Génome 2001
Les révélations de l’exploration du génome humain

La publication simultanée dans les revues anglo-saxonnes Nature et Science, le 11 février 2001, du séquençage, par des équipes publiques et privées, du génome humain, marquerait le quasi achèvement (90% ?) du décryptage du génome humain.
En France, et immédiatement, le ministre radical de gauche de la recherche, le professeur de droit public Roger-Gérard Schartzenberg, repris par la plupart des journalistes parisiens, affirme haut et fort que les résultats confirment que "les races n'existent pas".
Le professeur Jean Weissenbach, directeur général du Centre national français de séquençage, reconnaît lui qu'il faudra encore d'autres recherches pour achever le décryptage du génome, et que s'il existe "de grandes diversités entre les êtres humains et que ces diversités se retrouvent dans toutes les races", "je me garderais bien de prévoir de quelle manière ces faits pourront être interprétés et commentés" (Le Monde, 13 février 2001, p. 11).

Selon Science "chaque individu sur terre partage 99,99% du même code génétique", il existe donc des variations pour 0,01% de l'ensemble du génome, or celui-ci ne serait constitué que d'environ 30 000 gènes (entre 26 000 et 39 000). D'autre part l'animal le plus proche de l'homme serait le chimpanzé avec 90% de gènes communs.

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Les révélations de l’exploration du génome humain, Jean-Yves Nau, Le Monde, 12 février 2001,p. 10 et 11.

Révolution dans le champ de la biologie : notre patrimoine héréditaire ne comprend que 30 000 gènes, « perdus » au sein de vastes « étendues désertiques », soit à peine le double de la mouche du vinaigre. Aucune véritable différence génétique entre les races n’a par ailleurs été relevée par les chercheurs.

L’espèce humaine est bien loin de disposer d’un vaste capital génétique; son patrimoine héréditaire n’est guère plus complexe que celui des êtres vivants qui la précèdent dans le grand arbre de l’évolution et l’on peinerait à vouloir rechercher, d’un point de vue génétique, ce qui distingue les différentes races et ethnies qui composent le genre humain. Tels sont les principaux enseignements d’une série d’études menées à l’échelon international et rendues publiques, lundi 12 février. Publiées par les revues Science et Nature, elles sont le résultat des travaux de deux équipes, l’une de la société privée Celera, du Maryland, aux Etats-Unis, dirigée par le généticien Craig Venter; l’autre, d’un consortium international de séquençage du génome humain, financé par des fonds publics. Ces résultats feront date dans l’entreprise immense que constitue l’établissement de la cartographie exhaustive de tous les composants du patrimoine génétique de l’espèce humaine.

Nous avons moins de gènes que nous le croyions. La première surprise, et elle est de taille, concerne le nombre des gènes parfaitement identifiés ou bien localisés au sein du génome de l’espèce humaine. A partir de données de séquençage qui couvrent environ 95 % du génome, les auteurs de Nature et de Science situent entre 26 000 et 39 000 le nombre total des gènes humains. "En supposant que le décompte total s’établisse à un point intermédiaire d’environ 30 000, il en résulterait que les êtres humains possèdent seulement 13 000 gènes de plus que Drosophila melanogaster, la mouche du vinaigre dont le patrimoine génétique a été décrypté il y a moins d’un an", a expliqué Craig Venter à Lyon, vendredi 9 février, lors d’une rencontre avec la presse internationale. Ces déclarations doivent être rapprochées des communications récentes du groupe Celera affirmant que le nombre des gènes humains atteignait – voire dépassait – les 100 000, ce que contestaient les équipes publiques engagées dans cette compétition.

Les races n’existent pas.
Cette fois, ce n’est pas une surprise, mais une importante confirmation. "Chaque individu sur terre partage 99,99 % du même code génétique avec le reste des humains, soulignent les auteurs de Science. En fait, des individus de groupes raciaux différents peuvent présenter plus de similarités génétiques entre eux que des individus pris au sein d’un même groupe. Les variations individuelles ne représentent que 0,01% de l’ensemble du génome."

