2008. Infanticide : 12 ans de prison pour une femme qui laisse mourir de faim son fils de 4 ans tout en surfant comme mère-experte sur Internet ; acquittement pour une mère qui euthanasie une fille handicapée mentale dont elle s'occupait depuis 26 ans : appel du procureur
2007. Violeur pédophile chronique incurable ?, avec viagra , donné par un médecin de la prison, il n'attend pas le psy pour récidiver ... le contrôle des pédophiles serait renforcé ... et selon le président Sarkozy un hopital fermé serait créé à Lyon en ... 2009 ... et la castration ? chimique ou naturelle, comme au Canada, et ailleurs ... (lien) ; des aveux douteux ??? ; critiques culturalistes radicales communistes, et des magistrats socialistes

2006. Tueuse elle le découpe à la hache ; un tueur "ordinaire" : totalement ivre il vole une ambulance en service, écrase une petite fille, en invalide à vie une autre, en traumatise à vie deux autres, et est condamné à 6 ans d'emprisonnement, dont il ne fera que 3 ...

Multirécidivistes
2007. affaire Evrard, un multirécidiviste chronique
2006. Bien sous tous rapports
2005. Le "mal absolu" en Italie
2004. Un prisonnier exemplaire
2004. Des fous libérés ? La folle du frère Roger (août 2005)
2004. Jamais deux sans trois ?

affaire Michel Fourniret
Un "chasseur" de vierges
Sa femme jouait-elle les rabateurs ?

affaire Patrice Alègre
Janvier 2006 : Condamné pour diffamation à l'égard du gendarme Roussel
Juillet 2005 : Le président Baudis attaque en justice
Mars 2005 : Non-lieu général
Novembre 2004 : Non lieu pour les notables de Toulouse
Juin 2004 : Fanny confirme
Mai 2004 : Deux policiers accusent le juge
La juge défend le gendarme
Janvier 2004 : Le gendarme Roussel accuse sa hiérarchie
Septembre 2003 : Fanny demande pardon à Dominique Baudis mais continue de mettre en cause l'ancien substitut de la République
Juin 2003 : Patrice Alègre accuse Dominique Baudis. Un tueur en série protégé ?
Nouvelle enquête ; réglement de comptes dans la nomemclature Toulousaine : Bailey contre Baudis
Mai 2003 : Un magistrat mis en cause dément ;
Dominique Baudis, président du conseil supérieur de l'audiovisuel et ancien maire de Toulouse, mis en cause par trois prostituées :"J'ai dû déranger de très gros intérêts" en essayant de lutter contre la pornographie à la télévision ...
Avril 2003, des policiers complices ?
des prostituées témoignent
Les 4 ans d'enquête du gendarme Roussel

Patrice Alègre, 33 ans, condamné à 22 ans de sûreté pour cinq assassinats, et six viols

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De l'Assistance publique aux Cours d'assises ?

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affaire Emile Louis
juin 2006 : Condamnation confirmée en appel pour les "disparues de l'Yonne"
octobre 2005 : Viols avec tortures: 30 ans de réclusion en appel pour Emile Louis
novembre 2004 : Le procès à Auxerre. Emile Louis nie. Les magistrats se disent innocents. Sadique. Réclusion à perpétuité avec période de sûreté de 18 ans.
avril 2004 : Le gendarme Jambert assassiné ?
Le départ voulu du juge d'instruction
mars 2004 : Emile Louis nie tout
20 ans de prison
novembre 2003 : le juge d'instruction regrette
novembre 2003 : à propos du "suicide" du gendarme Jambert
novembre 2003 : renvoyé devant la cour d'assises de l'Yonne
juillet 2003 : renvoyé devant la cour d'assises du Var
juin 2003 : L'expertise qui accuse un nouveau juge
Sa fille raconte : Maryline Vinet, Etre la fille d'Emile Louis, Michel Lafon, Paris, 2003.
L'introuvable sacoche du gendarme "suicidé"
Fatales erreurs
mai 2002 : La candidature Daillie irrite les familles des victimes dans l'affaire Emile Louis

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Juillet 2004 : Multirécidiviste, condamné à 28 ans en 1996, libéré en 2004 (?), inculpé du meurtre d'une jeune fille

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Vingt ans, théorique, pour avoir, encore, tué sa femme. A 42 ans l'espoir demeure : jamais deux sans trois ?
Les ados voleurs assassinent "comme au cinéma"
affaire "Scream"
affaire Cédric Bellec
Par pur plaisir
Sa mère
Un barbare ?
Une perpétuité de 22 ans

Autres tueurs, les tueurs "ordinaires" de la route, voyage chez les "sauvageons", les nouveaux barbares
Le criminologue Michel Bénézech dénonce l'absence de soins en milieu carcéral

affaire Shipman
(297 victimes possibles, 215 quasi certains)

affaire Richard Durn

affaire Francis Heaulme,
lien vers "affaire Heaulme"
Heaulme et Dils ; mise en accusation de Francis Heaulme

affaire Guy Georges (Vers "Guy Georges")

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Affaire Alègre. Quatre ans pour rouvrir 14 enquêtes. La traque du gendarme.
Presque par hasard, Michel Roussel se lance sur les traces de Patrice Alègre, tueur en série présumé. Obstiné, il amène la justice à reprendre des dossiers classés.
Un procès pour six crimes.

Le 27 octobre 2001, après une série de nouvelles mises en examen, Alègre refuse de sortir de sa cellule pour voir Roussel. «C'est le premier symptôme, Patrice a perdu la maîtrise», dit Michel Roussel.

Il l'appelle Patrice. Qui tutoie Michel. Patrice, c'est Alègre, 33 ans, tueur en série présumé du sud-ouest de la France. Michel, c'est chef Roussel, 41 ans, gendarme de Toulouse qui exhume les victimes. Le premier est taillé comme un rugbyman, 1,80 m pour 75 kg, les yeux bleus, clairs. Le second est noueux et sec comme un olivier, la voix douce et enveloppante, le regard et le cheveu noir corbeau. Ces deux-là ne se lâchent plus, par la force des choses. Tout s'est scellé le jour de leur première rencontre, le 5 septembre 1997, dans un local de police judiciaire à Paris. La veille, dans le XVe arrondissement, Isabelle Chicherie a été étranglée, violée et brûlée, un meurtre maquillé en incendie. La victime hébergeait un garçon du Sud-ouest. A Toulouse, les gendarmes qui traquent déjà depuis six mois un certain Patrice Alègre pour deux meurtres de femmes, commis en 1990 et 1997, viennent de localiser le fugitif à Paris, à cause de ses appels téléphoniques à d'anciens amis placés sur écoute.

Technicien en identification criminelle (TIC), le gendarme Roussel, simple auxiliaire d'enquête, se retrouve à Paris avec deux collègues de la section de recherches pour interroger Patrice Alègre qui s'est fait coincer en banlieue avec des bijoux d'Isabelle Chicherie. «On arrive à trois en civil sans se présenter, ni dire d'où on vient, face à Patrice qui est extrêmement fatigué par la garde à vue. C'est la nuit, pas un bruit. Il est anxieux. Sa première phrase, je l'ai rentrée dans mon vieil ordinateur. Il brise le silence et dit: "Je sais pourquoi vous venez, c'est pour Martine, c'était en 90, en Ariège." Manque de pot, on n'a pas connaissance d'une Martine. Nous, on vient pour Laure (Martinet) et pour Mireille (Normand). On veut en savoir plus, mais Alègre baisse son rideau de fer. Comme un Caméscope qui tourne, j'engrange la scène, sans en voir la portée. Il reconnaît les meurtres de Laure et de Mireille, mais, dès qu'on s'approche des scènes de crime, il se referme. Jamais d'aveux circonstanciés comme le mec qui craque et explique tout en détail. Il maîtrise.» Roussel se jure de percer à jour tous les crimes en série de celui-là. Alègre le défie: «Tu peux chercher deux cents ans, tu trouveras jamais rien». Et Roussel parie: «Je ne chercherai pas deux cents ans, mais je trouverai. Il m'a serré la main.»

Sur le chemin de la maison d'arrêt
De retour à Toulouse, le gendarme Roussel reçoit un coup de fil «à 2 heures du matin» de Daniel Soucaze, le directeur d'enquête de l'époque, qui lui lit un récent article de la Dépêche du Midi, «Martine Matias, meurtre ou suicide?» «Attachée les mains dans le dos, brûlée vive, traces de chloroforme, carbonisée, son appartement incendié, comme chez la victime à Paris, OK j'ai dit, c'est lui.» La police judiciaire de Toulouse, qui avait classé l'affaire en «suicide», la récupère en «homicide». Ecroué dans le Sud pour quatre meurtres, Patrice Alègre se trouve à l'isolement, avec deux visiteurs, sa grand-mère et son avocat. Et les gendarmes qui, de temps à autre, le sortent de sa prison pour un interrogatoire ou un «transport» sur les lieux. Justement, le 3 décembre 1997, le gendarme Soucaze au volant, Patrice et Michel à l'arrière, reviennent en voiture de Saint-Geniès-Bellevue (Haute-Garonne), bourgade où le suspect Alègre et la victime Laure ont grandi. «Sur le chemin de la maison d'arrêt, Patrice n'a pas le moral, et demande à rester avec nous le soir, c'est plus sympa pour lui que dans sa cellule. Daniel le regarde dans le rétro: "Tu sais bien qu'on ne peut pas te garder sans raison. Si tu nous donnes une affaire, on te garde et champagne!"» Silence et frisson. «Tu déconnes?», dit Patrice. «On roulait sur la pente de Jolimont qui descend sur Toulouse, avec un ciel plein de soleil au-dessus de la gare Matabiau. Patrice lève ses poignets comme ça avec ses menottes, et désigne un endroit, un lot d'immeubles: "Là, y en a une. "» Stop. «J'ai tué une fille là, elle s'appelait Valérie, elle travaillait avec moi au buffet de la gare.»

Du champagne pour avoir un meurtre...
Valérie Tariote, 21 ans, morte le 27 février 1989, chez elle au numéro 7 de la place Commerciale de Jolimont, à moitié nue, les mains attachées par un lacet blanc, bâillonnée avec un foulard jaune, une casserole de sang à côté, son sac et ses clés jetés dans le local poubelle, des boîtes de neuroleptiques et d'hypnotiques rangées dans une corbeille. Classé «suicide par intoxication médicamenteuse» et «asphyxie» selon une recette du livre Suicide mode d'emploi. Ce soir-là, Patrice Alègre a dîné au champagne à la gendarmerie. Michel Roussel revendique ce geste et balaie les critiques: «Un kil de champagne et une douzaine d'huîtres pour avoir un meurtre classé en suicide, je trouve que c'est pas cher payé.»

Alègre dessine un croquis précis des lieux, de l'appartement, expose les faits «en cinq minutes» à sa façon, mais situe à tort ce crime en second, après celui de Laure. Roussel comprend ce genre d'erreurs: «J'ai le même type de fonctionnement cérébral que lui, j'ai le souvenir du détail, des éléments matériels, des situations, mais pas de l'événementiel, des dates, du temps.» Pour pallier ces lacunes, le gendarme a affiché sur les murs de son bureau des tableaux géants de l'itinéraire d'Alègre (adresses, amis, relations, bars, boîtes, voitures, vols, délits) et les parcours des jeunes femmes qui ont croisé sa route sur dix années.

Mais en 1998, «l'affaire Alègre est finie», estime les enquêteurs, les six premiers dossiers (lire la chronologie ci-contre) sont quasiment bouclés. Frustré, Michel Roussel, qui reste un TIC, un technicien de police scientifique en combinaison blanche et gants latex chargé de réaliser des prélèvements sur les scènes de crime, mais participe avec la section de recherches à l'enquête «Patrice», n'a pas envie d'en rester là. Le gendarme ne croit pas au «trou de sept ans» entre 1990 et 1997 dans l'activité du tueur en série. Son stage «Falcone» (du nom du juge antimafia italien) payé par Europol, six semaines «d'analyse en recherche criminelle stratégique» avec des carabiniers et des policiers de Scotland Yard, le galvanise. Avec un spécialiste de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de Rosny-sous-Bois, le gendarme de Toulouse décide de «dépecer toutes les pièces de procédure, 3 à 4 000, des six premiers dossiers Alègre, et de les rentrer sur le logiciel Anacrime» (analyse de crimes) pour chercher «si géographiquement, on peut en tirer quelque chose». Au retour du stage, le voilà TIC le jour, «réactions chimiques, affaires de stups» et opérateur en informatique la nuit pour «rentrer les données» Alègre par thèmes: véhicules («Patrice en a eu plus de 200»), adresses, lieux-dits, téléphones, noms, prénoms, signalements, faits, dates, etc. Le gendarme interroge Anacrime, recoupe, croise, tilte parfois sur une même Austin noire citée dans trois affaires. «Têtu comme un Ariégeois habitué à manger les cailloux», Roussel essuie les moqueries des collègues: «Au fait, tu sais, Alègre est arrêté.» Mais ça paye.

Le gendarme découvre des détails qui changent tout. «Anacrime m'a permis de visualiser la période de travail commune de Valérie et Patrice au bar de la gare, trois semaines seulement, et de voir que ça clochait: Patrice n'a pas pu la raccompagner ce soir-là à la sortie du boulot, car le meurtre s'est passé dix-neuf mois plus tard.» Pour le gendarme, le suspect travestit à coup sûr la réalité des faits. «Avec Patrice, c'est toujours la même histoire: "Je l'ai rencontrée, on a bu ensemble, on a fumé du shit, ça se passe super bien, mais, au moment où je veux l'embrasser, elle refuse, alors je dégoupille et je la tue."» Quand Anacrime révèle une «violation de domicile, sans vol» chez Valérie «six semaines avant le crime», le gendarme flaire une intrusion d'Alègre chez son ex-collègue: «Ça a été mon premier déclic, mes premiers doutes, sur le fait que Patrice n'est pas un psychopathe opportuniste» qui tue au gré des circonstances, mais un «prédateur» qui repère et attend sa proie. Roussel ne croit pas plus au «hasard» de la rencontre Martine Matias-Patrice Alègre, «soi-disant dans un Quick». L'éclairage de la coursive de l'appartement de Martine rue des Anges avait été «neutralisé» au préalable, «globe et ampoule démontés et cachés», «c'est plutôt genre embuscade.»

Huit gendarmes exilés dans un F3 exigu
Encore faut-il vérifier les petites et grandes découvertes, tirer les fils qui mènent peut-être à des crimes non élucidés, des «disparitions inquiétantes» ou des «suicides bizarres». Mais il n'y a plus de «support judiciaire», plus d'enquête ouverte. «Avec un copain gendarme, on décide d'aller quand même dans l'Aveyron vérifier une filouterie d'Alègre dans un hôtel à Rodez, et on trouve une de ses compagnes, Benjamine, qui témoigne de ses violences un soir d'ivresse. Et puis, on part à Saint-Jory sur les bords de la Garonne, à l'endroit où le carton à dessins et le cartable de Laure Martinet ont été abandonnés. Je tombe sur un ancien gendarme de Saint-Jory. "T'as pas la mémoire d'un gars tordu ou d'une affaire bizarre dans le coin?" Mais si, il y a une fille de 16 ans, Valérie Réorda, qui a été retrouvée morte. On se transporte sur les lieux. Quand on connaît Patrice, ses goûts, ses manies, sa passion pour la pêche, les bords d'eau, les vieilles pierres, on sent qu'ici, c'est possible. Je pose la même question à un collègue de la brigade locale de Grenade-sur-Garonne qui me donne Patricia Gélis, noyée et repêchée là en face dans la rivière». En ce printemps 1999, Michel Roussel explique tout à la procureure qui lui donne un cadre judiciaire élastique: «rechercher toutes personnes susceptibles d'avoir été victimes des agissements de Patrice Alègre.»

La «seconde phase» de l'enquête Alègre démarre. Le petit Michel Roussel, BEP d'agent administratif, «entré dans la gendarmerie comme en religion», à 18 ans, dépêché avec un escadron de mobiles en Nouvelle-Calédonie, officier de police judiciaire (OPJ) depuis 1992 au rang de «technicien» ou «d'opérateur», décroche enfin le poste de «directeur d'enquête». Déterrer les vieux dossiers , réentendre les témoins, interroger «Patrice», tout rentrer sur Anacrime. En juin 2000, la haute hiérarchie monte une cellule spéciale «homicide 31» consacrée à Alègre: huit gendarmes dont chef Roussel se retrouvent exilés dans un F3 exigu et inapproprié à la caserne Courrège de Toulouse, avec juste deux lignes téléphoniques, des photos de belles victimes et des kilos de papiers jaunis. Outre les quatorze enquêtes en cours (douze pour des juges, deux pour le procureur), les huit OPJ veulent éplucher «115 RIF» (recherches dans l'intérêt des familles) pour la seule ville de Toulouse entre 1986 et 1997; les 191 cas de meurtres non élucidés, disparitions inquiétantes, viols et morts suspectes recensées sur ces onze ans par le bureau d'ordre pénal du tribunal de Toulouse, et les dossiers d'autopsie classés en «suicides» de «l'IML 31», la morgue de Haute-Garonne. Et puis, il y a les cinq autres départements du territoire Alègre: l'Ariège, le Tarn, le Lot, le Lot-et-Garonne et le Tarn-et-Garonne. Un puits sans fond.

Le chef Roussel innocente parfois Patrice, l'enfonce aussi, et le titille sur ce no man's land entre les deux séries de crimes allant de 1990 à 1997. «Sans me lancer dans des calculs de probabilités, je pressens que son besoin de tuer est récurrent, je constate que le rythme de ses crimes s'accélère: onze mois entre Valérie en 1989 et Laure Martinet en 1990, mais onze jours entre le meurtre de Martine et la tentative sur Emilie en février 1997.»

«Un jour, on ne va pas être copains»
Depuis le 27 octobre 2001, après une série de trois nouvelles mises en examen, «d'extractions, interrogatoires, confrontations», Alègre refuse de sortir de sa cellule pour voir Roussel: «C'est le premier symptôme, Patrice a perdu la maîtrise. Au début, il était flatté qu'on sache des choses que tout le monde ignorait. Je l'avais prévenu: "J'essaie de comprendre, de savoir ce que tu as fait, mais un jour, on ne va pas être copains."Je suis toujours en phase avec lui, mais je lui tiens tête, sur ses mensonges et ses manip'. Il a peur maintenant de ce qu'on peut sortir. Quand j'aurais une masse représentative de ses activités criminelles, sa seule alternative sera de tout déballer.» Michel tient de la bouche de Patrice qu'il «n'a rien oublié», «pas de trou noir même les soirs d'alcool, shit, cocaïne et ecstasy», et reste fixé sur ses confidences lâchées un jour du printemps 2001 à la brigade de Lunel dans l'Hérault. Avant la rupture, Alègre lui lance tout à trac: «C'est comme le vieux, Emile Louis, je peux te dire que, s'il en a tué sept dans l'Yonne il y a vingt ans, il n'a pas dû s'arrêter.» Roussel rebondit: «Patrice, heureusement que c'est toi qui le dis parce que si moi, je t'explique qu'un tueur ne peut pas s'arrêter comme ça, tu vas m'envoyer paître, "ouais vous les flics... "» Alègre ne pige pas bien: «De toute façon, moi j'ai bien pu m'arrêter deux ans, alors...» «Ah, bon, deux ans?». «Vous m'embrouillez là, heu cinq ans.» «Non, Patrice, officiellement, c'est sept ans.» Patrice Alègre a demandé à «aller pisser» l
Par Patricia TOURANCHEAU, Libération, 22 janvier 2002, p. 20-21

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Un procès pour six crimes

Patrice Alègre comparaît devant la cour d'assises de Toulouse à partir du 11 février (2002) pour six affaires:

Valérie Tariote, 21 ans, tuée et violée le 21 février 1989 à Toulouse.
Laure Martinet, 19 ans, étranglée et violée dans la nuit du 24 au 25 janvier 1990, à Bonrepos-Riquet (31).
Martine Matias, 29 ans, tuée et violée le 11 février 1997, à Toulouse.
Emilie E., 20 ans, viol et tentative d'homicide le 22 février 1997 à Plaisance-du-Touch (31).
Mireille Normand, 35 ans, strangulation et viol, le 19 juin 1997 à Verdun (09).
Isabelle Chicherie, 28 ans, viol, actes de barbarie, meu rtre le 4 septembre 1997 à Paris.

Il reste mis en examen pour trois autres dossiers:
le viol de Françoise D., prostituée, en février 1992, près de la gare Toulouse-Matabiau;
l'homicide de Line Galbardi, prostituée de 28 ans, le 3 janvier 1992 à l'hôtel Europe en face de la gare de Toulouse;
le meurtre de Patricia Gélis, 29 ans, vendeuse à Toulouse, disparue le 5 octobre 1992, retrouvée noyée dans la Garonne.

Des affaires non élucidées:
l'homicide de Valérie Réorda, 16 ans, disparue à Saint-Jory (31), le 7 août 1990, retrouvée morte;
la disparition de Corinne Lazarri, 29 ans, aide-soignante, le 2 mars 1992, à Labarthe-Inard (31). Son corps n'a jamais été retrouvé;
le meurtre de Josette Poiroux, 42 ans, découverte morte, en octobre 1992, à Toulouse.

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TOULOUSE Perpétuité assortie de vingt-deux ans de sûreté
Alègre condamné à la peine maximale

Patrice Alègre, 33 ans, a été condamné hier à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de vingt-deux ans par la cour d'assises de la Haute-Garonne. A l'issue de deux heures de délibération, il a été reconnu coupable de viol et tentative de meurtre sur Emilie E., et de meurtres accompagnés de viols sur Valérie Tariote, Laure Martinet, Martine Matias, Mireille Normand et Isabelle Chicherie.

L'avocat hurle pour son client qui ne sait pas parler. Me Pierre Alfort sait que, tout à l'heure, Patrice Alègre sera condamné à la peine maximale. Il veut auparavant montrer que l'accusé est un être humain.
Me Alfort se jette corps et âme dans sa plaidoirie : « C'est monstrueux, mais Patrice Alègre est un homme. C'est ce qui me donne le courage de le défendre. » Il cite deux lettres, reçues récemment : l'une du célèbre avocat Henri Leclerc, qui l'exhorte à ne pas perdre courage. L'autre, d'un expéditeur anonyme, qui regrette que l'accusé n'ait pas été « raccourci sur la machine à Guillotin » et s'interroge sur la moralité de ses défenseurs. Aux deux, Me Alfort apporte une réponse. Sa voix explose : « Patrice Alègre n'est pas un monstre, pas un extraterrestre. Les monstres n'existent pas : c'est pour cela qu'il nous fait peur et qu'on le juge. »

Pour expliquer le tueur, l'avocat revient à l'enfant « fracassé » par son père qui en a fait un « handicapé psychique ». Il crie sa rage face à la lente dérive d'un adolescent en danger. Un éducateur l'avait diagnostiquée, mais son rapport ne sera pas suivi d'effet.

L'enfance pourrie, donc, les gémissements d'une mère dont le petit ne savait pas « si elle prenait des coups ou du plaisir ». Et puis la mort qu'il sème de 1989 à 1997. « Patrice Alègre est d'une banalité apeurante parce qu'il nous ressemble », martèle l'avocat, qui reconnaît plaider « pour Anaïs », la fille chérie qu'Alègre, dans une lettre, appelle « étoile de mon coeur ». Me Alfort lit : « Tu sais, ma grande, je ne suis pas né comme ça (...). Ne crois-tu pas que j'aurais préféré que ça n'arrive pas ? La seule chose dont je suis fier, c'est toi. »

M. Martinet, père d'une victime, ne peut admettre que le « monstre » ait un coeur. Il lance bruyamment : « Signé, Pierre Alfort ». Et là, c'est Alain, le frère de Mireille Normand, qui bondit de son siège pour défendre l'avocat de l'assassin de sa soeur : « Ta gueule, Martinet ! Tu commences à nous faire chier ! J'aime pas les fachos ! J'écoute MeAlfort, ça m'intéresse. » Autant de réactions tellement humaines, somme toute, qui permettent à Pierre Alfort, épuisé, de conclure dans un souffle : « Patrice, tu es un homme. »

En début d'après-midi, Me Laurent Boguet relaie son confrère. Droit et fier, tel un centurion encerclé, il parle fort, lui aussi, pour le muet du box. Mécanicien psychanalyste, il démonte un à un les rouages déformés qui ont fait d'Alègre une machine définitivement dangereuse. Parfois, il utilise la première personne, pour mieux traduire ce que pouvait ressentir son client au moment du passage à l'acte, quand « l'abus corporel se substituait à l'usage de la parole ».

Il dit la personnalité en bouillie, les forces obscures qui le conduisent à torturer ses proies jusque dans ce que leur intimité a de plus sacré. Derrière ces horreurs, il devine « le sexe de sa mère, qu'elle ouvrait à tous les autres sauf lui : on le massacre, on le détruit, on supprime l'origine du mal ».

Un peu plus d'une heure intense, et Me Boguet prie les jurés de « punir Alègre en l'aimant » pour qu'il puisse comprendre la portée de son châtiment.

Cet accusé-là avait au moins une qualité : ses défenseurs, modèles de tact durant les débats, dignes et talentueux à l'instant redoutable où il leur a fallu plaider. Avant que le jury ne se retire, Alègre déclare leur avoir confié six lettres, écrites « à titre personnel et privé » et destinées aux familles des victimes.

L'avocat général avait ouvert l'audience à 9 heures. Marc Gaubert commence par la fin : « Je vais d'ores et déjà vous demander de condamner Patrice Alègre à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de vingt-deux ans. »

Il explique que les « crimes hors du commun » justifient qu'il bouscule ainsi la chronologie usuelle du réquisitoire. En revanche, il met à mal celle du dossier, situant le martyre de Laure Martinet en 1997, alors qu'il remonte à 1990, et parsème son propos de surprenants néologismes.

Le magistrat, sans surprise, tient son rôle : il brosse un portrait abominable de l'accusé. Même sa date de naissance devient un élément à charge : le tueur en série n'a-t-il pas vu le jour en « 1968, année où la jeunesse décide de ne plus accepter les contraintes » ?

Marc Gaubert ne croit pas à l'enfance malheureuse et rend Alègre seul responsable de sa métamorphose en « prédateur ». Il revient en détail sur chacun de ses crimes, insistant sur leur caractère « prémédité », le « rite satanique », les « horribles manigan ces ». Pour faire bonne mesure, il estime que l'étrangleur se double d'une « petite crapu le » qui tue, aussi, par cupidité.

Comme s'il craignait que les jurés ne puissent épargner à l'accusé la peine maximale – elle semble pourtant acquise depuis le 11 février –, l'avocat général en termine sur une révélation en forme de mise en garde : Alègre aurait « formé à deux reprises le projet de s'évader ».

Pendant quatre-vingts minutes, Marc Gaubert s'est adressé à l'assassin qui, depuis une semaine, refuse de l'écouter.

Patrice Alègre paraît somnoler, mais il n'en perd pas une miette. La preuve : quand l'accusateur évoque sa fille Anaïs, il soulève les paupières et décoche un trait bleu acier à destination de l'homme en rouge.

Puis il clôt à nouveau les yeux, comme on ferme sur soi la porte du cachot.
lefigaro.fr, Toulouse : de notre envoyé spécial, Stéphane Durand-Souffland [22 février 2002]

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TOULOUSE La deuxième semaine du procès du meurtrier violeur a repris sur le même mode : la recherche de ses motivations
L'audience d'hier était consacrée au viol et au meurtre de Mireille Normand. Son frère, Alain, interpelle Alègre : «Il faut que tu me dises pourquoi t'as fait ça.»

L'avocate aux collants rouges trouble Alègre
Le procès de Patrice Alègre, 33 ans, accusé de cinq meurtres et six viols, a repris hier devant les assises de la Haute-Garonne. Le verdict est attendu jeudi.

Il y a deux catégories d'intervenants au procès de Patrice Alègre : ceux qui savent lui parler, et les autres. Me Elisabeth Cadiot, qui assiste les proches de Mireille Normand, appartient indubitablement à la première.
L'audience d'hier était consacrée au viol et au meurtre de Mireille Normand, près de Foix, dans la nuit du 20 au 21 juin 1997. Comme d'habitude, l'accusé livre au président Treilles son scénario minimaliste sur un débit accéléré : « On a fumé des joints, j'ai essayé de l'embrasser, elle n'a pas voulu. Je l'ai suivie dans sa chambre, je l'ai étranglée, j'étais ivre. »

Alègre se souvient qu'ils ont consommé « de l'herbe », et non « du shit » comme le suggérait le président. Mais sur le reste, sa mémoire le lâche. Sa victime, qui l'hébergeait depuis quatre jours – il est en cavale depuis le viol d'Emilie E. – a été retrouvée trois semaines plus tard, enterrée dans son propre jardin. Elle était ligotée, bâillonnée, enveloppée dans une housse. Des traces de sang grossièrement effacées dans la maison et un vibromasseur partiellement calciné laissent entrevoir des tortures jamais révélées. L'assassin a dérobé à Mireille 5 000 francs. Mais l'homme du box, structuré autour de son squelette d'aveux, s'est depuis longtemps replié dans ses « je ne sais pas ».

Me Elisabeth Cadiot se lève. Menue, cheveux courts, grands yeux clairs, elle porte sous sa robe des collants rouges vifs et des chaussures orange. C'est une avocate, mais aussi une femme qui s'approche de Patrice Alègre. Elle s'arrête à un mètre, seulement séparée du tueur par ses deux défenseurs, Mes Alfort et Boguet, toujours remarquables de tact.

