construction d'"une véritable société démocratique", il exclut un exil forcé auquel avait été contraint d'autres oligarques. Certains de ses proches évoquent même sa possible candidature à l'élection présidentielle de mars 2004. Vladimir Poutine a défendu l'enquête en cours.

De sa cellule à la prison de Mastroskaïa Tichina, à Moscou, Mikhaïl Khodorkovski a annoncé, lundi 3 novembre, qu'il démissionnait de son poste à la tête de la première société pétrolière russe, Ioukos. Accusé d'évasion fiscale et d'escroquerie à grande échelle, l'oligarque chercherait ainsi à isoler Ioukos, compagnie dont il avait obtenu le contrôle en 1995 à l'issue d'une vente aux enchères, des poursuites judiciaires dont il fait l'objet depuis son arrestation le 25 octobre.

Ce dernier épisode dans la crise politico-financière qui emporte la Russie depuis huit jours rappelle un autre cas d'abandon forcé de son empire par un magnat russe. C'était en juillet 2000, lorsque le patron de la télévision privée NTV, Vladimir Goussinski, avait été contraint de céder ses actifs au géant Gazprom, à l'issue d'un bref séjour en prison.

La démarche de Mikhaïl Khodorkovski semble toutefois plus maîtrisée, voire préparée. Le siège de Ioukos à Moscou a annoncé aussitôt, mardi matin, la désignation de son successeur. Il s'agit de Simon Kukes, un ancien patron du pétrolier russe TNK (aujourd'hui allié à British Petroleum), jusque-là membre du conseil des directeurs de Ioukos. M. Kukes a la citoyenneté américaine.

Ce choix semble traduire le souci de la société de trouver des appuis à l'étranger, notamment aux Etats-Unis, où M. Khodorkovski a tissé de nombreux contacts. L'action de Ioukos, qui avait enregistré une forte baisse depuis le début de la crise, est aussitôt repartie à la hausse, clôturant lundi avec un gain de 13 %.

Le parquet général russe a réagi à l'annonce du départ de M. Khodorkovski en précisant qu'il n'aurait "pas d'impact" sur les enquêtes en cours. Les autorités russes accusent l'homme d'affaires d'avoir causé un préjudice d'environ 1 milliard de dollars.

ENTRÉE EN POLITIQUE

M. Khodorkovski détient directement 9,5 % et indirectement 50 % du holding Menatep Group, enregistré à Gibraltar, qui possède près de 61 % de Ioukos. D'après les statuts de la société pétrolière, en cas d'incapacité de son président (par exemple une incarcération), les titres qu'il détient tombent dans l'escarcelle du holding.

Dans un texte transmis à l'Agence des informations pétrolières, Mikhaïl Khodorkovski a expliqué sa décision en ces termes : "Comme directeur, je dois tout faire pour préserver l'équipe de Ioukos des coups dirigés contre moi et mes partenaires. Je me retire de la compagnie."

L'oligarque fait ensuite une déclaration qui sonne comme une entrée en politique. "Mes plans personnels, à l'avenir, sont liés à la poursuite de mon travail en tant que président de l'organisation Russie ouverte, écrit-il. Ses activités de bienfaisance sont orientées vers l'éducation des jeunes et le soutien aux initiatives civiques pour la construction en Russie d'une véritable société démocratique. Où que je travaille, je consacrerai toutes mes forces à mon pays, la Russie, et à son avenir, en lequel je crois fermement."

Il semblait ainsi peu probable que la démission de M. Khodorkovski mette fin à la confrontation entre l'homme d'affaires et le Kremlin. Selon l'analyste Andreï Piontkovski, ce dernier "a en réalité enregistré dans cette crise un échec, en n'obtenant pas que l'oligarque fuie vers l'étranger", comme l'avaient fait deux autres magnats entrés en opposition à M. Poutine, Vladimir Goussinski et Boris Berezovski.

En reprochant, dimanche, aux services du procureur un "excès de zèle", le Kremlin (par la voix du nouveau chef de l'administration présidentielle, Dimitri Medvedev), aurait, selon cet analyste, cherché à empêcher une rupture totale entre le premier ministre, Mikhaïl Kassianov, proche des milieux d'affaires, et Vladimir Poutine. "C'était une reculade de Poutine, qui ne veut pas faire du premier ministre un opposant ouvert, ce qui le mettrait en piste comme candidat potentiel à l'élection présidentielle" de mars 2004, estime M. Piontkovski.

Lundi, des avocats de M. Khodorkovski, donnant une conférence de presse à Bruxelles, ont appelé les dirigeants européens à mentionner l'affaire Ioukos et "la question du respect de l'Etat de droit" lors du prochain sommet Russie-Union européenne qui se tiendra jeudi à Rome, en présence du président russe.

Avant cette visite, Vladimir Poutine a défendu lundi, devant quelques journalistes italiens, l'enquête en cours contre M. Khodorkovski. Cité par l'agence Ansa, M. Poutine a déclaré qu'il s'"oppose-rait- catégoriquement à toute remise en cause des privatisations effectuées dans les années1990". Il a toutefois ajouté que les oligarques russes "doivent apprendre à respecter la loi" et à payer leurs impôts. Le président russe se rendra ensuite vendredi à Paris pour une rencontre avec Jacques Chirac.
Natalie Nougayrède, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.11.03, LE MONDE | 04.11.03 | 14h06

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Simon Kukes, un Américain d'origine russe à la tête de Ioukos

Simon Kukes,spécialiste reconnu du secteur pétrolier, a pris la direction du géant pétrolier Ioukos en remplacement de Mikhaïl Khodorkovski qui a démissionné la veille, a annoncé, mardi 4 novembre, la compagnie.
Simon Kukes, Américain d'origine russe qui prend la direction du géant pétrolier Ioukos, est reconnu comme un excellent gestionnaire, parfait connaisseur du secteur pétrolier russe et des méthodes de gestion occidentales.

Contrairement à nombre de patrons russes, M. Kukes, 56 ans, qui était déjà membre du conseil d'administration du géant pétrolier, n'est pas un riche homme d'affaires. Il ne possède aucune participation importante dans Ioukos, et en le choisissant pour remplacer Mikhaïl Khodorkovski, la direction du numéro un du pétrole russe espère protéger le groupe des attaques du Parquet général.

M. Kukes devrait aussi être pour Ioukos une excellente arme pour mettre en place la politique défendue par M. Khodorkovski : bâtir l'une des plus grandes compagnies énérgétiques mondiales et trouver un partenaire stratégique parmi les majors américaines. Avant son arrestation, M. Khodorkovski était en négociation notamment avec ExxonMobil pour que le numéro un mondial du pétrole prenne une participation importante dans Ioukos.

"La stratégie de Ioukos ne changera pas", a déclaré M. Kukes mardi.

En annonçant son départ lundi, M. Khodorkovski se disait "certain" que l'équipe de direction de Ioukos, "très qualifiée et unie", saurait "mener avec succès la globalisation" du groupe.

Docteur en chimie physique diplômé de l'Académie des sciences de l'URSS, Simon Kukes n'a pas 30 ans quand il décide en 1977 de quitter l'Union soviétique pour les Etats-Unis.

Et il est professeur depuis deux ans à l'Université de Houston quand les grandes compagnies pétrolières américaines lui ouvrent leurs portes : de 1979 à 1986, Simon Kukes s'installera dans l'Oklahoma, chez Phillips Petroleum où il sera directeur technique. Puis ce sera huit ans chez Amoco, à Chicago, où il entrera comme chef du département technique et terminera directeur des Affaires internationales.

Ce n'est qu'en 1995 et en expert pétrolier reconnu que M. Kukes reviendra à Moscou : Amoco lui demande d'être le vice-président de sa filiale Amoco-Eurasie.

Très vite, ce petit homme à lunettes comprend que l'ambition d'Amoco en Russie restera limitée à court terme. Il rejoint Ioukos qui lui propose une vice-présidence.

Fin 1997, la compagnie pétrolière de Tioumen, TNK, est rachetée par un consortium unissant le groupe russe Alfa Bank et le groupe Renova (basé aux Etats-Unis). Les nouveaux actionnaires lancent un appel à candidature pour la présidence du groupe, quatrième du secteur en Russie.

Ils retiendront Simon Kukes, tout à la fois à l'aise dans l'obscur système législatif et relationnel russe, et rompu au marché et à ses méthodes de gestion. Un exemple quasi-unique dans le monde des affaires russes.

Ce professionnel à l'air faussement naïf prend la direction de TNK en février 1998, en pleine crise des prix du brut sur le marché international, à laquelle viendra s'ajouter six mois plus tard une profonde crise financière.

Il se lance immédiatement dans une stratégie de réduction des coûts, d'emprunts très sélectifs, d'intégration verticale et de restructurations.

Les principales entreprises concurrentes reconnaissent alors en privé suivre de près la stratégie d'expansion de TNK.

Dès janvier 1999, M. Kukes sera classé par le Wall Street Journal parmi les dix meilleurs dirigeants d'Europe centrale.

Au sein de TNK, il a noué des relations solides avec le géant britannique BP, et les deux groupes ont aujourd'hui mis en place un partenariat sur le marché russe avec une société conjointe TNK-BP.

M. Kukes, né le 5 décembre 1946, a retrouvé son prénom russe "Semione", mais a gardé un contact permanent avec sa terre d'adoption, où travaillent ses deux filles.
LEMONDE.FR | 04.11.03 | 11h54

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La saga des oligarques
Milliardaires, ces hommes d'affaires russes ont porté Eltsine au pouvoir et bénéficiaient, en retour, d'une parfaite impunité. Poutine les a tolérés, avant de rompre le pacte.

Le premier, le plus voyant des oligarques, a obtenu l'asile politique en Grande-Bretagne en septembre. «Le choix était entre devenir un prisonnier politique ou un réfugié politique», a expliqué Boris Berezov ski, 57 ans, en novembre 2000, pour justifier sa décision de ne pas rentrer en Russie où il est poursuivi pour détournement de fonds. A Londres, il a créé un parti d'opposition, Russie libérale, et tente d'organiser un front anti-Poutine. Reconverti à la défense des droits de l'homme, il finance aussi plusieurs associations animées par d'anciens dissidents.

Le deuxième, réfugié dans un silence prudent, suit avec inquiétude les rebondissements de «l'affaire Ioukos». Conscient du fait que son sort se joue aussi, Vladimir Potanine, 42 ans, n'a pas eu un mot de soutien pour son «collègue» emprisonné, Mikhaïl Khodorkovski. Patron de Norilsk Nickel, le géant du nickel et de l'aluminium, il a préféré prendre les devants : à l'approche des législatives du 7 décembre, il s'est mis à financer le parti pro-Kremlin Russie unie.

Le troisième, l'homme le plus riche de Russie, est derrière les barreaux à Moscou, accusé de fraude fiscale et d'escroquerie. «Je ne regrette rien», aurait lancé Mikhaïl Khodorkovski, 40 ans, lors de son arrestation, le 25 octobre, sur l'aéroport de Novossibirsk. En mal de respectabilité, il s'était mué en héraut de la démocratie et des droits de l'homme. Il avait ainsi lancé un défi au maître du Kremlin qui, dès son arrivée au pouvoir en mars 2000, avait fixé la nouvelle règle du jeu. On ne touchera pas à vos richesses, même mal acquises, avait promis Vladimir Poutine aux milliardaires, à condition que vous laissiez la politique.

Les fortunes diverses de ces oligarques, membres du groupe des «sept banquiers» des années 90 (lire encadré page suivante), illustrent l'histoire chaotique de la dernière décennie en Russie. Au faîte de leur puissance durant l'ère Eltsine (1991-1999), ils exerçaient une influence politique démesurée. Grâce à leurs relations au Kremlin, ils inspiraient les nominations et dictaient des oukases (décrets) présidentiels qui servaient leurs intérêts. Devenu partie de «la Famille» ­ le cercle corrompu autour de Boris Eltsine, qui comprenait des membres de sa famille comme sa fille Tatiana Diatchenko et ses proches conseillers ­, Berezovski se vanta un jour d'avoir fait tomber trois Premiers ministres d'affilée. Une assertion avérée, au moins en ce qui concerne Evgueni Primakov, qui chuta en 1998 pour avoir voulu mettre fin à l'impunité des oligarques.

Berezovski : un scientifique versé dans les affaires

Lorsque cela leur semblait utile, ceux-ci siégeaient eux-mêmes au gouvernement. En octobre 1996, Berezovski se retrouva ainsi secrétaire adjoint du Conseil de sécurité, un poste de choix pour mener à bien ses obscurs projets pétroliers en Tchétchénie. Potanine fut, lui, propulsé premier vice-Premier ministre chargé de l'Economie, au lendemain de la réélection d'Eltsine en juin 1996. Le président cherchait alors à récompenser ceux qui avaient financé sa campagne et avaient assuré sa victoire alors qu'il partait au plus bas dans les sondages. La banque Onexim de Potanine reçut la gestion de comptes gouvernementaux. Les arriérés fiscaux de Norilsk Nickel furent en partie effacés.

Après les années de pillage avec la bénédiction d'Eltsine, l'arrivée de Poutine ouvre une ère plus incertaine. Nouveau venu au sommet de l'Etat, le président, jusqu'ici patron du FSB (un des successeurs du KGB), doit consolider son pouvoir. Les oligarques, qui voient en lui l'homme de la continuité, ne pensent en faire qu'une bouchée. Grossière erreur. Poutine les a en aversion : à ses yeux, ils symbolisent tous les dévoiements du régime Eltsine, ce «capitalisme de copains» qui a mis la Russie à genoux. Poutine, qui veut bâtir une «démocratie dirigée», promet «la dictature de la loi». En fait, il rêve d'un Etat autoritaire auquel tous, oligarques compris, devront se soumettre.

Pour comprendre la vulnérabilité de ces milliardaires, haïs par la majorité de la population qui s'appauvrissait alors qu'ils s'achetaient des flottes de Mercedes et des villas dans le Midi de la France, il faut remonter à la source de leurs fortunes, à ce péché originel que Khodorkovski voulait effacer. Au départ, les oligarques russes ne sont pas de banals hommes d'affaires, mais des petits malins sans scrupules, mieux placés que les autres pour profiter des formidables occasions d'enrichissement lors de l'agonie de l'URSS au tournant des années 80-90. Khodorkovski et Potanine ont suivi la filière du «komsomol business» (1), grâce à laquelle les militants des Jeunesses communistes profitaient de fonds du parti et de privilèges fiscaux.

Berezovski, âgé de 40 ans à l'époque, s'est fait grâce à son inventivité et à son goût immodéré de l'intrigue. Né dans une famille de l'intelligentsia juive de Moscou, il fut, dans sa première vie, un digne représentant de l'élite scientifique soviétique. Docteur en mathématiques appliquées, il dirige un laboratoire de l'Académie des sciences spécialisé dans les systèmes informatiques destinés aux entreprises. Egalement chercheur, il passe vingt-cinq ans à travailler sur la théorie du processus de décision. «J'étais très heureux de travailler dans la science mais les affaires sont plus dynamiques», confie-t-il au journaliste Paul Klebnikov (2).

En 1989, Berezovski se lance dans le business et devient revendeur de voitures. Il crée LogoVaz, le point de départ de sa fortune, une société qui commercialise les Lada d'AvtoVaz, le premier fabricant automobile soviétique. La mise de départ est minime : en cheville avec la direction de l'usine, il achète les voitures à un prix inférieur au coût de production et les revend au prix du marché. AvtoVaz périclite, LogoVaz prospère. En 1992, Berezovski passe à l'exportation de matières premières (pétrole, bois, aluminium) : il paie au prix intérieur, très faible, et revend au cours du marché mondial... Sans débourser beaucoup plus, il prend ensuite le contrôle d'Aeroflot et du pétrolier Sibneft, puis édifie un empire de presse. Les premières faillites surviennent en 1999. «Au fond de lui, il était un raider ; il excellait à prendre le contrôle de sociétés mais n'avait guère d'aptitudes pour les diriger», juge Klebnikov. Le début des années 90 est une aubaine pour les oligarques. Le gouvernement d'Egor Gaïdar, qui met en oeuvre des réformes ultralibérales, maintient artificiellement bas les prix des matières premières et de l'énergie. Grâce à leurs relations, les oligarques décrochent des quotas d'exportation et réalisent de gigantesques marges, notamment avec le pétrole. Le système de change les avantage de plus outrageusement.

Potanine : le coup de génie d'un golden boy

De quinze ans son cadet, Potanine est un pur produit de la nomenklatura soviétique. Son père est haut fonctionnaire au ministère du Commerce extérieur. Vladimir entre aux Jeunesses communistes et étudie dans le prestigieux Institut des relations internationales. A la sortie, il rejoint le ministère de papa. A 26 ans, il est membre du Parti. Après l'effondrement du Mur de Berlin, il fonde Interros, une firme de commerce international, et fait jouer ses réseaux pour obtenir de juteuses licences d'exportation, notamment d'armements. Il fonde ensuite les banques MFK et Onexim sur les ruines des banques soviétiques du commerce extérieur.

C'est à Potanine, le golden boy de la bande et le plus présentable, parfait anglophone, que l'on doit, en mars 1995, le coup de génie des «prêts contre actions», par lesquels les oligarques vont s'emparer des ressources naturelles. A l'époque, l'Etat russe a un besoin aigu de liquidités. Il est décidé que les banques vont lui prêter de l'argent et recevoir en gage des actions des plus grandes entreprises. Les banques sélectionnées sont celles des oligarques. Elles prêtent à tout-va. L'Etat ne peut rembourser. Les entreprises sont alors mises en vente lors d'enchères truquées. Pour une bouchée de pain, les oligarques acquièrent huit joyaux de l'économie russe. Potanine récupère Norilsk Nickel ; Berezovski, la compagnie pétrolière Sibneft ; et Khodorkovski, Ioukos. Déjà millionnaires en dollars, ils sont devenus milliardaires.

Khodorkovski : le plus modeste et le plus riche

C'est la grande époque des oligarques qui claquent des dizaines de milliers de francs en une soirée à Nice, se font édifier des manoirs aux murs en marbre, organisent de somptueuses fêtes en costumes dans les parcs de leurs propriétés, envoient leurs rejetons dans des internats anglais ou suisses à 30 000 dollars l'année. Potanine amarre son yacht l'été à Saint-Tropez et skie l'hiver à Courchevel. Berezovski préfère les dîners où l'on intrigue. Avec ses grosses lunettes et ses airs timides, Khodorkovski est le plus sage. L'entrée de son club de sports est toutefois équipée d'un détecteur de métaux, rappel des dizaines d'assassinats jamais élucidés de concurrents et de gêneurs, qui ont accompagné la constitution de ces empires. Berezovski a lui-même réchappé à deux attentats.

Fils d'un couple d'ingénieurs moscovites, Khodorkovski n'est pas aussi «bien né» que Potanine. Il porte en outre un nom typiquement juif, un handicap souvent en Russie. On raconte que, tout petit, il rêvait de diriger une usine et qu'en maternelle, il demandait à ses copains de l'appeler «directeur» (3). A 23 ans, il sort diplômé de l'Institut Mendeleev de technologie chimique où, numéro deux du Komsomol, il s'est fait des amis utiles. Il ouvre un café étudiant, importe des ordinateurs. A la fin des années 80, il crée la banque Menatep avec, dit-on, des fonds du parti communiste qui cherche à mettre ses biens à l'abri. Puis il devient vice-ministre du Pétrole et de l'Energie et s'enrichit avec l'exportation de pétrole, de blé, de sucre et de métaux. Le groupe Menatep possède désormais de multiples sociétés (dans le textile, l'alimentation...). Le couronnement viendra avec «l'acquisition» de Ioukos.

Khodorkovski, le plus modeste des oligarques, est ainsi devenu le plus riche, peu regardant sur les méthodes. Lors du krach financier d'août 1998, il ferme les portes de sa banque, au désespoir de centaines de milliers d'épargnants qui ne reverront jamais leurs roubles. Au sein de Ioukos, il pousse dehors les petits actionnaires qui gênent sa prise de contrôle. Sa métamorphose commence avec le nouveau siècle. Il plaide la transparence dans la gestion de Ioukos et, le premier, il publie le montant de sa fortune: 8 milliards de dollars. Simultanément, il prône la démocratie et finance l'opposition. Est-il sincère, veut-il tourner la page d'un passé obscur ? Ou croit-il que tout s'achète, même le pouvoir politique ? Face à Poutine aujourd'hui, il joue en tout cas la partie de sa vie. «Le business, c'est le risque, confiait-il (4). Chaque jour, vous prenez des décisions qui sont à deux pas de la tragédie.»
(1) Expression de Youri Afanassiev dans De la Russie (Fayard, 2002).
(2) Parrain du Kremlin, Boris Berezovski et le pillage de la Russie (Robert Laffont, 2000).
(3) Cité par Chrystia Freeland, auteur d'un livre sur les oligarques, dans le Financial Times du 31 octobre 2003.
(4) Dans l'hebdo russe Argumenty i Fakty, au printemps.
Libération, Par Véronique SOULE, lundi 10 novembre 2003, p. 38-39

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Les sept banquiers

Outre Berezovski, Potanine et Khodorkovski, le groupe des sept banquiers qui s'étaient unis pour faire réélire Boris Eltsine à la présidence, et qui contrôlaient 50 % de l'économie russe, comprenait :

> Mikhaïl Friedman, 39 ans, et Piotr Aven, 48 ans. A l'écart de la politique, ils se consacrent à leurs affaires. Leur holding Alfa-Groupe compte notamment la banque Alfa, les supermarchés Perekriostok, la chaîne de télé de divertissements STS et, surtout, la firme pétrolière TNK, qui a conclu en février le contrat du siècle avec le britannique BP (acheteur, pour 7 milliards de dollars, de la moitié de TNK).

Vladimir Goussinski, 51 ans. Réfugié à l'étranger depuis l'été 2000, le magnat de la presse s'était rangé dans l'opposition à Vladimir Poutine, critiquant notamment la guerre en Tchétchénie. Poursuivi pour «crime économique», il a fait de la prison. Son empire de presse a été saisi et le fleuron, la chaîne de télé NTV, a été normalisée. Il vit depuis en Israël.

