Persécutions contre les mazdéens Yézidis

Une religion préislamique
Attentat meurtrier en Irak, août 2007

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Persécutions contre les minorités chrétiennes *

Un rapport, avalisé par les Eglises en France, dresse la carte du monde des discriminations antichrétiennes.

Pilier de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), le droit à la liberté de manifester sa religion ou d’en changer est l’un des plus quotidiennement ignorés, bafoués, violés dans le monde. Les Nations unies et les organisations de droits de l’homme s’en alarment. A leur tour, la Fédération protestante de France, la commission Justice et Paix de l’Eglise catholique et l’ACAT (Action des chrétiens contre la torture) viennent de publier un rapport accablant sur les persécutions antichrétiennes dans le monde, sans ignorer les autres minorités opprimées, comme la secte Fa Lun Gong et les bouddhistes tibétains en Chine, ou les juifs et les bahais en Iran.

Longtemps limitées, au XXe siècle, à l’aire des pays marxistes, les discriminations antichrétiennes n’ont pas disparu avec l’effondrement des systèmes totalitaires. Elles sont aujourd’hui plus disséminées, masquées par des artifices constitutionnels, confondues avec d’archaïques guerres ethniques, sous-estimées dans les sociétés sécularisées et dans les Eglises elles-mêmes qui craignent de paraître "corporatistes" ou d’alimenter un sentiment d’hostilité à l’islam. C’est pourtant bien d’une persécution à grande échelle qu’il faut parler, même si le rapport français se garde de confondre les situations.

Dans les sept pays épinglés – la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Vietnam, l’Iran, le Soudan, le Nigeria –, les persécutions antireligieuses s’inscrivent, à chaque fois, dans un contexte historique, politique, confessionnel différent. L’intérêt de ce rapport est de distinguer la responsabilité propre des Etats (Chine, Vietnam, Soudan, Iran) de celle de groupes extrémistes, comme le RSS (Corps national de volontaires hindous) en Inde ou le Jamaat-e-Islami (fondamentaliste sunnite) au Pakistan, puis de montrer la diversité des processus de persécution et leur aggravation récente.

Un processus politique d’abord. Depuis deux ans, sur fond de lutte contre les "cultes maléfiques" (qui font l’objet d’une loi répressive depuis octobre 1999), la Chine mène la guerre à la secte Fa Lun Gong, à la résistance tibétaine, aux autonomistes musulmans du Xinjiang, ainsi qu’aux nombreuses "Eglises domestiques" (clandestines) protestantes du Henan et catholiques dans le Hebei (autour de Pékin), dont les lieux de réunion sont détruits, les prêtres et les pasteurs arrêtés. Au Vietnam aussi, les religions non enregistrées – Eglise bouddhiste unifiée, protestants évangéliques – sont illégales et persécutées. La répression s’intensifie contre des minorités ethniques gagnées au protestantisme, comme les Bahnars dans les hauts plateaux ou les h’Mong à la frontière du Laos et de la Chine.

Le nationalisme est au cœur des persécutions. L’Inde est un pays laïque et de Constitution démocratique, l’hindouisme, une religion de tradition tolérante. Mais depuis l’arrivée au pouvoir du parti nationaliste hindou BJP (Bharatiya Janata Party) en 1998, les musulmans et les chrétiens sont victimes d’organisations extrémistes proches du BJP. Des églises sont régulièrement plastiquées, des bibles brûlées, des prêtres assassinés. Deux cents incendies ont été recensés depuis 1998 dans les Etats du nord et du centre de l’Inde. Les nationalistes font du christianisme une menace étrangère pour la culture hindoue et l’identité du pays. Le rapport des Eglises françaises dénonce un partage de rôle entre le parti nationaliste au pouvoir "qui cherche à paraître modéré" et les groupes radicaux "qui mobilisent la jeunesse et organisent les attaques contre les chrétiens".

La persécution religieuse est aussi liée à des motifs ethniques. C’est le cas dans la poudrière du Nigeria, divisé entre les Haoussas au nord, islamisés depuis le XVIe siècle, les Yoroubas à l’ouest, partagés entre chrétiens et musulmans, les Ibos, de majorité chrétienne, au sud. Dans ce pays, dont la Constitution de mai 1999 garantit une totale liberté de croyance et où toute religion officielle est interdite, les affrontements confessionnels se multiplient. Depuis deux ans, la loi islamique (charia) gagne du terrain dans les Etats du Nord : Zamfara, Kano, Sokoto, Bauchi, Katsuna, Bornou, Kebbi, Kaduna, etc. Il s’ensuit des émeutes interreligieuses (1 500 morts chrétiens à Kaduna, il y a un an) parmi les plus graves depuis la guerre du Biafra et une insécurité totale dans tout le Nord-Nigeria, où les populations chrétiennes du Sud ont été attirées par la manne pétrolière. Face à la pression conjuguée de la Libye et de l’Arabie saoudite, la position des autorités de Lagos devient intenable : l’extension de la charia aggrave la discrimination religieuse ; une énergique condamnation enflamme les passions musulmanes.

Reste le cas de pays à religion officielle, comme l’Iran chiite où les confessions minoritaires (chrétiens arméniens ou chaldéens, musulmans sunnites, juifs, zoroastriens) bénéficient d’une reconnaissance théorique, à l’exclusion des bahais, dissidents de l’islam chiite et violemment persécutés. Mais leur activité est étroitement surveillée et confinée à leur seule communauté. Aucun enseignement, aucune traduction de la Bible n’est tolérée en dehors de la langue d’origine. Aucun mariage n’est possible entre musulman et non-musulman. Toute conversion d’un musulman au christianisme est passible de la peine de mort. Toute activité extérieure des confessions minoritaires est confondue avec le prosélytisme. L’accès aux emplois publics, à la justice, à l’armée, à l’université leur est interdit ou sévèrement contrôlé.