Me Cadiot : « Vous souvenez-vous de Mireille ? »
Alègre : « Oui. Elle était agréable.
– Quelle était la couleur de ses cheveux ?
– Elle était brune, je crois.
– Etait-elle plus grande que moi ?
– (Il toise soigneusement son interlocutrice) Pareille, ou plus petite. »

L'avocate se substitue imperceptiblement à la victime. Ou plutôt, elle oblige l'accusé à rappeler à lui des images refoulées. Elle lui tend à présent des photographies d'une Mireille heureuse, terriblement vivante. Alègre, à l'évidence, est bousculé.

Me Cadiot poursuit son oeuvre : « Les faits se sont passés un 20 juin. Que représente cette date ? »

Alègre se laisse guider par la robe noire et les collants rouges : « C'est mon anniversaire.
– Ça vous fait souffrir ?
– Peut-être...
– Vous n'acceptiez pas que ce jour-là, Mireille soit heureuse ?
– Je sais pas.
– C'était une femme libre. Mais vous, êtes-vous plutôt un homme ou un enfant ? »

L'homme du box réfléchit profondément : « Un mélange des deux, je crois.
– Les constatations effectuées sur Mireille font penser à un corps torturé, soumis...
– Non...
– A quoi pensiez-vous en creusant sa tombe ?
– Je sais pas.
– Lorsque vous dormez, revient-elle dans vos rêves ?
– Des fois, je pense.
– Vivante, avec son sourire, ou morte, avec ses cheveux qui dépassent de la housse ?
– Les deux. »

Le charme est rompu. Mais Me Cadiot, en quelques minutes, a presque accompli un miracle : jamais l'accusé n'était allé aussi loin dans l'introspection.

Après elle, le frère de la victime prend le micro. Avec son accent râpeux de titi parisien, Alain Normand interpelle directement « Franck » – c'est sous ce prénom d'emprunt qu'Alègre s'était présenté en 1997 : « On aurait pu être potes... Le coup de la pulsion meurtrière, putain, j'y crois pas ! Tu dois en chier, avec tout ce qu'on te met... Faudra que tu te suicides, c'est ce qu'il y a de mieux, sans dec'. Ciao, Franck !. »

De tels propos n'appellent pas de réponse immédiate.

Un mot, pour finir, de ceux qui ne savent pas parler à l'accusé. L'avocat général Marc Gaubert se range dans ce camp. Solennel dans son hermine, il joue les père-la-morale, persuadé, semble-t-il, que l'étrangleur sera subjugué par sa fermeté. « Arrêtez d'être lâche ! », lance-t-il par exemple à Patrice Alègre, qui le nargue puis se rassied en soupirant.

Le magistrat ne lui tend aucune perche, seulement des verges dans l'espoir qu'il se flagellera lui-même. Ainsi, quand il s'ingénie à vouloir faire avouer à l'assassin en série qu'il tuait pour l'argent, hypothèse un peu courte au regard du dossier. Alègre lui-même en paraît outré. Devant l'insistance de Marc Gaubert, il finit par se lasser : « Ne me posez plus de question, je ne vous répondrai plus. » L'avocat général est doté d'un talent singulier : il fait perdre en cinq questions le terrain conquis de haute lutte par la partie civile.

Une semaine après l'ouverture de son procès, Patrice Alègre a laissé échapper trois confidences : il « disjoncte » quand il tue ; il a « honte de tout ce (qu'il a) fait » ; le visage de ses victimes hante ses rêves, comme le sien habite les cauchemars de leurs proches.

On en apprend donc un peu sur l'accusé, mais aussi sur ceux qui l'interrogent : il y a ceux qui veulent le ramener parmi les humains, pour que juger soit aussi, autant que possible, comprendre. Et d'autres qui, étrangement, ont l'air de vouloir renvoyer Patrice Alègre dans son ailleurs psychopathe quand il fait mine de se rapprocher.
lefigaro.fr, Toulouse : de notre envoyé spécial Stéphane Durand-Souffland [19 février 2002]

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TOULOUSE Après les expertises et les plaidoiries des parties civiles, le procès s'achèvera aujourd'hui avec un verdict attendu dans la soirée
Les psychiatres impuissants face à l'énigme Alègre Le procès de Patrice Alègre, qui répond de six viols et cinq meurtres, doit s'achever aujourd'hui devant les assises de la Haute-Garonne. L'accusé encourt la réclusion à perpétuité assortie d'une peine de vingt-deux ans de sûreté. L'audience d'hier était consacrée aux expertises psychiatriques et aux plaidoiries des parties civiles.

Dans le crâne de Patrice Alègre, bouillonne un magma de haine et de refoulements. C'est pour cela que le petit garçon malheureux chez ses parents est devenu un adulte enragé. Deux psychiatres sont venus hier pour aider les assises à explorer ce désastre.
Les docteurs Ajzenberg et Zagury, tous deux brillants et complémentaires, ont pourtant laissé la cour sur sa faim. Pouvait-il en être autrement ? Les tueurs en série posent trop de questions, laissent trop de hiéroglyphes dans leur sillage, pour que leur mystère soit élucidé. On attend donc des experts plus qu'ils ne peuvent offrir, bien qu'ils posent en préalable les limites de leurs oracles.

Les docteurs Ajzenberg et Zagury ont rappelé l'enfance d'Alègre, sa mère volage et alcoolique, son père violent, les soupirs de plaisir que le gamin n'aurait pas dû surprendre. Très jeune, il associera violence et sensualité. Le magma, déjà, commence à chauffer. Le clivage se forme, qui invente un « personnage maternel » idéal et un « personnage paternel » abject. Le futur tueur fourbit inconsciemment des schémas délétères, comme s'il se préparait un alibi. Le docteur Ajzenberg décrira très bien le « scénario pervers » mis en scène par Alègre dans ses déchaînements, favorisés par l'absorption massive d'alcool et de drogues : approche de la victime, proposition d'une étreinte, refus, viol, meurtre. « Je ne pense pas qu'il tue pour avoir une relation sexuelle, estime le docteur Ajzenberg. C'est le scénario du refus, la chosification de la victime qui provoquent l'excitation. » Pressé de questions, littéralement sommé d'expliquer Patrice Alègre, le praticien invite à la prudence : « Si on commence à partir dans le chaudron analytique, on peut y trouver tout ce qu'on y apporte. Une gousse d'inceste, une pointe d'Oedipe... »

Le docteur Zagury souligne que l'accusé, pervers narcissique, n'est pas un malade mental irresponsable, mais que « son moi est tellement clivé » qu'il n'a « pas de conflit interne à nous donner en pâture » et qu'il a « l'impression que tout lui est permis ». Boris Cyrulnik avait résumé l'attitude de ce type de psychopathes : « Les pervers, dépourvus de culpabilité parce que leur empathie ne s'est pas développée, fracassent n'importe qui avec un grand plaisir » (1). Pas de doute : Patrice Alègre est bien l'un de ces « vilains petits canards », à la dangerosité intacte. Ses chances de guérison sont, en langage savant, « du domaine de la spéculation théorique ». En français courant, il est incurable.

Après la science et ses hypothèses, le chagrin refait irruption. Les avocats des parties civiles se relaient pour tenter de traduire l'indicible. L'exercice est difficile. On en prend toute la mesure quand Me Guy Debuisson, conseil de la famille Martinet, déclenche l'artillerie lourde – très lourde – contre l'« extraterrestre » du box. Sans doute l'assiduité très relative de Me Debuisson aux audiences explique-t-elle en partie ses raccourcis. L'un d'entre eux, particulièrement désobligeant pour la cour, lui vaudra, fait rarissime, une remontrance du président Michel Treilles.

Me Simon Cohen succède à son confrère. Il représente la famille Matias et évoque avec un lyrisme revendiqué Martine, « cette fille faite pour un bouquet et couverte du noir crachat des ténèbres ». Comme dans un fado, il oppose la trajectoire humble et droite des Matias, d'origine portugaise, et celle de l'assassin. Dans une autre bouche, nombre de ses effets rhétoriques feraient figure d'artifices pesants. Mais Me Cohen a la voix, à la fois puissante et feutrée, ainsi que la conviction intérieure, impressionnante, qui lui permettent de bouleverser le prétoire comme les jurés. De bout en bout, il fixera Alègre, dont il ne rencontrera que les paupières baissées.

Le verdict sera rendu ce soir. Le procès s'était ouvert le 11 février, cinq ans jour pour jour après le martyre de Martine Matias. Aujourd'hui, 21 février, marque le double anniversaire de la mort de Valérie Tariote (1989) et du viol d'Emilie (1997). Cela fait beaucoup de bougies pour éclairer une sentence.
(1) Les Vilains Petits Canards, éd. Odile Jacob.
lefigaro.fr, Toulouse : de notre envoyé spécial Stéphane Durand-Souffland [21 février 2002]

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Le criminologue Michel Bénézech dénonce l'absence de soins en milieu carcéral
Le coup de gueule d'un psychiatre des prisons

Désabusé, découragé, déprimé, Michel Bénézech, criminologue et chef du service de psychiatrie à la maison d'arrêt de Bordeaux-Gradignan, souhaitait tirer sa révérence en douceur, après trente-trois ans de bons et loyaux services. On ne lui en a pas laissé le temps. Jeudi, il apprenait qu'il était suspendu, pour, selon lui, avoir dénoncé ouvertement les lacunes du système.
Cheveux gris en bataille, barbe poivre et sel, ce Bordelais de 60 ans est intarissable sur l'incurie du système de soins et l'expertise psychiatrique « obsolète ». « Aujourd'hui, nous n'avons pas les moyens de soigner les prédateurs violents, s'insurge-t-il. Le système actuel ne permet pas de diagnostiquer les risques de récidive. Mieux vaut qu'ils ne sortent jamais de prison, sinon les victimes risquent de payer l'addition. Le manque de moyens est chronique et certaines réformes absurdes. Le système est responsable de son irresponsabilité. »

Incurables, donc, les Patrice Alègre, Guy Georges, Francis Heaulme et les autres : « Ce sont des personnalités très difficiles à soigner, note le criminologue. Tant qu'ils exprimeront des déviances et des colères destructrices, ils recommenceront. D'autant qu'ils sont incapables d'expliquer les raisons qui les font passer à l'acte. Le cancer est très avancé et nous n'avons pas les moyens médicaux ou légaux pour les soigner. »

En effet, les détenus n'ont aucune obligation de soins en prison. C'est seulement depuis la loi du 17 juin 1998 que les délinquants sexuels doivent se soumettre à un suivi « socio-judiciaire ». Mais pendant leur détention, rien ne les oblige. Tout est donc à craindre à la sortie.

« C'est même avant la condamnation qu'il faudrait les traiter, estime Michel Bénézech, qui, toutefois, émet des réserves sur les raisons qui poussent certains prévenus à accepter : « Un grand nombre s'y soumettent pour attirer la bienveillance des juges et renoncent après. »

Voilà plus de trente ans que Michel Bénézech propose d'apprécier le taux de dangerosité des délinquants, comme cela se produit au Canada. Il suggère, par exemple, la création de centres d'évaluation et d'expertise criminologique dans chaque département : « Réclamée depuis longtemps, l'expertise criminologique ne s'est jamais imposée, déplore le criminologue. On continue à confier aux psychiatres la détermination de la responsabilité et de la dangerosité. Or, seul un diagnostic criminologique détaillé permet d'évaluer avec quelque pertinence le pronostic social et d'élaborer un programme individualisé de traitement. La justice pénale devrait se donner les moyens techniques de ses ambitions. Les expertises psychiques actuelles sont dépassées. »

La situation est grave : 80 % des criminels souffriraient de troubles mentaux. Et 5 % des crimes sont commis par ces malades. Or la prison ne se prête pas à leur prise en charge : « En France, il existe 250 lits psychiatriques dans les prisons. Mais justement, c'est là le danger. Il y en a davantage que dans les hôpitaux, qui, en vingt ans, ont perdu la moitié de leurs lits. Or, la plupart des psychotiques n'ont pas conscience de leur mal et n'éprouvent donc pas le besoin de se faire soigner. Il serait préférable de créer des centres adaptés avec un personnel compétent, plutôt que de développer la psychiatrie en prison. Surtout que l'augmentation de la fréquence des conduites toxicomaniaques et des agressions sexuelles accroît le pourcentage des handicapés mentaux et sociaux graves dans la population carcérale. En 1838, on créait des hôpitaux psychiatriques pour retirer les malades mentaux des prisons, maintenant on fait le contraire. »

Michel Bénézech dénonce la désuétude de l'expertise psychiatrique : « Cela fait trois siècles qu'on pratique de la même façon. Décider du sort d'une personne, fût-elle criminelle, après quelques dizaines de minutes d'entretien, est inacceptable. »

Pour avoir fréquenté la maison d'arrêt de Gradignan pendant vingt-trois ans, le psychiatre admet néanmoins que l'incarcération n'est pas une panacée. Drogue, sévices sexuels entre détenus, violence, y sont monnaie courante. En mars 2001, dans l'établissement bordelais, un prisonnier souffrant de graves troubles psychiatriques avait égorgé son compagnon de cellule. « Il faudrait faire la police en prison, martèle notre expert en colère. Les détenus passent leur temps à fumer des joints. Certains ne se lavent même plus. On devrait leur imposer une hygiène de vie et donner davantage de chances de réinsertion à ceux qui souhaitent s'en sortir. »
lefigaro.fr, Bordeaux (Gironde) : de notre envoyée spéciale Françoise Lemoine [23 février 2002]

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Le 5 avril (2001), Guy Georges a été condamné par la Cour d'assises de Paris à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans, pour l'assassinat et le viol de sept jeunes femmes.
Après 4 heures de délibération, le jury l'a en revanche innocenté d'une 8e agression. Il a ainsi suivi l'avocat général Evelyne Lesieur qui, la veille, avait requis cette même peine, le maximum possible pour de tels faits.
A l'énoncé du verdict , Guy Georges a simplement hoché la tête.

Depuis le 19 mars (2001), celui que l'on nomme le «tueur de l'Est parisien» comparaît pour sept assassinats. Portrait d'un serial killer qui intrigue autant la justice que les psychiatres

Guy Georges. Il se rêve en «prédateur» urbain. «En ville, je suis comme seul dans la jungle.» Lorsqu'il vit à Paris, il passe de squat en squat, s'attirant toujours la sympathie et le respect de ses colocataires. Et colocatrices....

Les conclusions des experts psychiatres chargés d'examiner Guy Georges, le tueur en série de l'Est parisien, sont à la mesure du personnage, terribles, glacées, désespérantes. «Le traitement qu'il conviendrait de mettre en oeuvre paraît relever de la spéculation théorique. D'où la quasi-impossibilité d'imaginer une forme de soin ou de prise en charge.» Au terme de nombreux entretiens, de tests minutieux - un QI de 101 témoigne de son intelligence - et même d'un scanner cérébral, les quatre médecins ont établi que l'on n'avait en aucun cas affaire à un fou. Guy Georges est marginal mais hypersociable, sensé mais incontrôlable, parfaitement responsable mais sans doute incurable. C'est cette énigme meurtrière, peut-être unique dans les annales de la justice, que vont devoir examiner les jurés de la cour d'assises de Paris à partir du 19 mars. Trois ans après son arrestation, le serial killer comparaît pour l'assassinat de sept jeunes femmes et quatre agressions sexuelles. Itinéraire d'un tueur froid.

Né en 1962 de la rencontre d'un cuisinier noir américain en poste sur une base militaire près de Paris et d'une jeune Française, le petit Guy est confié peu après sa naissance à la Ddass. Il est placé dans la famille Morin, près d'Angers. Unique enfant noir de son école, seul garçon élevé au milieu d'un essaim de filles, Guy est un solitaire. A 10 ans, il vole son premier couteau pour s'adonner à sa grande passion: la chasse. Braconnier en herbe, il fabrique des pièges et guette parfois plusieurs heures ses proies, tapi dans les bois. Il coupe la tête des poules d'eau et dépèce méthodiquement les lièvres. C'est depuis cette époque qu'il se fait appeler «Jo l'Indien», du nom du «méchant» trappeur de Tom Sawyer, le roman de Mark Twain. Face aux psychiatres, Guy Georges n'a fait aucune difficulté pour reconnaître l'étrange similitude entre ces scènes de chasse à l'affût et ses traques de jeunes femmes dans les rues de Paris. Ces soirs d'errance, il lui suffit d'un «flash» à la terrasse d'un café, comme pour Pascale Escarfail, ou à l'entrée d'un parking, comme avec Catherine Rocher, pour que le tueur se réveille en lui. Il choisit toujours des «proies» jeunes, jolies, actives. Et les soumet, chaque fois, au même rituel macabre: après avoir suivi ses victimes jusqu'à la porte de leur appartement, il surgit muni de son Opinel n° 10, les bâillonne avec du sparadrap, tranche leur soutien-gorge et leur culotte avec son couteau, les viole, puis leur ouvre la gorge. Il vole quelques objets faciles à revendre, puis disparaît dans la nuit. «En ville, je suis comme seul dans la jungle», a-t-il déclaré aux médecins. Guy Georges se rêve en «prédateur» urbain. Enfant, abonné à Géo, il voue un culte au tigre. Un jour, grâce à un ami dont le père travaille dans un zoo, il pénètre dans une cage aux fauves: «Je n'ai pas eu peur et eux n'ont pas été hostiles à mon égard.»

«C'est mieux que je sois en prison, dehors je suis dangereux»

Mais, adolescent, «Jo» délaisse vite les animaux pour s'attaquer aux femmes: à 15 ans, il tente d'étrangler Roselyne, l'une de ses soeurs, handicapée, à l'aide d'une barre de fer. Quelque temps plus tard, il s'en prend à Christiane, une autre soeur de dix ans son aînée, qui s'en tire avec des marques de strangulation. On le place en foyer. Entre deux formations de carreleur, il agresse une lycéenne puis une infirmière. Et récidive en février 1984: il viole une jeune femme dans un parking de Nancy, ce qui lui vaut une condamnation à dix ans d'emprisonnement. Guy a fêté ses 18 ans en prison. Dès lors, sa vie se déroulera essentiellement derrière les barreaux. Il profitera de ses rares mois passés en liberté pour compléter son terrible tableau de chasse: 20 agressions répertoriées à ce jour.

Lorsqu'il vit à Paris, Guy passe de squat en squat, s'attirant toujours la sympathie et le respect de ses colocataires. Et colocatrices... «J'avais toujours des nanas.» Dans les squats Didot ou Saint-Sauveur, personne n'imagine que «Jo» et le «tueur de l'Est parisien» ne font qu'un. En un parfait dédoublement de la personnalité, il va même jusqu'à insulter ce «salaud de tueur» devant un ami qui l'héberge parfois... Survivant grâce au RMI et à quelques vols, Guy Georges goûte à tous les plaisirs. Il peut ingurgiter 10 litres de bière par jour. Fume du cannabis. Prend des acides, de la cocaïne. Se prostitue. Selon Omar Guendouz et Franck Spengler (1), il vit parfois de longues semaines sous la protection de riches homosexuels. Qui, eux aussi, ne se doutent pas que, la nuit venue, «Jo» part en maraude.

Cette capacité de dissimulation et d'adaptation a considérablement compliqué la tâche des enquêteurs de la brigade criminelle et intrigué les psychiatres. Au cours d'entretiens en prison avec ces derniers, le tueur en série s'amusait d'ailleurs, toujours avec pertinence, à démonter les stratégies ou les pièges des uns auprès des autres! Selon le rapport de synthèse des médecins daté du 16 février 1999, que L'Express a consulté, le cas Guy Georges n'entre pas dans les grilles d'analyse communes. Ce n'est pas vraiment un sadique. Ni un fétichiste. Il n'éprouve pas de haine envers les femmes. Mais réduit ses victimes à l'état d'objet, refusant de croiser leur regard. L'explication serait ailleurs: depuis sa première agression, voilà vingt ans, il reproduit mécaniquement un scénario immuable, même si, dit-il, cela ne lui procure aucun plaisir. Une fois le crime accompli, il s'emmure dans l'indifférence. «Guy Georges est bien plus qu'un pervers sexuel», observent, perplexes, les experts. Le tueur de l'Est parisien se dit sans émotion («Je n'ai plus pleuré depuis l'âge de 12 ans») et totalement autosuffisant (en quinze ans de prison, il n'a jamais demandé une seule cigarette à l'un de ses codétenus...).

Ce grand solitaire souffre peu d'avoir été mis à l'isolement à la Santé, où il a sympathisé avec le terroriste Carlos. C'était même un détenu modèle jusqu'à sa tentative d'évasion, le jour de Noël 2000. Lucide, il a confié aux psychiatres: «C'est mieux que je sois en prison, dehors je suis dangereux...» Ajoutant, à propos des jeunes femmes qu'il a tuées: «Si c'était ma fiancée, je me ferais justice moi-même.» Ce genre de déclarations ne devrait pas faciliter la tâche de son nouvel avocat, Me Alex Ursulet. Les familles des victimes, les rares femmes rescapées qui témoigneront devant les assises et les avocats des parties civiles s'attendent à un procès pénible. Guy Georges l'a déjà laissé entrevoir aux médecins: «Ça va être médiatisé à fond. Je sais comment ça va se passer, j'ai déjà été aux assises. Pour les familles de victimes, ça va être dur. C'est trop dur, donc je ne leur parlerai pas. J'ai tué leur fille: on pourra me mettre la peine qu'ils veulent, ça ne la leur rendra pas...» Toujours cynique, indifférent, provocant. Incurable?
(1) Guy Georges. Contre-enquête sur le «tueur de l'Est parisien», Mango.
[L'Express en ligne du 05/04/2001 - L'Express du 15/03/2001 Procès, Le cas Guy Georges, par Jérôme Dupuis

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[L'Express en ligne du 15/06/2001- Francis Heaulme a été condamné cinq fois pour meurtre, dont deux fois à perpétuité, et acquitté une fois.
En avril dernier (2001), il devait comparaître devant la cour d'assises de Moselle pour le meurtre d'une jeune femme assassinée dans la banlieue de Metz. Ce procès a été repoussé, la santé de Francis Heaulme ayant été jugée «parfaitement incompatible» avec sa comparution.]

Il a avoué six meurtres. Il en a peut-être commis beaucoup plus. Son premier procès s'ouvre à Quimper le 27 janvier (1994). Itinéraire d'un serial killer à la française

Le 6 mai 1992, lors de l'un de ses multiples interrogatoires, Francis Heaulme déclare ceci: «Depuis douze mois, je ne bois plus. Avant, quand je buvais, je ne savais plus où j'étais et je me faisais du mal à moi-même, plein de cicatrices. Je ne buvais jamais en groupe mais seul. Je ne buvais que de la bière et, quand je ne savais plus où j'étais, je m'allongeais dans un coin et je ne bougeais plus.»
Arrêté, le 7 janvier 1992, à Bischwiller (Bas-Rhin), où il avait fini par poser son sac au terme de six années d'errance, Francis Heaulme est accusé d'avoir tué Laurent Bureau, le 9 mai 1986, à Périgueux; Joris Viville, le 5 avril 1989, à Port-Grimaud; Aline Pérès, le 14 mai 1989, à Brest; Sylvie Rossi, le 19 juillet 1989, à Reims; Jean-Joseph Clément, le 7 août 1989, à Courthézon (Vaucluse), et Laurence Guillaume, le 7 mai 1991, à Metz. On le soupçonne encore d'avoir commis une dizaine d'autres meurtres aux quatre coins du pays. Les enquêteurs sont formels: Heaulme est un «serial killer», un tueur en série. Deux experts psychiatres, qui l'ont examiné, soulignent qu'il occupait au sein de la société marginalisée «une place à part, elle-même marginalisée». La marge de la marge, en quelque sorte. L'enfer, à côté, ressemble à une annexe du Club Méditerranée.

Un marginal selon les psychiatres
Le tueur en série est un spécimen rare qui nous vient des Etats-Unis. Son intelligence est souvent supérieure à la moyenne. Il tue sans mobile mais avec méthode. Déploie des trésors d'invention pour égarer les soupçons. Mutile les corps de ses victimes et ne rate pas une occasion de filmer ses exploits en vidéo. Le tueur en série est le cauchemar des agents du FBI. Et une mine d'or pour les scénaristes de Hollywood. Francis Heaulme, lui, n'a rien d'un agrégé du cran d'arrêt. «C'est un pauvre diable», dit sa soeur, Christine. Un type qui avoue, puis se rétracte. Un tueur qui ne tolère pas la vue du sang. Un timide capable de baisser son pantalon au beau milieu d'un interrogatoire de la brigade criminelle, histoire de vanter, sous toutes ses coutures, les mérites du caleçon «de coupe américaine», et de faire consigner sur procès-verbal le fait qu'il «ne supporte plus les slips qui serrent». A Bischwiller, lorsque les gendarmes l'ont retrouvé, Francis Heaulme, 34 ans, vivait depuis six mois avec Georgette, divorcée, sans enfant. La femme de sa vie. La première. Le dimanche, il avait pris l'habitude de l'accompagner à la messe. Ensemble, main dans la main, ils chantaient des cantiques avec la chorale de la paroisse.

Ce qui frappe d'abord, chez lui, c'est son physique. Heaulme mesure 1,87 mètre, pour 74 kilos. Des bras trop longs, un corps trop maigre. Une carcasse de colosse décharné qu'il trimbale comme un fardeau, en courbant le dos. Et puis, son regard. «C'est sans doute un détail, mais il ne bat jamais des paupières, souligne un magistrat. Il peut vous fixer un quart d'heure, droit dans les yeux, sans ciller.»

A 17 ans, il se passionne pour l'affaire Grégory

Francis Heaulme est un être insaisissable. Un homme au visage sans âge. Un prototype d'un genre nouveau dont on ne sait pas très bien s'il faut le ranger au panthéon du crime ou au rayon des mythomanes que le hasard pousse systématiquement au mauvais endroit, au mauvais moment. Les psychiatres s'échinent à le faire redescendre sur terre à grand renfort de Mogadon, de Droleptan, de Neuleptil et de Lysanxia 40. «Sa crédibilité nous apparaît fortement entamée, disent-ils, en raison d'une tendance nette à la fabulation, avec variabilité dans les affirmations, liée à des traits de personnalité paranoïaques.» Me Gonzalez de Gaspard, l'avocat de Francis Heaulme, considère que son client est un irresponsable. Il ne désespère pas de lui voir appliquer l'article 64 du Code pénal relatif aux aliénés mentaux.

L'ouverture de son premier procès est fixée au 27 janvier. Heaulme comparaîtra devant la cour d'assises du Finistère, à Quimper, pour le meurtre d'Aline Pérès, une aide-soignante de 49 ans, poignardée sur la plage du Moulin-Blanc, près de Brest. C'est le témoignage tardif d'un routard qui l'a confondu. Au cours de ses dépositions, comme à son habitude, Heaulme a fourni une quantité industrielle de versions. Il a d'abord prétendu qu'il ne se trouvait pas, ce jour-là, aux environs de la plage. Puis, en fait, qu'il y était. Que, la veille, il avait rêvé de ce crime, mais qu'il ne l'avait pas accompli. Plus tard, il s'est mis à raconter le meurtre, à la façon d'un spectateur, à la troisième personne. Enfin, il a employé le «je»: «J'étais très énervé. Je me suis avancé vers la femme. (...) Elle a vu ce qui allait se passer. Elle a vu le couteau. Je me suis adressé à elle et lui ai dit: "Je m'appelle Heaulme Francis, j'ai un problème, je veux vous parler." Je lui ai également dit: "J'ai rêvé que vous alliez être poignardée." La femme avait peur, elle a crié.» Il explique alors qu'il a «vu rouge», qu'il a frappé.

Lorsqu'il passe aux aveux, Heaulme montre de réelles dispositions pour l'art de la litote. Il dit qu'il a «vu rouge», qu'il a eu «un trou noir», ou alors qu'il s'est produit «un pépin». De retour dans sa cellule, il recommence à nier. A un expert qui s'est aventuré dans les méandres de sa psychologie Heaulme a tenté d'expliquer: «A Brest, je voyais un homme qui frappait avec un couteau et il s'est révélé que c'était moi.» La routine, quoi.

C'est sans doute au décès de sa mère que l'existence de Francis Heaulme a basculé. Deux ans plus tard, pour l'anniversaire de sa mort, il tentera de se suicider en avalant des barbituriques. Nicole Heaulme a été emportée par un cancer, le 16 octobre 1984, le jour de l'assassinat de Grégory Villemin. Longtemps, son fils collectionnera les coupures de presse sur l'affaire de la Vologne. A l'époque, il n'y a pas grand-chose à raconter sur Francis Heaulme. A 17 ans, déjà, il était alcoolique au dernier degré. Ses seules fréquentations se résumaient aux amis que sa soeur invitait à la maison. Un temps, il a sillonné les routes de la région à vélo, en compagnie des amateurs d'un club messin. Mais il n'était pas fait, non plus, pour mêler sa vie à celle d'un peloton. Exempté de service militaire en raison de complications psychiatriques, renvoyé de son emploi de maçon parce qu'il buvait trop, Heaulme a 26 ans lorsqu'il choisit de couper le cordon. Il emporte avec lui le souvenir d'une mère adorée. Et la marque d'un père qui le corrigeait à coups de câbles métalliques et de chaussures à bouts renforcés.