Alexandre Smolenski, 52 ans. Retiré des affaires, il partage désormais son temps entre la Russie et l'Autriche. Sa banque SBS-Agro fut la troisième du pays et gérait les fonds de la puissante administration présidentielle. Mais elle ne s'est pas relevée du krach d'août 1998.
Libération, lundi 10 novembre 2003, p. 39

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Elena, témoin clé de « l'affaire Elf russe »
Elena Collongues-Popova, longtemps prête-nom des hommes d'affaires russes, provoque la terreur à Moscou. Elle a décidé de collaborer avec les enquêteurs sur les développements de l'affaire Ioukos. Nous l'avons rencontrée en région parisienne.

Elena Collongues-Popova a servi de paravent aux milliardaires russes. Ses sociétés leur ont permis de dissimuler leur véritable fortune.

LA SEULE DIFFERENCE avec un « James Bond », c'est que tout est vrai. Il y a des milliardaires prêts à tout, des banquiers véreux, des gens menacés de mort, et un ballet... de ravissantes femmes d'affaires. Elena Collongues-Popova, une jeune Franco-Russe, a joué le rôle pendant quelques années de « femme de confiance » d'un ancien banquier de Moscou, très proche du patron, actuellement incarcéré, de Ioukos, le géant du pétrole russe. Cet ancien banquier est aujourd'hui réfugié à Londres, apparemment très inquiet des développements de l'affaire Ioukos, « l'affaire Elf russe ». Lâchée par son ancien employeur, Elena Collongues-Popova a décidé de collaborer avec les enquêteurs de Poutine. Ses confessions, faxées à Moscou depuis son appartement de la banlieue parisienne, sont en train de provoquer un tremblement de terre en Russie.

« Ils se sont crus intouchables... »

Comment avez-vous connu les hommes d'affaires russes du scandale Ioukos ?
Elena Collongues-Popova. C'étaient, comme moi, des jeunes de la Nomenklatura soviétique. Ils ont une quarantaine d'années aujourd'hui, pas plus. Au départ, il y a quinze ans, ils n'avaient donc pas un centime en poche. Ils faisaient dormir leurs enfants dans les tiroirs d'une commode. Quand le régime a changé, et que les actions des usines ont été données aux ouvriers, eux ont eu l'idée de tout ratisser. A un ou deux dollars l'action, ils ont fait le tour des usines et ont acheté ce qui était encore pour les Russes de la rue un simple bout de papier... En quelques mois, ils sont devenus propriétaires de pans entiers de l'économie. Puis ils ont créé une banque privée, Menatep, puis une filiale à Chypre, qui leur a permis de sortir des capitaux. En dix ans, ils sont devenus multimilliardaires en dollars. Le patron de Ioukos se vantait d'avoir bâti « en dix ans un empire que les Rockfeller ont construit en plusieurs générations. » En russe, il y a une expression qui veut dire « perdre le toit », en Français on dit « perdre la tête ». Ils se sont crus intouchables...

Pourquoi ont-ils eu besoin de vous ?
Mon « mandant », un ancien banquier, a eu besoin de quelqu'un de confiance pour masquer sa véritable fortune. Il s'est servi de moi et des sociétés offshore qu'il m'a demandé de créer comme d'un paravent. Ainsi, il n'apparaissait pas directement et pouvait contourner le fisc russe ou carrément les lois sur les monopoles. Pour vous donner un ordre de grandeur, je gérais pour lui 300 millions de dollars par an. Avec la carte bleue d'une société, j'ai acheté pour 4 millions de dollars de meubles, bijoux, oeuvres d'art, pour meubler sa maison dans la banlieue de Moscou. Une de « mes » sociétés s'est retrouvée un jour avec 12 % des actions de Ioukos. Sur le papier, cela valait des milliards... En fait je n'étais qu'un prête-nom, je n'étais propriétaire de rien !

Comment vos ennuis ont-ils commencé ?
Par une dénonciation anonyme au fisc français. La Direction nationale des enquêtes fiscales m'est tombée dessus en 1998. Pendant deux ans, les Russes ont continué à travailler avec moi. Puis, au début de 2000, il y a eu une demande d'information venant d'Interpol, et ils ont eu peur. Alors ils m'ont lâchée. Pour le fisc français, je suis donc la véritable propriétaire des sociétés. Le fisc me réclame 15 millions d'euros et j'ai été condamnée en juin dernier à un an de prison avec sursis pour fraude fiscale.

Quand avez-vous décidé de collaborer avec la justice russe ?
Cet été, les enquêteurs russes du MVD m'ont contactée dans le cadre de l'enquête Ioukos. Ils m'ont fait passer des documents saisis en me demandant mon avis. Je me suis rendu compte qu'on avait utilisé mon nom, celui de mon fils, pour monter des opérations dont j'ignorais tout ! Je me suis donc mise à leur expliquer les choses que je savais. Ils aimeraient bien que j'aille à Moscou, mais il n'en est pas question ! C'est beaucoup trop dangereux. Vous savez, en Russie, absolument tout peut s'acheter. Les diplômes, les policiers, les juges...

« Les Russes ne menacent pas, ils tuent »

Avez-vous eu des menaces ?
Les Russes ne menacent pas, ils tuent. Dans l'affaire qui intéresse le MVD, il y a un chef d'entreprise qui a disparu. On ne sait pas s'il est en fuite où s'il est mort. Moi j'ai eu une menace indirecte de quelqu'un qui a l'air charmant comme cela quand vous le voyez, qui est l'homme de confiance d'un ancien général du KGB, mais qui a tué, dit-on, cent vingt personnes. Le MVD m'a également dit de me méfier de mon téléphone. Ils m'ont assuré que j'étais sur écoutes.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié, Le Parisien, samedi 15 novembre 2003, p. 13

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(Mars 2004) Surveillés par le Kremlin, les oligarques se recyclent
Depuis l'affaire Ioukos, les grands patrons prennent leurs distances avec la politique

Sacrés rois du pétrole ou des métaux non ferreux, ils ont bâti leur immense fortune sur le capitalisme sauvage né des privatisations. Le Kremlin les tolère, pourvu qu'ils n'entrent pas en politique. Parmi les oligarques issus de la décennie 1990, Vladimir Potanine est certainement moins connu que Mikhaïl Khodorkovski, l'homme le plus riche de Russie et ex-patron du géant pétrolier Ioukos, qui croupit en prison depuis octobre 2003. Le patron du groupe Interros pèse pourtant très lourd. Les entreprises rattachées à Interros produisent globalement 2,5 % du produit intérieur brut (PIB), le morceau de choix étant Norilsk Nickel, le premier producteur mondial de nickel qui extrait du cobalt, du cuivre, du platine et de l'or, un groupe dont la capitalisation boursière atteint 15 milliards de dollars. Certes, Vladimir Potanine, qui dirigeait une banque avant d'acquérir Norilsk Nickel pour une bouchée de pain, lors des privatisations, a fait fortune dans la métallurgie. Mais il a pris pied, depuis, dans d'autres secteurs d'activité - services financiers, assurance, production de turbines, industrie agroalimentaire, médias - où il a investi les bénéfices considérables tirés de l'exploitation des métaux non ferreux.

Comme Vladimir Potanine, d'autres oligarques ont mené des opérations de diversification dont la logique économique n'est cependant pas toujours évidente. « On en est encore au stade de l'accumulation, note un observateur, et avec la crise financière de 1998, bon nombre d'entreprises en faillite ont été rachetées. » Tout semble ainsi bon à prendre pour le groupe Alfa de Mikhaïl Fridman, dont l'activité s'étend de la banque à la téléphonie cellulaire, en passant par la grande distribution, les matériaux de construction, alors que le fleuron industriel du groupe reste la compagnie pétrolière TNK qui a fusionné l'an dernier avec BP.

Certains investissements laissent rêveurs comme le rachat par Roman Abramovitch du club de football anglais de Chelsea pour 240 millions de dollars. L'homme d'affaires avait les moyens de se l'offrir. Il est, à 37 ans, la deuxième fortune de Russie. Et s'il a depuis cédé 25 % du géant de l'aluminium Rusal à l'un de ses « collègues », Oleg Deripaska, il a renoncé à la fusion avec le groupe Ioukos de Khodorkovski et contrôle toujours 92 % de la compagnie pétrolière Sibneft. Mais Roman Abramovitch a une particularité, il s'est fait élire gouverneur de la région de Tchoukotka dans l'Extrême-Orient russe, alors que les autres oligarques ont pris leurs distances avec la politique.

« Les magnats de l'industrie qui dirigent l'Etat sont une espèce en voie de disparition, la situation se normalise petit à petit », constate Christopher Granville, analyste à la banque d'affaires United Financial Group. De fait, les oligarques, tout au moins ceux qui ne sont pas en prison ou condamnés à l'exil comme Boris Berezovski, l'ancienne éminence grise de Boris Eltsine, et Vladimir Goussinski, l'ancien « roi des médias », ont accepté le marché non écrit proposé par Vladimir Poutine, en juillet 2000. Pour pouvoir garder leurs actifs industriels, même s'ils ont été obtenus dans des conditions discutables, ils doivent cesser d'intervenir dans le champ politique ou, comme l'on dit à Moscou, de privatiser l'Etat.

DISCRÉTION

« Il est parfois très difficile de voir où se termine le monde des affaires et où commence celui de l'Etat, où se termine l'Etat et où commencent les affaires », avait indiqué Vladimir Poutine lorsqu'il avait rencontré les grands patrons russes après l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski. Et le patron d'Interros, qui cultive généralement la discrétion, avait tenu à montrer qu'il avait bien reçu le message. « Le président, avait déclaré Vladimir Potanine à l'issue de la réunion, a clairement indiqué qu'il devait y avoir une ligne de séparation entre les affaires et le pouvoir. Beaucoup de mes collègues et moi-même comprenons cela et n'avons pas l'intention de franchir cette ligne. »

Le terme d'oligarque, vulgarisé à l'époque d'Eltsine pour désigner la dizaine de chefs d'entreprise très influents au Kremlin, reste-t-il donc approprié ? « Ce ne sont plus à proprement parler des oligarques, estime la sociologue Olga Krychtanovskaïa, car Poutine les a évincés de la sphère politique. Ils n'ont plus d'influence sur la politique menée à très haut niveau, précise-t-elle, et n'interfèrent plus comme avant dans le choix des ministres ou d'autres hauts responsables. »

En perdant ainsi de leur pouvoir, les oligarques se voient donc ravalés au rang de patrons d'entreprise. Le processus de distanciation d'avec l'Etat n'est cependant pas achevé. « L'Etat, note Christopher Granville, reste très privatisé au niveau des juges, des procureurs, de la milice. Les entreprises payent toujours ces fonctionnaires pour obtenir ce dont elles ont besoin. » Par ailleurs, le procédé utilisé par le Kremlin pour traiter le cas Khodorkovski a causé des dégâts collatéraux. En voulant remettre à leur place les oligarques, Vladimir Poutine a suscité l'inquiétude de certains chefs d'entreprise qui jugent maintenant dangereux de jouer la carte de la transparence et de dévoiler les actifs qu'ils détiennent. Résultat, ils mettent un frein à l'application des normes de bonne gestion auxquelles ils s'étaient convertis pour augmenter la valeur en Bourse de leur entreprise.
Brigitte Breuillac, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 09.03.04

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Ioulia, la nantie devenue égérie de l'opposition
Ambitieuse, cette ancienne oligarque agace et séduit.

Séduisante et séductrice, Dame de Fer ou Jeanne d'Arc, Ioulia Timochenko, 44 ans (née en Russie de père arménien et de mère juive), est l'égérie de la vague de contestation qui a déferlé sur Kiev.
Personnage contesté, elle a mis au service de la «révolution orange» et du candidat réformateur Victor Iouchtchenko son immense talent d'oratrice, ses capacités d'organisation, et son argent.
Elle est désormais blonde et se coiffe avec une tresse comme une paysanne ukrainienne. Avant, elle était brune et cultivait plutôt le genre apparatchik moderniste.

Elle a eu en effet plusieurs vies.

Après l'éclatement de l'Union soviétique, cette économiste, née en 1960 à Dniepropetrovsk, la pépinière russophone de cadres du régime, s'enrichit rapidement grâce à ses liens avec le Premier ministre Pavlo Lazarenko, qui lui accorde les contrats énergétiques.
Ce qui lui vaut le sobriquet de «baronne du gaz».
Mais elle sait se séparer à temps de Lazarenko, aujourd'hui condamné aux Etats-Unis pour blanchiment d'argent et escroquerie.

Brouille.
Elue députée sur la liste d'un petit parti fondé par des oligarques, elle est appelée au gouvernement par Victor Iouchtchenko, alors Premier ministre de Leonid Koutchma, pour réformer le secteur énergétique.
Elle remporte quelques succès en éliminant la dette gazière de l'Ukraine vis-à-vis de la Russie et en supprimant le troc, base des contrats juteux qui profitent aux oligarques, un système dont elle a elle-même longtemps profité.
Cette réforme, dit-elle, la brouille avec le président Koutchma. Elle commence à subir les rigueurs de la loi. Son passé est déterré.
Le parquet l'accuse de corruption. On l'arrête en même temps que son mari. On la relâche. Entre-temps, elle a pris la tête de la contestation du régime. Ses ennuis judiciaires transforment cette nantie impopulaire en victime.

Devenue une des têtes de l'opposition, elle déploie toute son énergie pour fédérer les groupes les plus disparates. Politique qui s'avère payante lors des législatives de 2002. Elles ouvrent la voie à une large alliance pour la présidentielle décisive de novembre 2004.
Le visage du poète Dimitri Pavlitchko s'éclaire au seul nom de Ioulia Timochenko, «Jeanne d'Arc qui a entendu la voix de Dieu». «Tous les hommes en Ukraine en sont amoureux», avoue-t-il. Qu'importe que, il y a dix ans encore, elle parlait à peine l'ukrainien. Qu'importe comment elle a accumulé sa fortune. «L'essentiel, c'est qu'elle l'a investie dans la démocratie», dit-il.

Prétentions.
Elle en agace pourtant plus d'un. Son site Internet propose aux lecteurs de répondre à la question suivante: à quel poste voyez-vous le mieux Ioulia Timochenko ?
Quatre réponses sont proposées: Présidente, Premier ministre, chef du Parlement ou autre. Fine mouche, elle sait pourtant rester à sa place quand il le faut. Quand ses partisans scandent «Ioulia ! Ioulia !» dans les meetings, c'est elle qui relance à la foule: «Iouchtchenko ! Iouchtchenko !»
Les sondages montrent qu'elle continue de susciter en effet autant de réactions extrêmement positives que d'opinions extrêmement négatives. Ioulia Mostovaïa, éditorialiste de l'hebdomadaire Zerkalo Nedeli, résume : «On l'aime ou on la déteste. Elle mérite sûrement les deux.»
Par Hélène DESPIC-POPOVIC, jeudi 02 décembre 2004 (Liberation - 06:00), p. 4

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(Mars 2005) Ioukos revient par l'Espagne
Le pétrolier russe (de l'oligarque Khodorkovski) est soupçonné d'avoir blanchi 600 millions d'euros.

Prostitution, trafic de drogue, attaques à main armée, vols et blanchiment d'argent... La police espagnole vient d'associer à cette liste particulièrement impressionnante de crimes le nom du groupe russe Ioukos, ex-propriété de l'oligarque Mikhaïl Khodorkovski, aujourd'hui en prison à Moscou.

Au moins 600 millions d'euros auraient été détournés de la filiale hollandaise de Ioukos, Yukos Finance BV, vers le cabinet de l'avocat chilien Fernando Del Valle, lui-même soupçonné d'être au service de groupes criminels. Quarante et une personnes, de nationalités espagnole, française, russe, ukrainienne, marocaine et finlandaise ont été interpellées, dont cinq ont été gardées en détention provisoire. Deux avions, un yacht et 42 voitures de luxe ont été saisis.

Ces poursuites contre Ioukos ont fait très peu de bruit en Russie, où le groupe pétrolier est déjà considéré comme moribond. «C'est du délire», s'est contenté de rétorquer le porte-parole de Ioukos, Alexandre Chadrine. «A l'échelle de la Russie, tout cela est anecdotique, explique Andrei Reout, journaliste au quotidien Izvestia. Je n'exclus pas que cela réjouisse profondément nos organes de sécurité. Mais ces quelques millions de dollars espagnols ne sont tout de même pas grand-chose par rapport aux 30 milliards de dollars qui sont réclamés à Ioukos en Russie.»

Si ces soupçons espagnols venaient à être étayés et s'il s'avérait que les managers de Ioukos ont frayé avec la pègre internationale, ce serait un tournant dans l'affaire. Jusqu'ici, la firme russe et son fondateur Mikhaïl Khodorkovski, actuellement jugé à Moscou pour fraude fiscale et blanchiment d'argent, étaient généralement considérés en Occident comme victimes de l'acharnement politique de Poutine. Le groupe a été dépossédé de sa principale filiale, récupérée par l'Etat russe contre la volonté des managers du groupe.

Que Poutine se soit acharné contre Khodorkovski parce qu'il ne supportait pas que l'oligarque lui tienne tête ne veut pas dire que le patron de Ioukos et son groupe «sont blancs comme neige», rappelle un analyste financier de la banque Ouralsib.
Par Lorraine MILLOT, mardi 15 mars 2005 (Liberation - 06:00)

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Une grave crise politique menace la "révolution orange" en Ukraine

La crise politique, la première de cette ampleur depuis la "révolution orange" en Ukraine, couvait depuis de longs mois. Le président Viktor Iouchtchenko a décidé, jeudi 8 septembre, de trancher dans le vif en limogeant son gouvernement.
L'objectif est de mettre fin aux accusations de corruption visant certains de ses proches et aux dissensions au sein de son équipe. Ce coup de balai emporte la première ministre Ioulia Timochenko. La blonde et charismatique animatrice de la révolution de décembre 2004, qui a mis un terme au régime de Leonid Koutchma, semble faire les frais de son ambition, qui l'a amenée à se heurter de front avec un autre "poids lourd" du nouveau régime, Petro Porochenko, chef du Conseil national de sécurité ­ jusqu'à jeudi ­ et homme d'affaires.

"J'ai dû intervenir constamment pour aplanir les conflits entre les différentes institutions", a regretté le président Iouchtchenko, lors d'une conférence de presse. "La confiance était tombée au point zéro" , a-t-il ajouté. La lutte entre les deux clans s'est focalisée sur des accusations de corruption à l'encontre de M. Porochenko.
Celui qui fut l'un des principaux financiers de la "révolution orange" et disposait de sérieux appuis au sein des forces de sécurité avait été nommé à son poste pour contrebalancer l'influence politique et la popularité de Ioulia Timochenko. L'échafaudage n'a pas tenu : d'une part, à cause de leurs ambitions respectives à l'approche des élections législatives de mars 2006, qui coïncideront avec un renforcement des pouvoirs du Parlement ; d'autre part, en raison des accusations répétées à l'encontre de M. Porochenko, qui ont fini de déstabiliser une coalition déjà fragile en provoquant une cascade de démissions.

Samedi, le secrétaire général de la présidence, Olexander Zintchenko, proche du chef de l'Etat, avait démissionné. Olexander Tourtchinov, chef des Services de sécurité ukrainiens (SBU) et allié de longue date de Mme Timochenko, l'a suivi jeudi. De même que Mykola Tomenko, vice-premier ministre. "J'ai pris conscience que certaines personnes volent ; d'autres démissionnent (...). Je ne veux pas porter la responsabilité d'autres personnes qui ont créé un système corrompu" , a-t-il déclaré pour expliquer son geste. "L'Ukraine , a-t-il ajouté, est dirigée par deux gouvernements concurrents : celui de -Ioulia- Timochenko et celui de -Petro-Porochenko."

GUÉRILLA POLITIQUE

Le président a désigné, jeudi, un nouveau premier ministre par intérim, Iouri Ekhanourov, économiste de 57 ans. Le gouverneur de la région industrielle de Dniepropetrovsk est un partisan de longue date du président ukrainien, dont il était l'adjoint lorsque ce dernier dirigea brièvement le gouvernement, en 1999-2000. C'est à cette époque qu'il a mené les négociations de son pays avec le FMI. De 1994 à 1997, en tant que responsable du Fond de la propriété d'Etat, il avait mené un vaste programme de privatisations.
Les commentateurs voient en M. Ekhanourov un premier ministre "technique" , à l'instar de Volodymyr Polokhalo, rédacteur en chef de la revue Polititcheskaïa Mysl. M. Iouchtchenko "va devoir endosser toute la responsabilité parce que -le nouveau premier ministre- est très proche de lui" , a-t-il souligné. Vadim Karassev, analyste à l'Institut de stratégie internationale, a qualifié M. Ekhanourov de "politicien rationnel, pragmatique et tolérant". M. Ekhanourov a ainsi estimé que sa "tâche est de faire en sorte que les membres du gouvernement continuent leur travail et de garantir la stabilité" .

M. Iouchtchenko va procéder à des consultations durant les trois prochains jours pour "retrouver une nouvelle unité et un esprit d'équipe" . Ce gouvernement "technique" permettra-t-il de désamorcer la guérilla politique à l'approche des élections législatives de mars 2006 ? Le politologue Volodymyr Malinkovitch ne le pense pas. "La guerre entre eux va se poursuivre et se renforcer", estime-t-il.

Elle permettra peut-être de relancer le rythme des réformes, ralenti par les dissensions au sein du gouvernement. La marge de manoeuvre de la nouvelle équipe sera étroite dans ce pays où une bonne partie des 48 millions d'habitants souffre de la stagnation et de l'inflation.
Christophe Châtelot, Article paru dans l'édition du 10.09.05, LE MONDE | 09.09.05 | 14h18, Mis à jour le 09.09.05 | 14h21

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(25 septembre 2006) Huit ans de prison pour Khodorkovsky La peine de prison de l'ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovsky qui voulait entrer en politique a été réduite jeudi de neuf à huit ans par la justice russe.

