Airy Routier : Le fils du serpent, vie et mort du banquier Stern, Albin Michel, Paris, 2005

Juin 2009 : Huit ans et demi seulement

Octobre 2006 : Valérie Duby et Alain Jourdan, Mort d'un banquier. Les dessous de l'affaire Stern, Editions Privé, Paris, 2006
Juillet 2006 : Censure judicaire pour le banquier ?
Edouard Stern, tué dans l'intimité

Mars 2005. La vie discrète de la suspecte

Mars 2005. Une Française, maîtresse du banquier, a avoué hier (16 mars 2005) le meurtre en Suisse.

L'assassin du banquier Edouard Stern a été interpellé par la police genevoise mardi (15 mars 2005).
C'est une ressortissante française qui entretenait «des relations intimes» avec le financier retrouvé mort le 1er mars dans son appartement sur les bords du lac Léman, a été inculpée de meurtre hier matin «après des aveux complets», selon le juge d'instruction helvétique Graber.

La mise en scène sadomasochiste, attestée par le fait que le financier était revêtu d'une combinaison en latex et ligoté par une sorte de harnais, a été confirmée par les enquêteurs qui ne croient toutefois pas au «simple» dérapage sexuel. «Il n'y a aucun doute sur la culpabilité de l'inculpée mais la question du mobile, elle, n'est pas encore élucidée», a affirmé devant la presse le magistrat suisse qui a bouclé l'enquête en moins de deux semaines.
«Stern a bien été abattu de quatre balles d'arme de poing, dont deux dans la tête, dans le cadre d'une relation sexuelle qui relève de sa vie privée, mais sa meurtrière a probablement décidé de le tuer pour une raison bien précise.»

Clefs.

Celle-ci pourrait trouver sa source dans un différend judiciaire qui opposait la victime à celle qui aurait été sa maîtresse, avec laquelle il était en procès. «Malgré les poursuites engagées, monsieur Stern et l'inculpée continuaient de se voir», a continué le juge. Ceci explique pourquoi le financier, divorcé et père de trois enfants, lui a ouvert, dans la nuit du lundi 28 février, la porte de son domicile au cinquième étage d'une résidence cossue, 17 rue Adrien-Lachenal, qui, ironie du sort, héberge un commissariat de police à son rez-de-chaussée.
C'est à partir d'une clef manquante de l'appartement que les enquêteurs ont remonté la piste de la femme interpellée, et dont l'identité n'a pas été révélée. La femme de ménage portugaise du banquier avait confirmé, le jour de la découverte de son cadavre sans aucune trace d'effraction, que sept clefs de la résidence étaient en circulation. Les policiers se sont donc évertués à récupérer, un par un, les fameux sésames.

«Trois étaient dans l'appartement.

Une était dans les affaires de Stern. Une avec son employée de maison et une autre avec un de ses associés. Nous avons donc cherché la dernière», explique un policier. Sa détentrice a été identifiée en recoupant des témoignages de proches ­ la police avait appris par ailleurs la nature de ses relations avec la victime : «Elle a d'abord joué à la femme éplorée, détaille un policier. Cette attitude ne collait ni avec son emploi du temps, ni avec le contexte puisqu'un procès les opposait.»
Etonnament, le fait que l'intéressée n'ait pas quitté Genève après les faits semble avoir joué contre elle. «Elle paraissait trop sûre d'elle», poursuit notre interlocuteur. Jusqu'à ce qu'elle craque dans la nuit de mardi à mercredi et révèle, selon la Radio suisse romande, avoir jeté l'arme du crime dans le lac Léman.

Pistes.

Les autres pistes évoquées pour expliquer le crime, notamment celle d'un règlement de comptes sur fond de transactions financières «aventureuses», ne sont pas pour autant définitivement abandonnées. Dans les milieux financiers genevois, une question taraudait hier les quelques familiers d'Edouard Stern : l'identité de sa présumée meurtrière.
Etait-elle concernée par les changements récents à la direction de son fonds d'investissement IRR (Investment Real Returns) fondé en 1998 et dont il avait, brusquement, abandonné la tête ? Cette hypothèse n'a pas été confirmée hier. Si tel était le cas, la connotation intime du crime prendrait un tout autre tour.

Autre question encore non élucidée : la nature du procès qui opposait Edouard Stern a celle qui l'a tué. «Il faut s'attendre à d'autres révélations dans les prochains jours», juge un banquier hexagonal, de retour du cimetière juif de Veyrier, près de Genève, où Edouard Stern a été inhumé dans la plus stricte intimité jeudi dernier.
«Parmi ses proches, nous sommes encore nombreux à penser que ce crime peut cacher d'autres choses.» Le fait que la France n'ait pas, malgré ses demandes, obtenu d'informations sur l'enquête de la part de la justice suisse, intrigue également.

La fortune de la victime, en tout cas, avait de quoi susciter la convoitise. Même si les estimations divergent, le seul montant des fonds gérés par IRR atteignait entre 450 et 600 millions d'euros. On sait aussi que la réputation «d'agressivité en affaires» d'Edouard Stern, gendre de Michel David Weill de la banque Lazard, dont il avait épousé la fille Béatrice en 1983, était solidement établie à Genève, où les moeurs sont d'ordinaire plus feutrées.