Heaulme voyage toujours en solo. Il lui arrive, certains jours, de couvrir des distances impressionnantes. Les gendarmes ont établi qu'il avait traversé pas moins de 37 départements en l'espace de quatre ans. Ses trajets n'obéissent à aucune logique. Il se déplace à pied, resquille dans les trains. Parfois, il fait du stop. Quand une voiture déboule, sa technique est imparable: il s'allonge sur la chaussée. Heaulme a le chic pour se faire remarquer. Il signe tous les registres des foyers Emmaüs où il est hébergé. Subit à sa demande une multitude d'hospitalisations dans des établissements psychiatriques, d'où il repart sans crier gare. Porte plainte sous n'importe quel prétexte à la gendarmerie. Bien sûr, tout cela ne relève pas de la cour d'assises. Mais Heaulme possède encore une autre manie: celle de toujours séjourner, au moment des faits, dans les parages de plusieurs crimes non élucidés.

Le rébus des dépositions
C'est en enquêtant sur le meurtre d'Aline Pérès qu'un gendarme de la section de recherche de Rennes va parvenir à reconstituer l'itinéraire de Francis Heaulme. Pendant près de deux ans, le maréchal des logis-chef Jean-François Abgrall met ses pas dans ceux du routard. Il retrouve ses compagnons de beuverie. Calcule la vitesse moyenne de ses randonnées à travers le pays. Au centre technique de rapprochement de Rosny-sous-Bois, un dossier spécial est ouvert. L'ordinateur de la gendarmerie croise des centaines d'informations. Les amendes SNCF que Heaulme n'a jamais payées, les plaintes incessantes qu'il déposait, ses demandes auprès des organismes sociaux, la seule condamnation dont il ait écopé. C'était à Besançon, en 1989. Heaulme avait volé 50 francs à une vieille dame. On ne sait pas pourquoi, mais il s'était rendu. Trente-huit jours de prison.

Heaulme a toujours été en mal de reconnaissance. Le genre de type qui s'automutile avec son Opinel et se rue dans les gendarmeries en prétendant qu'il a été victime d'une agression. Dans un premier temps, les enquêteurs ont travaillé sur une centaine de crimes suspects. Puis ils ont procédé par élimination. «Nous n'avons jamais voulu le faire entrer dans le "Livre des records"», affirment-ils.

Interroger Francis Heaulme est une épreuve de chaque instant, un sport de haut niveau. Dès leur première rencontre, le gendarme Abgrall en a compris les règles. Les dépositions de Heaulme sont des rébus qu'il est le seul à savoir décrypter. Il lui faut tendre l'oreille au moindre de ses propos. Ne pas faire mention de sexe, ni de meurtre, mais d' «accident». Poser un minimum de questions. Heaulme est enfin flatté de trouver quelqu'un pour l'écouter. Alors, il se détend et se lance dans ses hallucinantes confessions. Il détaille ses crimes avec un luxe inouï de précisions. Griffonne des croquis. Pour l'assassinat de Sylvie Rossi, trois ans après les faits, il indique aux enquêteurs la présence d'un panneau de signalisation qu'ils n'avaient même pas remarqué. Le meurtre de cette serveuse de 31 ans qui l'avait pris en stop et lui aurait fait des «propositions» est le seul sur lequel Francis Heaulme ne soit jamais revenu.
Quant au reste, maintenant, il nie. A juste titre, concernant l'affaire de Courthézon: la mort de Jean-Joseph Clément, un agriculteur retrouvé sur les bords de l'Ouvèze, le crâne fracassé. Le juge estime ses aveux «non circonstanciés» et les gendarmes admettent qu'ils ont abandonné sa piste. Le jour du crime, ils ont établi qu'il était encore à Marseille. Il arrive parfois à Francis Heaulme d'être un coupable trop zélé. Me Gonzalez de Gaspard, qui milite pour la suppression de la garde à vue, n'en démord pas: «Il faut connaître la capacité de Heaulme à s'autodétruire, sa fragilité mentale, pour mesurer à quel point il peut être dangereux pour lui-même. Il est trop facile de vouloir lui coller sur le dos tous les crimes commis ces dernières années sur les routes de France.»

Une herbe toujours plus verte
Dans trois autres dossiers, la présence de comparses est désormais avérée. Didier Gentil, entre-temps condamné à perpétuité pour l'assassinat de la petite Céline, était en compagnie de Heaulme, lors du meurtre de Laurent Bureau, à Périgueux. A Metz, c'est Michel Guillaume, le cousin de la victime, lui aussi inculpé d'assassinat, qui se trouvait avec lui. Dans l'affaire du petit Joris Viville, enfin, un homme est activement recherché. Il conduisait la voiture dans laquelle l'enfant a été enlevé.

Devant un juge d'instruction qui l'interrogeait sur les incohérences de ses déclarations, Francis Heaulme a fourni la réponse suivante: «Les gendarmes d'Avignon, ils sont quand même venus me voir à Rennes. Ça fait un sacré déplacement, alors je n'allais pas leur dire que je n'étais pour rien dans cette histoire. Je ne sais plus où j'en suis. Je prends des cachets, je ne sors plus. Il y a des psychiatres qui parfois se font passer pour des juges ou des gendarmes. Je ne comprends plus rien et j'ai le cerveau complètement déréglé. Maintenant je suis déshonoré.»

Dans l'isolement de sa cellule de Draguignan, Francis Heaulme écrit des cartes postales à sa sœur où il jure son innocence. Le reste du temps, il dessine des chevaux dans des pâturages et des bateaux sur l'eau, toutes voiles gonflées. Des paysages imaginaires où l'herbe repousse toujours plus verte et où les vents contraires n'existent pas.
L'Express du 20/01/1994, Les rêves mortels de Francis Heaulme, par Henri Haget

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[L'Express en ligne du 20/02/2002 - La Cour de cassation a jugé, le 20 février 2002, que les enlèvements et séquestrations reprochés à Emile Louis, principal suspect dans le dossier des sept disparues de l'Yonne, n'étaient pas prescrits. Elle cassse ainsi l'arrêt de la Cour d'appel de Paris, qui avait jugé le 2 juillet 2001 que les faits étaient prescrits, dix ans s'étant écoulé entre la clôture de la première enquête en juin 1984 et la réouverture du dossier en 1996. Pour appuyer sa décision, la chambre criminelle de la Cour de cassation a considéré que la demande d'investigation, transmise le 3 mai 1993 par le parquet d'Auxerre aux services départementaux de l'aide sociale à l'enfance, avait bien interrompu la prescription, car il s'agissait d'un acte d'enquête.]

Pour avoir témoigné contre son père, Marilyne V. a reçu la visite de gros bras aux arguments très violents. Elle s'est confiée à L'Express

Marilyne V., 44 ans, mère de trois enfants, est la fille d'Emile Louis, le meurtrier présumé de l'Yonne. C'est grâce à elle qu'en décembre 2000 les gendarmes ont réussi à faire sortir l'ancien chauffeur de car de vingt années de mutisme au sujet des sept jeunes filles de la Ddass disparues dans la région d'Auxerre entre 1977 et 1979. En fouillant la demeure familiale, Marilyne V. a retrouvé, dans une vieille malle, des vêtements ayant appartenu à certaines des victimes. Elle les a confiés aux enquêteurs ainsi que le récit effrayant d'une nuit en forêt, au début des années 70, où elle affirme avoir vu son père éventrer une jeune auto-stoppeuse. Témoin essentiel dans cette affaire, Marilyne V. vit depuis cinq ans à Kourou, en Guyane, où elle vient d'être menacée et agressée à deux reprises par des inconnus de «type européen».

Que s'est-il passé précisément?
Le 22 février dernier (2002), en fin d'après-midi, un homme d'une quarantaine d'années a sonné chez moi. Il cherchait une certaine Marilyne Louis. Comme il m'appelait par mon nom de jeune fille, je l'ai pris pour un journaliste. Je lui ai répondu qu'il faisait erreur. Qu'il n'y avait personne de ce nom-là, ici. Le lendemain matin, alors que mon mari venait de partir au travail, l'homme est entré chez moi par la porte du jardin, à l'arrière de la maison. Il était accompagné d'un complice qui, comme lui, semblait récemment arrivé de métropole, le teint pâle, sans accent. J'étais en tenue de jogging, car je m'apprêtais à aller courir. Le chef a dit: «Tu es bien Marilyne Louis», et l'autre a sorti son couteau, une lame d'environ 15 centimètres. Il a fait mine de trancher l'élastique de mon short, mais son copain l'a calmé: «On n'est pas là pour ça. Fais ton boulot.»

Du boulot de professionnel, selon les gendarmes...
Il m'a lacéré les bras, les cuisses, le cou et les côtes de façon très régulière, pas trop profonde, avec le même intervalle entre chaque estafilade. La séance a duré une dizaine de minutes. Dans le calme. Tout ce que j'ai vécu enfant, avec mon père, est remonté à la surface. Je n'ai pas crié. Je ne me suis pas débattue. J'étais pétrifiée. Avant de repartir, le chef a seulement déclaré: «Voilà, ça t'apprendra à parler à tes copains les gendarmes...» Alors qu'ils regagnaient leur voiture, l'autre homme lui a lancé: «J'espère que vous allez bien me couvrir!» Il le vouvoyait. Ce n'était qu'un comparse. Ensuite, je suis allée me faire soigner au centre médico-chirurgical de Kourou, où l'on m'a prescrit une interruption de travail de trente jours. Et j'ai porté plainte à la gendarmerie pour «coups et blessures avec arme».

Les deux hommes ont-ils été arrêtés?
Non. Et pourtant, je pense qu'ils sont encore en Guyane. Mais c'est un territoire très vaste et peu peuplé où il n'est pas difficile de se cacher. Les gendarmes exercent une surveillance autour de ma maison, essentiellement les nuits où mon mari, douanier, est absent. Cela n'a pas empêché le second homme - le type au couteau - de revenir sonner chez moi, voilà deux semaines. Il a mimé un signe d'égorgement avec son index sur la carotide, puis il a disparu. J'ai à nouveau porté plainte pour «menaces de mort».

Pensez-vous que ces agressions aient pu être commanditées par votre père?
Je ne peux plus l'appeler mon père... Emile, donc, m'en veut, c'est sûr. J'ai attendu la mort de ma mère, au printemps dernier, pour tout balancer aux gendarmes, car il avait menacé de la tuer si je parlais. J'ai témoigné une fois, et, désormais, je témoignerai autant de fois qu'il le faudra pour qu'il paie ses crimes. Et il le sait. Mais d'autres, aussi, doivent le savoir. Car, très franchement, Emile est incapable de commanditer une opération d'intimidation à 10 000 kilomètres de la France. Il est criblé de dettes. Et sa seule intelligence a consisté à tout nier en bloc pendant vingt ans. Il y a sans doute d'autres personnes impliquées dans cette affaire. Et ce sont celles-là qui cherchent à me faire taire.
L'Express du 29/03/2001, La fille d'Emile Louis : «On cherche à me faire taire», propos recueillis par Henri Haget

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Emile Louis mis en examen pour "assassinats"
Principal suspect dans l'affaire des disparues de l'Yonne entre 1975 et 1979, l'ancien chauffeur est désormais poursuivi pour "assassinats". Cette mise en examen, qui devrait relancer l'enquête, était attendue depuis la décision de la Cour de cassation de ne pas prescrire les faits.
Emile Louis, principal suspect dans l'affaire des disparues de l'Yonne entre 1975 et 1980, a été mis en examen mercredi pour "assassinats". Le 26 février dernier, le procureur de la République d'Auxerre, Marie-Suzanne Le Quéau, avait transmis un réquisitoire supplétif pour assassinats au juge, apès que la Cour de cassation eut jugé que rien n'était prescrit dans ce dossier. Elle avait ainsi cassé l'arrêt de la cour d'appel qui avait jugé le contraire, le 2 juillet 2001. Cette mise en examen pour assassinats, qui relance le dossier des disparues de l'Yonne, était attendue, après la décision de la plus haute juridiction pénale.

Reprise des fouilles
Emile Louis, ancien chauffeur de car de 68 ans, avait déjà été mis en examen en décembre 2000 pour "enlèvements" et "séquestrations". Il avait avoué avoir tué sept jeunes pupilles de la DDASS, entre 1977 et 1979, après avoir eu avec elles des relations sexuelles. Il avait alors précisé aux gendarmes les endroits où il aurait enterré leurs corps et deux d'entre eux avaient été retrouvés. Mais, un mois plus tard, il était revenu sur ses aveux et clame depuis son innocence.

Dans un entretien publié vendredi par L'Yonne Républicaine, le procureur de la République d'Auxerre, Marie-Suzanne Le Quéau, a indiqué que "si tout va bien", les fouilles pour retrouver les cinq autres corps devraient "reprendre courant mars". Le procureur explique également que le second rapport qui sera établi par l'Inspection générale des services judiciaires (IGSJ) à la demande de la garde des Sceaux, Marylise Lebranchu, concernant les dysfonctionnements au tribunal d'Auxerre, "devrait être connu le 15 mars".
tf1.fr, Mis en ligne le 06 mars 2002

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FATALES ERREURS CHEZ LES PROCUREURS
Le Conseil supérieur de la magistrature dénonce leurs «négligences».

«Absence d'analyse»
Quatre magistrats incriminés

Les quatre magistrats comparaîtront à partir de lundi, et pour trois jours, devant le Conseil supérieur de la magistrature. Ils encourent des sanctions disciplinaires.
"Négligence", «précipitation», «manque évident du sens des responsabilités»: la justice a-t-elle failli dans l'affaire des disparues de l'Yonne ? Oui, assènent les membres du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), dans un rapport de 61 pages que Libération s'est procuré, un rapport accablant où est directement posée la question de la responsabilité de quatre procureurs, jadis en poste au tribunal d'Auxerre.

Ils comparaîtront à partir de lundi prochain, et pour trois jours, devant le Conseil supérieur de la magistrature et encourent des sanctions disciplinaires. En l'occurrence, pourraient être retenus contre eux des «manquements à la probité, aux bonnes moeurs ou à l'honneur».

René Meyer, Daniel Stilinovic, Jacques Cazals et Bertrand Daillie sont tous passés par Auxerre, ont tous eu à voir, de près ou de loin, avec l'affaire des disparues de l'Yonne, «un contexte criminel hors du commun», comme le notent les rapporteurs du CSM. Mais si Bertrand Daillie, par exemple, devrait être exonéré de toute responsabilité, voire félicité pour avoir rédigé en 1993 un «soit-transmis» qui a finalement permis à la Cour de cassation, le 20 février, d'enclencher les poursuites pour assassinats à l'encontre d'Emile Louis, et si Jacques Cazals est plus ou moins «blanchi», il n'en va pas de même pour René Meyer et Daniel Stilinovic. Ces deux-là portent une responsabilité directe dans l'«enlisement» de l'affaire. Peut-on pour autant parler de complot et de corruption au tribunal d'Auxerre? Si certains détails peuvent accréditer une thèse de ce genre (lire ci-dessous), la «désinvolture», l'«inertie», la «totale inaction» de ces deux magistrats suffisent à expliquer le blocage du dossier dès le départ.

L'enquête du gendarme Jambert
«Remarquable travail de recoupement», selon les rapporteurs, l'enquête de Christian Jambert, adjudant de gendarmerie en poste à Auxerre, met en cause Emile Louis dès 1981, et ce via trois procédures : l'une pour agressions sexuelles, l'autre pour le meurtre d'une jeune femme, Sylviane Lesage, la troisième pour la disparition de six autres jeunes femmes. Dans les deux premiers dossiers (qui se termineront respectivement par une condamnation et un non-lieu), le comportement d'Emile Louis «ne pouvait que soulever de graves interrogations» ; par ailleurs, les réquisitions (de non-lieu à son égard) «paraissent avoir été prises de manière hâtive». Quand, à la suite de ces deux affaires, Christian Jambert établit en 1984 une troisième procédure (en enquête préliminaire) «permettant de faire porter de graves soupçons sur Emile Louis», elle est enregistrée au parquet «sous le numéro 6193/84», puis «curieusement très mal orientée». Le substitut Stilinovic, pour son dernier jour de fonction au tribunal d'Auxerre avant d'occuper un nouveau poste à Paris, l'expédie au juge chargé de l'affaire du meurtre de Sylviane Lesage, lui demandant «s'il faut un supplétif» ­ en substance : s'il veut voir ses pouvoirs étendus à ce dossier de disparitions. Mais, par le fait d'un anonyme «non» apposé sur le Post-it de Stilinovic, ce procès-verbal disparaît alors du «circuit normal des services du parquet d'Auxerre pendant douze années».

Mise en cause du substitut Stilinovic
L'égarement du PV, c'est ce que révélait Libération en février 2001. Quoi de neuf dans le rapport du CSM ? Le fait que, en cet été 1984, la procédure a été inexplicablement jointe au «8071/81» ­ c'est-à-dire au dossier Lesage pourtant clos plusieurs semaines auparavant. Selon le greffier en chef de l'époque, interrogé par le CSM, cet étrange classement n'a pu être effectué que sur «les instructions expresses d'un magistrat du parquet». Et ce greffier de faire état, dans son audition du 16 janvier 2002, des liens unissant de «notoriété publique» Daniel Stilinovic à une employée du bureau d'ordre pénal, «Laurence C». «Quels auraient pu être les motifs de M. Stilinovic, demandent alors les rapporteurs du CSM à l'ex-greffier en chef, s'il s'avérait qu'il est bien le donneur d'ordre ?» Réponse du greffier : «Sa vie personnelle et les besoins d'argent, voire des services attendus.»

Cette accusation-là, les rapporteurs du CSM ne l'ont pas répercutée à Daniel Stilinovic. Entendu le 31 janvier 2002, ce dernier se défend, avec vigueur, de toute négligence. Au contraire. Pourquoi a-t-il traité le PV Jambert en son dernier jour auxerrois ? «Parce que tout le monde s'en foutait au parquet, et si je ne continuais pas à m'en occuper, personne ne l'aurait fait.»

Le rôle du procureur Meyer
Entendu le 21 janvier, l'ex-procureur d'Auxerre René Meyer, à l'époque supérieur hiérarchique de Stilinovic, a enchaîné les réponses laconiques. Le non sur le PV Jambert ? «A la limite, cela aurait pu être moi, mais je ne m'en souviens plus.» La théorie d'un réseau criminel ? «Aujourd'hui je commence à me poser des questions.» Ces questions, et bien d'autres, René Meyer aurait dû se les poser vingt ans auparavant ­ tel est le sentiment des enquêteurs du CSM. «Il est bien difficile de penser, notent-ils, que René Meyer ait pu rester dans l'ignorance totale du remarquable travail de recoupement» du gendarme Jambert. Et, «en retenant l'idée que M. Meyer avait nécessairement connaissance des recherches de l'enquêteur (...), force est de constater qu'il n'en a tiré aucune conséquence juridique. N'ayant accompli aucun acte dans ce dossier ni donné de directives, il a contribué personnellement, par sa totale inaction, à l'enlisement de cette procédure».

Le retour de Stilinovic
Parti en 1984, Daniel Stilinovic revient à Auxerre en juillet 1986, en tant que premier substitut. L'année suivante éclate l'affaire Isabelle Laville, une adolescente de 17 ans volatilisée sur le chemin de l'école ­ malgré une intense campagne médiatique, le dossier sera classé sans suite cinq semaines plus tard. Que reproche le CSM à Stilinovic ? De n'avoir pas rapproché cette disparition des autres, recensées par Jambert en 1984. Explications : «Je venais de passer deux ans à la huitième section du parquet de Paris à m'occuper d'attentats terroristes et à aller sur les trottoirs pour des cadavres.» A partir de lundi, l'audience du CSM permettra, peut-être, de comprendre quelque chose à ce gigantesque enlisement judiciaire.
Libération, Par Françoise-Marie SANTUCCI, Le mardi 12 mars 2002, p. 22

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Disparues de l'Yonne. L'introuvable sacoche du gendarme

ET UN MYSTERE de plus à Auxerre. Jusque-là, il ne s'agissait que d'une rumeur. Elle est officiellement confirmée par un rapport confidentiel de l'inspection technique de la gendarmerie nationale, réalisé à la demande du ministère de la Justice dans le cadre des multiples enquêtes administratives liées à l'affaire des « disparues de l'Yonne ». Ce document souligne que les archives personnelles constituées par le gendarme Christian Jambert, qui a consacré vingt ans de sa vie à enquêter sur les agissements d'Emile Louis, ont purement et simplement disparu le 3 août 1997. Ce jour-là, le militaire se suicidait d'une balle de fusil dans la bouche dans son pavillon des faubourgs d'Auxerre. Dans son rapport, le colonel Coïdan, inspecteur technique adjoint de la gendarmerie nationale, consacre un chapitre aux « archives de l'adjudant-chef Jambert ». Deux témoins, l'adjudant Roulet, un ancien collègue de Jambert, et Jacques Moreau, un commerçant auxerrois, ancien assesseur du tribunal pour enfants, confirment l'existence d'une « collection privée de documents » relatifs à l'affaire des disparues. Jacques Moreau est très précis à ce sujet : « Jambert avait ouvert un sous-dossier par personne disparue, avec photographies, circonstances, copie des procédures et notes. Le gradé les conservait dans une sacoche de cuir jaune, genre cartable, et ne s'en séparait quasiment jamais. » « Tous les témoignages concordent concernant cette sacoche », conclut le colonel Coïdan. Ces lignes ont été rédigées le 25 mai 2001. Dix mois plus tard, la fameuse sacoche jaune n'a toujours pas été retrouvée.

« Il souhaitait remettre ces documents à la justice »
Philippe Jambert, le fils de Christian Jambert, que nous avons joint hier par téléphone, nous a confirmé la disparition des documents. « Quand mon père s'est suicidé, je n'avais aucun doute. Il était dépressif. Il n'allait pas bien. Aujourd'hui, je ne sais plus quoi penser. Je peux juste vous assurer que ni moi ni ma soeur Isabelle n'avons récupéré les archives de mon père. » Philippe Jambert a pu consulter le fameux dossier. « En février 1997, mon père m'a confié sa sacoche et m'a demandé de la mettre en lieu sûr. J'y ai jeté un oeil. Elle contenait un grand nombre de documents relatifs à l'affaire des “disparues”. Je ne savais pas grand-chose de cette affaire, juste qu'elle était très importante aux yeux de mon père. » Le 15 juillet, Christian Jambert demande à son fils de lui ramener sa sacoche. « J'ai juste compris que l'enquête venait d'être rouverte et qu'il souhaitait remettre ces documents à la justice », précise son fils. Le 1 e r août, Philippe rend visite à son père. « Je suis resté une heure avec lui, la sacoche était toujours là. Il semblait aller bien. Il m'a assuré qu'il ne ferait pas de bêtises. » Le 3 août au matin, Philippe Jambert arrive chez son père. La porte du pavillon est ouverte. Sur la table de la salle à manger, le jeune homme trouve un mot adressé à sa soeur. Une lettre de suicide. Il alerte la gendarmerie qui, quelques minutes plus tard, découvre le cadavre de Christian Jambert au sous-sol. Philippe, lui, constate que la sacoche n'est plus là. « Des carnets, des répertoires et des cahiers rangés dans un placard se sont également évaporés », ajoute le fils de l'homme qui a traqué Emile Louis. A ce jour, la gendarmerie s'est contentée de constater la disparition des documents. Elle n'a ouvert aucune enquête.
Frédéric Vézard, Le Parisien, vendredi 22 mars 2002, p. 15.

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RICHARD DURN, DÉTRUIT PAR SA FOLIE
8 morts, 19 blessés

«Dans cette recherche d'explication, on est dans le refus de la maladie mentale et de la mort. La sagesse, c'est d'accepter qu'il n'y a rien à comprendre.» Laurent El Ghozi, adjoint au maire de Nanterre

Ils l'ont croisé, ils ont travaillé avec lui. Parfois, ils l'ont trouvé étrange, rarement, ils ont pressenti sa démence. Ils cherchent aujourd'hui une impossible explication aux actes d'un homme rongé par ses contradictions.

Il aura tout essayé. La politique (au PS), l'écologie (chez les Verts), les droits de l'homme (à la Ligue des droits de l'homme), l'humanitaire (dans les Balkans), la culture (au théâtre)... Il y chercha peut-être l'affirmation d'une identité, sinon des réponses, voire la confirmation d'une négation. Entre la déception, la rage, l'écoeurement, l'enfermement dans la solitude et l'effroyable journée du 26 mars suivie de son suicide le lendemain, il y a un gouffre. L'espace d'une démence. Que rien ne pourra jamais vraiment combler. Mais Richard Durn, un «naufragé-témoin de notre temps» pour reprendre une expression du professeur Pierre Legendre (1), dans son parcours ponctué de stations si familières à notre temps, nous renvoie à nous-mêmes, aux balbutiements de notre incompréhension. A commencer par ceux qui l'ont, peu ou prou, côtoyé.

C'était un soir de novembre 1997. Le prof de théâtre était en retard. Il avait demandé à une élève du cours d'aller chercher le nouveau qui devait attendre devant la grille au bout de la cour. «J'y suis allée, se souvient Isabelle, il faisait noir. J'ai attendu quelques minutes. Et tout à coup j'ai entendu un bruit : il était là, il me regardait, il ne disait rien.» Cet homme de l'ombre, c'était Richard Durn, qu'Isabelle ne peut appeler autrement que Richard. De l'automne 1997 à juin 1998, tous les mardis soir, quatre heures durant, ils se sont retrouvés parmi la dizaine d'élèves qui suivaient les cours de théâtre amateur pour adultes du Quasar Théâtre que dirige Patrick Schmitt à Nanterre. C'est elle qui est allée vers Durn le premier soir alors qu'il se terrait dans l'ombre.

Pourquoi Durn voulait-il faire du théâtre ? Apprendre à jouer ? Le prof, Jean-Marc, ne pose jamais la question. Le cours commençait par un entraînement physique, des exercices de relaxation (au bout, «l'écoute et la confiance dans la présence de l'autre», dit Isabelle). Puis on passait aux scènes. «Durn insistait pour travailler des textes à caractère politique», se souvient Jean-Marc. Après avoir songé à Tennessee Williams, il lui propose de travailler la scène du Baladin du monde occidental, de l'Irlandais John Millington Synge, où Christy, le baladin, rencontre Pegeen à l'auberge : «Avant le jour que j'ai tué mon père, pas âme qui vive y avait en Irlande, à savoir quelle espèce j'étais, et, moi, là-bas, manger, dormir, boire et me réveiller, un pauvre gars simple, rien de plus, sans personne à prendre garde à moi.» (2) Comment sonnaient ces mots dans la bouche, dans la tête de Richard Durn ?

«Une sorte de violence». «Il avait une élocution particulière, plutôt lente, sans fluidité, il était raide aussi, on en riait, il nous intriguait», raconte Isabelle. «C'est quelqu'un que je n'ai jamais entendu rire.» Il était aussi assidu, mais n'intervenait pas, «il était là sans être là». Sauf aux moments où il passait ses scènes, «alors on sentait qu'il dégageait une grande force physique», et, dans les improvisations, «une sorte de violence». Mais, hors de scène, «on le sentait mal à l'aise avec les autres membres du groupe auxquels il communiquait son malaise, cela dit, dans mon cours j'ai croisé des gens plus désaxés», poursuit Jean-Marc. Après la séance de travail, les élèves allaient boire un verre, parfois dîner. «Jamais il n'est venu», dit Isabelle. «Un jour, je suis allée vers lui, on a parlé de la fac, mais j'ai senti qu'il ne souhaitait pas que ça aille plus avant.»

Le dernier soir de l'année, devant un public restreint (parents, amis), avec celle qui jouait le rôle de Pegeen, une élève aveugle, il a passé sa scène du Baladin du monde occidental. Après, il y avait un pot sur la scène du théâtre. «Il n'est pas venu. Il était déjà parti, on ne l'a jamais revu.» Isabelle le croise quelquefois dans les rues de Nanterre, «toujours seul». «Il n'était pas timide, non, mais il y avait toujours cette impression de mal-être», ajoute-t-elle. «On ne pouvait pas soupçonner qu'il était parti dans une maladie men tale», dit Jean-Marc.

C'est dans la période où il suivait ces cours de théâtre que Richard Durn a acheté ses deux pistolets 9 mm de marque Glock et un revolver Smith and Wesson de calibre 357 Magnum. La tuerie, le suicide de Richard, «la déchéance dans laquelle il était tombé, le morcellement chez lui de l'être humain» troublent Isabelle. Elle veut combler un trou, une «non-réponse». Alors elle hasarde, après avoir lu les journaux : «Il n'a pas connu de père, il n'avait pas d'autre autorité à tuer que cette autorité-là.»

Sang-froid. Comment ne pas songer à l'ouvrage du professeur Pierre Legendre, le Crime du caporal Lortie sous-titré Traité sur le père ? (1) Le 8 mai 1984, Denis Lortie, caporal dans l'armée canadienne, fait irruption dans l'Assemblée nationale du Québec avec l'intention de tuer le gouvernement. Il sème la mort sur son parcours, mais, lorsqu'il arrive dans l'hémicycle, les députés ne sont pas là : ce jour-là, ils ne siègent pas. Alors, Lortie va s'asseoir dans le fauteuil du président avant d'être maîtrisé. On comptera trois morts et huit blessés.