La part des gènes.
Deuxième surprise : pour les responsables de l’hebdomadaire américain, cette avancée dans le décryptage du génome humain, au-delà des nouvelles perspectives médicales qu’elle autorise, est riche "de révélations possibles sur la place que nous occupons dans le panorama varié des êtres vivants." De l’aveu même de Craig Venter, la nouvelle cartographie génétique fait que, contrairement à une forme d’idéologie du "tout biologique" véhiculée depuis plusieurs années, il n’y a pas de "bons" ni de "mauvais" gènes. Pour cette simple raison, il faut imaginer, de manière plus complexe, des réseaux d’un autre ordre qui restent à identifier et à comprendre. Réseaux dans lesquels les gènes ne seraient plus la clé de voûte de l’organisation du vivant. En d’autres termes, les derniers résultats des programmes de décryptage réduisent, de manière paradoxale, la part qui revient aux gènes dans la lecture et la compréhension des pathologies ainsi que dans la compréhension et l’explication du comportement.

Tout indique aujourd’hui qu’au-delà du seul décryptage du génome de notre espèce, cette étape devrait préluder à de nombreux développements dans les domaines de la biologie, de l’anthropologie, des différentes sciences humaines et pourrait peut-être bouleverser l’approche, depuis longtemps controversée, des rapports complexes qu’entretiennent l’inné et l’acquis.

" Les généticiens sont désormais confrontés à un véritable problème. Non seulement le nombre de gènes humains n’est pas élevé mais beaucoup sont identiques à ceux retrouvés dans d’autres espèces, y compris ceux du développement, explique Pierre Sanigo (Institut Cochin de biologie moléculaire, Paris), auteur, avec Jean-Jacques Kupiec, d’un récent ouvrage original sur ce thème (Ni Dieu ni gène, Seuil). Dans un autre domaine on voit bien que le séquençage du VIH, réussi en 1985, ne nous a pas donné la solution pour combattre le sida. Il faut donc impérativement, pour comprendre, élargir les investigations, s’intéresser aux conditions de développement, à l’ADN répétitif, à l’écologie cellulaire, aux grands équilibres. Ces derniers résultats confortent la lecture de ceux qui pensent que les gènes nous fourniront à eux seuls les futurs remèdes aux maladies. "

Cette étape de la recherche survient vingt ans après le lancement du programme de décryptage du « Grand livre de la vie », projet qui se proposait d'établir l'intimité de la structure de l'ensemble des millions d'éléments qui – sous la forme d'une double hélice d'ADN contenue au sein des chromosomes présents dans le noyau de chacune de nos cellules – constituent le patrimoine héréditaire de l'espèce humaine. Ce projet a également pour but d'identifier, au sein de ce gigantesque enchaînement, ces entités fonctionnelles, les gènes, qui sont, notamment, à l'origine, via le code génétique, de la synthèse des protéines et qui jouent à ce titre un rôle clef dans le métabolisme cellulaire et la physiologie de l'organisme.

Le fait qu'une série de maladies, héréditaires ou non, soit la conséquences d'anomalies structurelles de certains gènes laisse espérer – au delà des acquis de science fondamentale– que cette entreprise puisse ouvrir la voie à la mise au point de nouvelles stratégies thérapeutiques, médicamenteuses ou pas. A ce titre, toutes les avancées dans ce domaine sont " auscultées " avec le plus grand soin par les milieux économiques et financiers spécialisés dans ce secteur comme l'a montré la deuxième édition du Forum international des sciences de la vie inauguré à Lyon le jeudi 8 février par Jacques Chirac et qui s'est clos le lendemain en présence de Laurent Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.

L'étape précédente date de moins d'un an lorsque les gouvernements de différents pays industrialisés annonçaient, solennellement, la publication de la première ébauche de la structure fine du génome humain (Le Monde du 27 juin 2000) à partir de travaux menés dans une vingtaine d'états au sein du consortium public " Projet du génome humain " (HGP). Aujourd'hui le HGP, en association étroite avec le groupe privé et concurrent Celera que dirige J. Craig Venter, révèle les derniers résultats de cette entreprise cartographique hors du commun.

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