«Loup solitaire».

«Il était imprévisible, parfois brutal, explique un journaliste spécialisé. Or avec ce type de tempérament et ce genre de manières, vous pouvez facilement vous attirer des ennuis.» Ses assauts financiers sans succès sur le groupe chimique Rhodia ­ contre lequel il avait déposé plainte dans un litige financier ­, ou le distributeur de lunettes Grandvision avaient fait de lui un «loup solitaire», sur les bords du Léman.
Il tendait ces dernières années à mélanger les genres, imbriquant vie privée et professionnelle. Le siège de son fonds IRR se trouvait au même étage que son domicile. Sa passion du poker l'amenait aussi à s'entourer de relations parfois suspectes. «Le mystère de sa mort permettra peut-être d'éclairer ceux qui ont entouré sa vie», lâchait, hier soir, un spécialiste des faits divers genevois.
Par Luc HILLY, jeudi 17 mars 2005 (Liberation - 06:00), p. 16

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La discrète vie de la suspecte dans l'Oise

AVEC SES TENUES chics, sa silhouette longiligne et ses jolis cheveux blonds, Cécile Brossard ne passe pas inaperçue quand elle débarque dans son pied-à-terre de Nanteuil-le-Haudoin, coquet bourg de l'Oise.
Depuis plus d'une dizaine d'années, la principale suspecte dans le meurtre d'Edouard Stern possède une résidence à deux pas de la mairie. Une belle maison en pierre qu'elle a fait retaper et dont les quatre volets de bois sont désormais clos.

« Elle vient de manière irrégulière, parfois on ne la voit pas pendant plusieurs semaines. Elle ne reste jamais très longtemps. Quand elle est là, une Mercedes immatriculé en Suisse est en bas de la maison », confie un voisin. Même si elle réside majoritairement en Suisse, Cécile est inscrite sur les listes électorales dans cette commune.

Présentée comme « discrète » et « toujours très pressée », Cécile Brossard entretient des relations courtoises avec ses voisins. « Elle est très sympa. Quand elle venait, elle distribuait toujours du chocolat suisse », explique l'un d'entre eux. « C'est une personne très humaine, quelqu'un en qui on peut avoir confiance », détaille un entrepreneur du coin. Sa mère venait parfois lui rendre visite.

Une femme du grand monde

Cécile Brossard est également réputée pour sa pratique artistique, et notamment celle de la peinture. Des tableaux plutôt abstraits, « des tableaux très personnels », juge un proche. La jeune femme faisait aussi des moulages en terre cuite ou en bronze. Il y a peu, elle avait édité un catalogue recensant l'ensemble de ses oeuvres. « Son rêve, c'était de faire une grande exposition », affirme une de ses connaissances.

Pour pouvoir pratiquer son art, elle avait acquis une grange dans la maison attenante à la sienne, un local déclaré à l'administration fiscale comme un « commerce sans boutique. » « Sur ce coup-là, elle ne s'était pas fait que des amis, croit savoir un voisin. Elle avait fait faire des travaux qu'elle n'avait pas le droit de lancer. »

Malgré les impressions positives confiées par ses voisins, Cécile Brossard traîne derrière elle, dans la commune, une part de mauvaise réputation, celle d'une call-girl de luxe. « Un jour, quelqu'un est venu dans la rue, il cherchait une masseuse », relate un riverain.

Femme secrète, la meurtrière présumée du richissime banquier était vue comme une femme du grand monde. Même si le visage du banquier assassiné n'évoque rien ici, ses proches connaissaient les liens qui les unissaient. « Elle parlait régulièrement d'Edouard Stern, explique sa plus proche voisine. Elle lui avait emprunté une grosse somme d'argent qu'elle ne lui avait pas encore rendue. »

La semaine dernière, son compagnon était au village. « Il m'a expliqué qu'elle n'était pas venue avec lui car elle était malade », dit un voisin.
Timothée Boutry, Le Parisien, vendredi 18 mars 2005, p. 14

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(9/10 septembre 2006) Un livre sur la mort du banquier Stern censuré en Suisse
La justice interdit aux deux auteurs de publier avant la fin du procès.

Après Un homme à abattre, un livre à abattre ?
Le premier est le titre provisoire du second, consacré à la mort d'Edouard Stern, rédigé par deux journalistes de la Tribune de Genève, Valérie Duby et Alain Jourdan. Le meurtre du banquier français est toujours à l'instruction en Suisse. Son ex-maîtresse, Cécile Brossard, a reconnu le crime, mais reste à le qualifier pénalement : meurtre passionnel ou assassinat prémédité ? Le livre, résume Alain Jourdan, «raconte l'histoire criminelle avec beaucoup de détails, donne des pistes, parfois inachevées, mais refuse de tomber dans la théorie du complot» .

Surprenant.