La mère de Durn a raconté comment son fils la questionnait sur son père, un homme de passage, dont le fils n'a jamais vu la moindre photo, et dont elle ne lui dira jamais rien, pas même le nom. Lortie a eu un père mais depuis l'âge de 10 ans il n'avait pas réapparu. «Le gouvernement du Québec avait le visage de mon père», dira-t-il, après son carnage. Avant de passer à l'acte, Durn écrit des lettres, Lortie enregistre des cassettes : Legendre parle de «testament». Durn pense se tuer après avoir tué ; Lortie : «Avant qu'ils me tuent, je vais en avoir tué un peu...» Mais «comment le meurtrier est-il sorti des limites du discours pour tomber dans l'agir ?», se demande Legendre.

C'est en voyant le Premier ministre René Lévesque à la télévision, quatre jours avant le drame, que Lortie a su ce qu'il devait faire : tuer les plus hauts représentants de l'autorité de l'Etat. Durn dira aux policiers avoir voulu tuer la «mini-élite locale», à commencer par sa plus haute autorité, le maire de Nanterre, Jacqueline Fraysse, «la seule personne que j'ai visée intentionnellement». Et qu'il a ratée. Un père-maire ? «L'ultime visée de la sanglante rencontre avec la toute-puissance, c'est de rencontrer une parole fondée enfin. Telle est la contradiction du sujet : la demande de la vie ­ la demande du père à tout prix ­ à travers un acte fou, finalement destructeur de la vie», écrit Legendre.

Ce n'est pas un homme exalté, tête brûlée ou border line, que Jean-Paul Delahaye croise à Pristina (la capitale du Kosovo) en février 1999, mais un individu plein de sang-froid. Alors qu'ils allaient livrer des médicaments dans un hôpital, Durn et deux autres membres d'une ONG du sud de la France ont été arrêtés par les forces armées serbes, tabassés et jetés en prison. L'intervention de l'ambassade de France a permis de les faire libérer le lendemain. «Des trois, Durn était celui qui laissait le moins paraître d'agressivité vis-à-vis des Serbes», se souvient Delahaye, qui anime l'association Reconstruire ensemble la paix Normandie-Balkans. «Les autres ont eu besoin de décompresser, lui est allé dormir, à aucun moment il ne s'est mis en avant, ou a joué les fanfarons.» Quelques mois plus tard, quand Durn lui fait des offres de service, Delahaye, qui l'a trouvé «très bien», accepte : «On le sentait préparé à ce type de mission.» D'ailleurs, sur le terrain, au Kosovo, il s'est montré «très efficace».

Dans la journée, Durn jouait «parfaitement» son rôle d'interprète (parlant l'anglais, le serbo-croate et un peu l'albanais), «on n'a pas décelé la moindre faille». Delahaye se dit très attentif à n'envoyer sur ces missions sensibles que des personnes solides. «On ne savait pas qu'il avait des armes et jamais on n'a senti chez lui une attirance pour les armes. Bien sûr, on sentait bien qu'il pouvait être dépressif, mais sans plus, comme vous et moi.» Dans ces missions humanitaires, les soirées sont souvent des moments agréables de convivialité qui prêtent au rire et à la confidence. Durn restait à l'écart, silencieux. «Il était avec nous mais sans être là. A chaque fois qu'on cherchait à parler avec lui, on se heurtait à un mur. Il était le premier à aller se coucher, à nous dire de ne pas traîner.»

«J'ai raté la mission». La dernière mission à laquelle a participé Durn remonte à novembre 2001. «On devait convoyer des bus, pour le ramassage scolaire, depuis Caen jusqu'à Pec [Kosovo], raconte Delahaye, j'ai demandé à Durn de conduire le minibus qui ramènerait les chauffeurs de car de là-bas. A la sortie du péage de Mantes-la-Jolie, il a heurté les rails de sécurité. Il a été choqué, il se tapait la tête contre le minibus : "J'ai raté la mission, j'ai failli nous tuer." C'est une réaction normale pour quelqu'un qui vient d'avoir un accident. On a pris un autre minibus et on a rejoint le convoi. Durn n'est pas rentré avec nous. Il avait des amis à Pec. Comme il était au chômage en France, c'était pour lui une occasion de trouver du travail sur place dans une ONG. Mais il est revenu quatre ou cinq jours plus tard. "Je ne m'en sentais pas la capacité", m'a-t-il dit au téléphone. On s'est encore parlé, dix jours avant le massacre. Je lui ai demandé comment il allait et, comme d'habitude quand on parlait de lui, il a vite raccroché.»

Alors ? Alors, Laurent El Ghozi, l'un des adjoints (PS) de la mairie de Nanterre, l'un de ceux qui ont tenté de ceinturer Durn et qui a été blessé par balles, s'insurge en tant qu'adjoint, citoyen et médecin : «Je ne crois pas que la personnalité de Durn ait un quelconque intérêt et il ne sert à rien de se pencher sur elle. Dans cette recherche d'explication, on est dans le refus de la maladie mentale et de la mort. Richard Durn est un grand paranoïaque, étiqueté comme tel, son dossier médical l'atteste. Au bout de son cheminement psychique, de son enfermement, on bute sur cet acte abominable. On est dans le processus terminal d'un grand malade mental. La sagesse c'est d'accepter qu'il n'y a rien à comprendre. Dans un moment de folie, Althusser a tué sa femme. C'est un acte de démence, point barre. Ce que je savais de lui n'explique en rien sa démence.»

«L'imparlable du meurtre». Dans L'avenir dure longtemps (3), un texte rédigé en 1985, le philosophe et professeur à l'Ecole normale supérieure Louis Althusser revient sur le meurtre de sa femme Hélène en novembre 1980. Il parle de l'enfermement dans lequel lui et son épouse étaient plongés, il parle de «l'imparlable du meurtre» pour citer encore Legendre. Ce texte une fois écrit, il le fait lire à un «vieil ami médecin» et lui pose la question : «Que s'est-il passé ?» L'ami répond par écrit. Et s'en prend à tous ceux qui expliqueront : il l'a tuée parce que... «Ce qui est très gênant dans ce type de raisonnement (très répandu parce que très rassurant ­ on y tient en effet une "cause" indubitable), c'est le "parce que" qui y introduit une nécessité sans appel, sans tenir compte de l'accumulation des éléments aléatoires objectifs. Or nous avons tous, tous, des fantasmes inconscients agressifs, voire d'homicide, et de meurtre. Si tous ceux qui nourrissent en eux ces fantasmes devaient passer aux actes, nous devrions tous devenir nécessairement des meurtriers. Or l'immense majorité des gens peuvent parfaitement vivre avec leurs fantasmes, même homicides, sans jamais passer aux actes pour les réaliser.»

Blessé par Durn, El Ghozi ne dit pas autre chose. «Il faut accepter le côté radicalement incompréhensible de la folie. Le reste est dérisoire, c'est un leurre que l'explication, à la limite de l'escroquerie.»

El Ghozi se souvient avoir croisé Durn dans les allées du PS, dans «le micro-collectif» des droits de l'homme. «En tant que médecin, je pensais déjà que c'était un grand psychotique. L'une des caractéristiques des grands paranoïaques, c'est que le monde est malade sauf eux. Comment les soigner ? Comment imposer des traitements sans contrainte ? Comment faire avec les grands psychotiques ? Quels moyens la société se donne pour les aider et s'en protéger ? Ce sont des questions importantes qui sont accessoirement soulevées par ce qui s'est passé. Mais la personnalité de Durn, excusez-moi...»

Alors ? Il y a six ans, Richard Durn était venu au théâtre des Amandiers de Nanterre voir Roberto Zucco, une pièce de Bernard-Marie Koltès, inspirée par le destin du criminel Succo qui finira par se suicider dans sa cellule. Il est probable que la destinée d'un Durn accouchera, tôt ou tard, d'un Zurn imaginaire. Creusant plus avant l'énigme que recèle en lui tout criminel peu ordinaire, par-delà la folie de ses gestes. Durn avait entendu ces vrais mots de Succo que Koltès glisse dans la voix de Zucco : «De toute façon, un an, cent ans, c'est pareil ; tôt ou tard, on doit tous mourir, tous. Et ça fait chanter les oiseaux, ça fait rire les oiseaux.».
(1) Pierre Legendre, le Crime du caporal Lortie, traité sur le père, Flammarion, coll. Champs, 2000.
(2) John Millington Synge, Théâtre complet, traduction Françoise Morvan, Actes Sud, coll. Babel, 1996.
(3) Louis Althusser, L'Avenir dure longtemps, Stock, 1992.
Par Jean-Pierre THIBAUDAT, Libération, Le mardi 16 avril 2002, p. 22-23.

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PROCÈS DILS Le meurtrier en série a nié toute participation au crime de Montigny-lès-Metz

Francis Heaulme : «Pour les gamins de Montigny, ce n'est pas moi. Les meurtres que j'avais faits, je les ai reconnus !»
Le récit mosaïque de Heaulme, routinier des assises

Franchement, on n'a guère envie que sa grande carcasse se mette à s'agiter. Même s'il paraît quinze ans de plus que ses 43 ans, diminué comme un vieil homme, abruti de Valium. Son « pedigree » criminel – six condamnations pour meurtres – suffit pour l'imaginer violent. Et quand Francis Heaulme lâche, benoîtement : « Moi, mon style, c'est l'Opinel. J'étrangle les mains nues », cela glace un peu les sangs.

Pour le reste, son audition, hier, devant la cour d'assises du Rhône, n'a, comme prévu, rien apporté de déterminant. Francis Heaulme, catapulté témoin numéro un et même principal suspect du dossier Dils, campe sur sa position : « Pour les gamins de Montigny, ce n'est pas moi. Les meurtres que j'avais faits, je les ai reconnus ! »

Juste avant son arrivée à la barre, un lapsus de la présidente détend un prétoire électrique. Se référant à l'accusé, Yvette Vilvert parle de « Patrick Heaulme » et s'excuse de cette maladresse : « Comme tout le monde ici, je suis obnubilée par le prochain témoin ! » Lorsqu'enfin il pénètre dans la salle, le silence est épais pour scruter sa tête d'épingle posée sur un long corps mou, perdu dans un pull jacquard. Du dimanche 28 septembre 1986, il dit se souvenir parfaitement. En début d'après-midi, sur son vélo, il est passé près du talus de Montigny-lès-Metz, a croisé « une dizaine d'enfants qui lançaient des cailloux sur la route », a posé son vélo pour regarder d'où venaient les projectiles, puis a passé son chemin. Après ? Rien d'essentiel : quelques bières, une partie de pétanque, un arrêt chez sa grand-mère, à Vaux. Et encore ? Un « trou noir » à la suite duquel il se réveille, saignant du nez et « sonné », et rencontre deux pêcheurs qui, à bord de leur 4L, le raccompagnent chez lui.

La présidente, feignant l'étonnement : « Etes-vous bien sûr ? N'avez-vous pas dit que, près du talus, vous aviez vu un homme qui vous avait impressionné ? » Un « petit homme trapu », selon ses récentes déclarations aux gendarmes, qui lui aurait avoué avoir « fait une connerie ».

Francis Heaulme : « Le capitaine Hans et les autres, ils ont commencé à me harceler et à m'intimider. Ils m'ont dit : « T'as pas les couilles de dire la vérité ! »
– Ils ne parlent pas bien, ces gens-là !
– Ils m'ont manqué de respect. J'ai raconté n'importe quoi. Mais l'homme qui descendait du talus, c'est faux ! Que je sois monté sur le talus, c'est faux ! Que j'aie découvert les corps des enfants, c'est faux ! »

Francis Heaulme a cette intelligence instinctive des êtres primaires : tout au long de ces deux heures, il ne tombera dans un aucun panneau. Et se permettra même de lâcher, tout de go : « Je change chaque fois de version ! » Présidente, ministère public, avocats des deux bords peuvent bien essayer, chacun à leur manière, de l'amadouer, évitant, comme le leur avaient conseillé les gendarmes spécialistes du cas Heaulme, de le brusquer : leurs tentatives sont autant de coups d'épée dans l'eau.

Un exemple avec cette question de la présidente : «Pourtant, vous avez vous-même parlé de ce crime ?
– Oui, c'était quand j'ai vu M. Jean-François Abgrall à Brest, en 1992. Il m'a dit : « T'as pas entendu parler d'un meurtre d'enfants dans la Lorraine ? » – Et vous étiez au courant ?
– Ben... oui, par les journaux. »

Puis il ajoute, énervé : « Tout le monde me connaît. Je suis un tueur en série. Chaque fois qu'il y a un meurtre, c'est Heaulme ! On me les met sur le dos. Si ça continue, je vais mettre fin à mes jours ! » Ou encore : « On se sert de moi comme bouclier émissaire... »

Certes, il connaissait bien le secteur de Montigny-lès-Metz. Dans les années 80, il le sillonnait pour aller à la piscine ou au 1900, un « cabaret pour célibataires ». Il le parcourait à vélo, arborant son maillot rouge et blanc du cyclo-club de Metz.

Nouvelle tentative de Me Bertrand Becker, qui s'est penché vers le témoin : « Bonjour, je suis là pour défendre Patrick Dils. Vous avez quelque chose à lui dire ?
– Comme à Reims (lors du procès de juin 2001), M. Dils, expliquez-vous, et je vous souhaite bonne chance.

J'ai déjà dit qu'il était innocent.
– Pourquoi le croyez-vous innocent ?
– Je vois pas un jeune de seize ans faire cela... »

Au bout de l'interrogatoire, reste l'impression que Francis Heaulme, habitué des assises, s'est, pour Lyon, fabriqué un récit mosaïque, le moins gênant pour lui. Mais qu'il est sans doute vain de vouloir trop extrapoler les versions successives d'un homme assailli de questions depuis dix ans.
lefigaro.fr, Lyon : de notre envoyée spéciale Marie-Amélie Lombard [18 avril 2002]

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Disparues de l'Yonne Bertrand Daillie irrite les familles des victimes

LA CANDIDATURE du procureur de Morlaix, Bertrand Daillie, au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), chargé de prononcer les sanctions disciplinaires contre les juges, a ulcéré les familles des victimes d'Emile Louis, 68 ans, le tueur de l'Yonne. Bertrand Daillie a voulu devenir un de ces pairs de justice qui jugent les juges. Dans un courrier en date du 3 mai adressé à tous les procureurs, il s'est indigné de la « dérive vers une responsabilité personnelle automatique des magistrats en cas de mauvais fonctionnement de la justice ». Un peu plus haut, dans cette même lettre, il apportait un soutien sans faille à son ancien chef de parquet à Auxerre, Jacques Cazals, réputé selon lui « intègre, droit et rigoureux ». Comme Bertrand Daillie, Jacques Cazals a fait partie de ces quatre magistrats qui ont comparu devant le CSM au mois de mars pour leur gestion controversée de l'affaire des disparues de l'Yonne lorsqu'ils étaient en poste à Auxerre. Jacques Cazals occupait depuis un poste prestigieux : substitut général à la cour d'appel de Paris. L'ancienne garde des Sceaux, Marylise Lebranchu, a décidé de sa mutation d'office après avis du CSM. Bertrand Daillie a lui été « blanchi » car, dit-il, « si l'affaire existe encore, c'est grâce à moi ». En mai 1993, ce magistrat a en effet rédigé une lettre demandant aux services sociaux du département de l'Yonne des renseignements sur certaines des disparues. Un document qui a permis d'interrompre la prescription des meurtres reprochés à Emile Louis qui dataient de plus de dix ans à ce moment-là.

Le « corporatisme » des magistrats
Didier Seban, l'avocat des victimes d'Emile Louis, trouve déplacé « le corporatisme » des magistrats qui « refusent toute responsabilité » et rappelle que « le travail des juges doit se faire sous le contrôle d'autres juges, sinon tous les abus sont permis ». Et de regretter l'absence « d'humanisme pour les familles ».
Le soutien du procureur Daillie à son ancien supérieur, Jacques Cazals, qui a refusé entre 1996 et 1997 de faire instruire l'affaire, est jugé pour le moins « maladroit » par les proches des victimes. Mais Bertrand Daillie est d'abord un homme loyal à sa hiérarchie : « Quand j'ai envoyé cette demande de renseignements en 1993, j'en ai informé Jacques Cazals et il ne s'y est jamais opposé. C'est un mauvais procès », critique-t-il, en ajoutant : « L'erreur d'appréciation qui m'était reprochée n'est pas une faute professionnelle. » « On a sanctionné M. Cazals parce qu'il a refusé d'instruire, mais c'est son droit strict de procureur. Il y a eu des recours et la chambre d'accusation a finalement ordonné d'instruire. Mais la décision initiale ne portait pas atteinte aux parties civiles », s'indigne M. Daillie qui avoue ne « pas comprendre cette polémique ».
Sa candidature au CSM a en effet été interprétée par les victimes d'Emile Louis « comme une tentative d'étouffement de l'affaire » si, à nouveau, des magistrats d'Auxerre devaient rendre des comptes devant leurs pairs.
Bertrand Daillie n'a pas été élu au CSM. Il lui a manqué quatre voix.
Jean-Marc Ducos, Le Parisien , vendredi 17 mai 2002, p. 14

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297 victimes imputées au docteur Shipman

LE DOCTEUR SHIPMAN, qui exerçait dans la banlieue de Manchester lorsqu'il a été arrêté il y a quatre ans, est bien le plus grand tueur en série que l'Angleterre ait jamais connu. La commission d'enquête ouverte après sa condamnation à quinze peines de prison à perpétuité pour les meurtres de ses patientes vient de terminer ses travaux. Elle a fixé à 297 le nombre de décès suspects parmi sa clientèle. L'avocat des familles a déclaré : « Il s'était arrogé le droit de vie et de mort sur ses patientes. Il jouait avec elles et décidait qu'elles avaient assez vécu. C'était un nécrophile qui tuait pour le plaisir. » Cette commission avait été constituée après que la police eut estimé qu'elle n'avait pas de preuves suffisantes pour traduire de nouveau en justice le médecin.
Dès le début de sa carrière, en 1974, lorsqu'il avait commencé à exercer à l'âge de 29 ans, le docteur Shipman avait signé 22 certificats de décès et déjà 14 enquêtes avaient été ouvertes par le coroner, le juge qui intervient en droit anglo-saxon dès qu'une mort n'est pas naturelle. En une seule journée, le 25 janvier 1975, Shipman avait fait passer de vie à trépas trois de ses patientes. Mais la police n'avait pas de preuves qui auraient pu convaincre un jury de sa culpabilité. C'est pour répondre aux inquiétudes des familles et tenter d'expliquer comment les organismes de surveillance du monde médical avaient laissé ce médecin agir impunément jusqu'à l'âge de 53 ans, que cette commission d'enquête avait été ordonnée. Après avoir examiné 800 morts suspectes, elle est « descendue » à 500, puis s'est finalement arrêtée à ce chiffre de 297 décès. Ces morts sont classées en trois catégories : « très suspectes », « suspectes », ou « manque de preuves suffisantes ».
Agé aujourd'hui de 56 ans et père de quatre enfants, Shipman a toujours nié les meurtres. Son épouse, qui croit à son innocence, a déménagé pour venir vivre près de la prison du comté de Durham où il restera jusqu'à la fin de ses jours.
Jean Robin, Le Parisien, mardi 09 juillet 2002, p. 15.

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«Le permis, ils l'ont payé, c'est un dû»
Arrogance ou crainte, le style de conduite visible dès l'auto-école.

Ils sont au volant. Mais ils n'ont pas de permis. Abdel, moniteur en Seine-Saint-Denis, le sait. Il conduit son «véhicule-école», une Peugeot 206, en banlieue parisienne. Il est à un feu rouge. A ses côtés, se range un jeune homme qui le nargue, lui envoie un «smack» et redémarre, hilare. Plus loin, un autre conducteur entame une poussette sur la voiture d'Abdel. Puis met les gaz. Ces deux-là n'ont pas eu la fameuse feuille maintenant jaune. Abdel montre du doigt un autre véhicule. La BMW marron, aile droite avant enfoncée, passe d'un parking à un autre. «Il n'a pas son permis, la voiture n'est pas assurée», souffle Abdel. Le moniteur d'auto-école se gare. En face de sa boutique, est tracé un «Baiz les flics» écrit en noir. Devant se tient un grand gaillard intarissable. Après cinq ans de permis, il a écopé d'un retrait pour excès de vitesse : «Mais c'était quelqu'un d'autre qui conduisait», dit-il. Il brandit la dernière version du code à bout de bras et lance : «Je vais l'analyser à fond.» Sur le parking, sa voiture, une splendide décapotable.

Abdel connaît presque tous les jeunes de son quartier. Ce matin, il a emmené Issa, élève de terminale, sur un parking de Rosny-sous-Bois. Issa repasse son permis demain. La dernière fois, il l'a manqué pour absence de contrôle de rétroviseur. De sa prestation à l'examen, Issa dit : «J'ai pas fait de cinéma.» Le cinéma? Regarder dans le rétro. Pendant la leçon, le moniteur lui répète qu'il a tout «oublié». L'angle mort, le clignotant, les contrôles. Et puis, plus loin : «On est en ville, t'es déjà à 70 et t'es ajourné là, mon pote. Quand tu dois t'insérer dans le trafic, 50 c'est 50. T'as bombardé jusqu'à 70.»

«La vitesse, c'est naturel.»
Bombarder : appuyer. La vitesse a toujours la cote, on évalue peu ses dangers. Issa parle avec admiration d'un type, à la voiture puissante, qui «tue» une grande ligne droite. Celui qui va doucement est un bouffon. Issa, sur le parking : «la vitesse, c'est naturel, j'ai envie d'aller droit». Et puis il y a aussi cette décontraction affichée en style. On conduit, le siège allongé, la tête posée sur la vitre de la portière, l'air cool.

Souvent, les moniteurs assurent plus que le simple apprentissage de la conduite : un peu de rappel des règles de la vie quotidienne, et puis des coups de main, un conseil, une adresse pour un boulot, une aide pour le CV. Abdel freine à la place d'Issa pour laisser traverser, sur le passage piéton, une dame et sa poussette : «Ça coûte rien et en plus, tu lui dis bonjour.» Il demande ensuite de remercier un automobiliste qui a cédé le passage. Il dit enfin : «Quand t'auras ton permis, tu vas fêter ça le soir même, champagne, un petit bedo [un joint, ndlr], après, tu prends la caisse. Et tu cartonnes !» Issa rétorque : «non, non, tranquille...»

Manque de maturité.
A l'intérieur des voitures d'auto-école, ce sont toujours les mêmes mots qui résonnent. «Rétros, sécurité, moins vite, plus dynamique, anticipe, décompose». Seuls changent les élèves. Samuel fait partie des candidats sérieux. Il vient de rater son permis. Changement de file sans contrôle, «hésitant» sur l'autoroute. Il le dit à Chantal, la monitrice, 20 ans de métier dans Paris : «J'ai peut-être fait des erreurs, mais je n'ai pas très bien compris pourquoi. En plus, le moniteur m'a dit en sortant : "ça aurait dû être bon."» Pour eux, la faute c'est celle de l'inspecteur, souvent. «Ils ont payé, ils veulent l'avoir, c'est un dû», confirme Abdel. Samuel cale et recale. Marque trop l'arrêt à une priorité à droite : «T'en fais trop. Là tu fayotes», lui dit Chantal. Elle réfrène «les petits Fangio qui râlent après les autres conducteurs et veulent leur passer devant». Elle repère leur dangerosité à ces «petits mots».

Marie est laborieuse.
A priori, pas dangereuse. C'est sa septième leçon. Elle attend Patrick, moniteur à Bobigny. Marie avait conduit déjà quelques heures sur un parking. Patrick trouve que pour elle, «mécaniquement, c'est correct». Pour la pratique : elle freine dur, manque de «rythme». Marie ne regarde pas assez dans le rétro. Marie est stressée. Elle dit : «Je ne sais pas ce qui m'arrive, là.» Et puis aussi : «J'ai peur.» Et encore : «C'est dur. J'y arrive pas.» Patrick la rassure : «Reprends-toi ! Allez on respire.» Il répète. Marie entre dans cette nouvelle catégorie recensée par les moniteurs de cette auto-école : de plus en plus assistés, manque de maturité, besoin d'être rassurés, n'osent pas se lancer. «Je le fais toute seule là ?», demande Marie. «C'est bon, t'es sûr que c'est bon ?», interroge-t-elle. Elle coupe le contact. Dit : «Je suis nulle.» Patrick rassure, encore : «C'est pas maintenant que tu vas baisser les bras». Il lui dit qu'elle est douée. C'est pour ça qu'avec elle, il est plus «exigeant». Entre ceux qui savent et ceux qui craignent d'avoir tout à apprendre, les moniteurs doivent être familiers du grand écart.

Chantal tient une auto-école à Lure (Haute-Saône) avec son époux. Elle est découragée. Devant sa boutique, le stop est rarement respecté. Pour que ses élèves suivent la règle, il faut vraiment aller jusqu'au bout. «Mon mari en a laissé un finir dans un champ, dit-elle. Il allait trop vite. C'était le seul moyen pour qu'il comprenne.» Chantal s'est rendue plusieurs fois à l'enterrement de ses élèves. Chantal dit comme Khaled, moniteur à Aulnay-sous-bois, et comme la plupart des moniteurs : «La règle, ils l'oublient dès qu'ils ont le permis». A tel point que les moniteurs ont leurs trucs pour «piéger» les jeunes, les mettre le nez dans leur erreur. Comme exemple, Khaled raconte à ses élèves l'histoire de ce jeune homme de Saint-Ouen, sur une chaise roulante. «Je leur dis qu'il flambait, avec les filles, les bagnoles, la vitesse. Je ne sais pas si ça marche, mais ils y pensent».

Tenter sa «chance».
Jeudi dernier. Aulnay-sous-Bois. Trois jeunes filles sont en route pour passer leur code. Au dernier cours, elles ont fait chacune plus de dix fautes. Aujourd'hui elles vont tenter leur «chance». Une des trois l'aura. Avant l'examen, elle confie : «Le code, après, on n'y pense plus. On roule.» Ils roulent. Les moniteurs ne savent pas trop quoi faire. Certains voudraient «plus de répression». D'autres disent qu'il faut «faire payer, des amendes plus chères». Abdel, lui, est partisan d'un «suivi», après le permis. Dans son auto-école, il y a les photos des reçus à l'examen. Abdel détaille ceux qu'il considère comme «dangereux». Une dizaine. Pour ceux-là, il dit : «On oublie.».
Par Didier ARNAUD, Libération, 17 septembre 2002, p. 3

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(avril 2003) Des policiers complices de Patrice Alègre ?

Onze ans après les faits, une ex-prostituée met en cause deux fonctionnaires de police de Toulouse qui auraient couvert les agissements du tueur en série. Son avovat nie ces accusations.

Y a-t-il eu entente et pacte de complaisance entre le tueur en série Patrice Allègre et certains policiers de Toulouse ? Ces suppositions explosives sont relayées mardi matin par Le Figaro et la Dépêche du Midi.

Le témoignage d'une ex-prostituée pourrait en effet relancer l'enquête. Deux policiers toulousains auraient été mis en cause par cette femme, entendue récemment dans le cadre du dossier du meurtre, en janvier 1992 à Toulouse, de Line Galbardi, une prostituée de 28 ans.

Selon les journaux, l'ancienne prostituée évoque un système de racket des trottoirs au début des années 90 et met "nommément en cause" un policier toulousain, toujours en activité, qui aurait eu connaissance du meurtre. Elle affirme que Patrice Alègre était protégé par des policiers qui auraient fermé les yeux sur ses agissements mais aussi sur le meurtre de Line Galbardi et d'une autre de ses collègues", explique La Dépêche.

L'ex-prostituée aurait été témoin de l'assassinat de Line Galbardi, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1992 dans une chambre d'hôtel de Toulouse. Outre Alègre, qui a toujours nié sa responsabilité, plusieurs personnes auraient été présentes. Selon la déposition de son amie, Line Galbardi serait morte "parce qu'elle avait été témoin, une semaine auparavant, du meurtre d'une autre prostituée, identifiée mais dont le corps n'a jamais été retrouvé", précise La Dépêche.

Les suggestions d'un policier

Témoignant onze ans après les faits, cette femme indiquerait avoir, dès le lendemain, relaté l'assassinat au policier, qui lui aurait "suggéré de faire une déposition (...) mais d'en dire le minimum à ses collègues du service saisi du meurtre", rapporte le Figaro. Interrogé par les journaux, Me Georges Catala, partie civile pour la famille Galbardi, juge l'affaire "gravissime". "Soit cette femme ment et il faut vite restituer l'honneur de ces fonctionnaires, soit elle dit vrai et il faut en tirer les conclusions qui s'imposent" déclare-t-il au Figaro.

Face à ces révélations, l'un des avocats de Patrice Alègre, Me Pierre Alfort, estime que l'ex-prostituée a menti et rappelle que son client a toujours nié être "concerné par le milieu de la prostitution à Toulouse". Par ailleurs, ni la gendarmerie, ni le commissariat de Toulouse, sollicités par l'Agence France Presse, n'ont pour l'instant fait de déclaration à la suite de la publication de ces informations.

Patrice Alègre a été condamné en février 2002 à perpétuité avec 22 ans de sûreté pour six viols et cinq meurtres de femmes, commis entre 1989 et 1997, des faits qu'il a reconnus. Il est également mis en examen pour quatre autres meurtres qu'il nie, entre 1987 et 1995.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 01 avril 2003

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(04 avril 2003) Le témoignage qui accable Patrice Alègre
Patrice Alégre, le tueur en série de Toulouse, agissaient également dans le milieu de la prostitution où il officiait comme redresseur. Selon trois prostituées, il aurait également bénéficié de complaisance de policiers Toulousains.