La peine de prison de Mikhaïl Khodorkovsky a été réduit jeudi 22 septembre à huit ans au lieu de neuf par la justice russe mais après ce dernier recours d'appel de condamnation, les espoirs de ceux qui voulaient voir l'ex-oligarque entrer en politique en briguant un poste de député en décembre sont tombés. La culpabilité de Mikhaïl Khodorkovsky, condamné en mai pour fraude fiscale et escroquerie à grande échelle, a été confirmé par le verdict du tribunal de Moscou, après avoir examiné en un jour le dossier d'appel, alors que la durée du procès avait été de onze mois et le verdict avait traîné pendant deux semaines.

Un tribunal entièrement satisfait

Après 50 minutes de délibération le juge Viatcheslav Tarassov a annoncé que "la condamnation est réduite à huit ans" une diminution d'un an, grâce à la levée d'un point du dossier (concernant des transferts d'argent au profit de l'homme d'affaires Vladimir Goussinsky, aujourd'hui en exil). Il en a été de même pour Platon Lebedev, le plus proche associé de Mikhaïl Khodorkovsky, jugé dans le même temps.

"Le tribunal a jugé la condamnation légale, fondée et juste" a déclaré Dmitri Chokhine, le procureur, affichant une totale satisfaction devant les journalistes.

"Un acte de pure propagande"

La défense a pour sa part annoncé qu'elle continuerait à contester, d'abord devant le praesidium du Tribunal municipal de Moscou puis devant la Cour suprême. La réduction de la peine est "un acte de pure propagande" selon l'avocat Iouri Chmidt qui dénonce l'examen d'appel comme "une parodie de justice". L'homme d'affaires devrait donc être envoyé "dans une colonie pénitentiaire à régime ordinaire" rapidement car la condamnation peut dès à présent entrer en vigueur et en conformité avec le verdict prononcé le 31 mai.

Des juges soumis au parquet général

Ecartant un baron des affaires jugé par le Kremlin trop influent et démentelant le numéro un du pétrole russe Ioukos pour le faire revenir dans le giron de l'Etat, ici c'est joué le dernier acte d'une série politico-financière de près de deux ans.
Perçu comme l'homme le plus riche de Russie avant son arrestation d'octobre 2003, Mikhaïl Khodorkovsky, 42 ans, avait été condamné au terme d'un procès considéré comme largement politique, où les demandes du parquet général avaient été suivies à la lettre par les juges.
Selon les termes de Guenrikh Padva, principal avocat de l'ex-patron de Ioukos, la défense a présenté en appel "une requête d'une centaine de pages" dans laquelle elle dénonçait un verdict "tendancieux (...) violant la Constitution et la loi".

Un opposant réformateur sérieux évincé?

Le rejet de l'appel ruine les espoirs de ceux qui pensaient, comme la libérale Irina Khakamada, qu'il pouvait devenir un opposant réformateur sérieux au clan des pro-Poutine et voulaient voir Mikhaïl Khodorkovsky entrer le plus rapidement possible en politique.
La candidature de l'ex-oligarque avait déjà été déposée suite à son intention de briguer un mandat de député dans une législative partielle prévue en décembre dans une circonscription de Moscou. Cependant la confirmation de la condamnation lui interdit désormais de se porter candidat.

"Condamné dans le mépris de la loi"

"Certaines personnes au sommet du pouvoir ont fait pression sur les juges (...) pour que le verdict entre en vigueur le plus vite possible afin d'empêcher Mikhaïl Khodorkovsky d'être candidat aux élections", a accusé l'avocat.
Malgré une tentative du juge d'interrompre Mikhaïl Khodorkovsky, lors des audiences de jeudi, au motif qu'un tribunal n'était "pas le lieu pour des déclarations politiques" ce dernier a déclaré qu'on le maintiendrait en prison tant que la peur vis-à-vis de l'opposition l'emportera sur la confiance (...). Les gens doivent comprendre que j'ai été condamné dans le mépris de la loi".
[Nouvelobs.com : quotidien - 2005/09/25 18:12:00]

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(Mai 2006) Pour déjouer l'OPA de Mittal, le sidérurgiste européen s'allie avec Severstal, ex-combinat soviétique dirigé par un oligarque.

Le «Wunderkind goes global», comme on dit joliment en nouveau russe.
Pour la Russie, l'alliance d'Arcelor et Severstal consacre à la fois l'ascension météorique d'un tout jeune oligarque, Alexeï Mordachov, 40 ans, et celle d'une économie qui se relève et veut maintenant profiter de la mondialisation. Severstal, nouveau partenaire d'Arcelor, c'est l'histoire de la formidable transformation d'un vieux combinat soviétique, fondé par Staline après la Seconde Guerre mondiale, parti aujourd'hui à la conquête du monde.

Né à Tcherepovets, le siège du combinat, 600 km au nord de Moscou, Alexeï Mordachov est entré en 1988 au combinat, comme simple économiste, après des études à Leningrad qui lui avaient tout de même déjà permis de se lier avec Anatoly Tchoubaïs (futur père des privatisations, aujourd'hui roi de l'électricité russe).

Remarqué par le vieux directeur, Alexeï Mordachov passe chef comptable, puis directeur financier et enfin responsable de la privatisation de l'entreprise en 1993, à 28 ans.
Brillant et ambitieux, il réussit à l'époque à écarter les prédateurs qui tournaient autour de Severstal, notamment Vladimir Lissine (aujourd'hui à la tête d'un concurrent, Novolipetsk, lui aussi récemment en lice pour épouser Arcelor), et s'empare progressivement des actions de la société qu'il privatise.
Aux dernières nouvelles, il détenait 82 % des actions de Severstal. Sa fortune personnelle est estimée par le magazine Forbes à 7,6 milliards de dollars, la 7e de Russie.

Ambitions.
«Même pour un Wunderkind, je ne sais pas comment on peut se hisser ainsi à la tête de 12,5 milliards d'actifs, relève Vladimir Katoutine, analyste de la compagnie d'investissements Aton. Mordachov a privatisé Severstal en son nom propre, mais il y a eu très peu d'informations à ce sujet.»

Ayant complété sa formation par un MBA (Master of Business Administration) à l'université britannique de Northumbria, Mordachov a très vite introduit à Tcherepovets les méthodes occidentales de gestion, recruté le cabinet de conseil Mc Kinsey pour revoir toute l'organisation du combinat, se faisant célébrer comme un des meilleurs managers du pays.

De tous les sidérurgistes russes, il est aussi le premier à s'être lancé dans une politique ambitieuse d'acquisitions à l'étranger, rachetant en 2002 l'Américain Rouge Steel et en 2005 l'Italien Lucchini. Par rapport à ses concurrents russes comme Evraz ou Novolipetsk, Severstal est pourtant «moins transparent» encore, remarque l'analyste Vladimir Katoutine.

En 2004 déjà, dans une interview au quotidien russe des affaires Vedomosti, Alexeï Mordachov avait dévoilé ses ambitions : «Pour notre branche, il serait bon que soient formées 4 ou 6 compagnies ayant un volume de production de 100 millions de tonnes d'acier par an, qui domineraient le marché et le consolideraient. Severstal doit être une de ces compagnies ou devenir une partie de ces compagnies», affirmait-il déjà.
Pour mémoire, Arcelor a produit 55 millions de tonnes d'acier en 2005 et Severstal 11 millions.

Insolence.
Ces derniers temps, Severstal s'est aussi lancé en Russie dans des diversifications qui plaisent moins aux experts, prenant par exemple une participation dans la chaîne de télévision REN-TV, en connivence, dit-on, avec le Kremlin qui était agacé par l'insolence de cette chaîne.

Avant de dire oui à Arcelor, Mordachov a aussi fait bénir son projet par Vladimir Poutine, révélait hier Vedomosti. Mordachov a expliqué au président russe que «la stratégie de Severstal est conforme à celle de Gazprom : il s'agit de former une corporation transnationale et devenir un des leaders mondiaux».

Plusieurs entreprises russes, notamment RusAl (aluminium), Loukoil (pétrole), Alfa Group (télécommunications) ou Norilsk (nickel et or) se sont mises ces dernières années à racheter d'importants actifs à l'étranger : l'alliance Severstal-Arcelor serait un nouveau pas de géant dans cette direction.

Cette fusion est «très positive pour le marché russe» se réjouissait hier l'analyste Kirill Tchouïko, imaginant que ce mariage pourrait ouvrir la voie à d'autres, par exemple entre Mittal Steel et le combinat de Novolipetsk. «L'Occident aura maintenant une meilleure opinion des compagnies russes», espère aussi Alexandre Iakovlev, expert de RosBusinessConsulting.
par Lorraine MILLOT, Libration, QUOTIDIEN : samedi 27 mai 2006

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(30 mai 2006) Après Mordachov, Abramovitch investit dans l'acier. Sous l'oeil bienveillant de l'Etat.
Le Kremlin dispose de quelques oligarques dans sa manche

L'un part à la conquête du monde, l'autre revient en Russie : de grandes manoeuvres sont en cours parmi les oligarques russes qui, forts des milliards de dollars amassés en quelques années, ne font sans doute que commencer leurs danses sur les marchés internationaux.
Au moment où le jeune patron de Severstal, Alexeï Mordachov, 40 ans, vient d'annoncer son projet de fusion avec Arcelor pour former le plus grand groupe sidérurgique au monde (lire ci-dessous), la première fortune de Russie, Roman Abramovitch, 39 ans, s'apprêterait, lui, à prendre 40 % du groupe Evraz, numéro 2 de la sidérurgie russe (après Severstal), révélait hier Vedomosti, le quotidien russe des affaires.

Cet oligarque russe, que l'on croisait ces derniers temps plutôt en Grande-Bretagne, dans la loge d'honneur de son club de foot Chelsea, serait prêt à investir 3 milliards de dollars dans l'acier russe. Selon le quotidien Vedomosti, généralement bien informé, Roman Abramovitch disposerait d'un pouvoir d'achat de 25 milliards de dollars, issus de la vente précédente de ses principaux actifs russes (RusAl et Sibneft). Et acquerrait Evraz dans l'idée de créer autour de lui un nouveau champion national de l'acier.

Renationalisations.
«La fusion Severstal-Arcelor et la prise de participation d'Abramovitch dans Evraz ne sont pas du tout contradictoires. Dans les deux cas, il s'agit d'un mouvement de consolidation de la métallurgie russe», explique Elizavieta Ossetinskaïa, rédactrice en chef de Vedomosti. Kirill Tchouïko, analyste de la compagnie UralSib, complète : «Il semble qu'Abramovitch a reçu licence du Kremlin pour mener à bien la consolidation de la métallurgie russe, une branche où l'Etat n'était plus représenté. Les 40 % que prendrait Abramovitch dans Evraz ne sont sûrement que le début d'un processus.»

Maxime Kachoulinski, rédacteur en chef de la version russe du magazine Forbes, doute tout de même de la sincérité de cet intérêt subit d'Abramovitch pour l'acier, mais voit aussi dans ces mouvements une volonté de réorganisation du business russe : «Il est difficile d'imaginer que les intentions d'Abramovitch dans la métallurgie sont sérieuses. Il pourrait bien aussi vouloir revendre plus tard sa part d'Evraz à une compagnie d'Etat ou à des étrangers, estime cet expert.

Mais ce qui semble évident est que le Kremlin veut dans chaque branche un joint-venture exemplaire : dans le pétrole, c'est TNK-BP [alliance formée en 2003, ndlr], dans la métallurgie, ce serait Severstal-Arcelor. A leurs côtés, il y aurait de grosses compagnies d'Etat, comme Rosneft dans le pétrole.» Ces mouvements de capitaux se passent en effet sur fond de renationalisations de biens bradés un peu vite dans le désordre des années 90 : la compagnie d'Etat Rosneft s'est emparée du principal actif de Ioukos, Iouganskneftegaz, Gazprom a repris le pétrolier Sibneft, et un autre grand conglomérat public semble en voie de création autour de Rosoboronexport, qui a repris les usines automobiles AvtoVAZ.
Dans ce schéma, les oligarques privés ont encore leur rôle à jouer, à condition qu'ils servent les intérêts de l'Etat, c'est-à-dire d'une petite clique autour de Poutine, selon de nombreux analystes russes.

Gestes politiques.
Abramovitch et Mordachov sont considérés en Russie comme deux des oligarques qui ont le mieux réussi à préserver leurs bonnes relations avec le Kremlin, sous Eltsine comme sous son successeur, au prix de contorsions parfois curieuses.
Abramovitch, qui passe le plus clair de son temps en Grande-Bretagne, a été condamné à occuper le poste de gouverneur de Tchoukotka, province située à douze fuseaux horaires de Londres, qu'il doit arroser avec sa fortune.
De son côté, Alexeï Mordachov avait intrigué en rachetant, en 2003, à un prix jugé démesuré, une part de la banque péterbourgeoise Rossia. Sachant que le principal propriétaire de cette banque, Iouri Kovaltchouk, est un vieux partenaire d'affaires de Poutine, l'emplette de Mordachov avait à l'époque été jugée surtout «politique».
Récemment, le jeune Mordachov a récidivé en rachetant une part de la chaîne de télévision REN-TV, geste également considéré comme très politique, sachant que l'insolence de cette chaîne agaçait le Kremlin. «Il semble que pour diriger un grand business en Russie, il faille faire des gestes bizarres en direction de l'Etat», ironise Kachoulinski du Forbes russe.

Même le quotidien Izvestia, lui-même passé en 2005 sous la coupe de Gazprom, et contraint de servir le Kremlin de façon de plus en plus voyante, reconnaissait hier que, ces dernières années, le sort des oligarques russes aura été très «divers», rappelant celui de Mikhaïl Khodorkovski, ancienne première fortune de Russie, aujourd'hui condamné à huit ans de camp en Sibérie pour avoir osé tenir tête à Poutine. «Il semble bien, sentence Izvestia, que les hommes d'affaires n'auront plus envie de sitôt de mettre leurs intérêts en travers de ceux de l'Etat.»
par Lorraine MILLOT, Libération, QUOTIDIEN : mardi 30 mai 2006

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jeudi 26 avril 2007, 17h06 Poutine critique l'"ingérence" des "colonisateurs" occidentaux en Russie Par Karim TALBI

MOSCOU (AFP) - Le président russe Vladimir Poutine a critiqué jeudi les Occidentaux, des "colonisateurs" qui, sous couvert de promotion de la démocratie, font preuve d'ingérence "directe" dans les affaires de l'Etat russe en finançant l'opposition et les ONG de défense des droits de l'homme.

Soucieux de répondre à l'expansion militaire de l'Otan à ses frontières et notamment au projet américain de déploiement d'un bouclier antimissile, il a menacé de sortir du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE), un des textes clés régissant la sécurité sur le Vieux Continent après la Guerre froide.

Dans son 8e discours à la Nation, le dernier avant la fin de son mandat en mai 2008, le maître du Kremlin a défendu un bilan qui a permis de faire de la Russie "une des dix plus puissantes économies dans le monde".

"Le flux d'argent venant de l'étranger, utilisé pour une ingérence directe dans nos affaires intérieures, augmente", a-t-il déploré dès le début de son discours d'une heure.

"Il y a ceux qui, en utilisant habilement une phraséologie pseudo-démocratique, aimeraient revenir à un passé proche: les uns pour piller comme avant, les richesses du pays, voler les gens et l'Etat, sans être châtiés; les autres pour priver notre pays de son autonomie économique et politique", a-t-il ajouté à l'adresse des Occidentaux.

"A l'époque du colonialisme, on parlait du rôle civilisateur des Etats-colonisateurs", a ironisé M. Poutine, reprenant un argument auquel il avait déjà recouru dans le passé.

Les Occidentaux "utilisent des slogans sur la démocratisation, mais le but est le même: l'acquisition de manière unilatérale d'avantages destinés à assurer leurs intérêts propres", selon le président russe.

Maître d'un pays où les séparatismes sont sous contrôle, où le Parlement a vu son rôle réduit à la portion congrue et où la presse audiovisuelle a été mise au pas, Vladimir Poutine semble néanmoins craindre la rue et l'organisation d'une révolution pacifique.

Les manifestations de la mi-avril organisées par le mouvement d'opposition L'Autre Russie, dirigé par l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov, s'étaient ainsi terminées par des charges violentes des policiers anti-émeutes et l'arrestation de centaines de manifestants.

Auparavant, le Kremlin avait promulgué une loi entrée en vigueur en avril 2006 qui place les ONG sous le contrôle étroit des autorités.

Plusieurs ONG estiment que la nouvelle législation complique l'obtention d'aides financières étrangères et fournit un prétexte pour éliminer les organisations jugées hostiles aux autorités.

Dans le domaine de la défense, Vladimir Poutine a annoncé que Moscou allait geler l'application par la Russie du Traité sur les forces conventionnelles en Europe qui limite le déploiement d'armes.

"Je propose que nous déclarions un moratoire sur le respect par la Russie du traité" FCE, a déclaré le président russe.

Ce traité de 1990 est destiné à limiter le déploiement d'armes conventionnelles de l'Alliance atlantique et du Pacte de Varsovie. Après la chute du régime soviétique en 1991, il avait été adapté en 1999.

Souvent applaudi par les députés et les sénateurs, le président a dressé un tableau large des perspectives et des objectifs économiques que lui, puis son successeur, devraient poursuivre.

Il a notamment promis des milliards de dollars d'investissement pour de grands travaux dans l'énergie et les transports, et pour le développement du secteur des nanotechnologies, présenté comme vital pour l'avenir scientifique du pays.

"Nous parlons d'une seconde électrification massive du pays", a dit M. Poutine, annonçant un objectif de multiplication des deux-tiers de la production électrique d'ici 2020.

Le président a assuré que 26 nouvelles centrales nucléaires seraient construites dans les 12 prochaines années.
jeudi 26 avril 2007, 17h06 , Yahoo.fr, actualités

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Le pouvoir russe s’offre un nouveau groupe pétrolier
Le président de Rosneft révèle avoir bradé sa compagnie sous la pression de l’Etat. (notedt : un voleur volé ???)
Par LORRAINE MILLOT, Libération, QUOTIDIEN : mardi 31 juillet 2007, p. 14

Perquisitions de nuit, interrogatoires, pressions, descentes du fisc et de la police criminelle, une «traque sans précédent». Dans une lettre ouverte publiée hier, le président du dixième groupe pétrolier russe, Mikhaïl Goutseriev, lève un nouveau voile sur le banditisme d’Etat qui semble régner dans le monde des hydrocarbures en Russie. Après le démantèlement de Ioukos, jadis premier groupe pétrolier du pays, quasi repassé de force sous le contrôle de l’Etat, l’affaire Rosneft est un deuxième exemple de dépossession d’un investisseur privé suite à des pressions d’Etat.

Enfers.

En 2003, Mikhaïl Khodorkovski, l’ex-patron de Ioukos, avait voulu tenir tête jusqu’au bout au Kremlin ; il est aujourd’hui dans un camp de Sibérie, purgeant une peine de huit ans de prison. Averti par ce précédent, le patron de Rosneft, Mikhaïl Goutseriev, a finalement annoncé la vente de son groupe à un oligarque bien en cour au Kremlin, Oleg Deripaska. Rosneft, que Goutseriev avait fondé en 2002 après avoir fait fortune dans la banque, a été cédé pour une somme estimée autour de 6 milliards de dollars (4,4 milliards d’euros), très en dessous de son prix.

Originaire d’Ingouchie, petite république du Caucase où l’honneur vaut souvent plus que la vie, Goutseriev, tout en s’inclinant, a osé raconter sa descente aux enfers dans une lettre publiée par le quotidien russe des affaires, Vedomosti. «On m’a proposé de quitter le secteur pétrolier à l’amiable, écrit-il. J’ai refusé. Alors, pour me rendre plus docile, la compagnie a été soumise à une traque sans précédent. Dans toute l’histoire de la Russie et de l’URSS, il n’y a jamais eu un tel mépris pour la loi», s’indigne-t-il.

«On ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une nouvelle affaire Ioukos, car celle-ci a été le fondement du nouvel ordre économique en Russie : depuis, il est clair que le secteur pétrolier russe doit ­appartenir aux amis du président Poutine, analysait hier la journaliste Ioulia Latynina, excellente connaisseuse des arcanes du pouvoir et de l’économie russes. Ce qui est remarquable, c’est que Goutseriev, à la différence d’autres hommes d’affaires, a choisi de publier cette lettre, qui lui coûte plusieurs milliards de dollars. Sans doute pense-t-il que sa fierté de montagnard vaut bien cet argent.» Selon elle, la vraie valeur de Rosneft aurait été de 15 à 17 milliards de dollars (11 à 12,5 milliards d’euros), alors que Goutseriev ne recevra que 3 milliards (2,1 milliards d’euros).

Artiom Kontchine, analyste à la compagnie d’investissement Aton, n’estime pourtant la valeur de Rosneft qu’à 9 milliards de dollars (6,5 milliards d’euros), dont il faudrait déduire plus de 3 milliards de dettes et les prétentions du fisc russe. «Au total, on arrive à peu près au chiffre de 3 milliards de dollars que Goutseriev doit avoir reçu, calcule-t-il. Mais on ne peut guère parler de juste prix, puisqu’il s’agit d’un engloutissement d’une compagnie réalisé sous la pression.»

«Gants blancs».

Goutseriev avait fait de Rosneft «une des meilleures compagnies pétrolières russes de second rang», estime cet analyste. «Ses méthodes étaient connues comme plutôt dures, il ne prenait pas toujours en considération les intérêts des petits actionnaires ou des acteurs régionaux, rappelle-t-il. Mais il est clair qu’un homme qui construit une telle compagnie en quelques années n’a pas pu toujours s’y prendre avec des gants blancs. Il a dû heurter des points sensibles.» Goutseriev aurait heurté le Kremlin l’an dernier, lorsqu’il a racheté des actifs de Ioukos mis aux enchères par l’Etat. «Le Kremlin n’a pas démembré Ioukos pour que des gens comme lui s’en emparent ensuite», suppose un autre analyste.