En juin dernier, les deux auteurs contactent les avocats des différentes parties pour valider leurs citations figurant dans le manuscrit. Celui de Cécile Brossard, Me Bruno de Preux, exige de se faire communiquer l'intégralité du livre. Refus classique des journalistes, procès.
Au mois de juillet, le tribunal du canton de Genève déploie l'artillerie lourde : interdiction aux auteurs de remettre leur manuscrit à un éditeur, «en Suisse ou à l'étranger».
La justice helvète se fend au passage d'un attendu surprenant, qualifiant le travail des journalistes d' «investigation privée alors qu'une instruction pénale est en cours» ­ sans même l'avoir lu.

«Cette interdiction est une entorse crasse à la liberté d'expression, s'indigne Me Robert Assaël, avocat des auteurs. On ne doit pas confiner le journalisme à la diffusion docile de l'information officielle.» Il a plaidé mercredi en appel la levée de l'interdiction, la décision sera rendue d'ici à la fin septembre. Me De Preux se défend de toute censure et dit vouloir seulement lire le manuscrit avant diffusion : «Si son contenu ne viole pas la présomption d'innocence, nous ne nous y opposerons pas. Mais s'il contient des affirmations fausses, il peut induire en erreur juges et jurés.»

Sagement.

Si l'interdiction est confirmée, les journalistes n'auront plus le droit d'écrire sur une affaire en cours, réduits à attendre sagement et longuement la décision d'un tribunal : «Les cités auront loisir, le cas échéant, de publier après procès», affirme le jugement de première instance. Car le dossier Brossard-Stern traîne en longueur. «Tout a été fait pour que le procès ait lieu après l'élection présidentielle» française, affirme Alain Jourdan.
Dans le livre, ils évoquent la proximité entre Edouard Stern et Nicolas Sarkozy, l'intérêt du banquier d'affaires pour le fonctionnement de Clearstream... «Il y a des révélations, mais pas de quoi non plus faire tomber la République», nuance le journaliste.

Les auteurs ont reçu le soutien de la section suisse de Reporters sans frontières, qui dénonce une «censure préalable lésant le droit à l'information». Le syndicat romand des journalistes envisage un soutien financier pour la défense des auteurs, harcelés par les procédures : Cécile Brossard vient de porter plainte au pénal pour insoumission à une décision de justice, après qu'un prototype de jaquette du livre a circulé sur l'Internet. Un simple référencement à la Fnac, semble-t-il, puisque le livre sera bien publié, mais en France, aux éditions Privé. «J'ai reçu leur manuscrit avant l'interdiction, dit en souriant son fondateur, Guy Birembaum. Il sera publié prochainement.»

Ce n'est pas la première fois que les Suisses seraient privés d'un livre disponible partout ailleurs en Europe. Peu avant la Coupe de monde de football, un tribunal de Zurich avait interdit ­ sans l'avoir lu, une manie ­ le réquisitoire d'un journaliste anglais, Andrew Jennings, contre Sepp Blatter, le tout-puissant président de la Fifa, basée en Suisse.
Libération, 9/10 septembre 2006, p. 19, Par Renaud LECADRE, QUOTIDIEN : Samedi 9 septembre 2006 - 06:00

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Publié le 18/06/2009 à 13:56 - Modifié le 18/06/2009 à 15:40 Le Point.fr PROCÈS STERN Cécile Brossard a été condamnée à 8 ans et 6 mois de prison Avec AFP

Cécile Brossard a tué Édouard Stern de quatre balles à bout portant le 28 février 2005 au cours d'ébats sadomasochistes

La Française Cécile Brossard a été condamnée jeudi par la cour d'assises de Genève à 8 ans et 6 mois de prison, pour le meurtre de son amant le banquier Édouard Stern, tué le 28 février 2005 lors d'ébats sadomasochistes.

Les jurés n'ont pas suivi le procureur général, Daniel Zappelli, qui avait requis jeudi 11 années de prison contre Cécile Brossard. Les avocats de l'accusée avaient pour leur part demandé aux jurés une "peine de compassion" qui lui permette de sortir "le plus vite possible" de prison.

Reconnue coupable du meurtre d'Édouard Stern mercredi (la peine n'étant décidée qu'après dans le droit suisse), Cécile Brossard n'a pas bénéficié de l'excuse de "crime passionnel". L'accusée, aujourd'hui âgée de 40 ans, encourait une peine maximale de 20 ans. Elle a déjà passé un peu plus de 4 ans derrière les barreaux.

Le jury a souligné le caractère "particulièrement lâche" du meurtre, mais a tenu compte des "regrets profonds" de l'accusée et de son "enfance difficile".
Les jurés ont atténué la peine en raison de la "liaison tumultueuse" et du comportement "humiliant, harcelant et cruel par moment" de son amant.

Un contexte qui a été longuement décrit par la défense de Cécile Brossard.

Lorsque Édouard Stern lui a lancé : " Un million, c'est cher pour une pute, l'accusée a compris qu'il ne l'épouserait jamais, et l'accusée a été envahie par un sentiment de haine", ont également relevé les jurés, qui qualifient ces mots de "phrase gâchette" (notedt, c'est nous qui soulignons).

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