Patrice Alègre, 34 ans, tueur en série, déjà condamné à perpétuité pour cinq meurtres et un viol, n'était sans doute pas seulement un tueur solitaire. C'était d'abord un homme de main du milieu du proxénétisme à Toulouse. Alègre a été mis en examen le 20 février 2003, pour l'assassinat le 3 janvier 1992 de Line Galbardi. Une jeune femme de 25 ans qui se prostituait dans le quartier de la gare Matabiau à Toulouse.
Le témoignage de trois prostituées Florence V..., Christelle B... et Nadia K..., entendues les 8 et 11 février 2003 et retrouvées par les gendarmes de la cellule Homicides 31 chargée d'élucider les meurtres inexpliqués dans la région relance le doute autour du tueur de la ville rose. Pire, des protections policières lui auraient permis d'échapper aux enquêtes au début de sa carrière criminelle dans les années quatre-vingt dix.

«L'enquête de l'époque a été indigne»

«La clé de l'énigme Alègre est dans le meurtre de Line Galbardi» résume Georges Catala, l'avocat de la famille. Le 3 janvier 1992, la jeune femme est retrouvée étranglée et étouffée après avoir été sauvagement battue dans la salle de bains de la chambre 24 de l'hôtel de l'Europe. Patrice Alègre, qui travaillait pour le proxénète Lakdhar Mesaoudène était «le punisseur» des prostituées du quartier.

L'enquête a permis d'éliminer la thèse du tueur «solitaire» car selon les témoignages des prostituées, Alègre était accompagné ce soir là de Lakdhar et du gardien de nuit de l'hôtel, un retraité, Gilbert Cartayrade, 71 ans, qui aurait aidé à déplacer le corps de la chambre et fermer l'hôtel à la demande des deux hommes. L'ex-gardien a été mis en examen pour complicité d'assassinat par le juge Serge Lemoine, et écroué à l'isolement à la prison de Seysses.

«L'enquête de l'époque a été indigne,» affirme Me Catala. Il en veut pour preuve que le registre de l'hôtel n'a pas été saisi. Sur 34 chambres, la moitié était occupée et seuls deux clients ont été interrogés par les hommes de la Sûreté urbaine de Toulouse qui ont négligé d'interroger avec précision le gardien. «Aucune enquête non plus dans le milieu clos de la prostitution locale pour savoir qui était en relation avec qui» remarque Georges Catala. Selon les déclarations de Christelle B, la prostituée aurait vu Patrice Alègre et Lakdhar, jamais réellement inquiété et expulsé en Algérie, remettre des «enveloppes d'argent contenant 900 F» à un policier de la Sûreté.

Mais selon l'enquête des gendarmes, si Line Galbardi a été tuée, c'est pour avoir raconté à un policier de la brigade des moeurs comment les deux hommes auraient massacré une autre jeune femme. Le soir même, Line Galbardi était tuée par Alègre et son complice sous les yeux de deux autres prostituées. Le 4 janvier, terrorisée, Christelle disparaît du milieu de la nuit à Toulouse. «Là non plus, aucune recherche à l'époque pour savoir ce qu'était devenue cette jeune femme» constate l'avocat qui refuse de stigmatiser la police en poste à l'époque mais «veut éclairicir les zones d'ombre».

Un ancien commissaire Gérard A... à la retraite et deux officiers sont dans la ligne de mire. Hier, le ministère de l'Intérieur se refusait à tout commentaires et a indiqué que l'Inspection générale de la police nationale n'était saisie d'aucune enquête. «On est en droit de s'interroger sur ces déclarations tardives mais il faut lever les doutes» explique Jean-Jacques Brossard, le représentant du Syndicat des officiers de police.
Jean-Marc DUCOS, Le Parisien, vendredi 04 avril 2003, p. 14

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(Mai 2003) Le magistrat dément les accusations d'Alègre

MARC BOURRAGUÉ, 47 ans, procureur adjoint du tribunal de Montauban (Tarn-et-Garonne), est au coeur du scandale entourant le tueur en série toulousain Patrice Alègre.
Ce dernier a lâché son nom dans le bureau du juge Serge Lemoine, lors d'une audition, lundi (12 mai 2003), conduite dans le cadre de l'instruction sur le meurtre, en janvier 1992, de la prostituée Line Galbardi. Alègre a raconté avoir « pris l'apéritif » avec ce magistrat, qui dirigea le parquet financier à Toulouse jusqu'en septembre 2002.

« Une liaison affective » avec une prostituée

Selon nos informations, les gendarmes auraient aussi découvert que ce magistrat avait eu « une liaison affective de presque un an » avec Fanny *, 27 ans, l'un des témoins clés du dossier. Cette ancienne prostituée accuse aujourd'hui Patrice Alègre d'avoir étranglé Line Galbardi, mais aussi d'avoir remis des enveloppes d'argent à certains policiers. « Il la fréquentait assidûment. Il n'était pas un client pour elle mais un ami très proche », insiste Patricia *, autre prostituée, principal témoin à charge dans cette affaire. D'après ces témoins, Fanny surnommait son amant « Marcus ». Elle avait 17 ans à l'époque. Fait très troublant, la même jeune femme avait été, au début des années quatre-vingt-dix, pendant six mois, la maîtresse attitrée de Patrice Alègre. Elles seront toutes deux convoquées le 22 mai chez les juges Thierry Perriquet et Nicole Bergougnan, chargés de l'instruction sur les faits de « proxénétisme en bande organisée » et de « viols ».

Le tueur en série aurait été invité à plusieurs reprises par Marc Bourragué dans sa maison du Lot. Les gendarmes décortiquent actuellement le train de vie du magistrat. « Tout cela est grotesque. Je n'ai jamais fréquenté Patrice Alègre, ni de près ni de loin. Je ne le connais pas personnellement », a déclaré hier Marc Bourragué à « l'Est républicain ». Le procureur, qui a annoncé son intention de porter plainte pour diffamation, a toutefois admis avoir partagé un verre avec Patrice Alègre, tout en précisant que, à cette époque, le tueur « n'était pas connu des services de police » et qu'il ne l'a « jamais sollicité pour quoi que ce soit ». « Il s'agissait d'une rencontre fortuite d'un quart d'heure et sans lendemain », martèle Laurent de Caunes, son avocat, qui estime « farfelues » toutes ces accusations. « Il n'a jamais été présent sur les lieux du crime », insiste-t-il. « De l'apéritif aux parties fines mettant en scènes des mineurs, il y un abîme que M. Bourragué n'a bien sûr jamais franchi. » Quant à Fanny, elle lui est « totalement inconnue ». L'avocat rappelle que son client « n'a reçu aucune convocation ni ne fait l'objet d'aucune enquête ».

Des séances sado-maso filmées par le travesti

Patrice Alègre reviendra chez le juge Serge Lemoine dès aujourd'hui. Le « tueur de la Ville rose », déjà condamné pour cinq meurtres et un viol, va cette fois être mis en examen pour le meurtre de Claude Martinez. Le corps de ce travesti de 48 ans a été retrouvé dans un studio de la rue des Escoussières à Toulouse, le 28 février 1992. Il avait été étranglé puis poignardé à la gorge. L'enquête aurait établi que la victime participait à des séances sado-maso organisées par Patrice Alègre pour des notables locaux et qu'il avait l'habitude de filmer ses ébats avec ses clients. Ces cassettes n'ont jamais été retrouvées. C'est la sixième mise en examen de Patrice Alègre, désormais soupçonné d'avoir aussi été « un exécuteur » au service du milieu de la prostitution.

Claude Martinez se prostituait depuis 1976 à Toulouse. Il avait l'habitude de porter un manteau de fourrure, un string, une perruque avec des cheveux blonds décolorés et se postait sur le boulevard d'Arcole. Il était spécialisé dans les pratiques sado-maso. Il était aussi l'un des rares travestis à être accepté par les prostituées femmes. Les gendarmes de la cellule homicides 31 ont établi que Patrice Alègre fréquentait Claude Martinez. De nouveaux indices matériels l'impliquant dans ce dossier ont été retrouvés. A l'époque, l'affaire, traitée par les policiers du groupe criminel de la sûreté urbaine, n'avait pas permis d'identifier de suspect. Le mobile n'était pas crapuleux puisqu'une forte somme d'argent avait été oubliée dans la commode du studio. Seules les vidéo cassettes du travesti avaient disparu. Un constat qui laisse penser que ce meurtre pourrait également être lié aux dessous sordides du milieu de la nuit toulousaine.
* Les prénoms ont été modifiés.
Jean-Marc Ducos, Le Parisien, mercredi 14 mai 2003, p. 15

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« Baudis ? Un nom qui génère autant d'admiration que de haine... »
MARLÈNE, employée d'une brasserie dans le centre de la Ville rose

AU LENDEMAIN du difficile exercice de défense de Dominique Baudis au journal de 20 heures de TF 1, deux sentiments prédominaient hier à Toulouse : la surprise et le doute. « Affaire Alègre, affaire d'Etat », titrait le quotidien « la Dépêche du Midi ».
Le nom de Dominique Baudis, maire de Toulouse de 1983 à 2001, s'invite, sous un jour que les Toulousains étaient loin d'imaginer, dans les conversations reléguant au second plan les dizaines de milliers de fonctionnaires qui manifestaient sous la grisaille pour la défense de leur retraite. Ici, le nom Baudis, s'il n'est pas sacré, fait figure de « monument politique » tant l'ancien maire y a laissé son empreinte.

D'aucuns se souviennent de la facilité qu'il avait à répondre aux questions les plus embarrassantes. Pour tous ceux qui l'ont côtoyé pendant ses trois mandats, son père en avait déjà exercé deux avant lui, voir cet homme si bien rodé aux médias prononcer en direct lors d'un journal télévisé des mots tels que « torture », « viol » ou « meurtre » a fait l'effet d'une bombe. Dénonçant une « effrayante machination », Dominique Baudis est apparu très tendu, le front perlé de grosses gouttes de sueur.
« Quand on est, sans doute injustement, accusé de telles horreurs, ce n'est pas étonnant qu'il ait été si mal à l'aise sur le plateau de TF 1, confie Marlène, employée d'une brasserie proche de la place Arnaud-Bernard. Ce n'est pas dans un dossier financier que son nom apparaît mais dans une affaire de meurtre et de torture... »
« Il n'y a pas de fumée sans feu », lâche alors un client. « Mais la meilleure défense, c'est l'attaque, le reprend Marlène. S'il n'était pas venu en invité surprise hier soir (NDLR : dimanche soir), le scandale aurait éclaté dans un journal sans qu'il puisse se justifier. Il me semble qu'il est déjà condamné. La meilleure chose à faire, c'est de laisser travailler la justice. »
L'ancien maire a déjà fait l'objet ici de bien des rumeurs des plus farfelues aux plus graves. « Baudis, c'est un nom qui génère autant d'admiration que de haine », résume Marlène. Ancien technicien d'Aérospatiale, Gaston, 79 ans, a participé à la première campagne municipale de l'homme politique. « C'est un homme bien, droit, intègre et dynamique », assure-t-il.
Sur le fond de l'affaire, peu d'anciens administrés de Dominique Baudis se risquent à prendre position mais l'affaire Alègre reste l'objet de bien des soupçons. « Il y a des brebis galeuses partout : des policiers, des magistrats ou des politiques ont pu se laisser corrompre dans cette affaire, explique encore Mina, Toulousaine depuis 1963. Il y a ici beaucoup de monde qui voudrait que l'enquête s'arrête demain. Mais je ne vois pas pourquoi les prostituées mentiraient dans leur déposition. »
« Qu'il ait ou non été un acteur du réseau de l'affaire Alègre, je crois qu'il y aura maintenant un doute à jamais dans l'esprit des gens, insiste Gaston, l'ancien employé d'Aérospatiale. Calomniez, il en restera toujours quelque chose... »
Julien Dumond, Le Parisien, mardi 20 mai 2003, p. 3

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Le criminel toulousain reconnaît les meurtres d'une prostituée et d'un travesti et en désigne les commanditaires
Alègre entre en scène et ravive le scandale. Répétés dans une lettre, ses propos recoupent ceux des deux ex-prostituées sur l'existence d'un réseau.

Patrice Alègre parle. Convoqué à sa demande vendredi dans le bureau du juge Lemoine, le tueur en série toulousain a reconnu, selon ses avocats, être l'auteur des meurtres de la prostituée Line Galbardi et du travesti Claude Martinez pour lesquels il est mis en examen, mais qu'il avait jusqu'à maintenant niés. Mes Pierre Alfort et Laurent Boguet se refusent à tout autre commentaire.

Patrice Alègre écrit aussi aux télévisions. Hier à 12 h 40, Karl Zéro, présentateur du Vrai Journal sur Canal +, a lu à l'antenne la lettre qu'Alègre lui a fait parvenir ­ par des voies restées secrètes ­ depuis sa prison. Le tueur y cite nommément les commanditaires de ces deux meurtres, des noms déjà apparus dans le dossier, et que l'animateur a désignés sous les pseudos de «bidule» ou de «truc». Dans l'après-midi à Paris, Me Szpiner reconnaissait que son client Dominique Baudis était mis en cause par Patrice Alègre (lire ci-contre).

Personnalités.
Dans le cas de Line Galbardi, étranglée dans la nuit du 2 au 3 janvier 1992, il s'agirait d'un policier qui aurait en outre assuré à l'exécuteur que l'affaire serait «classée». Dans le cas du travesti Claude Martinez, poignardé le 25 février 1992, il s'agirait de deux personnalités filmées lors d'une soirée sadomasochiste, et que Martinez aurait menacé de faire chanter. «Après concertation, poursuit la lettre de Patrice Alègre, j'ai été chargé d'aller récupérer les cassettes et de [le] faire taire.» L'exécuteur confirme qu'ont bien eu lieu des soirées sadomasochistes que les ex-prostituées Patricia et Fanny décrivent aux gendarmes enquêteurs de la cellule «homicide 31» depuis le mois de février. «Lors de ces soirées, tout le monde s'envoyait de la cocaïne à qui mieux mieux, précise Alègre. Il arrivait que certaines soirées dérapent. Patricia ainsi que d'autres filles en ont fait les frais.»

Ces accusations recoupent en partie celles des deux ex-prostituées, Fanny et Patricia, qui ont, les premières, dénoncé l'existence d'un réseau de prostitution impliquant policiers, élus et magistrats. Les deux femmes ont d'abord raconté dans quelles conditions épouvantables Patrice Alègre aurait tué la prostituée Line Galbardi dans la chambre 24 de l'hôtel de l'Europe. A l'époque, l'affaire avait été classée sans suite par les policiers de la Sûreté urbaine. Reprise par la gendarmerie, l'enquête a conduit l'an dernier à la mise sous écrou pour «complicité» du portier de l'hôtel. Puis aux aveux d'Alègre, vendredi devant le juge.

«Déflagration».
Ces aveux du tueur placent la justice, la police et sa représentation politique sous la menace d'un «scandale républicain», selon le mot de Me Boguet, un des avocats d'Alègre. Selon Me Catala, avocat de Fanny, ce scandale serait porteur d'une terrible «déflagration sociale». Or, dans une note de synthèse à l'attention du ministre de l'Intérieur datée du 21 mai, la Direction générale de la gendarmerie nationale semblait vouloir tempérer le «scandale», en assurant que les témoignages des ex-prostituées «apparaissent pour l'instant d'une crédibilité douteuse».

C'est beaucoup moins vrai depuis l'entrée en scène d'Alègre. Il est désormais difficile aux enquêteurs et aux juges de choisir de croire Patricia quand elle accuse Alègre de meurtre et de ne pas l'écouter lorsqu'elle dénonce le réseau de prostitution auquel il appartenait. Ou quand elle donne le détail des enveloppes glissées aux policiers corrompus de la brigade des moeurs. Ou enfin lorsqu'elle livre l'état civil des autorités ayant participé aux parties sadomasochistes alimentées en filles par Alègre.

Protection.
Le 15 avril, le procureur Michel Bréard a ouvert une information judiciaire pour «viols aggravés et complicité, proxénétisme en bande organisée» visant «Patrice Alègre et tous autres». Les juges Bergougnan et Perriquet ont été chargés de cet aspect de l'affaire, le juge Lemoine instruisant toujours le volet concernant les seuls meurtres jusqu'alors non élucidés et pouvant être imputés au tueur. C'est ce juge-là qu'Alègre a demandé à voir vendredi. Pour avouer deux meurtres.

Alègre pourrait alors avoir établi le lien entre les deux équipes à l'instruction. Selon l'exécuteur de ces meurtres et la prostituée repentie, la mort de Line Galbardi et celle de Claude Martinez aurait eu pour seul motif la protection du réseau des nuits noires de Toulouse.

«Pacte».
Aucun des noms mentionnés par Alègre lors de son audition n'a été rendu public. Les avocats et «les autres intervenants sur ce dossier», expliquent Mes Boguet et Alfort, auraient conclu un «pacte» pour laisser à l'enquête le temps de prospérer sur la base de ces dernières déclarations. Parmi l'épaisse foule des journalistes présents à 17 heures hier au point de presse des avocats, s'étaient glissés deux gendarmes de la cellule «homicide 31». «Il y a encore tellement de choses à vérifier», ont-ils conclu dans le même soupir.
Libération, Par Gilbert LAVAL, lundi 02 juin 2003, p. 2

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Un tueur en série sous un jour inédit
Alègre apparaît désormais en proxénète protégé et instrumentalisé.

Patrice Alègre, «né par accident» ­ selon ses mots ­ le 20 juin 1968, n'apparaît plus seulement comme un psychopathe solitaire qui agit au gré de ses périples et de ses pulsions. Son procès d'assises, en février 2002, limité à cinq assassinats et cinq viols de femmes de son âge entre 1989 et 1997, renvoyait l'image d'un électron libre qui monte des guets-apens à de jolies brunes et qui, entre joints et alcool, les viole, les torture, les étrangle et incendie parfois leur appartement. Sa biographie, enrichie ces jours-ci de faits d'armes dans les milieux de la prostitution toulousaine, métamorphose ce fils de gardien de la paix rigide et de coiffeuse érotomane en proxénète sadique à la fois protégé et instrumentalisé ­ dit-il ­ par des magistrats et des personnalités de la ville. Les révélations de «Fanny» et de «Patricia», deux anciennes filles du trottoir, et puis les aveux inédits de Patrice Alègre à son juge donnent une dimension vertigineuse à ce criminel endurci qui, à en croire les procès-verbaux, aurait mis ses petites putes et ses noires pulsions au service d'hommes de loi.

A 17 ans, l'agression d'une gamine

A la fête Saint-Michel en 1985, à 17 ans, Patrice Alègre a essayé d'étrangler une gamine. En rupture de ban, il n'habite plus chez ses parents à Saint-Geniès-Bellevue, un bourg à 10 kilomètres de Toulouse, depuis l'âge de 13 ans. Agité et désobéissant à l'école, le fils Alègre ne supportait plus les coups de son père CRS sur sa mère, qui multipliait les liaisons, sous ses yeux. Tout petit, Patrice Alègre a vu sa mère tailler des pipes à des hommes dans une voiture et a entendu ses ébats dans la chambre voisine. Alors, il se cachait sa tête sous l'oreiller pour ne plus écouter les cris.

Casse-cou et bagarreur, il sèche l'école, fugue et vole, et se retrouve à Toulouse chez sa grand-mère, qui lui passe tout. Son père aussi, censé incarner la loi, qui efface ses délits à répétition en indemnisant les victimes. Avant de finir par appeler un juge des enfants. Trop tard. A 15 ans, placé au foyer du Vigan, Alègre multiplie fugues, bagarres et agressions. A 17 ans, vols de scooters, cambriolage, et donc l'agression d'un flirt.

Un premier assassinat très élaboré

Les gendarmes de la cellule «homicide 31» qui explorent ses crimes se demandent encore à quel âge ce jeune dealer de shit, voleur de voitures, portier de discothèques, a commencé à tuer. En 1989, à 21 ans ? C'est son premier meurtre officiel. Pourtant, Patrice Alègre a rencontré l'âme soeur, habite avec Cécile C., secrétaire, à Saint-Geniès. Il a voulu devenir père. Elle attend un enfant, Anaïs, pour l'été. Patrice travaille alors chez un marchand de légumes. Pourtant, le 21 février 1989, Valérie Tariote, 21 ans, serveuse du buffet de la gare Matabiau, a été retrouvée les mains liées, bâillonnée, dénudée, la culotte déchirée, un foulard au fond de sa gorge et une casserole de sang sous sa tête. Un assassinat élaboré avec mise en scène qui démontre déjà une maturité dans le crime. Ce meurtre, classé «suicide» par la police urbaine de Toulouse, a été «donné» aux gendarmes un jour de confidences par Patrice Alègre, huit ans plus tard.

De la même manière, le tueur a aiguillé les enquêteurs en 1999 sur un meurtre non élucidé en désignant du doigt l'hôtel de l'Europe : «Là, il s'est passé quelque chose.» C'est ainsi que les gendarmes ont travaillé sur la mort en 1992 de Line Galbardi, déniché ses ex-compagnes de trottoir, et cerné le rôle du tueur dans le quartier chaud aux abords de la gare.

Tueur à gages dans les milieux glauques?

A la fois rabatteur de «paumées» et de «fugueuses» et homme de main d'un proxénète, Patrice Alègre «essayait» les nouvelles recrues, «corrigeait» les récalcitrantes et supprimait même des prostituées et travestis : Line Galbardi pour l'avoir «balancé» à la police, Claude Martinez pour avoir gardé des films compromettants. Et ce, dénonce aujourd'hui Patrice Alègre, pour le compte de personnalités qui puisaient dans son cheptel pour des soirées sadomasos. Le voilà alors tueur à gages dans les milieux glauques. En 2001, les gendarmes retrouvent la signature d'Alègre sur les lieux du crime d'une autre «masseuse érotique», Josette Poiroux alias «Linda», poignardée et brûlée à 42 ans dans son studio à Toulouse la même année 1992, et, plus loin dans le temps, le 4 décembre 1987, dans le meurtre de Josette Legoy, une prostituée spécialisée en sadomaso, étranglée et calcinée dans son studio.

Combien de morts sur sa route?

Patrice Alègre a été mis en examen en mai 2002 pour le meurtre de cette dernière, alors âgée de 60 ans. Alègre n'avait que 19 ans. A-t-il basculé dans le crime en 1987, année du divorce de ses parents ? Ou en 1985, à 17 ans ? Les gendarmes redoutent que Patrice Alègre, consommateur de prostituées filles et garçons dès 17 ans, n'ait débuté sa carrière de tueur à la même époque. Avec «la Puce», tuée en 1985 dans un hôtel de Toulouse, «dans des circonstances analogues à Line Galbardi». Dans ces lieux de prostitution, «avec leurs vices, leurs hommes de main et leur chair fraîche», fréquentés par Alègre, qui, selon Me Catala ­ avocat de la famille Galbardi et de la témoin Fanny ­ a «déjà, à 21 ans, la gueule, la violence et la pulsion sadique», des «connexions ont pu se nouer avec des hommes haut placés qui ont l'argent et aiment le cul de façon spéciale, peut-être même morbide et criminelle».
Libération, Par Patricia TOURANCHEAU, lundi 02 juin 2003, p. 3

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(Juin 2003) Disparues de l'Yonne : l'expertise qui accuse un nouveau juge

Double rebondissement dans l'enquête sur les disparues de l'Yonne. Un magistrat, soupçonné d'avoir saboté le dossier, est réhabilité tandis qu'un autre est mis en cause par une expertise graphologique.

L'UN RETROUVE le sourire, l'autre peut nourrir de lourdes inquiétudes. Hier, le scandale judiciaire provoqué par l'étouffement, au début des années quatre-vingt, de l'enquête sur les « disparues de l'Yonne » a connu un surprenant rebondissement. Daniel Stilinovic, 55 ans, substitut du procureur d'Auxerre de janvier 1981 à juin 1984, a été réhabilité par le Conseil d'Etat, qui a annulé les sanctions prononcées contre lui par le Conseil supérieur de la magistrature. Dans le même temps, une expertise graphologique, versée au dossier de « corruption » instruit à Paris par le juge Armand Riberolles, met formellement en cause un autre juge, Jacques Bourguignon, actuellement en poste à Mulhouse.

Le destin de ces deux magistrats tourne autour d'un simple « papillon manuscrit » apposé le 26 juin 1984 sur le « rapport d'enquête préliminaire » rédigé par le gendarme Christian Jambert. Selon le rapport établi par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), publié en avril 2002, ce « document très détaillé permettait de faire porter de graves soupçons sur Emile Louis au sujet de la disparition de six jeunes filles. » Après l'avoir lu rapidement, Daniel Stilinovic, qui s'apprête alors à quitter Auxerre, rédige un petit mot à l'intention du juge Bourguignon, en charge de l'enquête sur l'assassinat, en juillet 1981, de Sylviane Lesage, une proche d'Emile Louis. Le magistrat écrit : « A joindre à l'information en cours sur l'homicide volontaire : Sylviane Durand. Me faire savoir s'il vous faut un supplétif. » Agrafé au rapport Jambert, ce petit mot se perd alors dans les couloirs du palais de justice d'Auxerre. Il sera retrouvé plus de dix ans plus tard. Sur le petit bout de papier, une main anonyme a ajouté la mention « - NON - »

Selon le rapport du CSM, « il n'y avait aucune urgence, ni raisons particulières sur le plan judiciaire d'interrompre brusquement le patient travail de l'enquêteur. La décision prise a été, pour le moins, de nature à casser la progression des investigations ». De fait, il faudra attendre le 14 décembre 2000 pour qu'Emile Louis soit arrêté et avoue avoir violé et assassiné sept jeunes déficientes mentales disparues dans l'Yonne à la fin des années soixante-dix.

Dossier saboté

Dans un premier temps, les enquêtes commandées par le ministère de la Justice avaient souligné la responsabilité de Daniel Stilinovic, magistrat à la réputation sulfureuse et à la carrière chaotique. Il lui a été reproché d'avoir « mal orienté la procédure ». Parallèlement, une information judiciaire contre X pour « corruption active et passive » était ouverte à Paris et confiée au juge Armand Riberolles. Implicitement, il était reproché au substitut Stilinovic d'avoir volontairement saboté ce dossier. Ces soupçons ont été levés hier par le Conseil d'Etat. « Monsieur Stilinovic ne peut être tenu pour responsable de l'enlisement de l'enquête, estime la plus haute juridiction administrative de l'Etat. » « Au contraire, ajoute-t--elle, le fait d'avoir communiqué cette pièce au juge aurait dû permettre qu'une suite judiciaire appropriée fût donnée aux conclusions du rapport de gendarmerie. »

Dans le même temps, un rapport d'expertise graphologique très éclairant atterrissait sur le bureau du juge Riberolles. Chargé d'identifier l'auteur du « - NON - » litigieux, l'expert concluait : « Il existe une forte présomption à l'égard de monsieur Jacques Bourguignon comme auteur de la mention en question. Dans la mesure où le matériel graphique en question n'est constitué que de très peu de caractères majuscules, il n'est pas possible de le désigner avec certitude. » Déjà interrogé à plusieurs reprises à ce sujet, le juge Bourguignon, magistrat au profil lisse, jusque-là épargné par le scandale, a toujours affirmé ne pas se souvenir du petit mot adressé par son collègue Stilinovic. Joint hier au téléphone, il a maintenu sa position : « Pour moi, cela ne change pas grand-chose. Je ne me rappelle pas de cette procédure. Je n'exclus rien mais tout cela remonte à plus de vingt ans. » Jacques Bourguignon se dit prêt à répondre aux questions du juge Riberolles. Cet homme discret à la mémoire fragile apparaît désormais comme un témoin clé du ratage judiciaire des disparues de l'Yonne.
Frédéric Vézard, Le Parisien, 21 juin 2003, p. 16

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(23 juin 2003) Affaire Alègre : comment l'enquête va être remise en ordre
Après l'incarcération de Patricia, le procureur de Toulouse et les gendarmes annoncent un « recadrage » du dossier Alègre. Une réunion de travail est prévue aujourd'hui. Certaines pistes devraient être abandonnées, d'autres relancées.

APRÈS UNE SEMAINE où les coups de théâtre ont succédé aux rebondissements, avec l'arrestation de Patricia pour avoir suscité de faux témoignages et le retour en France du complice présumé d'Alègre, le proxénète Lakdhar Messaoudène, la tentaculaire enquête toulousaine va être « recadrée » aujourd'hui. Une réunion de synthèse doit rassembler magistrats et enquêteurs pour « peigner le dossier », selon l'expression d'un magistrat toulousain. « Certaines pistes seront abandonnées, d'autres relancées », annonce-t-on au palais de justice de Toulouse.

Deux meurtres élucidés.
Patricia, durant sa garde à vue, a bien reconnu avoir manipulé Djamel, le travesti d'origine haïtienne, qui s'était vanté d'avoir assisté à des soirées de « ballets noirs ». « Mais cela n'enlève rien au témoignage de Patricia sur la mort de Line Galbardi », souligne un enquêteur. Un meurtre survenu dans la nuit du 2 au 3 janvier 1992 à l'hôtel de l'Europe et qui avait été classé. Dans ce volet, le témoignage de l'ex-prostituée est toujours qualifié de « capital ». D'autant qu'il est conforté par celui de Fanny et dans une moindre mesure par celui de Nathalie, la troisième prostituée présente dans la chambre 24 de l'hôtel. Les gendarmes ne semblent pas non plus remettre en question les déclarations des deux prostituées sur l'exécution de Claude Martinez, le travesti tué par Alègre pour récupérer des cassettes compromettantes. Ce deuxième dossier avait été classé lui aussi.