Mikhaïl Goutseriev était aussi en conflit chronique avec le président ingouche, Mourat Ziazikov, un général des services secrets nommé par Poutine, qui aurait réussi à tramer contre lui. «La situation en Ingouchie est encore moins bien gérée que la Somalie ou l’Irak, rapporte la journaliste Ioulia Latynina. Il y a sans ­cesse des enlèvements de proches parents du président ­Ziazikov. Pour ce dernier, il vaut mieux que le coupable soit Goutseriev plutôt que la corruption et l’incompétence de son régime.»

Mais, selon elle, cette affaire Rosneft n’est que la partie émergée du maelström politico-financier déclenché par le Kremlin. Ces derniers mois, deux compagnies étrangères, Shell et BP, ont été priées de céder à Gazprom leurs parts dans deux importants gisements de gaz et de pétrole, après avoir été menacées de perdre leurs licences d’exploitation. Elles se sont exécutées, sans faire autant de raffut.

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Bush mise sur la tactique du homard pour séduire Poutine
Le président américain a reçu son homologue russe dans sa résidence familiale de Kennebunkport, misant sur l'air marin et la spécialité gastronomique locale pour détendre l'atmosphère.
Par Liberation.fr avec AFP LIBERATION.FR : lundi 2 juillet 2007

Une première. Le président américain George W. Bush a accueilli son homologue russe Vladimir Poutine, dimanche, dans sa résidence familiale de Kennebunkport, dans le Maine. Jusqu’alors, il n’y avait jamais accueilli de chef d’Etat étranger.

Bush compte sur le climat de détente auquel se prête la maison de ses parents surplombant l’Atlantique – là où, enfant, il passait ses étés – pour raffermir les liens, lors de ce qui est appelé le «sommet du homard», la spécialité locale. Dès l'arrivée de Poutine, dimanche, le président américain l’a aussitôt emmené faire du bateau, histoire de donner le ton. Ils ont ensuite eu une longue discussion «amicale» autour d’un dîner... de homards. Ils doivent aborder les questions concrètes de politique internationale ce lundi uniquement, indiquait dimanche soir le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Les relations entre les Etats-Unis et la Russie sont affectées par le projet américain d’étendre leur bouclier antimissile à l’Europe. Mais d’autres querelles profondes enveniment les relations entre les deux pays, comme le statut du Kosovo, l’expansion de l’Otan aux portes de la Russie ou les critiques de G.W. Bush contre l’état des libertés en Russie.

Cette dernière question semble avoir été évacuée dès dimanche. Les deux présidents ont parlé de «la façon dont évoluent les systèmes démocratiques des deux pays de manière concrète et avec humour», a dit le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Aucune percée diplomatique n'est à attendre, insistent les deux parties. La Maison Blanche a également invoqué la coopération existant entre les deux pays, face au défi nucléaire iranien par exemple, qui risque fort d’être mis sur la table à Kennebunkport.

Le mini-sommet a été précédé vendredi des premières discussions entre les Etats-Unis et ses partenaires du Conseil de sécurité (dont la Russie) sur l’idée américaine de taxer, au titre de nouvelles sanctions beaucoup plus rigoureuses contre l’Iran, toutes les cargaisons en provenance ou en direction de la République islamique, rapportait dimanche le New York Times. Il s’agirait d’empêcher les acheminements d’équipements nucléaires ou d’armes. Les deux présidents ont également discuté de leurs successions respectives.

George W. Bush est tout sauf en position de force, face à un collègue russe plein de confiance et fort de l’estime de ses compatriotes. Avant l’arrivée de Poutine, environ 1 500 manifestants ont rappelé à leur président sa condition de président le plus impopulaire depuis Richard Nixon, selon de récents sondages. Ils ont défilé sous des pancartes proclamant «Arrêtez la guerre, faites rentrer nos soldats», ou réclamant sa destitution et celle de son vice-président Dick Cheney.

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Moscou sort du désarmement européen
Poutine confirme son retrait du traité sur les forces conventionnelles.
Par Jean-Hébert Armengaud, Libération, QUOTIDIEN : lundi 16 juillet 2007

Retour vers la guerre froide ? La Russie a mis ses menaces à exécution et confirmé samedi qu’elle suspendrait d’ici cinq mois sa participation au traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE).

Signé en 1990, le traité FCE est considéré comme la pierre angulaire de la sécurité en Europe. Il limite notamment le nombre de chars, de pièces d’artillerie lourde, d’avions et d’hélicoptères de combat déployés et entreposés de l’Atlantique à l’Oural et autorise des contrôles entre pays sur les déploiements de ces armements.

Concrètement, si aucun accord n’est trouvé d’ici cinq mois, a expliqué le ministère russe des Affaires étrangères dans son communiqué, les Russes cesseront de fournir des informations à l’Otan sur leurs forces conventionnelles et refuseront les inspections.

L’élargissement de l’Alliance atlantique près des frontières russes, mais surtout le projet défendu par George W. Bush d’installation d’un bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque, deux pays qui, il y a à peine vingt ans, faisaient partie de la zone d’influence russe, ont provoqué ces représailles.

Evoquant le projet, Vladimir Poutine avait accusé en février dans un discours très virulent les Etats-Unis de sortir «de leurs frontières nationales dans tous les domaines», et de se comporter «d’une façon très dangereuse» qui «va à l’encontre de la stabilité internationale».

Pour Evgueni Volk, qui dirige l’Heritage Foundation, institut de réflexion basé à Washington, si, d’ici cinq mois, «aucun accord n’est conclu à propos du bouclier antimissile, la Russie pourrait mettre à exécution ses menaces de viser à nouveau l’Europe et redéployer des missiles, comme c’était le cas dans les années 70».

L’OTAN «regrette profondément cette décision. Les Alliés considèrent ce traité (FCE) comme un élément important de la sécurité européenne», a réagi un porte-parole de l’Alliance atlantique.

Le Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche a fait part de sa «déception», tout en indiquant vouloir «continuer les discussions, dans les mois qui viennent, pour trouver les moyens d’avancer dans l’intérêt de la sécurité en Europe».

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Hédiard tombe dans le panier d’un Russe sulfureux
Entreprise. La société Luxadvor rachète l’épicerie de la place de la Madeleine.
Par Emmanuel Grynszpan, Libération, QUOTIDIEN : vendredi 12 octobre 2007, p. 17

Moscou correspondance Hédiard est désormais russe.
L’enseigne française d’épicerie fine vient d’être cédée à Luxadvor, une société contrôlée par Sergueï Pugachev, un magnat russe. Propriété depuis 1995 d’un homme d’affaires monégasque, Michel Pastor, l’épicerie de la place de la Madeleine à Paris, fondée en 1854, compte aujourd’hui une centaine de points de vente en France et deux cents à l’étranger, pour un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros. Elle emploie entre 210 et 250 personnes selon la période de l’année. L’arrivée du nouveau propriétaire intervient alors qu’Hédiard s’apprête enfin à équilibrer ses comptes.

«Diffamation».

On ne savait pas Pugachev, certainement le plus secret des oligarques russes, fin gourmet. Ce qu’on sait, en revanche, c’est qu’il souffre depuis longtemps de brûlures d’estomac lorsqu’il voit son nom dans la presse. Plusieurs quotidiens français (dont Libération) ont été assignés en justice par le passé pour «diffamation», poursuites à chaque fois restées sans suite.

Plus grave, le dernier journal d’opposition russe, Novaïa Gazeta, a été condamné en février 2002 à verser à la banque MPB, fondée et contrôlée par Pugachev, la somme exorbitante et sans précédent en Russie de 500 000 dollars (350 000 euros). Le journal d’investigation avait révélé dans un article que la direction de MPB était impliquée dans le blanchiment d’argent, et la banque avait porté plainte pour calomnie, citant la perte de clients suite à l’article.

Luttant pour sa survie, Novaïa Gazeta avait contre-attaqué en révélant l’existence de sociétés-écrans et démontrant que les «clients perdus» étaient en fait des filiales de la banque. Effrayé, MPB s’était alors rétracté. Pugachev ne parle jamais à la presse et déteste se faire appeler «oligarque». Pourtant, il illustre merveilleusement la définition, puisqu’il est à la fois milliardaire et sénateur de Touva, une modeste république proche de la Mongolie. Le quotidien Nezavissimaïa Gazeta le classe comme le 6e homme d’affaires russe le plus influent.

Récompensé.

Déjà banquier à l’époque soviétique, il a négocié adroitement la transition en entrant en 1990 au sein de l’organe clé du pouvoir russe : l’administration présidentielle. En 1992, il fonde la banque MPB et est récompensé par l’attribution de vastes comptes de compagnies d’Etat. Des activités lucratives qui lui permettent d’investir dans de nombreuses sociétés, regroupées à partir de 2004 dans OPK Trust Company, un holding néo-zélandais détenu par Pugachev et sa famille. Cet empire se déploie dans des secteurs aussi divers que la banque, les travaux publics, l’énergie, les chantiers navals, les médias… et maintenant le luxe, avec Hédiard.

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Condoleezza Rice apporte son soutien à la société civile russe
Reuters - Samedi 13 octobre, 16h09MOSCOU (Reuters) -

La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, critiquant la "concentration des pouvoirs" au Kremlin, a apporté samedi son soutien aux associations russes de défense des droits de l'homme et leur a offert son aide pour bâtir des institutions qui protégeraient la population du "pouvoir arbitraire de l'Etat".

Rice avait réuni des représentants d'organisations dans la résidence de l'ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, où elle effectue une visite diplomatique.

Les Etats-Unis, comme d'autres gouvernements occidentaux, sont préoccupés par l'état de la démocratie et des droits de l'homme dans une Russie où les pouvoirs sont toujours plus centralisés depuis l'arrivée de Vladimir Poutine à la présidence.

La télévision nationale, principale source d'information de la plupart des Russes, est ainsi fermement contrôlée par le Kremlin et n'ouvre que rarement son antenne aux opposants.

"J'ai tout à fait confiance dans le fait que votre objectif est de bâtir des institutions endogènes à la Russie, des institutions russes, mais qui soient également respectueuses de ce que nous savons être des valeurs universelles", a-t-elle dit, évoquant notamment la liberté religieuse, la liberté d'association et "le droit de ne pas être soumis au pouvoir arbitraire de l'Etat".

"BALAYER DEVANT SA PORTE"

"Ce sont là des libertés auxquelles aspirent tous les êtres humains. Et de fait, tout pays, tout peuple, toute culture possède sa propre expression de ces institutions", a poursuivi Rice. "Que pouvons-nous faire pour aider la Russie à construire des institutions fortes qui soient porteuses de ces valeurs universelles ?"

"Je pense qu'il y a trop de concentration de pouvoirs au Kremlin", a-t-elle dit ensuite à des journalistes. "On se pose des questions sur l'indépendance de la justice. Il a des questions sur l'indépendance des médias électroniques et aussi des questions, je pense, sur le rôle de la Douma", la chambre basse du parlement, a-t-elle dit.

Parmi les participants à la table ronde figuraient notamment Lioudmila Alexeïeva, qui préside le groupe d'Helsinki à Moscou, Tatiana Lokchina, directrice de l'association Demos, et Alexandre Brod, du Bureau des droits de l'homme de Moscou.

Etait également présent Vladimir Loukine, ancien ambassadeur de Russie à Washington, actuellement médiateur de l'Etat pour les questions liées aux droits de l'homme.

Lokchina a déclaré que les exactions commises par les forces américaines dans les prisons cubaine de Guantanamo et irakienne d'Abou Ghraïb portaient un coup à l'autorité des Etats-Unis en matière de droits de l'homme.

"Les Etats-Unis ont perdu de l'efficacité du point de vue de leur capacité à critiquer le gouvernement russe. Aujourd'hui, quand ils formulent des critiques, les autorités russes leur répondent de balayer devant leur porte", a-t-elle déploré.

Pour sa part, Alexeïeva a déclaré avoir fait valoir à Rice que l'Occident devait parler plus ouvertement des travers du "régime autoritaire" de Moscou. "J'ai dit à Rice que les militants des droits de l'homme souhaitaient que les dirigeants occidentaux viennent en Russie soulever la question de droits de l'homme publiquement, et pas seulement en privé".

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Ukraine : les oligarques restent aux affaires
L’homme le plus riche du pays, Rinat Akhmetov, entretient des liens étroits avec les leaders de tous bords.
Par despic-popovic, Libération, QUOTIDIEN : samedi 6 octobre 2007, p. 7

Kiev envoyée spéciale L’Ukraine vote, trois fois en trois ans mais les oligarques restent.

Les richissimes hommes d’affaires - appelés dans le monde postsoviétique «oligarques» en raison de leurs relations étroites avec le pouvoir politique - n’ont pas été balayés avec la révolution orange de 2004.
A l’époque, on disait en plaisantant dans les milieux économiques que la révolution orange était «la révolution des millionnaires contre les milliardaires». Il s’avère que les premiers et les seconds ont non seulement survécu mais aussi prospéré.

Selon l’hebdomadaire polonais Wprost, qui publie chaque année l’annuaire des cent plus grosses fortunes d’Europe orientale (Russie comprise), le premier Ukrainien arrive en quatrième position derrière trois Russes.

Il s’agit de Rinat Akhmetov, l’industriel de Donetsk, la région dont le chef du gouvernement sortant, le prorusse Viktor Ianoukovitch et grand perdant des élections de dimanche a longtemps été gouverneur.

Elu député du Parti des régions en 2006, Akhmetov en est son grand argentier. Sa fortune, évaluée à 7,2 milliards de dollars (environ 5 milliards d’euros) en 2006, s’élevait à 18,7 milliards en 2007.

Rebondir.

L’homme dont le holding, leader de la métallurgie, génère 10 % du PIB ukrainien fait aujourd’hui la pluie et le beau temps. Il a démontré sa faculté à rebondir. En 2004, il faisait figure de perdant. La révolution orange lui avait coûté l’aciérie de Krivorijstal, acquise pour 800 000 dollars avec le gendre de l’ancien président et reprivatisée à titre d’exemple par les nouveaux élus pour 5 millions de dollars.

Réfugié dans un premier temps en Russie, il est rentré dès que les leaders orange se sont montrés plus conciliants avec les milieux d’affaires. A la tête d’une fondation qui fait du mécénat, Akhmetov - qui, tradition oblige, a aussi son club de football - aime désormais faire figure de personnalité réconciliatrice.

Selon le politologue Volodymir Fessenko, c’est lui qui «pousse à la formation d’une grande coalition», une formule finalement proposée cette semaine par Viktor Iouchtchenko, le président leader du camp pro-occidental. Car la situation actuelle, où aucun camp politique n’a l’avantage, convient fort bien aux oligarques. «Ils ont peur d’un scénario à la Poutine qui écarterait certains oligarques et en soutiendrait d’autres», affirme l’analyste Vadim Karasev.

Pour faire obstacle à un tel schéma, plusieurs grands groupes industriels et financiers ont commencé à soutenir Iouchtchenko tout en continuant à aider son rival.

C’est le cas de Rinat Akhmetov, assure le politologue, qui souligne que l’homme d’affaire rêve de faire de l’Ukraine «un pays moderne». A l’étroit sur le marché national, et sans perspectives sur le marché russe, le holding d’Akhmetov se prépare, comme plusieurs autres groupes ukrainiens, à sortir sur la Bourse de Londres. Pour être mieux coté et paraître légitime à l’étranger, «il a besoin de Iouchtchenko, pas de Ianoukovitch», explique l’analyste Kost Bondarenko.

Fléau.

Contrairement aux engagements qu’il avait pris à l’automne 2004 de séparer le business de la politique, le président Iouchtchenko a nommé dès son élection des hommes d’affaires proches à des postes clés. Le premier gouvernement orange dirigé par Ioulia Timochenko, à laquelle s’est ralliée la deuxième fortune d’Ukraine, le PDG du groupe Privat, Igor Kolomoiski, est mort miné par leurs conflits d’intérêts.

«La plus grande déception fut de voir qu’ils faisaient leurs affaires de la même manière que leurs prédécesseurs», souligne aujourd’hui la sociologue Svitlana Konontchouk.

De nouvelles fortunes sont nées. Sorti de nulle part, Dmitri Firtash est arrivé au sommet cette année (5 e rang des fortunes nationales) en obtenant le monopole du commerce du gaz russe, l’élément qui a fait la fortune des oligarques dans les années 90. Ami du frère du Président, on le dit proche du parti de Ianoukovitch et du ministre sortant de l’Economie. L’octroi de ce monopole «n’a pas pu se ­faire sans un schéma de corruption», affirme un bon connaisseur des affaires ukrainiennes.

La corruption est un fléau omniprésent. «100 % des personnes interrogées lors d’une enquête d’opinion ont répondu qu’ils avaient eux-mêmes au moins une fois soit donné soit reçu un pot-de-vin», révèle l’expert.

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Vladimir Poutine rassemble ses admirateurs à Moscou
LE MONDE | 22.11.07 | 14h22 • Mis à jour le 24.11.07 | 16h21

Une mer de drapeaux, des filles en mini-shorts chantant "j'en veux un comme Poutine", des vedettes du sport et de la télévision et 5 000 militants étaient rassemblés, mercredi 21 novembre, au stade Loujniki de Moscou pour supplier le président russe de continuer à diriger le pays après la fin de son second mandat en 2008.

Le rassemblement avait été convoqué par Russie unie (le parti du pouvoir) et par le mouvement "Za Poutina" (Pour Poutine) qui vient tout juste d'être créé. "Russie ! Russie ! Russie ! Nous croyons en nous-mêmes, nous croyons en la Russie !", scandaient les militants en agitant des drapeaux russes. Vladimir Poutine, empêché par la Constitution de se présenter pour un troisième mandat présidentiel lors de l'élection de mars 2008, dirige la liste du parti Russie unie (dont il n'est pas membre) pour les législatives du 2 décembre.

Le chef de l'Etat russe, costume sombre et col roulé noir, est resté mystérieux sur ses intentions, annonçant "un remaniement complet" après les élections. Qualifiant ses opposants de "chacals", il a agité le spectre de l'ingérence étrangère : "Malheureusement, il y a toujours dans notre pays des personnes qui s'infiltrent par le biais des ambassades étrangères, qui comptent sur le soutien de fonds et de gouvernements étrangers, mais pas sur leurs propres concitoyens." Ces opposants "veulent que la Russie soit faible et impuissante (...) pour pouvoir jouer de mauvais tours dans notre dos".

Avant lui, artistes, sportifs, vedettes du petit écran étaient venus dire leur admiration pour le président. "Tous les succès cinématographiques sont liés à Vladimir Poutine", a assuré le réalisateur Fiodor Bondartchouk, fils d'un cinéaste soviétique connu. "Quand il doit prendre une décision, il ne va pas à Washington, il vient à nous", a renchéri le présentateur de la télévision, Vladimir Soloviov. L'ancienne institutrice du chef de l'Etat, Vera Gourevitch, est intervenue, filmée en vidéo depuis Saint-Pétersbourg : "Avant tout, il est honnête, s'il l'a dit, il ne sera pas président !".

Son intervention a quelque peu désorienté l'assistance galvanisée par l'idée que Vladimir Poutine restera à la tête du pays. Ainsi le mouvement "Za Poutina", sorti du néant il y a une semaine, assure avoir rassemblé 30 millions de signatures pour que M. Poutine reste au pouvoir en tant que "père de la nation". Le projet d'un super-statut pour le président sortant fait son chemin.

Récemment, un des idéologues de Russie unie, Aboul Khalim Soultygov, a proposé la convocation, après les élections, d'une assemblée des représentants de la société civile qui prêteraient serment au nouveau guide, comme leurs ancêtres l'avaient fait en 1613 autour du premier tsar de la dynastie Romanov.

M. Poutine se dit hostile à toute modification de la Constitution mais l'idée que "la Constitution n'est pas un texte sacré", comme l'a affirmé récemment le président du Sénat, Sergueï Mironov, est de plus en plus évoquée. Que va faire le chef de l'Etat ? Va-t-il aller au troisième mandat, se muer en guide suprême ou prendre la tête de Russie unie ? Selon l'opposant Grigori Iavlinski, chef du parti libéral Iabloko, "lui-même ne sait pas encore ce qu'il va faire".

Dans une de ses récentes tournées électorale à Krasnoïarsk (Sibérie), Vladimir Poutine a levé un coin du voile. A un ouvrier du bâtiment qui lui confiait son désarroi de le voir partir, il a laissé entendre qu'il resterait. "Sous quelle forme ? Je ne veux pas répondre directement mais il y a plusieurs possibilités", l'a-t-il rassuré. Si la liste de Russie unie obtient un bon score aux législatives, le président estime qu'il aura "le droit moral" de garder une influence forte sur le pays.

Des voix dissidentes se font entendre. Pour Alexandre Skobov, un historien de Saint-Pétersbourg, la Russie est en train de basculer vers un régime totalitaire : "Le modèle où le président prête serment au peuple est en train d'être écarté. Nous revenons au modèle où c'est le peuple qui prête serment à son dirigeant."
Marie Jégo, Le Monde, Article paru dans l'édition du 23.11.07.

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Les législatives russes entachées d'irrégularités, selon les observateurs internationaux
AP - 3 décembre 2007 11.35 Les législatives russes n'ont pas été équitables et ont été entachées d'irrégularités, ont annoncé des observateurs internationaux lundi, au lendemain du scrutin qui a vu la victoire écrasante de Russie unie, la formation du président russe sortant Vladimir Poutine.

Goran Lennmarker, le président de l'assemblée parlementaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a souligné que la conclusion générale est que le scrutin de dimanche "n'est conforme à aucune de nos normes" démocratiques. Pour lui, ce n'était "pas une élection équitable".

De son côté, Luc van den Brande, qui dirigeait la délégation de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, a pointé du doigt l'absence d'une réelle séparation des pouvoirs, ajoutant que ces élections sont apparues davantage comme un référendum sur la politique du président sortant Vladimir Poutine plutôt qu'un scrutin législatif.

Van den Brande a souligné "l'écrasante influence des services présidentiels et du président durant la campagne". Il a dénoncé "un abus certain des ressources administratives" pour influencer le résultat du vote ainsi que des problèmes pour le respect du secret de l'isoloir.

"Effectivement, on ne peut pas dire que ces élections ont été équitables", a-t-il dit au cours d'une conférence de presse.