Ce rapport ne prétend pas à l’exhaustivité. Depuis des mois, les chrétiens de l’archipel des Moluques (Indonésie) sont attaqués par des commandos islamistes. Les militants engagés dans les luttes contre la pauvreté en Amérique centrale ou latine (comme les sept jésuites tués au Salvador en 1989 ou le père Burin des Roziers, avocat menacé de mort au Brésil) ne sont pas non plus cités ni les victimes chrétiennes des massacres en Algérie. Mais il a l’avantage de démontrer l’impunité des pays concernés et d’accréditer la thèse d’une montée planétaire des tensions ethnico-religieuses.
* Henri Tincq, Le Monde, 14 février 2001, p. 2.

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Les Yézidis, une secte ésotérique
Persécutés pendant des siècles, ils venaient de voir leurs droits reconnus.
Par Hélène Despic-Popovic, Libération, QUOTIDIEN : jeudi 16 août 2007, p. 5

Les attentats meurtriers d’hier ont touché la minorité yézidie, forte de quelque 500 000 membres, qui vit essentiellement dans le nord de l’Irak, dans la région de Mossoul.
Cette communauté préislamique de langue kurde a été longtemps considérée à tort par les musulmans et les chrétiens comme une secte d’adorateurs du diable.
Les fidèles de cette religion ésotérique, dont la cosmogonie emprunte des éléments au zoroastrisme iranien, vénèrent Malak Taus, le premier des sept archanges créés par Dieu, et représenté par un paon.

Ils seraient quelque 600 à 800 000 dans le monde, essentiellement dans le Caucase (Arménie, Géorgie) et au Moyen-Orient (Turquie, Syrie).

Chrétiens et musulmans identifient Malak Taus à Satan parce qu’il porte en arabe le nom de Shaytan, qui est celui de Satan dans le Coran.
Il est pourtant interdit aux Yézidis de prononcer le mot «diable». Ils croient que le bien et le mal coexistent en l’homme et que c’est à lui de choisir entre eux.

Cette secte, dont les membres ne peuvent pas se convertir à d’autres religions, est divisée en castes.
Les adeptes croient avoir été spécifiquement créés à partir d’Adam et non pas d’Adam et Eve comme le reste des humains.
Ils ne peuvent pas se marier à l’extérieur du groupe, pas plus qu’à l’extérieur de leur caste. Et ils doivent respecter de nombreux interdits alimentaires, rejetant notamment la laitue.

Persécutés pendant des siècles, notamment sous Saddam Hussein, ils ont vu leur droit à pratiquer leur culte reconnu dans la nouvelle constitution irakienne. Ils ont trois députés, sur les 275 sièges de l’Assemblée nationale irakienne, élus sur la liste kurde, et deux sièges sur 111 au Parlement autonome kurde.

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Attentat en Irak contre une communauté préislamique
L’explosion de plusieurs camions piégés a causé la mort de plus de 200 villageois.
Par H. D-P. (avec AFP, Reuters), Libération, QUOTIDIEN : jeudi 16 août 2007, p. 5

Des camions citernes piégés ont tué mardi soir plus de 200 personnes dans deux ou trois villages du nord de l’Irak habités par la minorité religieuse la plus méconnue d’Irak, les Yézidis (lire ci-contre).

Il s’agit d’une des attaques les plus meurtrières depuis la chute de Saddam Hussein en 2003. Selon des bilans provisoires, plus de 200 personnes sont mortes et 375 autres blessées.

Selon le maire de la ville de Sinjar, dont dépendent les villages attaqués, des victimes pourraient toujours se trouver sous les décombres de leurs habitations. Le couvre-feu a été imposé dans cette région proche de la frontière syrienne tandis que l’armée américaine s’est chargée d’évacuer les blessés, qui ont été transférés dans sept hôpitaux de la région.
Les villages touchés sont Al-Khataniyah et Al-Adnaniyah, et semble-t-il Tal Ouzaïr, essentiellement peuplés de Yézidis et situés dans la province de Ninive, à une centaine de kilomètres de Mossoul.

L’armée américaine a condamné «cette violence aveugle». Elle a dit voir la main d’Al-Qaeda dans cette attaque extrêmement coordonnée contre une minorité qui tentait depuis le début de la guerre de se tenir à l’écart des querelles interconfessionnelles qui déchirent le pays.

Historiquement, les Yézidis sont une minorité kurdophone. Ils ont accueilli favorablement l’arrivée des troupes américaines en Irak.

Revendiqués par les Kurdes, les Yézidis ont vu leurs relations avec les sunnites, qui forment la première communauté dans la région de Mossoul, se dégrader au fur et à mesure que le pays entier sombrait dans la guerre civile.

En avril 2007, 23 Yézidis du village de Bashika ont été enlevés et exécutés à Mossoul dans ce qui semblait être des représailles après la lapidation par des Yézidis d’une jeune fille de leur secte amoureuse d’un jeune sunnite, alors que les règles de la communauté interdisent strictement les relations exogamiques.

Le président irakien Jalal Talabani, un Kurde, a estimé que les Yézidis, également kurdes, étaient victimes d’une «guerre génocidaire».

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