Des complicités policières et judiciaires.
« Là dessus, Patricia n'a pas reculé », précise la gendarmerie de Toulouse. A ce jour, le système des enveloppes d'argent remises à des policiers de la brigade des moeurs est toujours dans les procédures. Patricia maintient que Line Galbardi, terrorisée d'avoir assisté à l'exécution d'une autre prostituée par Alègre en décembre 1991, avait « parlé » à un policier de la brigade des moeurs. Les gendarmes n'ont pas renoncé non plus à enquêter sur les liens unissant un ex-magistrat de Toulouse et les milieux de la prostitution. « C'est toujours actif », insiste un militaire.

Que reste-t-il des soirées barbares ?
Les gendarmes restent convaincus de l'existence de soirées sado-maso à Toulouse. « Mais toute la question est de savoir si ces soirées réunissaient des adultes consentants ou des mineurs, voire si des actes de torture y étaient pratiqués », analyse un enquêteur. C'est le point faible du témoignage de Patricia qui a, semble-t-il, reculé sur ce volet. Quant aux photos scandaleuses détenues par l'ami d'un couple dirigeant un club échangiste à Toulouse et censées représenter des « actes de torture » abominables, les gendarmes disent « n'avoir rien vu lié à l'affaire ».

L'implication de Dominique Baudis.
Patricia soutient que l'ancien maire l'aurait « essayée », le « jour de ses 20 ans », au domicile de Lakdhar Messaoudène, soit le 20 novembre 1990, dans une cité de Toulouse. Mais l'ex-député-maire de la ville était ce soir-là à l'Assemblée nationale, comme le souligne son avocat, et a reçu « une délégation de maronites libanais ». Une incohérence majeure, qui vaut à Patricia une plainte en diffamation de la part de l'ex-député. Les gendarmes voudront donc désormais savoir « pourquoi elle aurait impliqué l'élu dans ce dossier ».

Le PDG de « la Dépêche du midi », Jean-Michel Baylet, a annoncé hier avoir déposé « trois plaintes » contre Dominique Baudis, qui l'avait mis en cause dans « la machination » organisée contre lui.
Jean-Marc Ducos, Le Parisien, lundi 23 juin 2003

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(23 juin 2003) Le patron de "La Dépêche du Midi" porte plainte contre Dominique Baudis

Une "réunion de synthèse" doit rassembler lundi 23 juin à Toulouse enquêteurs et magistrats après un week-end de travail sur l'affaire Alègre, qui pourrait conduire les autorités judiciaires à l'abandon de certaines accusations ou à des requalifications pénales de certains faits. Une "réunion de synthèse" doit rassembler lundi 23 juin à Toulouse enquêteurs et magistrats après un week-end de travail sur l'affaire Alègre, qui pourrait conduire les autorités judiciaires à l'abandon de certaines accusations ou à des requalifications pénales de certains faits.

La scène médiatique a été occupée dimanche par l'annonce du PDG de La Dépêche du Midi, Jean-Michel Baylet, que trois plaintes avec constitution de partie civile allaient être déposées contre le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), Dominique Baudis, qui a récemment accusé M. Baylet d'avoir organisé une "machination" contre lui.

Sur le fond du dossier, la discrétion restait de mise dimanche soir et aucune information n'avait filtré sur l'évolution du "gros travail" d'analyse et de "recadrage", selon une source judiciaire, entamé après l'audition jeudi par le juge Thierry Perriquet de l'ex-prostituée "Patricia".

Le contenu de cette audition n'a pas été dévoilé mais elle avait entraîné la mise en examen de "Patricia" pour "complicité de dénonciation de crime ou délit imaginaire et témoignage mensonger" dans l'information judiciaire sur les "affabulations" du travesti "Djamel". La jeune femme a été placée en "incarcération provisoire", dans l'attente du débat contradictoire qui décidera d'un éventuel placement en détention provisoire.

UNE "NOUVELLE APPROCHE" DE L'AFFAIRE

Pour la réunion de synthèse, juges d'instruction, magistrats du parquet et enquêteurs de la gendarmerie doivent examiner l'affaire selon une nouvelle approche. Pour les cinq homicides reprochés à Patrice Alègre, il y a peu de surprise à attendre. Mais sur le reste, notamment le volet des "viols aggravés", des "tortures et actes de barbarie" et du "proxénétisme en bande organisé", la donne peut changer.

Si des "faits criminels demeurent", des "accusations pourraient tomber, certains faits pourraient être requalifiés en délits passibles de la correctionnelle, d'autres être soit prescrits soit relever de simples relations entre particuliers", a-t-on estimé de source judiciaire.

Dimanche, un nouveau rebondissement médiatique a eu lieu lorsque le patron de La Dépêche du Midi, Jean-Michel Baylet, par ailleurs président du Parti radical de gauche, a annoncé trois plaintes contre Dominique Baudis. Il a précisé qu'il s'agissait de "trois plaintes pour diffamation avec constitution de parties civiles : l'une au nom de La Dépêche, la seconde au nom de sa rédaction, la troisième pour lui-même". "Il me paraît très grave que le président d'une institution chargée de garantir l'indépendance des médias s'en prenne de la sorte à un organe de presse", a-t-il ajouté.

Dans un article publié dans son édition des 15 et 16 juin, Le Monde avait titré "Dominique Baudis dénonce un complot politique" et écrit que "l'ancien maire de Toulouse soupçonne (la famille Baylet) d'avoir mis en place une cellule spéciale chargée de remuer des affaires et de le déstabiliser".

Dimanche, M. Baudis a répondu par l'intermédiaire de l'un de ses avocats, Me Guy Debuisson : "Je suis persuadé que la justice ne va pas tarder à mettre en exergue les artifices abominables qui ont été employés pour tenter de fabriquer de toutes pièces cette affaire".
LEMONDE.FR | 23.06.03 | 08h43 • MIS A JOUR LE 23.06.03 | 09h50

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(Juillet 2003) Emile Louis renvoyé devant les assises du Var

Le principal suspect dans l'affaire des disparues de l'Yonne, devrait être jugé avant la fin de l'année pour "sévices sexuels et actes de barbarie" contre sa seconde épouse et la fille de celle-ci. Mis en ligne le 24 juillet 2003

Le juge d'instruction a rendu à la mi-juillet son ordonnance de mise en accusation devant la cour d'assises du Var. Accusé par son épouse et de sa belle-fille de "sévices sexuels et actes de barbarie" entre 1993 et 1996, Emile Louis est renvoyé devant les assises du Var.

L'intéressé, qui nie les accusations, avait été interpellé en décembre 2000 à Draguignan dans le cadre de l'affaire des disparues de l'Yonne. Il vivait dans le Var depuis 1984 et s'y était remarié. Un an après son interpellation, "le dossier varois de l'affaire Emile Louis" éclatait avec sa mise en examen, en février 2001 à Draguignan, pour viols avec torture et actes de barbarie sur quatre personnes vulnérables. Il s'agissait d'une mère et de sa fille, amies du couple Louis, de sa seconde épouse et de la fille de celle-ci, mineure. Mais le renvoi d'Emile Louis ne porte que sur les plaintes de son épouse et de sa belle-fille, les accusations des deux autres femmes n'ayant pu être établies.

Passé chargé

Emile Louis a habité tour à tour chez sa sœur à Fréjus, dans un camping à Roquebrune-sur-Argens et à Draguignan. Il s'était installé à Fréjus après avoir purgé une peine de quatre ans de prison du tribunal correctionnel d'Auxerre pour attentat à la pudeur. En 1989, le tribunal correctionnel de Draguignan l'avait condamné à cinq ans de prison pour des faits similaires. Il avait été libéré en 1992, année où il a épousé Pascale Paradis.

En mai 2002, Emile Louis avait été confronté à son épouse et avait nié les accusations. Son épouse avait maintenu qu'elle avait fait, tout comme sa fille, l'objet de "sévices sexuels et actes de barbarie pendant plusieurs années". Emile Louis est par ailleurs soupçonné d'avoir assassiné sept jeunes femmes, déficientes mentales, dans la région d'Auxerre au cours des années 1970.
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(18 septembre 2003) Fanny demande pardon à Baudis

Dominique Baudis entrevoit la sortie du tunnel dans l'affaire Alègre. Hier matin, dans le bureau du juge Perriquet, «Fanny», la deuxième accusatrice de l'ancien maire de Toulouse s'est rétractée sur toute la ligne, allant même jusqu'à demander «pardon» à l'ancien élu. «C'est surréaliste, réagit un proche de Dominique Baudis. Bien sûr Dominique est content que tout le château de carte s'écroule, mais il est aussi épouvanté devant toute cette mécanique infernale qui s'est mise en route contre lui...»

«On commence à mieux comprendre la manipulation», décode Me Francis Szpiner, l'avocat de l'ancien maire. En même temps qu'elle se rétractait, «Fanny» a expliqué hier, dans le bureau du juge Perriquet, comment de petite sollication en petite sollicitation, venant selon elle, de gendarmes, d'avocats ou de journalistes, elle a pu en venir à accuser Dominique Baudis, un homme qu'elle n'avait pourtant jamais vu. «Pour que tout cela se soit mis en route, c'est que des pans entiers de notre société sont pourris», a diagnostiqué hier après-midi Dominique Baudis, très amer, devant des proches. «Il a la nausée», reconnaît l'un d'eux.

Hier matin, Dominique Baudis arrive un brin inquiet au tribunal de Toulouse. Il sait qu'il va se retrouver face à Fanny, une ancienne prostituée qui l'accuse, sur procès-verbal, de l'avoir violée dans un hôtel de la ville rose. La phrase est dans tous les journaux depuis le printemps dernier : «L'homme du capitole me rappelle de très mauvais souvenirs.. Ca m'a fait très mal», a déclaré Fanny dans le dossier judiciaire. Hier matin, après une heure d'attente pendant laquelle l'atmosphère se fait lourde dans le bureau du juge Perriquet, Fanny, une jeune femme brune aux cheveux longs, arrive enfin. Le magistrat, de sa voix posée, lance la confrontation : «Voilà, madame. M. Baudis est en face de vous. Vous l'avez accusé. Qu'est ce que vous nous dites ?» Fanny marque un long silence. «M. Baudis, commence la jeune femme, je m'excuse, je vous ai mis en cause à tord dans cette histoire».

L'ancienne prostituée reconnaît d'entrée de jeu qu'elle n'a jamais vu le maire de Toulouse auparavant, qu'elle le rencontre pour la première fois, et sa voix s'étouffe de quelques sanglots. «Je n'avais jamais entendu parler de la présence de Dominique Baudis dans des lieux de prostitution ou des endroits à caractère sexuel», déclare aussi la jeune femme, alors qu'elle avait aussi déclaré auparavant que Dominique Baudis participait à des soirée sado-maso. En clair, avant le déclenchement de l'affaire judiciaire, Dominique Baudis a toujours été un inconnnu pour cette ancienne prostituée toulousaine. Alors comment en est-elle venue à le mettre en cause dans une information judiciaire ? Le reste de la confrontation d'hier matin a été consacré à cette question qui taraude l'actuel président du conseil supérieur de l'audiovisuel.

Fanny aurait ainsi déclaré hier que ce sont les gendarmes de la cellule homicide 31 qui, les premiers, lui auraient parlé de Dominique Baudis et de son pseudo-surnom de «Nénette». Devant les enquêteurs, l'ancienne prostituée mettra d'abord en cause un ancien magistrat toulousain, Jean V. comme étant «l'homme du capitole» qui l'aurait violée. Puis elle changera d'avis, mettant en cause Dominique Baudis. Pourquoi ce changement ?

Hier matin, Fanny a raconté les circonstances de ce revirement. Elle a ainsi déclaré qu'elle en avait parlé avec ses avocats de l'époque, Mes Muriel Amar et Georges Catala, leur disant que «l'homme du capitole n'était pas Jean V.» Selon elle, en tous cas selon son récit d'hier, ses avocats lui auraient alors conseillé de citer quelqu'un d'autre. «Si c'est Baudis, dites-le, au point où il en est», lui aurait dit Me Amar, selon des propos rapportés hier par l'ancienne prostituée. «Ni moi ni Me Amar n'avons jamais poussé à la roue pour qu'elle cite Baudis», nous a indiqué Me Catala, interloqué. Autre explication avancée hier matin par Fanny, son ancienne collègue de trottoir, Patricia, l'autre accusatrice de Dominique Baudis, l'aurait «poussée» à mettre en cause l'élu. Fanny s'est également expliquée hier sur ses relations avec certains journalistes... indiquant que certains n'étaient pas mécontent qu'elle cite l'ancien élu.

«Pour Baudis, cette affaire est proche de son dénouement judiciaire», confie un de ses proches. Mais il est clair que pour l'ancien maire de Toulouse, ce qu'il appelle son «enquête sur la manipulation», elle, ne s'arrêtera pas là.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, jeudi 18 septembre 2003, p. 17

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(18 septembre 2003) Fanny fait volte-face
Elle blanchit Baudis mais continue d'accuser l'ancien procureur Bourragué.

C'était le maillon faible des déclarations contradictoires de Fanny, l'une des filles de Toulouse par lesquelles le volet «proxénétisme, viols, actes de tortures» de l'affaire Alègre est arrivé : l'ex-prostituée a reconnu, hier matin, au cours de sa première confrontation avec Dominique Baudis, avoir menti quand elle indiquait, fin juillet, que le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) était «l'homme du Capitole», celui qui lui aurait fait subir des sévices dans un grand hôtel de Toulouse.

Expertise.
Fanny, qui apparaissait pour la première fois à visage découvert, a en revanche maintenu ses accusations contre Marc Bourragué. L'ex-substitut du procureur de Toulouse aujourd'hui en poste à Montauban continue d'affirmer «n'avoir jamais eu de [sa] vie de rapports sexuels avec une prostituée». Le magistrat a produit récemment une expertise indiquant qu'il n'était pas porteur d'un tatouage alors que Fanny affirmait le contraire.

La jeune femme est arrivée tendue et en larmes, hier, à 10 h 45, au palais de justice de Toulouse, en compagnie Me Guidicelli, son nouvel avocat. Après un peu moins de deux heures de confrontation avec celle qui l'avait accusé, Baudis a indiqué que Fanny s'était «totalement rétractée». «J'ai été confronté ce matin à cette femme surnommée Fanny et c'est la première fois que je la voyais. Elle a déclaré au juge que c'était aussi la première fois qu'elle me voyait. Tout ce qu'elle a pu dire n'était que des mensonges», a-t-il précisé.

«C'est vrai que je me suis rétractée ce matin en ce qui concerne monsieur Baudis, a expliqué Fanny. Je n'avais jamais vu cet homme, c'est la vérité. Et si j'ai menti, c'est parce que j'avais subi des pressions pour le faire, pour accuser monsieur Baudis». Me Szpiner, l'avocat de Baudis, a estimé qu'il appartenait désormais à la justice de vérifier si l'ex-prostituée avait réellement subi des pressions pour accuser son client.

Surréaliste.
En revanche, la confrontation entre Fanny et Bourragué s'est figée dans un face-à-face où chacun a campé sur ses positions. Fanny a maintenu ses accusations. «Elle a expliqué qu'elle avait connu Marc Bourragué par Patrice Alègre. Elle est devenue son jouet, son objet sexuel, obligée de participer à des soirées violentes», a affirmé Me Guidicelli pour qui la confrontation «avait quelque chose de surréaliste. D'emblée, Fanny a tutoyé Marc Bourragué qui l'a toujours vouvoyée. Elle lui a rappelé des bons et des mauvais moments.»

«Il y a eu des questions sur des éléments précis, estimait pour sa part hier soir Me de Caunes, l'avocat de Bourragué à propos des allégations de Fanny. A chaque fois, les réponses contenaient des mensonges contredits par des faits.» La confrontation reprendra le 7 octobre.
Libération, Par Jacky DURAND, jeudi 18 septembre 2003, p.

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(Octobre 2003) Champagne et haschich après avoir «tué le vieux»
Procès de Cédric qui, avec trois comparses, a torturé et tué ses parents adoptifs.

«Je m'appelle Cédric Bellec. J'ai 23 ans bientôt. Je suis né le 23 février 1981 à Meudon la Forêt. Je suis sans profession.» Présentation anodine. Le jeune homme paraît calme quand il entre, hier, dans le box des accusés de la cour d'assises de l'Hérault. Où il comparaît aux côtés de trois autres jeunes gens, Mickaël, 25 ans, Laetitia, 23 ans, sa soeur, et Eric, 24 ans, pour «assassinat, vol avec arme, actes de torture et de barbarie».

Menace.

Ce fut pourtant une nuit d'horreur. Le 14 décembre 2000, en fin d'après-midi, Cédric et Mickaël se présentent à Lunel, dans l'Hérault, au domicile de Philippe et Aimée Narre. Tout est prêt, organisé. Ils ligotent le couple sur des chaises dans la cuisine avec du scotch, leur extorquent sous la menace d'un pistolet leurs cartes bancaires et les numéros de code. Mickaël s'absente pour vérifier que le couple n'a pas menti, effectue des retraits dans les distributeurs de Lunel. A son retour vers 20 heures, il donne à Philippe Narre le premier coup avec une lampe torche, «parce qu'il se rebellait», dira-t-il. La greffière lit alors la liste des sévices exercés «avec acharnement» sur Philippe Narre : son épouse à côté de lui, ligotée, la bouche et bientôt aussi le nez bâillonnés par du Scotch. Ce sont des coups au visage et à la nuque avec une lampe torche, un couteau enfoncé dans le crâne, du scotch dans les narines. Puis, assis sur une chaise, le jeune homme a regardé le couple agoniser. L'un et l'autre sont décédés au début de la nuit. Cédric Bellec a dit «avoir eu plaisir à faire subir cela».

Au début de la nuit, arrivé d'Aix-les-Bains où il vit avec Mickaël, Eric les a rejoints, prévenu au téléphone, «On est en train de tuer le vieux», leur a-t-il dit. Devant les cadavres, les jeunes gens ont bu du champagne trouvé dans le réfrigérateur et fumé du haschich. A l'aube, ils ont enroulé les corps d'Aimée et Philippe Narre dans des couvertures, les ont scotchés et déplacés dans une remise de jardin. Cédric a vaguement effacé les traces de ce qui s'était passé dans la nuit. Le lendemain, ils ont fait comme si de rien n'était. Mickaël s'est présenté au commissariat pour le contrôle judiciaire dont il faisait l'objet, Eric est allé à son travail près de Grenoble. A Laetitia, Cédric a tout raconté. Le lendemain, Cédric, Mickaël et Laetitia s'en vont acheter deux bidons d'acide chlorhydrique pour «dissoudre les corps». En arrivant devant la villa, ils voient la camionnette des gendarmes et prennent la fuite.

Dans le box, Cédric a les coudes posés sur les genoux, une main calée sous le menton, l'autre tapotant avec ses doigts la cuisse. Parfois ses yeux se tournent vers le plafond. Mickaël et Eric ont le regard perdu dans le vague. Lætitia, cachée derrière des cheveux roux, baisse la tête. Sur les bancs, des proches de la famille Narre sanglotent, se serrent les mains. Ce jour-là, Cédric n'a pas eu besoin de forcer la porte des époux Narre. Enfant placé dans des foyers et des familles d'accueil depuis l'âge de 6 ans, il a vécu à l'adolescence deux années avec le couple. Avant d'épouser Aimée, Philippe Narre avait eu une relation avec Viviane Bellec, la mère de Cédric, et avait eu une fille, Isabelle. Le couple Narre, lui pilote de ligne chez Air France, elle, institutrice à Lunel, avait sorti les deux adolescents des foyers où ils étaient placés. Jusqu'à ce que le couple y renonce. A ses 16 ans, Cédric erre alors de foyer en centre d'hébergement, fumer régulièrement du haschich, toucher aux drogues et à l'alcool. Les Narre n'avaient pas fermé leur porte à Cédric qui passait régulièrement les voir. «Un chien errant, on ne le laisse pas sur la route. Cédric est un être humain, et il n'a que nous pour le ramasser» : c'étaient les mots qu'avait dits Aimée Narre à une cousine.

Faire le coup.

A Béziers, dans le foyer où il avait rencontré Laetitia, Cédric a tout préparé. Avec la jeune fille, il partageait la même haine de leur famille d'accueil. Laetitia l'a aidé à trouver des «copains» pour faire le coup. Le 9 décembre 2000, il a écrit : «Le braquage c'est une chose, mais le meurtre.» Et aussi, entre une liste d'objets (gant, cagoule, flingue, téléphone), et un plan détaillé de la maison, ces mots, jetés comme ça : «Tuer, empaler, crucifier, déchiqueter, trancher, tuerie, scalp.» Le procès se poursuit toute la semaine.
Libération, par Catherine BERNARD, mardi 21 octobre 2003, p. 18

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Cédric a tué par pur plaisir
« Plus je tapais, mieux je me sentais. Il y avait l'adrénaline qui montait », a déclaré hier à la barre Cédric Bellec en racontant, mâchoires serrées, la longue séance de supplices et de coups infligés au couple qui l'avait recueilli.

Au contraire de Cédric Bellec, Eric Tirard et Mickäel Catherine nient avoir torturé les époux Narré.

L'HORREUR ABSOLUE.
Planté dans le box de la cour d'assises de l'Hérault, Cédric Bellec déballe avec une sidérante franchise le récit de l'assassinat sauvage des époux Narré, qui l'avaient recueilli comme un fils. C'était dans la nuit du 14 au 15 décembre 2000, derrière les murs de la bastide familiale de Lunel. Cédric et ses copains du foyer de jeunes travailleurs de Béziers voulaient aller en Hollande « faire la fête et se défoncer » pour le Nouvel An. Ils avaient besoin d'argent. Sur un bout de papier, ils ont dressé une liste des « coups » possibles : braquer un tabac ou un restaurant, ligoter un épicier... « C'est finalement l'idée du couple qui a été retenue », murmure Laëtitia, poursuivie pour complicité d'assassinats. « La facilité », précise Bellec.
Les deux jeunes paumés s'entendaient bien. Ils s'étaient raconté leur vie d'enfants abandonnés, leur haine envers leurs familles d'accueil respectives. « Cédric m'avait dit qu'il en voulait à M. et Mme Narré, poursuit l'accusée d'une voix fragile. Moi, je lui avais dit que je voulais tuer ma famille d'accueil. » Le président s'impatiente : « Vos plans de braquage au domicile des Narré prévoyaient-ils une éventualité supplémentaire ? »

« Quand Laëtitia disait qu'elle voulait tuer sa famille d'accueil, je savais bien qu'elle ne le ferait pas. Moi, c'était sincère »

Laëtitia marque un long silence avant d'avouer : « Cédric m'avait dit comme ça qu'il voulait se venger et tuer l'homme. Je pensais pas que c'était sérieux. Pour moi, c'était des paroles en l'air. » Cédric Bellec met les choses au point : « Quand Laëtitia disait qu'elle voulait tuer sa famille d'accueil, je savais bien qu'elle ne le ferait pas. Moi, c'était sincère. »
Il est bien le seul à assumer. Les trois autres accusés, avachis sur le banc, fuient les regards et les questions. Mickäel, le frère aîné de Laëtitia, et Eric Tirard, leur copain d'enfance, reconnaissent qu'ils étaient d'accord pour le braquage. C'est d'ailleurs Mickaël qui a fourni l'arme. C'est lui qui a « tenu en joue l'homme » pendant que Cédric bâillonnait son épouse.
C'est lui qui est allé retirer 3 000 F dans des distributeurs avec les cartes de crédit des victimes une fois les codes obtenus. C'est lui encore qui a porté le premier coup à Philippe Narré. Il n'a rien fait de plus, si ce n'est fouiller la maison, se défend-t-il aujourd'hui maladroitement. Et bien entendu, il ignorait les projets meurtriers de Cédric Bellec. Quant au rôle d'Eric Tirard, il consistait à les aider à vider la bastide de ses objets de valeur. La longue agonie des époux Narré avait pris fin quand ce grand Savoyard est arrivé sur les lieux. D'un ton plaintif, se révélant aussi peu convaincant que son copain Mickaël, il dit avoir été choqué à la vue des cadavres défigurés par les coups et avoir pris peur. Il a néanmoins fouillé la maison, pris un bracelet sur les corps des victimes et aidé Bellec à les transporter dans des couvertures.

Jusqu'au dernier moment, Cédric Bellec s'est demandé s'il pourrait « le faire ». Mais il se savait capable de tuer Aymée et Philippe Narré : « J'avais l'idée dans la tête. Me connaissant, je savais très bien ce qui allait arriver. » Avec Philippe, ça n'avait « jamais vraiment accroché ». Avec Aymée, en revanche, c'était « très bien ». A l'époque où il habitait chez eux, il avait pourtant bien failli la tuer parce qu'elle refusait qu'il se fasse percer les oreilles. « J'avais pris un couteau de cuisine. Toute la soirée, j'ai pensé qu'à ça. Mais je me suis retenu car tuer quelqu'un pour un piercing, c'était ridicule », consent-il à reconnaître.

Il n'élude aucune question, endosse chaque part de responsabilité de cette équipée sanglante. Tout juste s'agace-t-il de devoir repréciser certains détails de sa barbarie à la demande d'une avocate des parties civiles. « Vous n'étiez pas là ce matin ? Je l'ai déjà raconté, ça » : les dizaines de coups portés aux époux Narré ; sa tentative avortée pour achever Philippe avec un couteau ; les intimidations avec l'arme : « J'avais décidé de le faire mourir mentalement » ; le Scotch sur les orifices pour asphyxier ses victimes ; les derniers mots d'Aymée : « Sauve Philippe, je ne veux pas le voir mourir » ; l'atrocité de sa réponse : « T'inquiète pas, tu vas le rejoindre ton mari » ; ses ultimes paroles à Philippe : « Ta femme est morte, tu vas pas la faire attendre » ; son « délire », accentué par la drogue et l'alcool ; sa jouissance à faire souffrir ceux qui l'avaient adopté : « Je sentais monter la sauce, pardonnez-moi l'expression. Plus je tapais, plus j'avais de l'adrénaline, et mieux j'étais. » L'avocat général n'a pas la moindre question à poser. « On en a assez entendu comme ça », conclut-il.
Valérie Brioux, Le Parisien, jeudi 23 octobre 2003, p. 15

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Vivianne Bellec, mère naturelle de Cédric Bellec : « Je lui ai écrit, il m'a répondu que je pouvais crever »

Vivianne Bellec, mère de sept enfants de quatre pères différents, a eu une fille avec Philippe Narré, l'une des victimes de Cédric.

«Je ne voulais pas d'un fils. J'avais trop peur qu'il ressemble à son père. » La sentence est implacable. Glaçante. Révoltée par les comptes rendus qui sont faits du procès de son fils, Cédric, jugé pour avoir sauvagement assassiné ses parents adoptifs, Vivianne Bellec souhaitait s'exprimer. Elle a pourtant refusé d'aller témoigner devant la cour d'assises de Montpellier. Et préfère se défendre chez elle, dans son pavillon décoré de posters de Johnny Hallyday.

Les propos de cette femme au visage dur, qui a refait sa vie en Alsace, laisse un profond sentiment de malaise. Cédric n'était pas un enfant désiré. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, Vivianne Bellec vit à Meudon, dans les Hauts-de-Seine, avec Patrick, le futur père de l'enfant. « Mon compagnon était violent et alcoolique, raconte-t-elle. Quand il était à la maison, il me battait. Sinon, il allait picoler avec mon argent. » L'homme ne travaille presque jamais, Vivianne multiplie les postes en intérim. Les six premières années de la vie de Cédric se passent dans ce huis clos. Les coups pleuvent, l'amour n'existe pas. Ce mot n'appartient pas au vocabulaire de la mère. « Cédric a très vite été un enfant dur. Il était plein de vie. Dès qu'il y avait une bêtise à faire, c'était pour lui. Il n'obéissait pas. »

Le récit de la femme s'accélère, devient confus. D'autres enfants composent la famille. Sept au total, de quatre pères différents. Cédric grandit entre les filles, plus âgées, et les garçons, plus jeunes. La plupart sont placés chez des nourrices. « Maman travaillait, même le soir parfois, et papa buvait », précise Vivianne. A la fin des années 1980, elle décide de placer certains de ses enfants dans des foyers. La première à partir est Isabelle, dont le père est Philippe Narré, l'homme que Cédric a tué. « Je l'ai mise dans un foyer pour la protéger de Patrick. Il n'arrêtait pas de jeter des objets sur elle. J'avais peur qu'il arrive un malheur quand je n'étais pas là. » Vivianne se prétend victime. « J'ai bien essayé de mettre Patrick à la porte. Mais à cette époque personne ne croyait une femme qui raconte que son mari la battait. » En 1987, tous les autres enfants sont placés en foyer. « C'est l'assistante sociale qui a décidé d'envoyer les gosses à la Cité de l'enfance au Plessis-Robinson. » Au début, Vivianne va les voir, les prend avec elle le week-end.

« C'est moche. Il a foutu sa vie en l'air »

Mais les choses tournent mal avec son compagnon et elle s'enfuit. « J'étais un temps chez mon père. Puis chez un ami. J'ai essayé de récupérer mes enfants. En 1989, le dossier était prêt. Je voulais les emmener en Alsace, chez mon nouveau compagnon. Mais le juge n'a pas voulu. Il disait que c'était irréaliste, que je n'avais pas les moyens financiers et psychologiques pour m'en occuper. » Un épisode qui n'apparaît pas dans l'enquête réalisée avant le procès de Cédric, qui souligne la responsabilité de cette mère « totalement absente ». Interrogé à ce sujet, Vivianne préfère se taire puis finit par admette qu'elle voyait de moins en moins son fils. Jusqu'en 1994. « Cette année-là, j'ai appris que Cédric allait vivre chez les Narré, j'ai tout laissé tomber. » Depuis, Vivianne n'a revu qu'une seule fois son fils. En 1998, Cédric, en fugue, est amené chez elle par des éducateurs. Les retrouvailles ne dureront qu'une semaine. Elle le chasse « parce qu'elle n'en pouvait plus de ses bêtises ».