Au total, quelque 300 observateurs dépêchés par diverses organisations internationales étaient chargées de vérifier le bon déroulement du scrutin. Mais l'OSCE, dont les rapports en la matière font autorité, avait annoncé qu'elle n'enverrait pas de mission d'observation, après le refus de Moscou, selon elle, d'accorder à temps des visas à ses représentants. AP

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"Pas de quoi s'énerver" pour l'appel à Poutine, dit Sarkozy Le Monde 06.12.07 | 19h57

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy affirme qu'il n'y a "pas de quoi s'énerver" à propos de coup de téléphone de félicitations à Vladimir Poutine après son élection, qui a suscité les critiques de l'opposition française et l'embarras de certains pays occidentaux.

"Il n'y avait vraiment pas de quoi s'énerver, franchement", a déclaré le président français lors d'une conférence de presse à l'Elysée, aux côtés de la chancelière Angela Merkel, au terme du 32e sommet informel franco-allemand.

Nicolas Sarkozy a estimé que "personne de sérieux" ne pouvait contester l'idée que le président russe avait gagné les élections législatives.

"Personne non plus, moi le premier, ne conteste qu'il y a eu des problèmes et je l'ai dit à M. Poutine", a-t-il ajouté.

Nicolas Sarkozy a téléphoné à Vladimir Poutine pour le féliciter de la victoire de son camp aux élections législatives du 2 décembre.

Le geste du président français contrastait avec la réaction d'autres pays européens, dont l'Allemagne, qui ont fait part de leur inquiétude en réaction aux rapports de fraudes et d'irrégularités lors de ce scrutin.

"Il serait curieux de faire, comme je l'ai fait, comme la chancelière l'a fait d'ailleurs à de multiples reprises, appel à la Russie pour nous aider à peser sur l'Iran, pour nous aider à trouver des solutions sur différentes crises internationales du monde et considérer qu'il est anormal que j'appelle M. Poutine", a fait valoir Nicolas Sarkozy jeudi.

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Ukraine: Ioulia Timochenko de retour au poste de Premier ministre Par Par Ania TSOUKANOVA AFP - Mardi 18 décembre, 19h55KIEV (AFP) -

Le Parlement ukrainien a approuvé de justesse mardi la nomination de l'égérie de la Révolution orange Ioulia Timochenko au poste de Premier ministre, au terme d'un long imbroglio politique.

Au total, 226 députés pro-occidentaux du bloc Timochenko et du parti présidentiel, soit exactement la majorité absolue des 450 sièges du Parlement, ont soutenu la candidature de Mme Timochenko, votant l'un après l'autre à main levée dans l'hémicycle.

Mme Timochenko, rayonnante, a aussitôt reçu de ses alliés plusieurs grands bouquets de roses. Ses adversaires pro-russes ont suivi le déroulement du vote, qu'ils boycottaient, le visage figé.

Un premier vote sur la nomination de Mme Timochenko s'était soldé par un échec le 11 décembre, une voix ayant alors manqué pour obtenir la majorité absolue. Les pro-occidentaux avaient invoqué une défaillance du système du vote électronique et décidé de revoter à main levée.

Avant le vote décisif, Mme Timochenko, portant une robe blanche, sa traditionnelle tresse blonde enroulée dans les cheveux, a prononcé un discours passionné devant les parlementaires, en accusant ses adversaires d'empêcher son élection.

"Ils ont une peur bleue que je (...) mette de l'ordre dans l'Etat", a-t-elle lancé, avant de promettre : "tôt ou tard, vous, tout votre bande, répondra devant l'Ukraine de ce qu'elle a fait".

Le vote sur le Premier ministre "sera un moment de vérité, un test de solidité pour la coalition" pro-occidentale, a-t-elle fait valoir.

La quasi-totalité des ministres de son gouvernement de coalition ont également été nommés au cours d'un vote parlementaire plus tard dans la journée.

Les portefeuilles gouvernementaux ont été partagés entre le bloc Timochenko, qui contrôlera la majeure partie du secteur économique et le parti présidentiel, qui va gérer les ministères de "force" (Intérieur, Justice, Défense).

Un pro-occidental convaincu, Volodymyr Ogryzko, est devenu le chef de la diplomatie sur proposition du président ukrainien.

Mme Timochenko était alliée à Viktor Iouchtchenko au moment de la Révolution orange, le soulèvement pacifique qui le porta fin 2004 au pouvoir, mais leurs relations ont depuis souvent été houleuses.

Connue pour sa personnalité énergique et flamboyante, Mme Timochenko a déjà été Premier ministre de février à septembre 2005, avant d'être limogée par le président Iouchtchenko sur fond de conflits au sein de l'équipe au pouvoir et de rivalités personnelles.

Ses activités au gouvernement, critiquées pour leur populisme, et surtout son projet de réviser des privatisations réalisées sous l'ancien régime ont renforcé sa popularité dans une partie de la population mais repoussé nombre d'investisseurs.

Les deux leaders ont toutefois fini par s'allier de nouveau contre les pro-Russes, emmenés par le Premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch, dont les conflits avec le président ont poussé ce dernier à procéder au printemps à la dissolution du Parlement, à l'origine de plusieurs mois de crise politique.

Les législatives anticipées du 30 septembre ont été remportées de justesse par les pro-occidentaux.

Redevenue Premier ministre, Mme Timochenko devrait se montrer moins radicale qu'en 2005 face à une opposition plus puissante et à un président déterminé à la contenir, a estimé Volodymyr Fesenko, directeur du Centre des recherches politiques Penta.

"La leçon a été apprise et les erreurs du passé (comme la révision des privatisations, ndlr) ne se reproduiront pas", a aussi commenté l'analyste Andri Dmytrenko de la société d'investissement Dragon Capital.

Sur le plan international, une intensification des relations avec l'Otan et un refroidissement avec Moscou, qui voit d'un très mauvais oeil Mme Timochenko et sa promesse de revoir l'accord russo-ukrainien sur le prix du gaz russe, sont prévisibles, a fait valoir M. Fesenko.

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Oleg Deripaska, le plus discret des oligarques [ 18/07/07 ] Les Echos

Parti de rien, Oleg Deripaska est sorti vainqueur de l'une des luttes les plus sanglantes de l'histoire postsoviétique, la « guerre des métaux ».
A la tête de Rusal, le numéro un mondial de l'aluminium, son empire, Basic Element, va aujourd'hui de l'automobile à l'assurance, en passant par l'aviation et le BTP.

Rares sont les « oligarques » qui ont débuté aussi humblement qu'Oleg Deripaska. Devenu, à trente-neuf ans, l'un des hommes les plus riches de la planète, il a passé les premières années de sa vie dans un appartement de 16 m2 d'une petite ville perdue. Il est à la tête de Rusal, le numéro un mondial de l'aluminium - tant que la fusion Rio Tinto-Alcan n'est pas effective.

Son empire, Basic Element, s'étend aujourd'hui de l'industrie automobile à l'assurance, en passant par l'aviation et le BTP. Il règne désormais sur 260.000 personnes et possède des actifs aux quatre coins de la planète. Et, si l'on en croit le magazine « Forbes », sa fortune, estimée à 16,8 milliards de dollars, détrônera Roman Abramovitch à la première place du podium russe dès l'an prochain.

Pour en arriver là, il aura fallu des qualités exceptionnelles à ce diplômé de physique nucléaire, réputé pour son caractère impitoyable en affaires et sa capacité illimitée de travail. Un caractère forgé par une enfance si pauvre que ses parents, faute de pouvoir acheter une poussette, le promenaient dans un panier ?

Peut-être. Mais une chose est sûre : il est sorti vainqueur de l'une des luttes les plus sanglantes de l'histoire postsoviétique, la « guerre des métaux ». Cette lutte pour le contrôle de l'aluminium opposa, dans les années 1990, jeunes traders ambitieux, barons rouges de l'industrie, gangs mafieux et fonctionnaires véreux. Et fit des dizaines de morts.

Oleg Deripaska, qui affirme ne s'en souvenir que comme une époque « difficile », a toujours affirmé avoir bâti sa fortune de manière légale et transparente et n'a d'ailleurs jamais été inquiété par la justice russe.

C'est comme trader à la Bourse de Moscou que le futur milliardaire a commencé sa carrière dans les métaux, après avoir été responsable financier, pendant ses études, à la Compagnie militaire de commerce et d'investissements. Une expérience qui lui aurait permis de nouer des liens durables et utiles avec les services secrets, d'après un rapport de l'Institut d'information politique, publié en 2004 à Moscou. L'actuel chef de la sécurité de Basic Element, Valeri Pechenkine, est un ancien général du FSB (ex-KGB).

A vingt-six ans, après avoir racheté méthodiquement la majorité des parts des ouvriers d'une usine d'aluminium à Sayansk en Sibérie, il en devient le directeur. Il dort près des fournaises pour protéger son usine des prédateurs. Il a démenti s'être fait menacer au lance-grenade mais il perd en route quelques collaborateurs précieux. A la même époque, il s'associe judicieusement à l'un des magnats de l'aluminium, Mikhaïl Tchernoï, homme d'affaires à la réputation sulfureuse, avec qui les relations se détérioreront sérieusement en 2000.

En s'appuyant sur les lacunes de la législation russe et au gré d'alliances tactiques, le jeune homme ambitieux prend le contrôle d'autres usines d'aluminium. Ce qui lui vaudra, par la suite, de nombreuses procédures judiciaires, mais lui permettra, grâce à des transactions complexes et des comptes offshore, d'être dès 2003 le seul maître à bord de Rusal.

Entre-temps, il a commencé à diversifier ses activités en créant sa machine de guerre, Basic Element. Au printemps 2007, Rusal avale son concurrent Sual et se lie à la compagnie de trading suisse Glencore pour créer, avec la bénédiction du Kremlin, UC Rusal, le numéro un mondial de l'aluminium. Un ensemble estimé à 30 milliards de dollars et qui, enregistré à Jersey, est contrôlé à 66 % par Oleg Deripaska.

« M. Deripaska emploie des méthodes à la limite de «l'éthique oligarque» et sait nouer des relations avec n'importe qui », résume le politologue Stanislav Belkovski, de l'Institut national de stratégie, pour expliquer l'ascension fulgurante de l'homme d'affaires. En 2001, ses relations l'ont d'ailleurs mené tout droit au Kremlin.

Il épouse alors la petite-fille par alliance de Boris Eltsine. Un mariage réalisé après le départ du pouvoir du président russe, rétorque-t-il à ses détracteurs. Sa jeune épouse, Polina, avec laquelle il partage une passion pour le tennis, lui a donné deux héritiers. Depuis lors, le milliardaire, qui ne sort jamais sans ses gardes du corps, protège farouchement sa vie privée.

Sur ses relations avec l'actuel chef du Kremlin, l'homme d'affaires est discret mais ne cache pas son admiration pour Vladimir Poutine, qui, comme lui, est « un homme d'action ». A l'heure où la plupart des oligarques investissent massivement leur argent à l'Ouest, par sécurité autant que par ambition, Oleg Deripaska dépense des milliards en Russie. « Il est le premier oligarque russe à avoir inauguré le principe de dialogue productif entre le business et le pouvoir », estime Simion Jarovenkov, directeur de l'Institut des études sur les entreprises.

Les relations entre les nouveaux milliardaires et le pouvoir avaient pris un sérieux coup de froid en 2000 après l'arrivée au Kremlin de Vladimir Poutine. Ceux qui avaient refusé les nouvelles règles du jeu imposées par le Kremlin, neutralité politique et générosité financière, ont dû s'exiler, ou ont fini en prison. Les autres survivent. Oleg Deripaska, lui, semble s'épanouir. « Il est à la fois le plus discret et le plus actif de tous les oligarques, il ne s'est pas arrêté à son premier million de dollars, ni à son premier milliard et, visiblement, il va continuer », note Alexandre Poukhaev de la Deutsche Bank.

Bref, M. Deripaska semble en symbiose avec le Kremlin dans cette Russie où les frontières entre l'Etat et les milieux d'affaires sont plus floues que jamais. Et où la règle d'or est la création de « champions » capables de rivaliser à l'échelle mondiale. Il est impliqué dans la plupart des projets pharaoniques d'industrialisation et de construction lancés par le gouvernement et financés à coup de milliards de dollars par l'argent des oligarques.

Certains voient dans cette coopération entre pouvoir et affaires une forme de pillage économique à grande échelle sur fond de corruption généralisée. Mais le président du groupe Renaissance, Stephen Jenkins, pense y avoir décelé les premiers signes de la diversification de l'économie russe. Qu'on en juge ; dans l'énergie, Oleg Deripaska va construire avec le monopole électrique RAO UES une gigantesque centrale hydroélectrique couplée à une usine d'aluminium dans la région de Krasnoïarsk. Il lorgne aussi du côté du nucléaire, alors que Vladimir Poutine veut construire 26 centrales d'ici à 2020. Et il est en négociation avancée avec l'Etat pour l'exploitation de gisements d'uranium, dont la Russie est le quatrième producteur au monde.

A Sotchi, la ville lauréate aux jeux Olympiques d'hiver de 2014, près de 5 milliards d'euros d'argent public et privé doivent être dépensés pour la construction de l'un des plus grands complexes touristiques au monde, sur ce qui n'est, pour l'instant, qu'une vaste prairie verdoyante. Oleg Deripaska a promis 1,5 milliard d'euros et se fait déjà bâtir une villa luxueuse à deux pas de celle de Vladimir Poutine. En plus de ses différentes propriétés à Moscou, à Paris, en Sardaigne et à Belgravia, le quartier chic de Londres.

Dans le secteur aérien, l'Etat a prévu de dépenser pas moins de 23 milliards d'euros d'ici à 2015 pour reconstruire une bonne partie des 1.302 aéroports que comptait la Russie soviétique, et dont un tiers seulement fonctionnent encore. Oleg Deripaska sera de la partie, il en a déjà racheté quatre. Comme il sera un acteur clef du vaste plan de dépenses sociales lancé par le Kremlin et prévoyant la construction de millions de logements pour 7 milliards d'euros.

Et ce n'est pas fini. Son holding vient de racheter 38 % du groupe qui gère le développement du projet de quartier d'affaires géant, Moscou-City (7,5 milliards d'euros) lancé en 1992 par le gouvernement. Preuve qu'en Russie l'argent rend tout possible, le roi du métal blanc ne connaissait rien au BTP il y a deux ans ! Flairant les opportunités dans un secteur en plein boom, il a créé en 2005 une branche construction au sein de Basic Element.

Depuis, il dépense à une vitesse vertigineuse pour racheter sociétés de construction, cimenteries et terrains. Basic Element a aussi la ferme intention de contrôler la plus grosse part du gâteau du marché de la construction de logements, bureaux, ponts, tunnels, aéroports et même des voies ferroviaires, en Russie, qui est, rappelons-le, le plus vaste pays du monde.

Le milliardaire aux 1.001 idées a un autre grand projet : la création d'un holding transnational dans l'industrie automobile. Il s'appuierait sur sa filiale, deuxième producteur de véhicules en Russie. Mais l'Etat a des velléités de nationalisation dans le secteur et son projet suscite quelques interrogations chez les spécialistes, tant le retard technologique de la Russie est grand.

Qu'à cela ne tienne, Oleg Deripaska investit massivement dans les technologies étrangères avec Hochtief et Strabag dans le bâtiment, avec l'anglais LDV pour les camionnettes, le japonais Toyota et l'équipementier canadien Magna, dont il vient tout juste de racheter 19 %, dans l'automobile.

Les atouts essentiels d'Oleg Deripaska pour parvenir à ses fins ? Des prêts bancaires solides et d'énormes ressources financières générées par les cours élevés de l'aluminium. Il est d'ailleurs farouchement opposé à l'entrée de la Russie dans l'Organisation mondiale du commerce, qui rognerait son avantage compétitif sur les coûts de production en raison de l'énergie subventionnée fournie par Gazprom. Le magnat de l'aluminium dispose aussi généralement d'une main-d'oeuvre bon marché, quoique peu productive selon les standards internationaux, et, pour l'instant, du soutien inconditionnel du Kremlin. Sans compter une volonté de fer et un esprit acéré, qui « ne s'embarrasse pas de broutilles », confie Douglas Lund, admiratif.

Mais dans ce parcours de conquérant, il subsiste quelques ombres au tableau. En Russie, aucun oligarque n'est complètement à l'abri du pouvoir, reconnaissent les analystes. « Le Kremlin a des piles de dossiers compromettants sur chacun et peut à tout moment s'en servir », rappelle Sergueï Mikheïev, de l'Institut de technologie politique. Oleg Deripaska a pourtant pris soin de « ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, en se faisant des amis dans tous les cercles du pouvoir », relativise Alexeï Moukhine, du Centre d'information politique.

Al'étranger, le milliardaire a, en revanche, quelques soucis d'image potentiellement embarrassants pour son ambition internationale. Le « Wall Street Journal » a révélé en avril que son visa américain, obtenu en 2005 après avoir payé 560.000 dollars au cabinet d'avocats du groupe de lobbying de l'ancien sénateur républicain Bob Doyle, a été annulé l'année suivante. Oleg Deripaska n'aurait pas suffisamment coopéré avec le département de lutte contre le crime organisé du FBI, qui voulait en savoir plus sur ses activités. Basic Element dément farouchement.

Mais d'autres démons du passé sont réapparus. Le milliardaire a déjà dépensé des millions de dollars pour régler à l'amiable plusieurs litiges avec d'anciens partenaires qui l'accusent d'avoir illégalement pris le contrôle de leurs sociétés. Il lui reste à ce sujet une épine dans le pied : Mikhaïl Tchernoï. Apprenant que son ancien partenaire s'apprêtait à introduire Rusal à la Bourse de Londres cette année, celui-ci a lancé une procédure judiciaire en 2006, réclamant soit 20 % du groupe, soit 3 milliards de dollars. Mikhaïl Tchernoï a été débouté en mai en première instance, mais a décidé de faire appel.

Oleg Deripaska, élu l'homme d'affaires de l'année il y a quelques mois par le quotidien russe « Vedomosti » et dont le holding Basic Element est considéré comme l'un les sept groupes nomenklaturo-politiques les plus influents du moment en Russie, a en tout cas montré plus d'une fois sa capacité à rebondir. Et à Basic Element, on est très optimiste sur l'avenir du milliardaire et de son empire. « Vous allez être surpris de voir à quelle vitesse Basic Element avance », promet Konstantin Panine, l'un des gourous en communication de « Monsieur D. »
ADÈLE SMITH

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Mort «suspecte» de l’oligarque Patarkatsichvili à Londres
Libération De notre correspondante à Moscou LORRAINE MILLOT QUOTIDIEN : jeudi 14 février 2008

Avec une biographie comme la sienne, une mort naturelle semblerait presque incongrue.
Le milliardaire géorgien Badri Patarkatsichvili, dont le corps a été retrouvé dans sa propriété, mardi soir à Londres (lire ci-contre), avait trempé ses moustaches blanches dans tant de complots politico-financiers russes et géorgiens que les autorités des deux pays, aujourd’hui ennemies intimes, le poursuivaient.

Obscure.

Né en 1955 à Tbilissi dans une famille juive pratiquante, le jeune Badri, alors prénommé Arkadi, avait pourtant commencé dans la droite ligne communiste comme militant du Komsomol (les jeunesses du Parti), diplômé de l’institut polytechnique de Géorgie, puis ingénieur dans un gros combinat de filature de laine.

Mais vinrent la pérestroïka et les privatisations sauvages : Badri croise le chemin de Boris Berezovski, qui organise à l’époque le détournement à grande échelle des voitures d’AvtoVAZ (Lada), le plus grand combinat automobile soviétique. Il s’associe à Berezovski, et le suit à Moscou à la direction de la chaîne de télévision ORT.

Dans un interrogatoire mené en décembre par la police géorgienne et rendu public tout récemment, Patarkatsichvili se serait vanté d’avoir «mené Poutine au pouvoir». Lorsqu’il travaillait à la mairie de Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine «assurait la protection de mes business» , aurait-il raconté, décrivant le futur président russe toujours habillé «du même costume sale, verdâtre ». Poutine «l’implorait» de lui trouver un poste à Moscou. C’est ainsi qu’avec Berezovski, ils auraient fait nommer Poutine directeur du FSB, les services secrets russes, puis Premier ministre et candidat à la présidence. Avant sa mort, Patarkatsichvili n’avait ni confirmé, ni démenti ces propos, qui semblent surtout destinés à faire enrager le Kremlin.

En 2002, après la brouille entre Berezovski et Poutine, Patarkatsichvili avait lui aussi quitté la Russie, où il était recherché pour «vol à grande échelle» (le trafic des voitures d’AvtoVAZ) et tentative d’évasion d’un ancien dirigeant d’Aeroflot. Tentative qui fut d’ailleurs organisée avec Andreï Lougovoï, suspect principal dans une autre mort obscure - à Londres en novembre 2006 -, celle de l’opposant russe Alexandre Litvinenko. Lougovoï, le meurtrier présumé selon Scotland Yard, a longtemps travaillé pour Patarkatsichvili et disait être resté en contact avec lui. «Il y a une semaine encore, j’ai discuté avec Badri au téléphone et rien ne laissait présager ce malheur» , confirmait hier Lougovoï.

Honni.

Contrairement à son ami Boris Berezovski, devenu ennemi public numéro 1 de Poutine, Badri Patarkatsichvili semblait toutefois être resté en termes corrects avec le régime russe. «La relation avec Poutine était bonne», confiait hier le journaliste Sergueï Dorenko de la radio Echo de Moscou, qui connaissait bien Patarkatsichvili et avait travaillé avec lui en décembre pour sa campagne électorale en Géorgie. «Poutine lui devait quelque chose.»

Le Kremlin appréciait surtout ses activités d’opposant contre le régime honni du président Mikhaïl Saakachvili en Géorgie. A l’automne dernier, Badri avait tenté de fédérer l’opposition pour renverser Saakachvili, ce qui lui avait valu un nouveau mandat d’arrêt, géorgien cette fois, pour tentative de coup d’Etat. Il s’était présenté à la présidentielle de janvier en Géorgie, mais n’avait recueilli que 7 % des voix. A Londres, il se disait menacé par un commando de tueurs que le régime géorgien aurait lancé contre lui.