Vivianne ne se sent coupable de rien. Elle s'en prend à ses autres enfants, qui l'ont décrite comme un monstre lors du procès. « Ils ont dit que je donnais des coups. C'est moi qui les recevais en m'interposant entre Patrick et les enfants. »

Sans émotion, elle relate son dernier échange avec Cédric. « Je lui ai écrit en prison, pour savoir s'il allait bien. Il m'a répondu que je pouvais crever. J'ai arrêté de lui écrire. » Enfermée dans sa logique, elle ne semble pas comprendre la gravité du crime de son fils. « C'est moche. Il a foutu sa vie en l'air. »
Nicolas Borvo, Le Parisien, dimanche 26 octobre 2003, p. 13

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Comment Cédric est devenu un monstre froid
Jugé à Montpellier pour avoir assassiné ses parents adoptifs, Cédric Bellec, 22 ans, a sidéré la cour par son attitude inhumaine. Sa mère naturelle, dont les responsabilités ont été soulignées, a souhaité s'expliquer. Un témoignage effrayant.

Cédric Bellec (à 7 ans) est actuellement jugé pour le meurtre de ses parents adoptifs.
Un «barbare» à la gueule d'ange et à l'insupportable cynisme. Le procès de Cédric Bellec, 22 ans, jugé avec trois complices pour avoir sauvagement torturé et assassiné ses parents adoptifs, s'achèvera demain devant la cour d'assises de l'Hérault.
Un procès exceptionnel tant l'accusé principal a semblé indifférent à l'horreur de ses actes. A deux reprises, Cédric Bellec a raconté en détail cette nuit barbare du 14 décembre 2000 où il s'est acharné, derrière les murs d'une villa de Lunel, sur Philippe et Aimée Narré. « Plus je tapais, plus l'adrénaline montait et plus je me sentais bien », a-t-il déclaré devant un tribunal stupéfait.
Le meurtrier assume sa violence, entraînant le public dans un univers noir et inconnu. Comment un garçon à peine majeur a-t-il pu en arriver là ? Jamais, au fil des audiences, Cédric Bellec n'a tenté de se poser en victime. Ce sont donc les psychologues qui l'ont décrit autrement. « C'est un handicapé du bien », ont-ils déclaré. Un être miné par un insurmontable manque d'affection, traumatisé par les maltraitances et l'abandon de ses parents, rongé par la violence.

Un enfant non désiré

« Plus on est dans la souffrance affective et plus l'intelligence est aiguisée. Plus il était en souffrance et plus il s'est identifié au mal », a insisté un des experts qui l'ont examiné. Les propos de sa mère naturelle, qui a souhaité s'expliquer (lire en page 13), et l'examen de l'existence brève de Cédric montrent qu'il n'avait guère de chance d'échapper à « cette envie de passer à l'acte » qui, dit-il, le taraudait depuis plusieurs années.
La personnalité de Cédric Bellec a été façonnée par une série de ruptures, toutes traumatisantes. Sa naissance d'abord, non désirée. Puis son placement en foyer à l'âge de 6 ans, demandé par une assistante sociale qui comprend qu'il est un enfant battu. En 1994, ensuite, il doit quitter la famille Roman, qui l'a accueillie à Ville-d'Avray, en région parisienne. Il rejoint alors sa demi-soeur, Isabelle, dite Zabou, chez Philippe et Aimée Narré, à Lunel.
En 1995, nouvelle déchirure. Zabou quitte Lunel. Il y a aussi et surtout, tout au long de ces années, l'attitude de sa mère naturelle, Vivianne, qui n'a jamais cherché, comme l'ont démontré les témoignages qui se sont succédé à l'audience, ni à le récupérer ni à créer un quelconque lien. Cédric Bellec est né le 23 février 1981 à Meudon-la-Forêt, dans un milieu familial qualifié de « pathogène ».
Les six premières années de sa vie sont celles d'un enfant maltraité et délaissé, « nourri au biberon de l'alcool et de la violence », a résumé son avocat, Jacques Martin. Invalide et alcoolique, surnommé Monsieur Cicatrice pour son penchant pour l'automutilation, son père, Patrick Naudin, le harcèle, le frappe, lui inflige un coup de marteau au visage, le balance contre une armoire. Sa mère, Vivianne Bellec, qui a eu sept enfants de quatre hommes différents, ne désirait pas celui-là.

Une famille « normale »

En 1987, le père tente de se trancher la main avec un hachoir. Cédric assiste à la scène. « J'ai pas rêvé, j'ai pas imaginé, j'étais là », a-t-il raconté. Le père est envoyé à l'hôpital psychiatrique. Les six enfants sont placés, ensemble puis dispersés. Cédric atterrit chez les époux Roman, dans une structure pour enfants en difficulté à Ville-d'Avray. « Des gens parfaits », dit-il de ce couple, les seuls avec qui, semble-t-il, il ait eu un véritable « dialogue affectif ».
Chez « cette famille normale », Cédric se désintéresse de l'école mais apprend la guitare et se passionne pour le football. Après son placement chez les Narré, en 1994, c'est Marie-Rose Roman qu'il appelle pour la Fête des mères. Hormis un incident, « une crise de nerfs », dit-il, avec un camarade d'école, rien jusque-là, dans son comportement, ne laisse présager sa violence.
L'avocat de Cédric, Jacques Martin, estime que c'est l'indifférence de sa mère qui a déclenché toute cette violence. « Elle lui a fait miroiter durant des années le fait qu'il pourrait revenir. A chaque fois, elle s'est dérobée. Elle a joué un jeu abominable », souligne-t-il. « Je ne comprenais pas, je la détestais, je me sentais abandonné », a ajouté le jeune homme, en prenant pour la première fois le ton d'une victime.
Pascale Égré et Valérie Brioux, Le Parisien, dimanche 26 octobre 2003, p. 12

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De l'Assistance publique aux cours d'assises

L'abandon dès la petite enfance est un élément particulièrement déstructurant dans la vie d'un homme. C'est en tout cas un point commun que l'on retrouve chez plusieurs criminels français devenus célèbres pour leur cruauté et le nombre de leurs victimes. Emile Louis, meurtrier présumé des sept disparues de l'Yonne, a été confié à la Ddass dès sa naissance, en 1934. Aux experts qui l'ont interrogé, il a confié avoir « pardonné » cette situation à sa mère tout en s'interrogeant sur ses motivations : « Elle devait avoir des raisons de m'abandonner, sans doute une relation à la va-vite, elle était trop jeune, un viol peut-être... » Il en retirera une haine des femmes, soulignée par les psychiatres qui l'ont examiné. Cruellement, Emile Louis mettra en avant son statut d'enfant de la Ddass pour approcher ses victimes, elles aussi orphelines pour la plupart.

Ces questions, sans cesse ressassées, apparaissent également dans le parcours de Guy Georges, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sept viols suivis d'assassinats. Fils de Georges Cartwright, un militaire américain cuisinier dans une base française de l'Otan, et d'Hélène Rampillon, une entraîneuse, il est né à Vitry-le-François (Marne) en 1962. Son père fuira avant sa naissance, sa mère l'abandonnera progressivement. Enfant, Guy Georges n'aura de cesse d'embellir le portrait de son père, qu'il décrira longtemps comme un général, héros de l'armée américaine. La réalité est évidemment tout autre. Déclaré pupille de l'Etat, il voit son vrai nom modifié par l'administration. Baptisé Guy, Georges, Rampillon, il devient Guy Georges avant d'être placé dans une famille à Auverse, près d'Angers, dès 1966. Elevé par une femme qui accueille jusqu'à 13 enfants de l'Assistance publique à la fois, le futur tueur en série passe alors le plus clair de son temps dans les forêts. Des fugues nocturnes durant lesquelles il s'amuse à braconner. Sa mère nourricière n'a que peu de temps à lui consacrer.

Enfants désaffiliés

Surnommé Boule de Neige par ses petits camarades de la région angevine, Georges est un enfant très turbulent qui ne va pas tarder à devenir violent. Les experts psychiatres, qui l'ont examiné avant son procès, soulignent que le tueur s'est senti « éjecté de sa filiation » et que « ce sont parmi ces enfants désaffiliés que l'on rencontre le plus souvent des adolescents qui transgressent les lois de façon violente ». En 1978, alors qu'il n'a que 15 ans, il tente d'étrangler deux de ses soeurs de lait avant d'être placé en foyer. Un an plus tard, il agresse violemment une jeune femme et fait son premier séjour en prison. Premier fait grave sur un casier judiciaire qui ne cessera de s'alourdir jusqu'à son arrestation en mars 1998. Il est alors devenu le tueur de l'Est parisien.
St.A., Le Parisien, dimanche 26 octobre 2003, p. 13

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La réclusion à perpétuité pour Cédric Bellec

Verdict sans surprise, hier soir (27 octobre 2003): Cédric Bellec a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans, pour avoir sauvagement assassiné, avec trois complices, son ancienne famille d'accueil.

Cédric Bellec, cet « ange barbare » , mérite « le plus haut châtiment », la réclusion criminelle à perpétuité, avait requis l'avocat général.

LE VERDICT a été débité à toute vitesse, comme si le président était pressé de clore cet éprouvant procès. Hier, à 22 heures, Cédric Bellec a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans, pour les assassinats, précédés d'actes de torture et de barbarie, d'Aimée et de Philippe Narré, le 14 décembre 2000 à Lunel.
Son complice, Mickaël Catherine, a écopé de la même peine : la perpétuité. Les deux autres accusés, Eric Tirard, et Laëtitia Catherine, se sont vu infliger respectivement 12 ans et 8 ans. Les peines, sévères, sont allées au-delà des réquisitions de l'avocat général. Les yeux emplis de larmes, Isabelle Lops, la fille des victimes, a accueilli chaque verdict dans une convulsion, avant que ses pleurs ne s'élèvent dans la salle comble de la cour d'assises.
« Justice a été rendue, a sobrement commenté l'avocate des parties civiles, Me Solange Doumic. Les jurés ont entendu la souffrance, c'est le seul verdict d'apaisement possible. »

« C'est quoi le problème ? Vous êtes pas contents ? »

Tout au long des six jours de débats, et jusqu'à cet instant, les proches des victimes s'étaient montrés d'une exceptionnelle dignité. En tentant à l'issue du verdict d'apostropher Cédric Bellec une ultime fois, une nièce du couple assassiné a provoqué la fureur de l'accusé : « C'est quoi le problème ? Vous êtes pas contents, vous voulez encore me casser les c... ? ».
Le jeune homme avait pourtant encaissé la sentence sans broncher. Les visages de Mickaël Catherine et d'Eric Tirard, eux, sont toujours restés de marbre. Coincée entre les deux, Laëtitia Catherine n'a pu retenir ses larmes en comprenant sa lourde condamnation.
« Il nous reste l'appel », a lancé Me Jacques Martin, l'avocat de Cédric Bellec, alors que ses confrères de la défense paraissaient sonnés par le verdict. A tour de rôle, ils avaient tenté de démontrer que Mickaël Catherine, Eric Tirard et plus encore Laëtitia Catherine ne méritaient pas le titre de complices de Bellec.
Le premier a été « instrumentalisé ». Il a été « lâche mais n'a ni tué ni torturé », avaient plaidé ses avocats. Les défenseurs du second avaient usé de la même défense : « Le vol oui, l'assassinat non. » Laëtitia Catherine, elle, n'était qu'une « suiveuse », dont la présence dans le box ne repose que sur des « paroles en l'air », avait insisté son avocate.
Dans le box des accusés, il y avait « ceux qui ont fait et ceux qui n'ont pas fait, ou fait moins. Ceux qui pataugent dans le sang et ceux qui ont du sang sur les mains », avait détaillé dans la matinée l'avocat général, avant de préciser : « Chacun doit être jugé pour ses actes. » Que devait juger, en fait, la cour d'assises de l'Hérault ? Un « crime horrible dans l'exécution mais banal dans sa finalité », assurait Michel Legrand, rappelant qu'il s'agissait de séquestrer une famille pour la détrousser.
Cédric Bellec et ses trois complices avaient besoin d'argent pour s'offrir un jour de l'An aux Pays-Bas. En cette fin d'année 2000, ils ont choisi « la cible la plus sûre » : les parents adoptifs de Bellec, Aimée et Philippe Narré. « Le tragique pour ces familles (NDLR : des victimes) , c'est qu'il n'était pas prémédité que ce soit elles », a poursuivi l'avocat général.
Ce furent eux. « Ces gens-là ont été crucifiés sur terre, victimes d'un sadisme machiavélique », a assené le représentant du ministère public. Cédric Bellec, cet « ange barbare », ce « ténébreux chevalier de la mort », au mode opératoire exceptionnellement abject, a avoué ses crimes, les a assumés et en a endossé l'entière responsabilité, cherchant même à dédouaner ses complices. Il méritait « le plus haut châtiment ». La cour a suivi.
« Ce qu'il voulait, c'est tuer des gens pour voir comment ça faisait », avait estimé l'avocat général, fusillé à chaque instant par le regard noir de Bellec. Il s'agit certes de l'affaire Bellec mais ils sont quatre dans le box », a-t-il poursuivi. Deux étaient « hautement responsables : Bellec, bien sûr, mais aussi Mickaël Catherine, contre qui trente ans de réclusion avaient été requis. « Il y en a deux, là, en cohésion mentale pour torturer et tuer. Ils sont quasiment à égalité », a insisté le représentant du ministère public.

« J'espère que vous me haïrez moins un jour »

Eric Tirard, lui, a « pataugé dans le sang, alors qu'il n'était pas obligé d'y être, il a plongé la main sur un cadavre pour le dépouiller. Ça mérite quand même des années de prison », a encore estimé Michel Legrand. Il en réclamait quinze. Restait Laëtitia Catherine. « Elle a fait mais pas tout fait, elle a conforté Bellec moralement et fourni un soldat avec une arme, son frère. » Il demandait six ans de prison.
La démonstration a été un peu courte. Elle a cependant suffi à emporter la conviction de la cour d'assises. A l'issue des débats, les quatre accusés avaient, pour la première fois, demandé pardon et exprimé leurs regrets. « J'espère que vous me haïrez moins un jour », avait lancé Cédric Bellec aux parties civiles, avant que les jurés ne se retirent pour délibérer.
Valérie Brioux, Le Parisien, mardi 28 octobre 2003, p. 12

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(14 novembre 2003) Perpétuité pour l'assassin inspiré par Scream La cour d'assises de Seine-et-Marne a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité Didier Leroux qui avait tué de dizaines de coups de couteaux la jeune Priscillia, en février 2001 en s'inspirant du scénario du film Scream.

"Il n'était pas en plein milieu d'un délire", a estimé l'expert psychiatre, excluant toute folie au moment des faits. La cour d'assises de Seine-et-Marne ne lui a ainsi trouvé aucune excuse et condamné vendredi à la réclusion criminelle à perpétuité Didier Leroux. Il avait tué de dizaines de coups de couteaux Priscillia, 14 ans et demi en février 2001, en s'inspirant du scénario du film Scream.

Jeudi matin, à l'avocat général qui lui demandait s'il avait préparé son acte "un an avant les faits", l'accusé a répondu d'un "ouais, c'est vrai", reprenant des aveux plusieurs fois répétés durant l'instruction. La seule incertitude demeurait sur la date de la préméditation, Didier Leroux parlant d'abord d'un an avant l'assassinat puis de quatre mois. Il s'est expliqué naïvement sur ce revirement : "C'est pas la peine que je continue à mentir. Les inspecteurs, ils ont fait du bon travail". L'accusé a confirmé à demi-mots qu'il avait eu l'intention de violer l'adolescente de 14 ans et demi avant de la tuer, une hypothèse défendue par les deux gendarmes enquêteurs.

Comportement pervers

Depuis le début de son procès, Didier Leroux, 41 ans, un homme "qui cause peu", "moyennement intelligent", s'est muré dans un silence seulement brisé par des "je sais pas". L'avocat général Marc Mulet y a vu une "maîtrise affichée". "Est-ce pour obtenir la peine la moins forte possible ?" interrogeait-il. "Il se peut que cela appartienne à son comportement pervers", a répondu l'un des psychiatres.

Selon ce dernier, ce sont les rires de Priscillia à ses avances maladroites ("Je t'aurais bien aimé comme femme" ou "on ouvrira une boulangerie ensemble") qui ont poussé Didier Leroux a commettre le pire. "M. Leroux a agi froidement. Il n'était pas en plein milieu d'un délire", ajoute l'expert excluant toute folie au moment des faits. Mercredi, l'accusé, souvent confus, avait trouvé "ridicule d'avoir aimé une fille si jeune".

Priscillia avait été retrouvée le 8 février 2001 tuée de soixante coups de couteau dans le fossé menant à la ferme familiale aux Ecrennes (Seine-et-Marne). Le 10 février, après dix-sept heures de garde à vue, Didier Leroux avouait avoir préparé le crime qu'il explique par "ses sentiments" non partagés pour l'adolescente. Aux Ecrennes, Didier Leroux était connu pour des exhibitions sexuelles mais n'a jamais été condamné. Pour l'assassinat, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 14 novembre 2003

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(Novembre 2003) Emile Louis sera jugé pour sept meurtres

L'ANNÉE PROCHAINE, Emile Louis, né le 26 janvier 1934 à Auxerre, devrait donc être jugé par la cour d'assises de l'Yonne dans cette même ville pour six assassinats et un meurtre commis à la fin des années 1970. C'est ce que prévoit l'ordonnance de mise en accusation signée la semaine dernière par la juge d'instruction Claudine Philippe. Les avocats de l'ancien chauffeur de bus, Alain Thuault et Alain Fraitag, s'apprêtent à contester, devant la cour d'appel, la décision du magistrat. Cette ultime tentative ne devrait retarder que de quelques mois une échéance inévitable.

A la grande satisfaction des familles des « disparues d'Auxerre » - ces sept jeunes handicapées mentales légères qui se sont brusquement volatilisées il y a plus de trente ans - la justice a donc décidé d'examiner devant la cour d'assises la totalité des cas qui lui ont été soumis au milieu des années 1990. Seuls les squelettes de deux « disparues », Jacqueline Weiss et Madeleine Dejust, ont pu être exhumés à Rouvray, sur les indications d'Emile Louis, dans un champ bordé d'une rivière où il avait l'habitude de pêcher. Malgré plusieurs campagnes de fouilles, les corps des autres jeunes filles n'ont pas été retrouvés.

Accusation basée sur les aveux du suspect

Le 14 décembre 2000, lors de sa garde à vue, le tueur en série présumé déclarait pourtant : « J'ai bien enterré les corps des sept jeunes filles dans des bois dans la commune de Rouvray-Venouse. » Deux mois plus tard, en février 2001, Emile Louis revenait intégralement sur ses aveux, mettant en cause de mystérieux individus qu'il aurait vus transporter des corps en pleine nuit. C'est une version à laquelle il s'est tenu depuis. Pour bâtir son ordonnance de mise en accusation, Claudine Philippe s'est donc basée essentiellement sur les aveux initiaux du sexagénaire, formulés les 12, 13 et 14 décembre 2000 devant les gendarmes puis confirmés dans la foulée devant le juge Benoît Lewandoski alors chargé du dossier.

Ces aveux étaient plus ou moins circonstanciés selon les cas. Emile Louis a expliqué avec force détails comment il a tué, en 1976 ou 1977, Françoise Lemoine, qui était sa maîtresse depuis un an : un acte apparemment non prémédité, ce qui explique que la justice le qualifie de meurtre et non d'assassinat. Le couple faisait l'amour à Rouvray, au bord de la rivière, quand le chauffeur de bus dit avoir été pris d'une pulsion. « Je ne sais pas ce qui s'est passé, je n'étais plus moi-même, a-t-il raconté aux gendarmes. J'étais habité par quelqu'un d'autre qui me poussait au mal, cette force me poussait à tuer. » Pour les six autres disparues, Emile Louis s'est montré plus vague sur l'identité de ses victimes, mais a longuement décrit son mode opératoire. « Lorsque j'avais des pulsions, je donnais rendez-vous à des jeunes filles que je voyais chaque jour pour les transporter dans mon bus... Je prenais la jeune fille à l'endroit et à l'heure indiquée et je l'emmenais à Rouvray-Venouse. »

Se basant sur ces propos, la juge Philippe a estimé qu'il y a eu « enlèvement et assassinat ». Les avocats d'Emile Louis, eux, soutiennent que la confession de leur client résulte de la pression de la presse et des gendarmes. Dans moins d'un an, les jurés de la cour d'assises de l'Yonne trancheront.
F. V., Le Parisien, lundi 17 novembre 2003, p. 17

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(Novembre 2003) Des doutes sur le suicide du gendarme Jambert

TRISTE REVANCHE POSTHUME pour l'adjudant-chef Christian Jambert, 57 ans, le sous-officier de gendarmerie sans qui Emile Louis, 69 ans, le tueur présumé des disparues de l'Yonne, n'aurait jamais été renvoyé devant la cour d'assises. Dès 1983, ce gendarme a identifié l'ex-chauffeur de car, mais son procès-verbal, rédigé le 22 juin 1984, sera curieusement égaré avant d'être exhumé des archives à Noël 2000. Il avait listé toutes les victimes seize ans avant l'arrestation d'Emile Louis. Mais aujourd'hui, c'est le suicide de Christian Jambert, le 4 août 1997, quelques jours avant son audition chez le juge, dans le sous-sol de son pavillon à Auxerre, qui est contesté par sa famille. Et cela au moment même où la section de recherches de la gendarmerie de Paris vient de remettre au juge d'instruction Flausse une enquête qui ne permet pas d'accréditer la thèse criminelle mais qui ne répond pas aux questions essentielles.

« Le travail de mon père n'aura pas été vain. Il a été reconnu tardivement, trop sans doute... Ses soupçons étaient réellement justifiés » témoigne Isabelle Jambert, 36 ans, la fille de l'ancien sous-officier, un enfant de la Ddass, tout comme Emile Louis. « Sa mort, au début, je m'y suis résolue, mais il y a des incohérences évidentes. Je veux seulement connaître la vérité » lâche Isabelle, qui avait obtenu l'ouverture d'une information pour recherche des causes de la mort en novembre 2002 et défendue par M e Didier Seban. Isabelle Jambert a refusé d'être entendue par les militaires et réserve ses déclarations à la juge Flausse. « Ils ne répondent pas à toutes les questions. J'ai cru au suicide mais, aujourd'hui, je ne sais plus quoi penser. C'est vrai qu'il était parfois dépressif » insiste, quant à lui, Philippe Jambert, son fils, longuement entendu encore la semaine dernière pendant trois heures. Le gendarme Jambert, souffrant d'accès de dépression, avait fait une première tentative de suicide en mai 1995, lui, le gendarme aux 30 diplômes d'honneur. Aujourd'hui, des éléments viennent semer le doute quand à la thèse du suicide.

Des gendarmes sûrs d'eux.

« Il n'existe aucune preuve cohérente pour un crime. Certes, il y a eu des imperfections dans l'enquête initiale, mais l'autopsie n'est pas la règle, c'est loin d'être la majorité des cas, lors d'un suicide. Y a-t--il une bonne date pour se suicider ? » explique-t-on à la gendarmerie de Paris. Opiniâtre, meneur d'hommes, le gendarme Jambert « abandonné au plan affectif » et « déchu professionnellement », il avait été refusé pour le grade de major, a abordé la « retraite dans les pires conditions de solitude » selon le rapport de l'inspection technique de la gendarmerie qui le dit ruiné alors qu'il a laissé à ses deux enfants une succession de 120 000 euros.

Il devait témoigner.

Christian Jambert devait témoigner chez le juge Benoît Lewandowski qui l'avait convoqué en août 1997 quelques jours après sa mort. C'était l'occasion pour le gendarme Jambert de faire part de l'existence de son fameux procès-verbal de juin 1984 resté lettre morte et inconnu à cette date. « Pourquoi se suicider au moment où ses investigations allaient être validées ? », interroge un autre proche. L'adjudant avait rassemblé ses carnets de notes à spirale pour ce rendez-vous.

La balle jamais retrouvée.

Lorsqu'il se suicide dans le sous-sol de son pavillon avec une carabine 22 long rifle, l'ogive, supposée avoir traversé le corps de Christian Jambert, n'a jamais été retrouvée. Aucune enquête balistique n'a été effectuée. La balle n'a pu traverser les murs de la maison. L'entrée de la balle au-dessus de la lèvre est étrange, un peu comme si son agresseur avait mal visé le gendarme après l'avoir assommé et abattu alors qu'il était au sol.

Position du corps suspecte.

Christian Jambert aurait mis fin à ses jours en mettant le canon de son arme dans la bouche. Sous le choc, il aurait dû tomber dans une position désarticulée. Or, selon les constatations de l'époque, le corps est bien aligné comme paisible, les jambes droites, bien allongées et seulement le bras gauche replié sur le ventre. Son fils Philippe, à qui des photos ont été montrées, s'étonne aussi de la position de la carabine par rapport au corps.

La porte ouverte.

Sur ce point, tous ses proches sont formels, jamais l'adjudant Jambert ne laissait sa porte ouverte, sauf le jour de son suicide. Autre fait troublant, sur l'un de ses agendas, il y avait le nom d'un célèbre détective privé.

Petites annonces.

Encore un fait étrange, pour occuper sa retraite, il avait répondu juste avant sa mort à des petites annonces de compagnies d'assurances qui recherchaient des enquêteurs privés chez d'anciens gendarmes des brigades de recherches.
Jean-Marc Ducos,

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« Aujourd'hui, je sais que je me suis trompé »
Jacques Bourguignon, ancien juge d'instruction au tribunal d'Auxerre, reconnaît avoir manqué de clairvoyance dans l'affaire Emile Louis. Il regrette de ne pas « avoir posé les bonnes questions » au gendarme Jambert qui s'est suicidé en 1997.

« Le gendarme Jambert était persuadé qu'Emile Louis était coupable », se souvient le juge Bourguignon arrivé à Auxerre en 1983. « Mais tout le monde m'a dit qu'il se trompait . »

ALORS qu'Emile Louis, 69 ans, le tueur présumé des disparues de l'Yonne - ces sept jeunes femmes handicapées volatilisées dans les années 1970 -, va enfin comparaître, l'an prochain, devant une cour d'assises, le juge d'instruction Jacques Bourguignon, 56 ans, en poste à Auxerre entre 1983 et 1990, fait un mea culpa courageux.

Le magistrat, aujourd'hui en poste à Mulhouse (Haut-Rhin), reconnaît s'être « trompé » et regrette de ne pas « avoir posé les bonnes questions » à l'adjudant-chef Christian Jambert au moment où il en avait l'occasion. Ce sous-officier avait révélé l'affaire, mais son enquête était restée lettre morte pendant seize ans. Le suicide de ce gendarme en août 1997 reste d'ailleurs toujours suspect.
Emile Louis n'a été arrêté que le 12 décembre 2000, plus de vingt ans après les premiers meurtres dont il est accusé. Ce sont pas moins de quatre juges d'instruction qui se sont succédé dans ce dossier.

Quand avez-vous entendu parler pour la première fois des disparitions de jeunes femmes à Auxerre ?
Jacques Bourguignon. Je suis arrivé à Auxerre en janvier 1983, c'était mon premier poste, et personne ne m'a signalé particulièrement l'affaire Emile Louis. Le premier à m'avoir mis la puce à l'oreille a été le gendarme Jambert lors d'un déplacement à Rouvray car, à l'époque, j'instruisais le dossier du meurtre de Sylviane Durand-Lesage. Emile Louis était un suspect. Je voulais prendre la mesure du dossier, mais je ne voyais pas les charges précises qu'on avait contre Emile Louis. Jambert, lui, était persuadé qu'il était coupable et il m'indiqua à cette occasion qu'il existait d'autres disparitions de jeunes femmes. J'étais surpris car les faits étaient anciens. Mais il n'y avait pas de procédures ni de signalements. Le gendarme Jambert n'a pas eu ce côté insistant ou obsessionnel que certains lui prêtent aujourd'hui sur ce dossier.

« Je constate aujourd'hui qu'il y avait une incrédulité totale sur ce dossier »

Mais pourquoi ne pas avoir cherché plus loin ?
Il n'y avait pas d'infraction constituée à l'époque. Je me suis renseigné auprès de ses collègues et tout le monde m'a dit qu'il se trompait. Mon sentiment, c'est que personne ne croyait à ce dossier. J'en ai parlé à mon procureur, M. René Meyer, et également aux officiers de la gendarmerie. Tous m'ont dit qu'il n'y avait pas d'affaire et qu'il s'agissait de fugues. Je constate aujourd'hui qu'il y avait une incrédulité totale sur ce dossier. Mais c'est vrai qu'il n'y avait ni plainte, ni partie civile, ni alerte des institutions en cause. Il n'y avait que Jambert pour en parler. De toute façon, c'était au parquet d'ouvrir une information judiciaire car, sans cela, le juge d'instruction ne peut pas grand-chose.