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Ioulia Timochenko veut faire tomber l’exubérant maire de Kiev
Correspondance à Kiev MATHILDE GOANEC QUOTIDIEN : samedi 5 avril 2008

En guerre contre la corruption qui gangrène son pays, Ioulia Timochenko, la Premier ministre d’Ukraine, demande la tête du maire de Kiev. Suivant ses recommandations, le Parlement a convoqué une élection municipale anticipée dans la capitale le 25 mai. Un scrutin qui a toutes les chances de se transformer en référendum pour ou contre l’actuel maire de la ville, Léonid Tchernovetski, un oligarque haut en couleur soupçonné de malversation mais toujours populaire.

L’égérie de la «Révolution Orange» (en 2004) est inflexible. «Dire qu’il n’y a pas de corruption à la mairie de Kiev équivaudrait à dire qu’il n’y avait pas de sexe à l’époque soviétique» , a-t-elle déclaré, imperturbable. Léonid Tchernovetski n’a pas tardé à contre-attaquer. Destitué par les députés, il a annoncé son intention de se porter candidat à sa propre succession. Et qualifié sa mise à l’écart d’«absolument illégale».

L’homme a de la ressource car il n’en est pas à son premier scandale. En 2006, il avait créé l’événement, en ravissant la mairie à un ancien apparatchik. On l’avait alors vu distribuant des paquets de céréales à des grands-mères dans le besoin. On le dit très proche d’une secte protestante, très bienveillante vis-à-vis de la richesse qu’il a fait fructifier à Kiev.

Car Léonid Tchernovetski est riche, très riche, et l’affiche sans complexe, dans le style tapageur des oligarques, à grand renfort de vêtements de luxe et de voitures hors de prix. Sa banque Pravex, créée en pleine pérestroïka, a été vendue 750 millions de dollars à un groupe italien début février. Ce style controversé a valu au maire de sérieuses inimitiés, contrebalancées par un savant réseau de relations tissé sur l’ensemble de l’échiquier politique.

Mais cette fois, même le président Iouchtchenko, dont le fils serait proche du maire, a lâché Tchernovetski, devant l’insistance de Ioulia Timochenko. Celle-ci veut aller jusqu’au bout de son opération «mains propres» dans cette ex-République soviétique rongée par la corruption. Et quel meilleur exemple que le flamboyant maire de Kiev pour entamer la chasse aux sorcières ?

Mais pour Timochenko, l’enjeu est aussi électoral. A un an de la prochaine présidentielle, la Premier ministre tente de placer ses fidèles là où se sont nichés ses ennemis : à Kiev, mais aussi à Kharkiv, la deuxième ville du pays. Une enquête a ainsi été lancée par les services de sécurité ukrainiens contre le conseil municipal, accusé d’avoir détourné de l’argent public. Mais, selon certains politologues ukrainiens, Tchernovetski, fort de sa popularité auprès de ses administrés, pourrait bien, encore une fois, créer la surprise lors de la municipale du 25 mai.

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Roman Abramovitch, patron de Chelsea et vache à lait du football russe
Finale de la Ligue des Champions.
LORRAINE MILLOT Libération QUOTIDIEN : mercredi 21 mai 2008, p. 22

Le fils prodigue est de retour… et, petite variation avec l’original, il est plus riche qu’à son départ ! Aujourd’hui à Moscou, une parabole encore plus folle que celle de la Bible se jouera ce soir dans les tribunes du stade Loujniki à l’occasion de la finale de la Ligue des champions entre Chelsea et Manchester (1). Roman Abramovitch, le patron russe de Chelsea, 41 ans, est un fils prodigue d’un genre tout à fait exceptionnel. D’abord parce qu’il était orphelin. Sa fortune ne lui fut pas donnée, il l’a conquise. Au début des années 1990, ses débuts dans les affaires déclenchèrent une enquête du parquet de Moscou qui s’étonnait de voir un convoi de 55 citernes de pétrole partir à l’exportation alors qu’il était censé ravitailler une caserne de la région de Kaliningrad. L’affaire fut étouffée et depuis, Abramovitch a su miser, et empocher de plus en plus gros, en bonne intelligence avec les autorités de son pays, sans plus jamais être inquiété par la justice (2).

En 2003, lorsqu’il avait allongé plus de 200 millions de dollars pour se payer le club londonien de Chelsea, les «patriotes» russes avaient hurlé qu’il «crachait» sur son pays. Cinq ans plus tard, Roman revient à Moscou plus fortuné et aimé que jamais, bien en cour au Kremlin et très apprécié dans les stades. «C’est un type correct», juge Vassili Petrakov, président du fan-club russe de Chelsea, qui comme beaucoup d’autres l’ayant rencontré décrit Abramovitch comme plutôt simple et abordable. «Il aime discuter, poursuit Vassili Petrakov. Il est resté humain.»

Brochettes.
D’Abramovitch, le grand public connaît surtout les yachts immenses, les résidences somptueuses de Londres ou de Saint-Tropez et son goût pour les très belles filles. Après 17 ans de mariage avec une hôtesse de l’air, et cinq enfants, il n’a pas résisté à la tentation d’un plus jeune top, Daria Joukova, sa compagne du moment. Mais ceux qui l’approchent s’avouent frappés par sa simplicité. Boris Nemtsov, homme politique libéral qui l’avait vu grillant des brochettes à la datcha d’un parent de Eltsine se souvient l’avoir pris d’abord pour le cuisinier.

«Abramovitch est l’une des personnes les plus intelligentes et rusées de Russie», résume la journaliste Ioulia Latynina qui a rarement la dent tendre pour les requins de son pays. Enrichi sous Eltsine, dans le sillage de son partenaire Boris Bérézovski, Roman Abramovitch a parfaitement su prendre le tournant de l’époque Poutine, là où Bérézovski tombait en disgrâce. En décembre 1999, en pleine guerre de Tchétchénie, au plus fort des exactions, Abramovitch tournait les compliments qui s’imposaient : «Tout ce que fait Poutine, à mon avis, il le fait presque sans faute», confiait-il dans l’une de ses rares interviews. Il a aussi su faire pénitence de ses premiers milliards gagnés à l’emporte-pièce en occupant, depuis 2000, le poste de gouverneur de Tchoukotka, la province la plus reculée de Russie, sur laquelle il déverse une pluie de millions, construisant écoles et hôpitaux. L’allégeance a payé : devenu l’un des oligarques favoris de Poutine, il en a profité pour faire gonfler sa fortune, de 1 milliard de dollars en 2001 jusqu’à 24 milliards aujourd’hui (selon les estimations du magazine américain Forbes).

Tocade.
Il y a cinq ans, l’achat de Chelsea ressemblait fort à une tocade, un caprice. Abramovitch lui-même avait avoué n’avoir attrapé le virus du foot qu’au printemps 2003, en assistant à un match Manchester United-Real Madrid en Ligue des champions : «Sur le chemin du retour à Moscou, je ne pouvais plus m’empêcher d’y penser, et j’ai dit à mes collaborateurs: "Trouvez-moi un club de foot."» Pour se faire pardonner cette escapade étrangère, Abramovitch a ensuite dû sponsoriser un grand club de Moscou, le CSKA, puis renflouer l’équipe nationale, puis financer la construction de terrains de mini-football pour les enfants… «Ses investissements dans Chelsea ont finalement permis au football russe de faire aussi un bond en avant, souligne Vassili Petrakov, le fan russe de Chelsea. Avant cela, la Russie passait pour une nation de second ordre en matière de football. Après le coup de Chelsea, les gens ont vu qu’il y a en Russie de l’argent et le désir de développer le foot. C’est ainsi que sont ensuite venus des gens comme Guus Hiddink [l’entraîneur néerlandais de l’équipe nationale russe, recruté et payé par Abramovitch, ndlr] ou Dick Advocaat [entraîneur néerlandais du Zenit Saint-Pétersbourg, qui vient de remporter la coupe de l’UEFA, ndlr].»

Igor Robiner, du quotidien Sport-Express, opine : «Abramovitch fait beaucoup pour le football russe. Il est vraiment mordu : on le voit, après les matchs, dans les vestiaires de Chelsea ou ceux de l’équipe de Russie.» Et le journaliste d’avancer une explication, qui pourrait bien valoir pour le richissime Abramovitch : «Peut-être que les millionnaires aiment autant le foot parce que l’argent n’y fait pas tout. Au final [et même après avoir débauché à prix d’or les meilleurs joueurs du monde comme le fait le patron des Blues], tout se décide sur le terrain.»
(1) Sur TF1 à 20 h 45, en direct de Moscou. (2) Pour plus de détails, lire la biographie d’Alban Traquet, Roman Abramovitch. Football, pétrole, pouvoir (éd. du Toucan).

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L’Ukraine penche de plus en plus à l’Ouest
La voisine de la Russie a proposé samedi à l’Occident ses radars de défense antimissiles.
De notre correspondante à Kiev MATHILDE GOANEC Libération QUOTIDIEN : lundi 18 août 2008 p. 6

L’Ukraine, qui avait fait sa révolution orange un an après celle de la rose géorgienne, se sent aujourd’hui menacée par l’intervention russe en Géorgie et cherche sa place sous le parapluie occidental.

Candidate à l’Otan, comme la Géorgie, mais devant rester prudente en raison de la présence d’une importante communauté russophone, l’Ukraine est montée en ligne samedi pour proposer à l’Occident ses radars de défense antimissiles.

Cette offre intervient deux jours après un accord entre Washington et Varsovie sur l’installation en Pologne d’éléments du bouclier antimissiles américain.

Depuis 1992, l’armée russe utilisait, en accord avec Kiev, les informations fournies par deux radars placés sur le sol ukrainien. Cet héritage de l’époque soviétique apparaît aujourd’hui intenable. L’Ukraine cherche de nouveaux pays susceptibles d’utiliser ses radars mais ce tournant vers l’Ouest pourrait achever de fâcher la Russie.

Flotte russe.
Car mercredi dernier, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a déjà signé un décret restreignant les mouvements de la flotte russe de la mer Noire, historiquement basée sur le sol ukrainien, à Sébastopol en Crimée.
Désormais, les Russes devront demander, soixante-douze heures à l’avance, l’autorisation de l’armée ukrainienne dès qu’un de leurs bateaux ou avions souhaitera entrer ou sortir du territoire national.

Pour Moscou, il s’agit là d’«une grave mesure anti-russe». «La flotte de la Mer noire n’obéit pas à Vicktor Iouchtchenko, mais au seul président russe», a répliqué l’état-major moscovite.
Viktor Iouchtchenko aimerait voir partir la flotte russe au terme, en 2017, de la location du grand port de Crimée. Et il se peut qu’elle le propose alors à l’Otan.

Malgré ces signes de virage dans les relations russo-ukrainiennes, jusqu’où Kiev peut-elle aller dans son opposition à Moscou ? Iouchtchenko, en visite de soutien mardi dernier à Tbilissi, est resté en retrait derrière les virulents présidents polonais et baltes, présents eux aussi dans la capitale géorgienne. Car si ces derniers sont bien à l’abri dans le système de sécurité de l’Otan et de l’Union européenne, l’Ukraine est, elle, seule face à son grand voisin.
La Première ministre Ioulia Timochenko le sait bien, et se fait étonnamment discrète depuis le début du conflit géorgien : elle négocie actuellement le prix du gaz russe pour cet hiver et devine que toute déclaration hostile pourrait bien se payer au prix fort. Sa prudence est alimentée aussi par la peur de froisser une partie de l’électorat ukrainien, toujours attachée à des relations cordiales avec Moscou.

Froideur.
«L’Ukraine reçoit, assez explicitement, des menaces de rétorsion au cas où elle se mettrait en travers de la Russie. Cette situation est grave car le pays n’est pas prêt à un réel affrontement avec Moscou, estime Pétro Bourkovsky, analyste de l’Institut national d’études stratégiques à Kiev. Pourtant, il est important de soutenir la Géorgie, car si ce pays reste seul face aux attaques russes, Moscou se sentira dans le futur en droit d’utiliser la force contre n’importe qui, l’Ukraine par exemple.»
Raison de plus, selon l’analyste, pour forcer vite la porte de l’Otan. Et ce, malgré la froideur affichée par les membres européens de l’organisation. «Si, pour sortir de la crise, il y a un compromis réalisé à l’Otan sur le dos de l’Ukraine et que les Européens nous abandonnent sous la coupe des Russes, alors nous vivrons en Ukraine dans une insécurité permanente», insiste, non sans inquiétude, Pétro Bourkovsky.

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Mikhail Prokhorov s’offre la villa Leopolda pour 496 millions d’euros Dans : Immobilier web-libre.org 18 août 2008 12.00

Un nouveau record vient d’être battu en matière de transaction immobilière !

En effet, la villa Leopolda, se situant entre Nice et Monaco, à Villefranche-sur-Mer a été vendue à un milliardaire russe, Mikhail Prokhorov, pour la coquette somme de 496 millions d’euros.

Pour cette somme impressionnante, le milliardaire russe pourra jouir en plus de la superbe bâtisse, de son parc de 8 hectares superbement arboré de milliers d’oliviers.

La villa Leopolda appartenait à la veuve de l'homme d'affaire suisse Edmond Safra; et Mikhail Prokhorov à la tête d’une fortune démesurée de 19.5 milliards de dollars, n’a nullement hésité a s’offrir cette extravagance.

Le milliardaire russe a fait sa fortune lors de son passage en tant que PDG du géant minier Norilsk Nickel; il est actuellement dirigeant d’Onexim, un fonds d'investissement spécialisé dans les nouvelles technologies.

La villa Léopolda, qui a appartenu dans le passé à Giovanni Agnelli, le propriétaire des usines Fiat, bat un nouveau record.

En effet, le précédent record en matière de transaction immobilière, appartenait à un appartement londonien, qui s’était vendu 218 millions d’euros.

Rappelons tout de même, qu’au début du 20éme siècle, Leopold II, alors roi des Belges, n’avait déboursé qu’un franc symbolique pour devenir propriétaire du terrain qui allait abriter sa future villa Leopolda.

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CAUCASE Ukraine : Ioulia Timochenko accusée de "haute trahison" NOUVELOBS.COM | 19.08.2008 | 08:04

Le chef du gouvernement ukrainien est accusée par la présidence de travailler à la solde de Moscou. Son absence de condamnation de la riposte militaire russe en Géorgie en serait la preuve.

Evoquant son "travail" pour les intérêts de la Russie, l'administration présidentielle ukrainienne a accusé, lundi 18 août, le Premier ministre Ioulia Timochenko, qui entretient des relations tendues avec le chef de l'Etat Viktor Iouchtchenko, de "haute trahison". "Les agissements du Premier ministre actuel portent des marques de haute trahison et de corruption politique", a affirmé le chef adjoint de la présidence, Andri Kyslynsky, dans un communiqué Ioulia Timochenko chercherait à obtenir le soutien du Kremlin lors de la prochaine présidentielle, attendue fin 2009 ou début 2010, a assuré Andri Kyslynsky, sans cependant citer de faits concrets.

Pas de condamnation de la riposte russe

Selon lui, l'absence de condamnation par Ioulia Timochenko de la riposte militaire de Moscou en Géorgie, contrairement à la position de la présidence ukrainienne, en est une preuve. "Nous transmettons des matériaux dont nous disposons aux forces de l'ordre pour une étude détaillée", a-t-il par ailleurs indiqué.

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Libération 29 octobre 2008 p. 10 Grande-Bretagne Un oligarque au cœur du «yachtgate»

C'est un homme plutôt discret, en tout cas pour un oligarque russe qui possède, comme d'autres, une luxueuse maison à Belgravia,le quartier le plus cher de Londres. Mais son seul nom, Oleg Deripaska, qui squatte les gros titres de la presse anglaise depuis une semaine, fuit trembler les partis politiques britanniques.

Oleg Deripaska est au cœur du «Yachtgate», le scandale qui frappe aussi bien conservateurs que travaillistes, illustrant les liaisons dangereuses entre la classe politique et la finance de haut vol.

Le yacht en question est son Queen K un engin de 70 mètres de long et 21 hommes d'équipage ... Or les salons aux moquettes profondes du Q!œen K ont vu défiler en douce ces derniers temps deux des hommes les plus importants du monde politique britannique: Peter Mandelson, qui vient de quitter son poste de commissaire européen au Commerce pour redevenir ministre; et George Osborne, l'une des étoiles montantes des conservateurs, de facto numéro 2 du parti, derrière David Cameron.

Petites fêtes.

Proche de Poutine, Deripaska a fait fortune alors qu'il n'avait pas trente ans, en mettant la main au milieu des années 90 sur l'aluminium russe. A l'époque, il aurait été lié avec Anton Malevski, l'ex-parrain, décédé en 2001, de la mafia moscovite.
Malgré ses dénégations, son présumé passé sulfureux lui vaut d'être interdit de visa américain.

Considéré par l'édition russe du magazine Forbes comme l'homme le plus riche du pays, Deripaska est en difficulté avec le cyclone financier. Rusal, son empire de l'aluminium, a fondu en Bourse de 16 milliards de dollars (12,8 milliards d'euros). Peter Mandelson ne cache pas son amitié avec l' oligarque.

Les salons du Queen K ont vu défiler en douce deux des hommes les plus importants du monde politique britannique.

La presse britannique attaque l'ex-commissaire européen sur un possible conflit d'intérêts: durant le mandat de Peter Mandelson, l'UE a en effet abaissé ses droits de douanes sur l'aluminium russe. «Il n'y a eu aucune ingérence de la part de Peter Mandelson dans ces dossiers», a répliqué dimanche la Commission européenne, expliquant que les décisions finales avaient été prises de toute façon par les 27 Etats membres.
«Vous ne pouvez pas promouvoir les intérêts européens sans rencontrer des hommes d'affaires. Et parfois vous sympathisez plus avec certains qu'avec d'autres ... Ce qui ne veut pas dire qu'il y a un conflit d'intérêts», s'est défendu Mandelson, dans The Guardian.
Reste que les petites fète sur le Queen K et l'amitié d'un commissaire européen avec un oligarque controversé font désordre: «Il y a une différence entre recevoir un homme d'affaires dans un bureau à Bruxelles et boire du champagne sur un yacht», a lancé un député du Parti libéral-démocrate.

Donation.

Les conservateurs, que les sondages donnent gagnants en 2010, ont dû en revanche modérer leurs attaques contre Peter Mandelson. Car George Osborne, le numéro 2 du parti, est lui aussi accusé d'avoir trop frayé ... avec le même Oleg Deripaska.
Encore du champagne et des petits-fours sur le Q!leen K Fin août, sur l'ile grecque de Corfou, Osborne aurait «sollicité» pour son parti une donation de l'oligarque.

Malgré les accusations d'un témoin de poids, le financier Nathaniel Rothschild, qui affirme avoir servi d'intermédiaire, le dirigeant conservateur nie, même s'il a dû reconnaître avoir rencontré Oleg Deripaska sur le Queen K: ":Je n'ai jamais demandé d'argent, mais je dois avoir fait une erreur», en allant sur le fameux yacht.
Le discret Oleg Deripaska, lui, continue à se taire. De notre correspondant à Londres JEAN-HEBERT ARMENGAUD

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Le « marchand de mort » russe pourra être jugé
Alain GUILLEMOLES la-Croix.com mercredi 17 novembre 2010 - Sainte Elisabeth

Après des mois d’hésitation, la Thaïlande a finalement livré mardi 16 novembre aux États-Unis le trafiquant d’armes présumé et ressortissant russe Viktor Bout

A 43 ans, Viktor Bout représente un personnage emblématique des dérives du commerce des armes. Cet ancien pilote de l’armée de l’air soviétique a créé une compagnie de transport aérien en Russie, dans les années 1990.

Et il est soupçonné d’avoir fourni des armes à toutes les guérillas du monde, en Afrique, en Amérique latine, voire en Afghanistan. Avant même d’avoir dû faire face à la justice, il est devenu une légende grâce au film Lord of War, d’Andrew Niccol avec Nicolas Cage, pour lequel il a servi de modèle.

Surnommé « le marchand de mort », Viktor Bout va finalement comparaître devant la justice aux États-Unis. Il était détenu depuis 2008 en Thaïlande, après y avoir été piégé par des agents américains qui s’étaient fait passer pour des représentants de la guérilla colombienne des Farc.

La Russie le soutiendra « par tous les moyens »

Aussitôt incarcéré, il avait réussi à éviter jusqu’ici l’extradition en multipliant les recours. La Russie, par ailleurs, ne lui a pas ménagé son soutien.

Mardi 16 novembre, en dépit de ses efforts, Viktor Bout a été placé dans un avion spécial et remis par le commandant de la police criminelle thaïlandaise à six agents américains.

Le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a aussitôt dénoncé « un exemple d’injustice extrême » et assuré que la Russie continuerait à le soutenir « par tous les moyens ».

Lui-même se dépeint en simple transporteur qui ne savait pas toujours ce que contenaient les caisses qu’on lui demandait de livrer. Il aurait d’ailleurs travaillé pour les clients les plus respectables, y compris le Programme alimentaire mondial de l’ONU ou la compagnie américaine FedEx. Il aurait aussi transporté une partie des soldats français de l’opération Turquoise, au Rwanda, en 1994.

A approvisionné des chefs de guerre africains

« Il possédait de gros avions lui permettant d’intervenir dans les coins les plus reculés de la planète », indique Philippe Vasset, rédacteur en chef de la lettre Intelligence Online, qui s’est également inspiré de lui pour un roman (1). « En étant jugé, Viktor Bout sera confronté à sa légende », prévoit-il.

L’accusation, pour sa part, estime que Viktor Bout a profité de ses avions et de son accès aux stocks d’armes en déshérence de l’Union soviétique pour approvisionner de multiples chefs de guerre africains, notamment au Liberia, en Sierra Leone et en RD-Congo. Il aurait aussi fourni l’Alliance du Nord, en Afghanistan, et peut-être également le camp adverse, celui des talibans.

(1) Journal intime d’un marchand de canons, Éd. Fayard, 2009, 180 p., 15,90 €.

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Khodorkovski : la communauté internationale appelle la Russie à respecter le droit LEMONDE.FR avec AFP | 27.12.10 | 17h38

Le procès de l'ex-magnat russe du pétrole Mikhaïl Khodorkovski est suivi de très près par la communauté internationale. "L'UE attend de la Russie le respect de ses engagements internationaux dans le domaine des droits de l'homme et de la primauté du droit", a affirmé lundi 27 décembre la haute représentante de l'Union européenne (UE) pour les affaires étrangères dans un communiqué.

Elle a souligné que l'UE allait continuer "de suivre de très près" la suite judiciaire du procès de l'ex-patron de Ioukos et notamment la sentence qui sera prononcée à l'égard de M. Khodorkovski et de son principal associé Platon Lebedev, reconnus coupables lundi dans leur deuxième procès de blanchiment et du vol de centaines de millions de tonnes de pétrole.

La modernisation de la Russie passe par "la consolidation de l'Etat de droit", a rappelé de son côté la France. "Il importe que les efforts engagés dans ce sens par les autorités russes soient poursuivis", a précisé le porte-parole du ministère français des affaires étrangères, Bernard Valero.

"UN PAS EN ARRIÈRE" POUR LA RUSSIE

Le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle, était quant à lui plus critique, lundi, estimant que le verdict constituait un recul pour la Russie. "La façon dont ce procès a été mené est particulièrement préoccupante et constitue un pas en arrière sur la route de la modernisation du pays", a affirmé le ministre dans un communiqué. "Il est dans l'intérêt de nos partenaires russes de prendre ces inquiétudes avec sérieux et de soutenir l'Etat de droit, la démocratie et les droits de l'homme", a-t-il ajouté.

Des critiques confirmées par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, pour laquelle le jugement a "un impact négatif" sur la réputation de la Russie en matière de droits de l'homme. La condamnation de M. Khodorkovski et de son associé Platon Lebedev "pose de façon grave la question de poursuites sélectives et sur la primauté de considérations politiques sur l'Etat de droit", écrit la chef de la diplomatie américaine dans un communiqué.

L'énoncé du jugement devrait prendre plusieurs jours avant que les deux accusés ne soient fixés sur leur sort.

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La cour d'appel de Kiev refuse de libérer Timochenko LEMONDE.FR avec AFP | 12.08.11 | 16h28

La cour d'appel de Kiev a refusé, vendredi 12 août, de remettre en liberté l'opposante ukrainienne et ancienne première ministre Ioulia Timochenko, incarcérée depuis une semaine, en dépit de la montée des protestations dans le monde contre les motifs de cette détention.

Saisie par Mme Timochenko, qui conteste son placement en détention provisoire le 5 août, la cour d'appel a estimé qu'il n'y avait "aucune raison légale d'examiner ce recours". "La requête n'est pas recevable. Cette décision ne peut pas faire l'objet d'appel", a déclaré la juge Olga Efimova, provoquant la colère de députés et de partisans de Mme Timochenko présents dans la salle d'audience. "Honte !", "Honte !", "Criminel en robe de magistrat !", ont crié des députés pro-Timochenko.

"AUCUNE MOTIVATION POLITIQUE"

Mme Timochenko n'assistait pas à l'audience, sa présence n'étant "pas obligatoire" dans le cadre de cette procédure, selon la juge. La cour a suivi les réquisitions du parquet, qui estimait que l'appel n'était "pas recevable" alors que son procès est en cours, un point de vue vivement contesté par les avocats de la défense. "Il est absurde qu'une personne placée en détention n'ait pas le droit de contester cette décision", a déclaré l'avocat Iouri Soukhov après l'audience.

Jeudi, le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, avait indiqué que ce procès n'avait "aucune motivation politique" et promis de ne pas s'ingérer dans la procédure.

Egérie de la révolution orange pro-occidentale de 2004, qui renversa le régime dont M. Ianoukovitch était le candidat à la présidentielle, Mme Timochenko a été candidate malheureuse contre lui lors de l'élection de 2010.

IMPLICATION DANS LE MEURTRE D'UN DÉPUTÉ

Renforçant la pression sur la prévenue, le procureur général adjoint Renat Kouzmine a affirmé dans une interview que des enquêtes menées aux Etats-Unis avaient prouvé l'implication de Timochenko et de son mentor, l'ex-premier ministre ukrainien Pavlo Lazarenko, dans le meurtre en 1996 du député Evghen Chtcherban. M. Lazarenko purge sa peine aux Etats-Unis pour blanchiment d'argent.

Réagissant à cette affirmation, le parti de Ioulia Timochenko, Batkivchtchina, a estimé que "l'imagination maladive des procureurs aux ordres de Ianoukovitch n'avait pas de limites".

Les experts ukrainiens du comité de la coopération entre l'Ukraine et l'Union européenne ont de leur côté mis en garde contre la détérioration des liens avec l'Europe dans une lettre ouverte au président Ianoukovitch, publiée par les agences ukrainiennes. "Nous vous appelons à faire revenir l'Ukraine sur la voie proeuropéenne pour que les déclarations dans ce sens ne soient pas contraires aux actes", écrivent-ils.

L'incarcération de Mme Timochenko a suscité de vives critiques dans le monde. La France a haussé le ton jeudi et convoqué l'ambassadeur d'Ukraine au ministère des affaires étrangères afin de lui signifier "la vive préoccupation de Paris suscitée par la mise en détention de Ioulia Timochenko, et plus généralement par le déroulement de ce procès". Les Etats-Unis ont dénoncé un procès aux "apparences de persécutions avec des motivations politiques" et réclamé la "libération immédiate" de l'opposante.

Mme Timochenko est jugée depuis le 24 juin, accusée d'avoir outrepassé ses pouvoirs de premier ministre en 2009 en autorisant, sans l'approbation du gouvernement, la signature de contrats sur l'importation de gaz russe à un prix jugé désavantageux pour Kiev.

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Un appel en faveur de Iulia Timochenko 08-08-11 à 16:37 par Bibli Obs2

Plusieurs intellectuels réclament, dans un appel lancé ce week-end, la libération «immédiate et inconditionnelle» de Iulia Timochenko, l'ancienne première-ministre ukrainienne.

Un appel à la libération «immédiate et inconditionnelle» de l’ex-première ministre ukrainienne Iulia Timochenko vient d’être lancé par le philosophe Daniel Salvatore Schiffer au gouvernement de Viktor Ianoukovitch. Plusieurs intellectuels français y ont déjà apposé leurs signatures, dont Luc Ferry, Alexandre Jardin et le sociologue Michel Wieviorka.

Iulia Timochenko, égérie de la révolution orange, est en détention provisoire depuis le 5 août. Accusée d’abus de pouvoir, elle risque 7 à 10 ans de prison.

LIBEREZ IOULIA TIMOCHENKO!

Un spectre hante, aujourd’hui, l’Ukraine: celui du stalinisme. Car, que le Président de ce pays, Viktor Ianoukovitch, dont on connaît l’indéfectible allégeance à Vladimir Poutine, éprouvât une certaine nostalgie pour ce type de despotisme, c’est ce dont, à voir l’actuel fonctionnement de son appareil d’Etat, on se doutait. Mais qu’il pût en adopter les pires méthodes policières et judiciaires, voilà qui, à l’heure où notre Union Européenne tente de propager ses valeurs de liberté et de tolérance partout dans le monde, ne peut que heurter la conscience de tout authentique démocrate.

Car c’est bien une parodie de justice, digne des vieux et expéditifs procès de Moscou sous l’ère Vychinski, naguère spécialiste inégalé en matière de purges politiques, qui vient d’avoir lieu, avec l’arbitraire mise en détention, ordonnée ce 5 août par un tribunal de Kiev, de Ioulia Timochenko, égérie, pro-occidentale, de la défunte révolution orange de 2004.

Le motif de cette arrestation s’avère, du reste, pour le moins paradoxal, sinon incongru : abus de pouvoir ! La formule, certes, ferait rire, à voir le comportement des « apparatchiks » de la nouvelle « nomenklatura » ukrainienne, si ses implications juridiques n’étaient, elles, aussi tragiques sur le plan humain.

Ainsi est-ce un appel solennel à la libération immédiate et inconditionnelle de Ioulia Timochenko que nous lançons ici, au nom des droits de l’homme et de la femme, du respect de leur liberté de parole et de pensée, au gouvernement ukrainien.

Que celui-ci, par ailleurs, le sache ! S’il ne devait pas répondre positivement à notre requête, nous brandirions alors un autre argument, bien plus redoutable, celui-là, pour les affaires médiatico-économiques de l’Ukraine : l’appel au boycott, sur ses terres, de la prochaine « Coupe d’Europe des Nations », compétition sportive (football) devant se tenir, entre la Pologne et l’Ukraine précisément, du 8 juin au 1er juillet 2012.

C’est, du reste, cette même menace que nos politiciens se devraient, soutenus en cela par la FIFA elle-même, de mettre en avant, face aux autorités ukrainiennes, afin d’obtenir, au plus vite, la libération de Ioulia Timochenko.

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Ukraine : Ioulia Timochenko condamnée à 7 ans de prison tf1news le 11 octobre 2011 à 13:28

L'opposante ukrainienne Ioulia Timochenko a été reconnue coupable d'abus de pouvoir du temps où elle était Premier ministre et condamnée mardi par un tribunal de Kiev à sept ans de prison ferme. En détention provisoire depuis le 5 août, Ioulia Timochenko vient d'être condamnée par un tribunal de Kiev à 7 ans de prison ferme. L'opposante ukrainienne était jugée pour avoir conclu en 2009, du temps où elle était premier ministre, des accords gaziers avec la Russie considérés comme étant défavorables à son pays. Reconnue coupable d'abus de pouvoir, elle a également interdiction d'exercer des fonctions officielles pendant trois ans.

Ioulia Timochenko, qui a dénoncé une procédure politique tout au long du procès entamé le 24 juin, a aussitôt annoncé son intention de contester le jugement devant la justice européenne et appelé à lutter contre l'"autoritarisme" en Ukraine. "Nous allons nous battre pour défendre notre réputation devant les instances européennes. L'année 1937 (des répressions staliniennes, ndlr) est de retour. Il faut être forts. Il faut protéger l'Ukraine de l'autoritarisme, de l'absence de liberté", a lancé l'égérie de la Révolution orange en 2004 après l'annonce du jugement.

Sur le plan financier, elle a été condamnée à rembourser quelque 190 millions de dollars à l'entreprise publique des hydrocarbures ukrainienne Naftogaz, un manque à gagner pour l'Etat après les contrats gaziers "désavantageux" qu'elle avait négociés avec la Russie. "Le tribunal a décidé de donner satisfaction au recours de l'entreprise nationale Naftogaz en ordonnant à Timochenko de rembourser les pertes de cette compagnie à hauteur de 1,516 milliard de hryvnias", soit environ 190 millions de dollars, a déclaré le juge. le 11 octobre 2011 à 13:28

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Douze oligarques russes en pèlerinage dans le désert israélien 07/04/2012 | Aujourd'hui la Russie. http://www.russieinfo.com/douze-oligarques-russes-en-pelerinage-dans-le-desert-israelien

Douze dirigeants de grandes sociétés privées russes ont traversé à pied la vallée d'Arava, situé dans le sud du désert du Néguev (Israël) à la recherche de leur identité juive, a annoncé Iouri Kanner, président du Congrès juif de Russie (REK), qui avait lui aussi participé au voyage.

Parmi les participants au voyage de trois jours figurent également Mikhaïl Friedman, propriétaire d'Alfa Group, Andreï Rappoport, président de l'école de commerce Skolkovo, Boris Belotserkovski, président du groupe Unicum, Boris Mints, copropriétaire de la société financière Otkrytie, Benni Briskin, directeur du REK et d'autres personnalités influentes.

Les voyageurs et un guide local ont quitté la ville de Tsofar le 3 avril dernier. Ils ont parcouru une distance d'environ 20 km par jour et ont passé trois nuits sous tente. Des chameaux ont transporté la plus grande partie des bagages. C'était la première randonnée pédestre dans le désert pour tous les voyageurs, mais personne n'y a renoncé, a ajouté M.Kanner. Vendredi, ils assisteront à un seder (repas rituel juif) à Jérusalem.

Organisé à la veille de la Pâque juive, célébrée le 6 avril après le coucher du soleil, ce voyage à destination de Jérusalem rappelle l'ancienne tradition juive de se rendre en pèlerinage au Temple de Jérusalem.

"Nous nous sentons toujours à la limite entre deux peuples - russe et israélien (…). En Russie, nous restons Juifs - et c'est maintenant une identité normale - et dans d'autres pays on nous traite souvent de Russes. Voilà pourquoi nous sommes allés dans le désert", a indiqué M.Kanner.

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La mort mystérieuse de Boris Berezovski Par Florentin Collomp Mis à jour le 25/03/2013 à 14:50 | publié le 24/03/2013 à 19:46 http://www.lefigaro.fr/international/2013/03/24/01003-20130324ARTFIG00153-la-mort-mysterieuse-de-boris-berezovski.php

L'oligarque exilé à Londres était déprimé et endetté. Il avait fait l'objet de plusieurs tentatives de meurtre.

«Boris Berezovski est mort.» C'est son gendre, Egor Schuppe, qui a révélé la nouvelle sur Facebook samedi après-midi. À 15h18, les services d'urgence avaient été alertés par un de ses gardes du corps. À leur arrivée dans le manoir gris d'Ascot les secouristes ont découvert le corps de l'oligarque russe étalé sur le sol de sa salle de bains. Un important dispositif de police a investi les lieux, le décès étant jugé «inexpliqué». Les enquêteurs de la police scientifique ont fouillé la maison toute la nuit à la recherche de traces éventuelles de contamination chimique, biologique ou nucléaire. Au matin, ils n'avaient rien trouvé de suspect et pas de preuve d'homicide. Des proches évoquaient un suicide.

Un autre exilé russe, Alexander Perepilichny, avait été retrouvé mort non loin de là dans des circonstances mystérieuses en novembre dernier. Boris Berezovski, 67 ans, devait témoigner le mois prochain dans l'enquête judiciaire sur l'empoisonnement au polonium 210 de son ami Alexander Litvinenko à Londres en 2006, pour lequel sont suspectés deux ex-agents du FSB, les services de renseignement russes. Ces derniers ont accusé Berezovski d'avoir lui-même tué son ami. Il avait aussi fait l'objet dans le passé de plusieurs tentatives d'assassinat et était protégé en permanence par d'anciens légionnaires français.

La vie grandiose de l'oligarque, opposant très médiatique à Poutine, réfugié à Londres depuis 2000, avait tourné à la déchéance ces derniers mois. Il était déprimé, seul et criblé de dettes. Sa fortune, évaluée à 3 milliards de livres (3,5 milliards d'euros), n'a pas résisté à la crise financière. En 2011, son divorce lui a coûté plus de 120 millions d'euros. Son procès perdu l'an dernier contre Roman Abramovitch, propriétaire du club de foot de Chelsea - qu'il accusait de l'avoir spolié - lui a laissé une facture de près de cent millions d'euros de frais judiciaires. La bataille a terni sa réputation après qu'il fut qualifié par le juge de «témoin délibérément malhonnête».

Séparation difficile

Cherchant à se renflouer, il a vendu l'une de ses propriétés du Surrey, mis sur le marché ses deux domaines de la Côte d'Azur et sa Rolls de 1927. La semaine dernière, il a cédé chez Christie's un portrait de Lénine par Andy Warhol. Pour ne rien arranger, sa compagne de longue date et mère de deux de ses six enfants, Elena Gorbunova, l'a assigné en justice en janvier pour lui réclamer 5 millions de livres qu'elle estime lui revenir de la vente de la maison du Surrey, cédée pour 25 millions, après leur séparation l'automne dernier.

Berezovski était traité pour une dépression qui l'avait conduit à séjourner deux jours dans une clinique privée. Il avait évoqué juste avant sa mort son désir de rentrer en Russie. Selon le porte-parole de Vladimir Poutine, il aurait écrit il y a deux mois au chef du Kremlin une lettre pour lui demander de le «pardonner». Des allégations accueillies avec scepticisme par ses amis londoniens. Andreï Sidelnikov, un dissident russe qui le connaissait depuis onze ans, a affirmé: «Quelqu'un comme lui ne se serait jamais suicidé. C'était quelqu'un d'exceptionnellement joyeux et il le restait malgré ses revers. Mon opinion est que sa mort est due, soit à des causes naturelles, soit aux services secrets russes. Tout le monde sait que Boris était l'ennemi numéro un de Poutine.»

LIRE AUSSI:

» Berezovski, faiseur de rois et victime collatérale de Poutine ; » Boris Berezovski: «Poutine a commandité l'assassinat de Litvinenko» ; » Le divorce le plus cher de la Grande-Bretagne ; » Litvinenko, l'ex-agent du KGB, travaillait pour le MI6

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Russie: mort de Boris Berezovski, l'ex-éminence grise du Kremlin tombée en disgrâce
AFPQC | Par Agence France-Presse Publication: 23/03/2013 16:10 EDT | Mis à jour: 23/03/2013 16:20 EDT http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/03/23/boris-berezovski-mort_n_2940866.html

Boris Berezovski, décédé samedi en Angleterre, a été un flamboyant oligarque russe puis l'éminence grise du Kremlin sous Boris Eltsine, avant de connaitre la disgrâce puis l'exil sous Vladimir Poutine dont il était devenu l'ennemi juré.

Berezovski était accusé de tous les maux par le Kremlin, notamment de financer l'opposition et de fomenter une révolution en Russie: un retournement de situation radical pour celui qui se flattait il y a quelques années encore d'avoir porté Poutine au pouvoir, grâce à son influence dans l'entourage de Eltsine.

A cette époque, Boris Berezovski était considéré comme un spécialiste des intrigues et des manipulations, aussi bien dans les négociations avec les indépendantistes tchétchènes pendant la guerre que dans les grandes manoeuvres autour du pétrole et du gaz. Autant d'éléments qui l'ont rendu très impopulaire jusqu'à ce jour en Russie.

Boris Berezovski, décédé à l'âge de 67 ans, était tombé en disgrâce peu après l'arrivée de M. Poutine au pouvoir, en 2000. Il s'était alors exilé au Royaume-Uni où il a obtenu l'asile politique trois ans plus tard.

Né à Moscou le 23 janvier 1946, Berezovski a fait des études de mathématiques et s'est découvert une âme d'homme d'affaires avec les débuts de la perestroïka en 1985. C'est alors qu'il gagne ses premiers millions de dollars dans la vente de voitures.

Chauve, bien portant, doté d'une certaine éloquence et d'un réel sens de l'humour, Boris Berezovski avait bâti un empire commercial et médiatique pendant les privatisations controversées des années 1990 en Russie.

Il fait son entrée en politique en finançant la réélection de Boris Eltsine, en 1996.

Cet homme marié et père de deux enfants va alors être largement récompensé pour ses bons services: il devient l'un des personnages principaux du Kremlin et de l'entourage de Eltsine, incarnant tous les excès de cette période troublée.

L'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine sonne la fin de ses ambitions et le pousse à l'exil. Mais Boris Berezovski ne s'avoue pas vaincu: il rêve de renverser le régime de celui qu'il qualifie désormais de "dictateur typique".

En Russie, la justice ouvre plusieurs enquêtes contre lui, la dernière remontant à mai 2012 après qu'il eut proposé une récompense à ceux qui "arrêteront le dangereux criminel Poutine".

La chance semblait ces derniers temps avoir tourné le dos à Berezovski qui, selon des informations de presse, avait connu d'importants revers de fortune.

En août 2012, il a été débouté dans un procès contre le milliardaire Roman Abramovitch, lui toujours bien vu par le Kremlin et propriétaire du club Chelsea, à qui il réclamait 5 milliards de dollars.

Son avocat Alexandre Dobrovinski a affirmé samedi que Berezovski s'était suicidé alors qu'il était ruiné, au point de devoir vendre ses tableaux et emprunter à des amis 5.000 dollars pour acheter un billet d'avion.

Dernier coup de théâtre dans une vie marquée par le secret, les réseaux d'influence et les coups tordus, le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a affirmé quelques heures après l'annonce de sa mort que Berezovski avait écrit à Poutine pour lui demander pardon et solliciter son aide pour revenir en Russie.

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Libre, l'ancien oligarque russe Mikhaïl Khodorkovski remercie l'Allemagne LE MONDE | 21.12.2013 à 10h24 • Mis à jour le 21.12.2013 à 10h25 | Par Marie Jégo (Moscou, correspondante)

Tout est allé très vite. Une fois sa demande de grâce signée par Vladimir Poutine, l'ancien magnat du pétrole russe Mikhaïl Khodorkovski est sorti, vendredi 20 décembre, de la colonie pénitentiaire de Segueja, en Carélie (nord-ouest de la Russie). Sans passer par la chambre d'hôtel louée par l'administration pénitentiaire spécialement pour lui, non loin des barbelés du camp – une sorte de sas avant la liberté –, il a sauté dans un hélicoptère, direction l'aéroport de Poulkovo, à Saint-Pétersbourg. Sur le tarmac, un Cessna-525 l'attendait, prêté par un homme d'affaires allemand, pour l'emmener à Berlin.

A son arrivée à l'aéroport Berlin-Schönefeld, il a été accueilli par Hans-Dietrich Genscher, l'ancien chef de la diplomatie de la République fédérale d'Allemagne de 1974 à 1992 et d'autres personnalités, dont Alexander Rahr, un expert de la Russie, membre du Club Valdaï, un forum de discussion organisé chaque année par le Kremlin.

Apparemment, l'Allemagne a joué un rôle important dans le dénouement de l'affaire Khodorkovski. Dans un communiqué publié juste après sa sortie, l'ancien oligarque remercie M. Genscher pour « son implication personnelle ». De son côté, l'ancien ministre des affaires étrangères a déclaré à la chaîne de télévision ARD avoir été reçu deux fois par le président russe pour évoquer le cas du prisonnier, condamné à quatorze ans en prison pour « détournement de fonds » et « fraude fiscale ». Il a révélé que la chancelière Angela Merkel avait « exhorté à plusieurs reprises » Vladimir Poutine à le libérer.

GRÂCE « GUIDÉE PAR LES PRINCIPES D'HUMANITÉ »

A sa sortie de prison, Mikhaïl Khodorkovski a confirmé avoir demandé la clémence de Vladimir Poutine pour des raisons familiales. Il a assuré qu'il n'avait pas pour autant reconnu la moindre culpabilité dans les faits pour lesquels il avait été condamné. Le décret présidentiel précise que la grâce accordée « est guidée par les principes d'humanité », et qu'elle prend effet immédiatement. En annonçant son geste, jeudi, M. Poutine avait évoqué la mauvaise santé de la mère de l'ex-oligarque.

Le détour par Berlin a donné lieu à une petite cacophonie. Alors que les services pénitentiaires assuraient qu'il se rendait au chevet de Marina Khodorkovskaïa, sa mère malade, soignée, disait-on, en Allemagne, celle-ci déclarait dans le même temps à l'agence russe Itar-Tass qu'elle était chez elle à Korallovo, dans les environs de Moscou, et ne comprenait pas ce qui s'était passé. En revanche, M. Khodorkovski a retrouvé son fils aîné Pavel, samedi matin à Berlin.

Les spéculations vont bon train sur ce que va faire M. Khodorkovski, après sa première nuit en liberté « dans un palace » de la porte de Brandebourg, insistait la télévision Russia Today, porte-voix du Kremlin. Des journalistes de cette chaîne, connue pour avoir décrit l'ex-oligarque en des termes peu bienveillants, battaient la semelle devant l'hôtel, espérant recueillir de lui quelques mots, en vain. Selon le Kremlin, l'ex-prisonnier « est libre de retourner en Russie ».

« VLADIMIR POUTINE N'A PLUS PEUR DE LUI »

En Russie, sa libération a fait sensation surtout parmi l'intelligentsia, convaincue que son calvaire était le fruit d'un règlement de comptes manigancé par M. Poutine, en pleine dérive autoritaire. Autant le premier verdict de huit ans, en 2005, pouvait être perçu comme le châtiment mérité d'un nouvorich à la fortune suspecte, autant le second, une condamnation à quatorze années de réclusion en 2010, révéla l'acharnement du Kremlin à vouloir le briser. Moralement, Mikhaïl Khodorkovski réussit à tenir bon, et même à publier régulièrement points de vue et essais dans les médias.

Petit à petit, il s'est paré de l'auréole des martyrs, comme on les aime en Russie. Les voyages interminables de sa mère, Marina, et de sa femme, Inna, vers le camp de Krasnokamensk où il était incarcéré, à 7 000 km de la capitale, les premières années de sa détention, rappelaient un peu ceux des femmes des Décembristes, ces insurgés contre le tsar Nicolas Ier, punis d'un dur exil en Sibérie.

Pourquoi cette libération ? « Vladimir Poutine n'a plus peur de lui, voilà pourquoi il l'a gracié. Il a compris que Khodorkovski n'était pas un révolutionnaire », estime le politologue Stanislav Belkovski. Avec le pardon présidentiel, l'ancien patron de Ioukos, autrefois première major de Russie, va devoir renoncer aux procédures intentées ces dernières années contre l'Etat russe pour récupérer les actifs de sa société démantelée. Un an après son arrestation, les plus beaux joyaux de Ioukos avaient été captés par la compagnie pétrolière nationale Rosneft, dirigée par Igor Setchine, un proche du maître du Kremlin.

Le PDG de Rosneft s'est d'ailleurs félicité vendredi de l'élargissement de M. Khodorkovski : « Du point de vue juridique, l'entreprise devient plus sûre », puisque l'acquisition douteuse des actifs de Ioukos n'est plus en question. La grâce équivaut « à reconnaître sa faute », a souligné M. Setchine, convaincu qu'il n'y aura à l'avenir aucune action en justice de la part de Khodorkovski.

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Ukraine: le parlement autorise la libération de Ioulia Timochenko Publié le 21 février 2014 à 11h51 | Mis à jour le 21 février 2014 à 11h51 http://www.lapresse.ca/international/dossiers/ukraine/201402/21/01-4741206-ukraine-le-parlement-autorise-la-liberation-de-ioulia-timochenko.php

Le parlement ukrainien a voté vendredi en faveur de la libération de l'opposante incarcérée Ioulia Timochenko.

Les parlementaires jouissent de nouveaux pouvoirs depuis que la constitution de 2004 a été rétablie, dans le cadre de l'accord intervenu entre l'opposition et le président Viktor Ianoukovitch.

Cette constitution restreint grandement les pouvoirs de la présidence.

Mme Timochenko est emprisonnée depuis deux ans, dans la ville orientale de Kharkiv. On ne sait pas exactement à quel moment elle pourrait être libérée.

Les parlementaires ont voté, à 310 contre 54, pour décriminaliser le geste dont elle a été reconnue coupable, ce qui veut dire que Mme Timochenko n'est plus coupable d'avoir commis un acte criminel.

Les parlementaires ont également voté le congédiement du ministre de l'Intérieur, qui est largement tenu pour responsable de la violence policière à l'endroit des manifestants.

Le ministre Vitali Zakharchenko était profondément détesté par les manifestants, qu'il avait qualifiés d'extrémistes.

Des dizaines de personnes ont été tuées depuis le début de la semaine.

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DIRECT Ukraine : Ianoukovitch destitué, Timochenko libérée Par Les Echos | 22/02 | 10:01 | mis à jour à 18:17

Le Parlement a voté la libération de l’opposante politique et la destitution de Viktor Ianoukovitch. Le palais présidentiel est occupé par les opposants.

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Le Parlement vote le renvoi de l'ex-président Viktor Ianoukovitch devant la CPI http://www.france24.com/fr/20140225-ukraine-renvoi-viktor-ianoukovitch-cpi-la-haye-justice-internationale-defaut-paiement/ Dernière modification : 25/02/2014

Trois jours après la destitution du président Viktor Ianoukovitch par le Parlement ukrainien, les députés ont voté, mardi 25 février, le renvoi de l’ancien chef de l’État devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour "crimes graves".

Les députés ukrainiens tiennent Viktor Ianoukovitch, mais également l’ex-ministre de l’Intérieur Vitali Zakhartchenko et l'ancien procureur général Viktor Pchonka, pour responsables du bain de sang au cours duquel, la semaine dernière, plusieurs dizaines de manifestants ont été tués.

La CPI a assuré qu’elle attendait une requête officielle des autorités ukrainiennes pour entamer une enquête sur les décès des manifestants.

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Ukraine : les bâtiments officiels de Crimée occupés par des hommes armés Par Francetv info avec AFP http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/ukraine-les-batiments-officiels-de-crimee-occupes-par-des-hommes-armes_540137.html

Les locaux ont été barricadés et sont encerclés par la police.

La situation devient tendue en Crimée. Des hommes armés ont pris possession jeudi 27 février au matin du Parlement et du siège du gouvernement de cette république autonome russophone d'Ukraine, en proie à des tensions séparatistes. Des drapeaux russes ont été dressés en haut de ces bâtiments, indique l'agence de presse russe Interfax.

Une trentaine d'hommes équipés d'armes automatiques ont tiré vers les fenêtres de ces bâtiments officiels, sans faire de blessés, vers 4h20 (3h20 à Paris), avant d'y pénétrer. Les locaux ont été barricadés et sont encerclés par la police.

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Publié le 01/03/2014 Mis à jour le 01/03/2014 à 14h15 La Crimée, le cadeau de Khrouchtchev à l'Ukraine Joshua Keating http://www.slate.fr/story/84067/crimee-cadeau-khrouchtchev-ukraine Traduit par Peggy Sastre

Si la Crimée est devenue ukrainienne en 1954, elle le doit à Nikita Khroutchev alors Premier secrétaire du parti communiste, qui a voulu resserrer les liens avec l'Ukraine martyrisée par Staline. Un cadeau empoisonné?

....... La Crimée est devenue ukrainienne en 1954

A la lumière de ces événements, il est utile de voir comment la Crimée a pu devenir une partie de l'Ukraine. Le transfert par Moscou de la péninsule –reliée au territoire ukrainien par un isthme– à la République socialiste soviétique d'Ukraine remonte à 1954.

Il est d'usage de dire que le Nikita Khrouchtchev, Premier Secrétaire du PCUS, offrit la Crimée en «cadeau» à son pays d'adoption. La relation de Khrouchtchev à l'Ukraine est des plus complexes: Russe ethnique, il naît dans une ville faisant aujourd'hui partie de la Russie, mais il fait ses armes dans le parti communiste ukrainien et en prend la direction durant les pires années des purges staliniennes.

Les raisons au cœur du transfert de la Crimée relevaient sans doute moins de la générosité que de la démographie. Avant la Seconde Guerre Mondiale, la Crimée hébergeait pas moins de 300 000 Tatars. Parce qu'un certain nombre d'entre eux avait collaboré avec l'occupant nazi, Staline décida de déporter toute la communauté en 1944.

Comme l'écrit William Taubman dans sa biographie de Khrouchtchev, la même année, ce dernier –qui avait toujours eu dans l'idée d'étendre le territoire ukrainien– se met à ébaucher un plan visant à remplacer les Tatars déportés par des paysans venus d'une Ukraine dévastée. Dix ans plus tard, succédant à Staline à la tête de l'URSS, il a enfin les moyens de réaliser son objectif.

Un cadeau lourd de conséquences

Le transfert de la Crimée fut présenté comme un geste bienveillant, marquant le 300ème anniversaire de l’unification entre l'Ukraine et la Russie tsariste. A l'annonce de l'événement, la Pravda mettait en avant des «similitudes économiques, une proximité territoriale et des liens culturels et linguistiques», même si, selon Lewis Siegelbaum, professeur d'histoire à l'Université d’État du Michigan, les liens culturels de la Crimée ont toujours été plus étroits avec la Russie. A l'époque, la région comptait environ 268 000 Ukrainiens et 858 000 Russes ethniques.

Mais, à l'évidence, Khrouchtchev avait un œil sur la Crimée depuis bien longtemps, et vu ce que l'Ukraine avait dû endurer sous Staline, un tel geste de propagande semblait des plus opportuns.

Après 1954, un grand nombre d'Ukrainiens et de Russes s'installèrent dans la région, et la différence entre les deux pays ne fut pas spécialement saillante jusqu'à la dissolution de l'Union Soviétique, en 1992. Le président russe, Boris Eltsine, était censé faire pression pour que la Crimée rejoigne la Russie après l'indépendance, mais, au grand dam des Russes de la région, il n'insista pas sur le sujet lors des négociations.

La Crimée compte une importante population tatare, revenue dans les années 1980 et 1990 –et qui, dans sa grande majorité, a pris fait et cause pour les manifestants de Maïdan. Mais comme nous l'avons vu ces deux dernières semaines, le soutien à la Russie reste fort.

Le cadeau de Khrouchtchev est donc aujourd'hui bien plus lourd de conséquences que ce que le Premier Secrétaire aurait pu imaginer à l'époque. Il se pourrait même qu'il constitue les prochaines étapes de la crise ukrainienne. Joshua Keating Traduit par Peggy Sastre

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Ukraine: l’Otan accuse Moscou de «menacer la paix en Europe», le G8 en question AFP 2 mars 2014 à 13:47 (Mis à jour : 2 mars 2014 à 17:18) http://www.liberation.fr/monde/2014/03/02/ukraine-reunion-d-urgence-de-l-otan-multiplication-des-mises-en-garde_983940

Les Occidentaux ont multiplié les mises en garde dimanche contre la Russie, accusée par l’Otan de «menacer la paix en Europe» avec son action en Ukraine, et prévenue par les Américains qu’elle pourrait même perdre sa place au G8.

«Ce que fait la Russie en Ukraine viole les principes de la Charte des Nations unies» et «menace la paix et la sécurité en Europe», a affirmé le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, avant une réunion de crise à Bruxelles. Il a demandé à la Russie de «cesser ses activités militaires et ses menaces» contre l’ancienne république soviétique.

Les ambassadeurs des 28 pays membres se sont retrouvés dimanche en milieu de journée au siège de l’Alliance atlantique, avant une réunion avec leur homologue ukrainien dans l’après-midi.

Principale menace concrète jusqu’à présent, les Etats-Unis ont averti la Russie qu’elle risquait d’être exclue du G8, dont le prochain sommet doit se tenir en juin à Sotchi, la ville des récents JO d’hiver qui ont servi de vitrine à Vladimir Poutine.

Le président russe «pourrait ne pas avoir de G8 à Sotchi, il pourrait même ne pas rester au sein du G8 si cela continue», a prévenu le secrétaire d’Etat américain, John Kerry. «Si la Russie veut être un pays membre» du club des grandes puissances, «elle doit se comporter comme un pays du G8», a-t-il dit en menaçant Moscou de «sanctions» et «d’isolement économique».

La France et le Royaume-Uni ont suspendu leur participation aux préparatifs du G8. «La Russie est traditionnellement notre amie. Nous souhaitons d’un ami traditionnel autre chose qu’un bruit de bottes», a lancé le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

La réunion de l’Otan entrait dans le cadre d’une intense activité diplomatique pour tenter de dissuader la Russie d’intervenir en Ukraine, alors qu’elle a déployé des forces en Crimée. Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a même accusé la Russie d’avoir «déclaré la guerre» à son pays.

Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni samedi, et une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne est programmée lundi. De source européenne, on évoquait dimanche la possibilité d’une réunion ministérielle de l’Otan, voire d’un sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement la semaine prochaine.

- 'médiation' -

Pour Jan Techau, de Carnegie Europe, il est peu probable que la réunion de l’UE lundi débouche sur des décisions très dures. Selon lui, il n’y a «pas d’unité» au sein des Européens, qui disposent en outre de peu d’outils.

M. Fabius a souhaité une «médiation, soit directement entre Russes et Ukrainiens, soit par l’intermédiaire de l’ONU ou de l’OSCE». Pour un diplomate européen, il faut tenter de sortir du «tête à tête» entre l’UE et la Russie, qui a des relents de guerre froide, et élargir le cercle dans un cadre multilatéral ou par le biais d’un pays plus neutre.

La Pologne, pays voisin de l’Ukraine, s’est estimée «menacée» par une éventuelle intervention militaire russe dans ce pays. Elle avait demandé la convocation de l’Otan sur la base de l’article 4 du traité de l’Atlantique nord, qui prévoit des consultations en cas de menace sur «l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité» de l’un de ses membres.

Cet article a été invoqué à plusieurs reprises, notamment par la Turquie dans le cadre du conflit syrien. L’Otan a assuré dimanche que la réunion n’avait pas été organisée sur la base de cet article mais en vertu des «prérogatives» du secrétaire général.

L’Ukraine coopère depuis de nombreuses années avec l’Otan. Mais elle n’en est pas membre. En 2008, les dirigeants des pays alliés étaient convenus que l’Ukraine avait vocation à rejoindre l’Otan, ce qui avait rendu furieux Vladimir Poutine. En 2010, le gouvernement nouvellement élu du président pro-russe Viktor Ianoukovitch avait renoncé à cet objectif.

Au delà des condamnations et des appels à la désescalade, il ne faut pas attendre «grand chose de concret» de la réunion des ambassadeurs, a prévenu une source diplomatique.

En 2008, malgré leur mobilisation, les Occidentaux n’avaient pu empêcher la Russie de mener une guerre éclair en Géorgie avant qu’elle ne reconnaisse l’indépendance de deux régions géorgiennes pro-russes, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie.

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Le milliardaire ukrainien pro-européen et ancien ministre Petro Porochenko, favori des sondages pour la présidentielle du 25 mai, a officialisé vendredi sa candidature....lire la page source: rtbf.be - Friday, 28 March

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La Commission européenne débloquera 5 millions d'euros à la mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à la présidentielle en Ukraine du 25 mai et au système électoral du pays, a annoncé le commissaire européen à l'Elargissement Stefan Füle. ...lire la page source: fr.ria.ru - 2 days ago

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Ukraine: donné vainqueur, Porochenko veut "mettre fin à la guerre" Par Olga NEDBAEVA et Olexandr SAVOCHENKO avec Marion THIBAUT à Donetsk | AFP 26 mai 2014

Le milliardaire pro-occidental Petro Porochenko, donné vainqueur de la présidentielle de dimanche en Ukraine, s'est fixé pour priorités de mettre fin à la guerre dans l'Est séparatiste, où le scrutin n'a quasiment pas pu avoir lieu, et de mener son pays sur la voie de l'intégration européenne.

Crédité de près de 56% des suffrages par les sondages à la sortie des bureaux de vote, l'homme d'affaires de 48 ans, deux fois ministre de précédents gouvernements, n'a pas attendu les résultats officiels pour détailler les premières mesures qu'il prendra en tant que chef de l'Etat : se rendre dans les régions du Donbass en proie à une insurrection armée prorusse, "ramener la paix en Ukraine" et convoquer dès cette année des élections législatives anticipées.

La Pologne, principal soutien de Kiev au sein de l'UE pourrait devenir le premier pays étranger qu'il visitera, a indiqué M. Porochenko tout en restant vague sur la perspective de normalisation des relations avec la Russie.

Les premiers résultats officiels promis pour minuit (21H00 GMT) se faisaient attendre, mais le numéro deux de la commission électorale centrale Andriï Maguera a déclaré que les sondages sortie des urnes étaient "fiables".

Un travail titanesque attend le futur président qui devra gérer tout autant la rébellion prorusse dans l'Est que la quasi-faillite de l'économie ukrainienne, ainsi que des réformes économiques impopulaires imposées en échange de l'aide de 27 milliards de dollars consentie par le FMI, la Banque mondiale et l'Union européenne.

- Obama salue le courage des Ukrainiens, Poutine muet -

Le cinquième président de l'Ukraine indépendante devra également négocier avec la Russie sur la dette gazière que son pays a contractée auprès d'elle, un dossier qui inquiète les Européens, tributaires du gaz russe.

La Russie qui avait critiqué la tenue de la présidentielle en pleine opération militaire dans l'Est avant d'adoucir légèrement le ton n'a pas réagi à l'annonce des sondages.

Au moment où se dessinait le résultat, le président russe Vladimir Poutine assistait à un match de hockey sur glace à Minsk avec ses homologues du Bélarus et du Tadjikistan.

Le président américain Barack Obama a salué le "courage" des électeurs qui se sont rendus aux urnes dans l'Est de l'Ukraine, "malgré les provocations et la violence".

M. Porochenko arriverait largement en tête, devant l'égérie de la Révolution orange de 2004, Ioulia Timochenko, qui ne recueillerait que 13% des voix, selon un sondage à la sortie des bureaux de vote réalisé par un consortium d'instituts ukrainiens.

Le vote a consacré la cuisante défaite des candidats ultra-nationalistes qui s'étaient illustrés sur le Maïdan.

Mme Timochenko a estimé qu'une "élection démocratique" avait eu lieu en Ukraine en se disant prête à "aider les nouvelles autorités à faire avancer l'Ukraine sur la voie européenne".

- vote utile -

Si les résultats des sondages se confirment, M. Porochenko sera élu dès le premier tour, ce qui constituerait une première depuis l'élection de Léonid Kravtchouk en 1991 après la dislocation de l'URSS.

Le sociologue Valéri Paniotto a expliqué ce résultat par le vote utile d'Ukrainiens "qui voulaient que la présidentielle se termine au premier tour.

Le scrutin, soutenu par les Occidentaux, s'est déroulé après six mois d'une crise politique sans précédent, marquée par la sanglante répression du mouvement pro-européen de contestation de Maïdan, le rattachement express de la Crimée à la Russie et une insurrection armée prorusse qui a pratiquement coupé l'Est russophone du reste de l'Ukraine.

L'élection avait pour toile de fond un affrontement géopolitique entre les Occidentaux et Vladimir Poutine dont le pays fait un grand retour sur le devant de la scène internationale.

Plus de 36 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes. "J'espère que cette élection ramènera enfin la paix en Ukraine", a résumé Oleg, un homme d'affaires de 38 ans à Lviv, à 80 km de la Pologne.

Une enseignante de 31 ans, Irina Myssak, attend, quant à elle, du président élu qu'il "conduise l'Ukraine à l'Otan et à l'Union européenne". "Et je ne veux plus jamais voir ce qui se déroule dans l'Est", a-t-elle ajouté, faisant allusion à l'insurrection armée ayant gagné les régions frontalières de la Russie, théâtre de combats avec l'armée ukrainienne qui ont fait plus de 150 morts depuis le 13 avril.

Dans le bastion rebelle de Donetsk, aucun bureau de vote n'a ouvert et les rues de la ville sont restées désertes.

"L'Ukraine est maintenant un autre pays, donc je ne vois pas pourquoi nous devrions prendre part à cette élection", a déclaré à l'AFP Elisaveta.

Recrudescence des violences dans l'Est -

Dans l'après-midi, environ 2.000 personnes ont affiché leur soutien aux séparatistes dans le centre de Donetsk, protégées par des hommes armés en tenue de camouflage et portant des cagoules.

"Vous êtes nos héros !", lançait la foule. "Pas de prisonniers, tuez-les !"

Cependant, aucun combat entre insurgés et soldats ukrainiens n'a été signalé pendant le scrutin.

L'élection avait peu de chances de se dérouler, avec la peur des gens d'aller voter, les commissions électorales locales sous le contrôle des séparatistes ou tout simplement en raison de l'absence d'urnes et de bulletins dans certains bureaux de vote.

Dans un apparent geste d?apaisement, Vladimir Poutine avait annoncé vendredi qu'il respecterait le "choix du peuple ukrainien".

Son Premier ministre Dmitri Medvedev s'est rendu en Crimée, rattachée à la Russie en mars, un déplacement dénoncé par Kiev comme une "provocation délibérée" le jour du scrutin.

La fin de la campagne a été marquée par la recrudescence des combats sur le "front de l'Est", dans la région de Donetsk où 26 personnes, en majorité des soldats ukrainiens, ont péri dans des affrontements entre séparatistes et forces loyales à Kiev.

Un photographe italien et un défenseur russe des droits de l'Homme ont été tués par des tirs d'obus. Il s'agit du premier journaliste à trouver la mort dans l'Est depuis le début des combats en avril.

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