Quelle était l'ambiance au tribunal d'Auxerre à l'époque ?
C'était un tout petit tribunal. Il y avait deux juges d'instruction et trois magistrats du parquet. Mais il est vrai que les archives étaient mal tenues. Comme dans beaucoup de juridictions, il n'y avait pas d'informatique. Le gendarme Jambert avait aussi des problèmes avec sa hiérarchie. Il y avait une tension qui se traduisait par un manque de confiance avec ses officiers, et lui-même avait parfois une attitude provocatrice.

N'avez-vous pas l'impression d'avoir raté le dossier de votre vie ?
C'est très frustrant pour moi car, aujourd'hui, je sais que je me suis trompé et on a le devoir de ne pas se tromper dans ce métier, surtout quand on l'a choisi par passion, comme moi, à 35 ans, après une carrière dans l'administration préfectorale. Je suis un magistrat qui doute et je suis loin d'avoir des certitudes affirmées dans tous les dossiers. Ce n'est pas parce qu'on a des pouvoirs de juge qu'on ne fait pas d'erreurs. Je regrette sincèrement de ne pas avoir demandé plus à Jambert. Je me dis que je suis passé à côté d'un dossier très important. J'ai manqué de clairvoyance. Etre juge d'instruction, ce n'est pas un métier où vous pouvez être sûr de tout ce que vous entreprenez. On n'est pas infaillible. Le juge parfait, c'est un mythe.
Propos recueillis par Jean-Marc Ducos Le Parisien, vendredi 28 novembre 2003, p. 15

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Affaire Alègre : les confessions

Il a travaillé pendant six ans sur l'affaire Alègre. L'ex-gendarme Roussel, aujourd'hui à la retraite, se confie pour la première fois. Avant la sortie de son livre, il critique sa hiérarchie et parle de ses face-à-face avec le tueur en série de Toulouse.

SON TEMOIGNAGE est accablant. Michel Roussel, 42 ans, ancien directeur d'enquête à la cellule « homicide 31 » n'avait jamais parlé. Il vide son sac.

Quand il a quitté la gendarmerie en octobre dernier (2003), ses collègues pressentaient un coup de colère. Ils se trompaient. La rage de Michel Roussel est bien pire. Elle est froide, réfléchie, immense. Le gendarme vient de mettre la dernière main à un livre-confession* sur les coulisses de l'affaire Alègre, devenue au printemps dernier l'affaire Baudis.

Accusé d'avoir été trop « proche » des deux prostituées, dont les accusations ont tourné court, le gendarme se défend. « J'enquêtais sur des meurtres, pas sur des notables », dit-il, sans un mot d'excuse à l'encontre des personnalités mises en cause à tort. Froidement, Roussel ne renie rien, et c'est bien le point faible de sa démonstration.

Aujourd'hui à la retraite, l'ex-adjudant veut désormais aider les familles des victimes d'Alègre à « poursuivre les enquêtes ». Ceux qui le croyaient parti se trompaient encore. « Il reste 191 dossiers à ouvrir. » Fils de plâtrier, Michel Roussel, comme beaucoup d'Ariégeois, déteste montrer ses sentiments. Mais à l'intérieur, c'est une Cocotte-Minute. « Il faut continuer les recherches sur les meurtres », dit-il en serrant les dents, lui qui connaît « par coeur » chaque scène de crime.

C'est au nom des victimes d'Alègre, une dizaine déjà recensées, qu'il a décidé de « ne jamais lâcher ». Selon Roussel, une liste complète de 191 disparitions et morts suspectes de femmes dans la région toulousaine n'a à ce jour jamais fait l'objet d'investigation. « On nous a mis des bâtons dans les roues. »

Deuxième message, malgré les discours officiels et la création de la cellule « homicide 31 », la hiérarchie toulousaine de la gendarmerie se serait souvent opposée à ses enquêtes. Accablant, son témoignage fait état d'une « lente neutralisation » de la cellule. Sur le volet « notable », Michel Roussel, dessaisi du dossier au profit d'une deuxième équipe, affirme ici qu'il aurait fait « l'inverse » de ce qui a été fait.
Pourtant, l'enquête menée depuis son départ ne confirme en rien les témoignages de deux prostituées, Fanny et Patricia.

« Alègre ne pense qu'à s'évader. » Autre volet de ce témoignage, le récit bouleversant du face-à-face du gendarme avec Patrice Alègre. Michel Roussel décrit ce tueur en série « qui tue par plaisir », auquel il a serré la main à chacune de leurs rencontres. L'enquêteur révèle ici trois tentatives d'évasion d'Alègre et s'interroge aussi sur les connexions du tueur toulousain avec le milieu varois. La dernière phrase du livre résume tout Roussel : « Jamais criminel ne doit vivre en paix. »
* « Homicide 31, au coeur de l'affaire Alègre, l'ex-directeur d'enquête parle » aux Editions Denoël. Michel Roussel témoignera dimanche soir sur TF 1, à 19 heures, lors de l'émission « 7 à 8 », dans un reportage de Nicolas Poincaré.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, vendredi 23 janvier 2004, p. 2

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(07 mars 2004) Deux adolescents du Teil (Ardèche) ont été mis en examen pour « assassinat » et écroués hier . Ils ont reconnu avoir froidement organisé le meurtre de Cédric, 15 ans , qui les avait dénoncés à la police.
Les deux ados ont bien prémédité leur vengeance diabolique

Selon leurs propres déclarations, ils ont imaginé le guet-apens « à partir de films vus à la télé ». Un scénario qualifié par le procureur de Privas de « stupide et irréaliste, mais qui a néanmoins fonctionné ».

Cédric Juge, 15 ans, a été tué lundi soir et son corps retrouvé mercredi dans un espace boisé du Teil. La juge d'instruction, Claudine Charre, a mis en examen hier matin Christophe et Jean (*) pour « assassinat ». Les deux adolescents, 17 ans, ont ensuite été placés en détention provisoire. « Ils ont passé des aveux circonstanciés et complets, confie Michel Girard, procureur de Privas.
Ce geste est la conséquence d'un règlement de comptes et d'une vengeance contre Cédric Juge, qui avait communiqué un peu plus tôt l'identité de Christophe aux policiers du Teil pour le vol de la voiture de son père, commis en avril 2003. » « Christophe a également évoqué des menaces de représailles que lui aurait faites la victime quand elle a découvert qu'il était l'auteur de ce vol », ajoute l'avocate du meurtrier présumé, Me Christine Cuer d'Aulan.

« C'est fait »

Lundi soir, c'est donc Jean qui vient chercher Cédric chez lui pour, dit-il, l'emmener chez son meilleur ami. Il quitte le domicile familial confiant, inconscient que le drame est en train de se nouer. L'étau s'est déjà resserré. Comme prévu préalablement, alors qu'ils sont tous les deux en route, Jean reçoit un appel de Christophe, qui prétexte une panne de scooter pour qu'il le rejoigne. Vers 20 h 30, les trois adolescents se retrouvent sur ce qui va devenir la scène du crime, une petite terrasse surplombant un parcours pédestre dans les hauteurs du Teil. Quelques banalités sont échangées. Soudain, Christophe entre dans ce que le procureur qualifie de « tunnel de l'action criminelle ».
Il poignarde Cédric dans le dos avec un couteau de guerre. La victime se débat et elle est frappée à nouveau. « Jean a dit au juge avoir fait signe à Christophe deux ou trois fois pour qu'il s'arrête, mais il a continué », glisse une source proche du dossier. Quatorze coups au total. Selon les premières conclusions de l'autopsie, la mort fut rapide.
Les deux complices ne perdent pas ensuite leur sang-froid. Ils jettent le corps par-dessus le parapet dans les buissons, se débarrassent de l'arme du crime, nettoient maladroitement les traces de sang par terre. Rentrés chez eux, ils mettent leurs vêtements maculés de sang dans le panier à linge sale, après les avoir barbouillés de cambouis. Christophe envoie même un SMS sur le téléphone portable d'un ami : « C'est fait. »
Dans leur logique, la « balance » est éliminée. Le lendemain, comme si de rien n'était, les deux jeunes répondent à une convocation devant le service éducatif du tribunal de Privas pour une autre affaire de vol de voiture. « Ils ont eu, lors de cet entretien, un comportement normal », lâche un magistrat. Ils étaient ensuite convoqués pour la même affaire à une audience devant le juge des enfants le 16 mars.

« Ces gars-là, c'est de la mauvaise graine »

Au Teil, deux grandes rues commerçantes et pas plus de cités sensibles qu'une ville de huit mille habitants ne peut en compter, la victime et ses deux meurtriers étaient bien connus. « Tous ces jeunes ont partagé les mêmes bancs d'école, étaient inscrits dans les mêmes associations, traînaient ensemble le soir et le week-end », explique une source proche de l'enquête.
« Cédric côtoyait souvent Christophe et Jean, mais dès que ces deux-là voulaient l'embarquer dans un plan voitures, il prenait du recul et les quittait », confie Jeff, un ancien membre de cette « bande ». A 25 ans, « un bon casier judiciaire » derrière lui, il a aujourd'hui la rage : « Je leur avais dit d'arrêter : qu'après les vols de voitures, ils passeraient à autre chose. Je ne pensais pas que ça arriverait si vite, que ce serait si grave. Ces gars-là, c'est de la mauvaise graine. J'ai même croisé certains de leurs copains qui osent dire que ce qui est arrivé à Cédric, c'est bien fait pour lui. Ils n'ont plus les pieds sur terre. Ils s'étaient mis à piquer des bagnoles il y a un an. Ils les empruntent, s'en servent toute la nuit puis les brûlent ou les cassent. Ils ne les revendent même pas ! C'est gratuit. »
En revanche, ni Christophe ni Jean n'avaient pour le moment de casier judiciaire, mais des procédures les impliquant étaient en cours. Les deux adolescents étaient en formation de carrosserie et de mécanique. A la maison, deux pères absents. L'un s'est pendu il y a deux ans au domicile familial, l'autre est en prison, en attente de son procès devant la cour d'assises du Nord pour des attouchements sur la demi-soeur de Jean.
« La victime et ses deux meurtriers ont ce point commun d'avoir eu une grande liberté d'aller et venir sans que les parents exercent vraiment de contrôle », indique Me Bernard Vesson, avocat de Jean. Les expertises psychiatriques et psychologiques vont rapidement être diligentées. Si la cour d'assises retient la circonstance atténuante de la minorité, les deux adolescents encourent jusqu'à vingt ans de prison. La perpétuité dans le cas contraire.
(*) Les prénoms ont été modifiés.
Julien Dumond, Le Parisien, dimanche 07 mars 2004, p. 13

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Vingt ans pour avoir encore tué sa femme
Témoignages douloureux, aux assises de Paris, autour du deuxième mariage de Jean-Louis Catineau.

La patronne se souvient bien de lui. Il avait des références d'ambulancier. Elle avait besoin d'un employé. «Il était nerveux, les cheveux négligés. Fumait beaucoup.» Pas son style. «Mais aujourd'hui, vous savez, on prend les gens comme ils sont. Je crois qu'on peut tendre la main.» Alors, quand sa femme l'a mis dehors, la patronne lui a proposé de dormir dans l'entreprise. Et quand il a tué sa femme, elle est allée le voir en prison. Aujourd'hui, elle témoigne aux assises de Paris : «Quand j'ai appris qu'il l'avait déjà fait, j'ai coupé.»

Jean-Louis Catineau, 42 ans, est une curiosité judiciaire : récidiviste du crime passionnel. Depuis jeudi, il comparaissait pour avoir tué sa deuxième femme en février 2001, trois mois après être sorti de prison où il purgeait douze ans pour avoir tué la première (lire Libération des 21-22 février 2004). Là se joue ce que l'avocat général Jean-Jacques Bignon appelle «la lancinante question de ce procès» : recommencera-t-il une troisième fois ?

A la barre, ceux qui n'avaient déjà pu imaginer «la deuxième» donnent un échantillon de ce qu'on appelle les remords. Et de la façon de s'en débrouiller. Le pasteur de la prison, par exemple. En 1999, il est témoin du mariage de Thérèse, trois enfants, venue du Burkina Faso, et de Catineau, qui l'a rencontrée par annonce.
Lorsqu'elle parle de rompre, le pasteur se fait médiateur conjugal. «Vous avez voulu croire à ce rêve de deux naufragés qui construisent un radeau de fortune, plaide Me Fabrice Dubest, à la défense. Sur le banc, le pasteur pleure. Avant, il avait lancé : «Il n'est pas dans ma fonction de vous charger, mais tout de même, vous aviez déjà cassé une porte chez Thérèse...»
Il y a Sabine, soeur de Jean-Louis. Aux enquêteurs, elle dit l'enfance, «les branlées de la mort». C'est elle qu'il avait eue au téléphone avant de saisir un couteau de cuisine, le 9 février 2001. Elle avait dit : «Te laisse pas faire.» Elle s'est fait excuser au procès et a rompu avec son frère.

«Il n'y a pas de fatalité», a avancé un expert psychiatre. Il faudrait que Catineau se soigne. «S'il l'avait pu la première fois, il ne serait pas là, reprend Me Dubest. En prison, le problème n'est pas l'obligation mais la possibilité de soins. Les psychiatres se comptent sur une main.»

Catineau a pris vingt ans de prison, peine requise par l'avocat général. Il avait demandé de «comprendre». Ou d'«essayer».
Libération, Par Florence AUBENAS, mardi 24 février 2004, p. 18

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(mars 2004) Emile Louis nie les viols de sa femme et sa belle-fille

Avant de comparaître à la fin de l'année dans l'affaire des "disparues de l'Yonne", Emile Louis est jugé depuis lundi à Draguignan devant la cour d'assises du Var pour "viols aggravés et actes de barbarie" commis sur sa seconde épouse, Chantal, et la fille de celle-ci, Karine.

Les faits qui lui sont reprochés remontent aux années 80, lorsque l'ancien chauffeur de car a quitté la région d'Auxerre pour s'installer dans le Var.

Pour des raisons de calendrier, la justice a choisi de ne pas suivre la chronologie des faits et l'affaire des disparues de l'Yonne ne sera jugée qu'à la fin de l'année.

Le président Dominique Bréjoux, qui mène les débats, a ouvert le procès par l'examen de la personnalité d'Emile Louis, né le 6 janvier 1934 à Auxerre, enfant de la DDASS traînant derrière lui depuis son adolescence des rumeurs de sévices sexuels et d'attouchements sur enfants.

A 70 ans, l'homme en paraît dix de plus. Petit, rond, voûté, cheveux entièrement blancs et visage rougeaud, il a néanmoins l'air d'un grand père débonnaire. Son portrait psychologique depuis son plus jeune âge est moins flatteur.

Depuis son enfance, Emile Louis est décrit par ceux qui l'ont approché comme menteur, retors et hâbleur. "Un garçon qui aurait avalé un renard et qui le nierait même si la queue dépassait encore de sa bouche", selon la définition d'une de ses institutrices.

"Ces gens ne m'aimaient pas", objecte-t-il. "On ne peut pas plaire à tout le monde, quant à ceux qui m'accusent de mensonge, c'est bien connu, toute vérité n'est pas toujours bonne à dire".

Dans le Var, en dépit d'une réputation établie de personnage étrange, Emile Louis épouse en 1992 Chantal Paradis. "Le coup de foudre", dit-il sur ce mariage célébré un mois et demi après leur première rencontre.

Sa nouvelle femme est faible, en mauvaise santé psychologique, il en fait "sa chose" qu'il soumet après l'avoir droguée à des sévices sexuels, selon l'accusation. Il procède de la même manière avec sa belle-fille Karine.

"J'AIMAIS BIEN BLAGUER"

Après des années de ce traitement, les deux femmes vont finir par avoir la force de porter plainte.

"Je ne reconnais absolument rien de tout ce dont elles m'accusent, je n'ai jamais fait des horreurs pareilles", dit-il au président du tribunal.

Au-delà de ce volet varois, les ennuis judiciaires d'Emile Louis commencent en 1981 lorsqu'il est arrêté dans la région d'Auxerre pour homicide volontaire sur la personne de Sylviane Durand-Lesage, dont le corps est découvert sous un tas de fumier dans une ferme. Arrêté, il échappe aux assises grâce au témoignage de moralité d'une relation "au-dessus de tout soupçon" appartenant à une association pour jeunes handicapés. Il bénéficie d'un non-lieu faute de charges suffisantes contre lui.

En mars 1983, nouvelles poursuites: Emile Louis est condamné à cinq ans de prison pour "attentat à la pudeur sur mineurs". Libéré en 1984, il quitte la Bourgogne pour le Var où très vite les rumeurs sur son comportement avec les enfants continuent de le poursuivre.

Retraité, il va de petits boulots en emplois de courte durée jusqu'à se faire une spécialité dans le transport scolaire malgré son passé judiciaire. Très pressant avec les enfants, il leur offre des bonbons, des cigarettes et les rumeurs se propagent sur ses "attitudes équivoques" avec eux, des histoires d'attouchements.

"Il racontait des cochonneries", diront certains.

"J'aimais bien blaguer, c'est tout, je n'ai jamais eu de gestes déplacés ou dit de grossièretés envers eux", répond-il. A chaque accusation précise, Emile Louis se défend en disant qu'elle n'est inspirée que par la jalousie et la méchanceté.

"Tout ce qu'on a dit de moi, c'est rien que des menteries pas vraies", réplique-t-il avec un fort accent campagnard, et parfois des intonations à la Gabin.

Sur ses antécédents judiciaires, il lâche juste: "ces affaires ont été jugées, je n'ai pas à y revenir".

Le temps fort de la deuxième journée d'audience mardi sera la venue à la barre des témoins d'une des filles d'un premier mariage d'Emile Louis, Maryline.

Auteur d'un livre-réquisitoire très sévère contre son père, la jeune femme dit comment elle a été témoin une nuit, en forêt, d'une scène hallucinante au cours de laquelle son père avait attaché une femme nue à un arbre et l'avait battue à mort.
yahoo.fr, Par Pierre Thébault, lundi 22 mars 2004, 18h54

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(26 mars 2004) Vingt ans de prison pour Emile Louis
Il aura fallu moins de deux heures aux jurés de la cour d'assises du Var pour condamner Emile Louis, 70 ans, à vingt ans de prison. L'ex-chauffeur de car, déjà au coeur de l'affaire des disparues de l'Yonne, était jugé depuis lundi pour des viols commis entre 1992 et 1996 sur sa seconde épouse, Chantal Paradis, et sa belle-fille, Karine Magret. Pendant toute la semaine, Chantal et sa fille, née d'un premier mariage, sont restées de marbre.

Stoïques.
Tétanisées à l'idée d'affronter leur bourreau pendant cinq jours. Mais à l'énoncé du verdict, les deux femmes se tenant par la main ont éclaté en sanglots. Une libération pour elles. Sans souffler mot, Emile Louis est aussitôt reparti à la geôle du palais de justice de Draguignan.

«Il ne fait pas bon être un enfant ou une femme à ses côtés»

Les convictions des quatre avocats d'Emile Louis n'ont rien pu faire pour atténuer les vingt ans requis par l'avocat général jeudi après-midi. Me Renaud Arlabosse a bien tenté de décrédibiliser le témoignage de Karine qui a raconté comment son beau-père a abusé d'elle lorsqu'elle séjournait chez le couple à Draguignan.
« Elle est revenue chez son bourreau », a expliqué l'avocat de l'accusé, trouvant cette attitude incompréhensible car l'enfant de 13 ans qu'elle était à l'époque chahutait volontiers avec cet homme. Quant aux actes sexuels pervers et les divers sévices infligés à Chantal par Emile tous les vendredis soir à 17 heures, comme un rituel, après l'avoir droguée, l'avocat les a qualifiés de simple « jeu de couple ».
Dépressive, vulnérable, ancienne épouse battue, Chantal Paradis n'avait pas la volonté de s'opposer à ce mari qui menaçait de la faire interner si elle refusait. Mais l'avocat n'a eu de cesse de mettre en cause la vraisemblance des faits. « Vous n'avez pas le droit de considérer Chantal Paradis comme une personne sans libre arbitre, il faut lui rendre sa dignité en la considérant comme une personne et en acquittant son mari », a lancé le jeune avocat. Une formule choc pour culpabiliser l'ex-épouse d'Emile.
Me Alain Fraitag, lui, a dénoncé un montage et « l'acharnement » des victimes car « la culpabilité d'Emile Louis est trop belle, trop évidente pour être vraie ». Une façon de faire comprendre qu'une première condamnation à Draguignan permettrait d'accréditer le dossier des disparues de l'Yonne pour lequel l'ex-chauffeur de car comparaîtra à l'automne devant les assises. Et d'insister sur le « roman » de l'affaire des sept jeunes filles de la Ddass, jamais revues vivantes, qui transparaît en « filigrane » comme pour mieux effrayer les jurés. « Vingt ans de prison pour Emile Louis, âgé de 70 ans, c'est équivalent de la curée pour cet homme », a plaidé l'avocat. En vain.
« Une seule certitude, il ne fait pas bon être un enfant ou une femme aux côtés d'Emile Louis », a constaté Me Didier Seban à l'issue de cette semaine. L'avocat des victimes se souviendra longtemps, dit-il, du « culot monstre » de ce retraité « grand pervers au sentiment de toute-puissance », capable encore d'assurer son « emprise sur les témoins » venus déposer à la barre.
Jean-Marc Ducos, Le Parisien, samedi 27 mars 2004, p.17

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Le gendarme Jambert a sans doute été assassiné
Le gendarme Christian Jambert, qui avait enquêté de longues années sur Emile Louis, aurait été assassiné en 1997. Une autopsie, qui vient d'être pratiquée, remet en cause la thèse officielle du suicide.

NOUVELLE secousse judiciaire dans l'Yonne. La première déflagration avait été causée, en décembre 2000, par les terrifiants aveux d'Emile Louis, tueur en série présumé confondu plus de vingt ans après les faits. Hier, les résultats d'une autopsie pratiquée mercredi (31 mars 2004) sur le squelette du gendarme Christian Jambert, retrouvé mort dans son garage à Auxerre le 4 août 1997, ont ravivé le parfum de scandale qui entoure l'affaire dite des « disparues de l'Yonne ».

L'adjudant-chef Jambert traquait Emile Louis depuis le début des années 1980. Il était un témoin clé de l'affaire et devait être entendu par le juge d'instruction dans les jours suivant son décès. A l'époque, le procureur de la République d'Auxerre, Jacques Cazals, s'était empressé de conclure à un suicide par arme à feu et de clore le dossier.

« Peu compatibles avec un suicide »

L'autopsie pratiquée par la professeur Dominique Lecomte, directrice de l'Institut médico-légal de Paris, suggère un scénario radicalement différent. « Les constatations du médecin légiste sont de nature à établir l'existence de deux orifices d'entrée de projectile au niveau de la tête de la victime », a annoncé hier le parquet d'Auxerre.
Selon le « procès-verbal d'assistance à autopsie » établi par les gendarmes, ces constatations sont « peu compatibles avec un suicide ». Christian Jambert aurait donc été assassiné. « L'affaire est grave, très grave », estime Didier Seban, l'avocat des familles des disparues de l'Yonne. Un jugement visiblement partagé par le ministère de la Justice. Hier matin, dès qu'il a eu connaissance des premiers résultats de l'autopsie pratiquée sur la dépouille du gendarme, le cabinet de Dominique Perben a contacté Pierre Monnoir, le président de l'ADHY (Association de défense des handicapés de l'Yonne), qui ferraille depuis près de dix ans contre les errements de la justice auxerroise. « M. Perben souhaite nous rencontrer dès la semaine prochaine. Il va probablement ouvrir une nouvelle enquête interne pour comprendre comment la mort de Christian Jambert a pu être à ce point mal traitée. »

Le 4 août 1997, Christian Jambert était découvert étendu dans son garage, sa carabine 22 long rifle posée sur le sol. Un mot d'adieu, griffonné sur une feuille de papier, est retrouvé à proximité. Faute de médecin légiste disponible en cette période de congés estivaux, c'est le docteur Frédéric F., de SOS Médecins, qui pratique un examen post mortem. Il note « deux orifices », qui peuvent correspondre aux points « d'entrée et de sortie » d'un projectile, et une large plaie à l'arrière de la tête. Le corps est ensuite transporté au CHU d'Auxerre. Là, un autre médecin examine rapidement le corps. Aucune autopsie digne de ce nom n'est pratiquée, et le procureur Cazals délivre dans la foulée un permis d'inhumer. Joint en mars 2003 à ce sujet, ce magistrat expliquait alors : « J'ai eu à l'époque entre les mains une enquête de gendarmerie avec des constatations cohérentes et des conclusions logiques, et j'ai donc pris la décision de ne pas faire pratiquer d'autopsie. »

Les scellés détruits sur instruction

Le dossier est refermé sans bruit, jusqu'à ce qu'Isabelle, la fille de Christian Jambert, intriguée par les développements de l'affaire Emile Louis, se décide à demander une nouvelle enquête sur les « causes de la mort » de son père. Depuis plus d'un an, les gendarmes de la section de recherches (SR) de Paris tentaient donc de reconstituer les faits. Non sans difficultés puisque les scellés de ce dossier - l'arme utilisée, les douilles retrouvées dans le garage et les prélèvements de poudre effectués sur le corps - avaient été détruits, dans le délai légal, sur instruction du procureur Cazals.
Mercredi au petit matin, ils se rendaient discrètement au cimetière d'Auxerre et exhumaient la dépouille de leur ancien collègue, qui était transporté à l'Institut médico-légal de Paris. Il n'a fallu que quelques minutes aux médecins légistes pour constater l'impensable : les deux orifices présents sur le crâne du gendarme correspondent aux entrées de deux projectiles, tirés selon deux angles différents. Par ailleurs, des débris de munitions ont été retrouvés à l'intérieur de la boîte crânienne, ce qui suggère qu'une des deux balles n'est pas ressortie.
Les gendarmes en charge de l'enquête s'apprêtent maintenant à enquêter sur un assassinat. Qui a tué Christian Jambert ? Pour quelles raisons ? Pourquoi le parquet et la gendarmerie de l'Yonne ont-ils conclu si vite à un suicide ? Autant de questions qui relancent les spéculations sur l'existence d'un monstrueux réseau criminel dans ce paisible coin de Bourgogne.

Le gendarme Christian Jambert avait été découvert mort dans son garage à Auxerre le 4 août 1997 .

Frédéric Vézard, Le Parisien, vendredi 02 avril 2004, p. 10 et 11

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(4 avril 2004) « On a tout fait pour que je parte »

UNE INFORMATION judiciaire pour assassinat a été ouverte après l'autopsie jeudi (1er avril 2004) du corps de l'adjudant Christian Jambert. La justice avait retenu la thèse du suicide en août 1997, contre certaines évidences. L'adjudant Jambert, 56 ans, devait se rendre en septembre 1997 chez le juge d'instruction Benoît Lewandowski, celui qui a mis Emile Louis en examen et lui a fait avouer ses meurtres en décembre 2000 avant d'être muté et débarqué du dossier au printemps suivant.

En 1984, il mettait déjà en cause le chauffeur de car dans l'affaire des disparues de l'Yonne. Aujourd'hui, le juge Lewandowski revient sur les difficultés de son travail à l'époque. « Mon plus grand regret, c'est de n'avoir pas pu poursuivre cette enquête car on m'a liquidé judiciairement avant de l'avoir achevée. On a tout fait pour que je parte. J'étais victime d'un véritable harcèlement car j'avais mis en examen l'ancien ministre Henri Nallet dans l'affaire du Crédit agricole de l'Yonne et ça dérangeait. Un dossier qui se poursuit d'ailleurs », explique Benoît Lewandowski, l'ex-juge d'instruction, ancien inspecteur des impôts et réputé très méthodique.

« Ça m'a fait sourire quand j'ai lu que l'ancien garde des Sceaux Marylise Lebranchu expliquait que j'avais demandé ma mutation. Je n'avais plus aucune sérénité pour travailler. Quand j'enquêtais sur Emile Louis, le parquet mettait en doute l'opportunité des fouilles que je menais en me disant que cela coûtait cher. On me faisait comprendre qu'il y avait bien d'autres dossiers à traiter bien plus urgents. La veille de l'arrestation d'Emile Louis, le parquet m'a demandé quand finirait cette comédie inutile . Mais quand Emile Louis a désigné les sépultures de deux des victimes, la stratégie a enfin changé. Mais la mécanique de mon départ était engagée », constate le magistrat, devenu juge d'application des peines à Paris.

« Je suis parti comme un fantôme » lâche-t-il. « Quant à Jambert, je le savais fatigué et perturbé, et le parquet m'a assuré qu'il s'agissait d'un suicide. Je ne pouvais pas enquêter sur sa mort car je ne pouvais me saisir moi-même en l'absence de plainte de la famille. Mais il était bien prévu qu'il vienne me voir. Il savait que j'envisageais son audition. Elle était prévue dans mon agenda des semaines suivantes. Il avait déjà été entendu par un autre enquêteur, l'adjudant V. », explique le juge.
Pourtant le rapport de l'Inspection de la gendarmerie, rédigé en 2001, quand l'affaire éclabousse l'institution judiciaire, assure en page 14 que le magistrat n'avait jamais convoqué le sous-officier et précise : « encore moins à une date voisine du suicide de ce dernier ».

La thèse du suicide battue en brèche

C'est le procureur Jacques Cazals qui a traité le « suicide » douteux de l'adjudant Jambert. Une nouvelle enquête administrative devrait prochainement le concerner. Une nouvelle enquête, après celle demandée par le ministre de la Justice en décembre 2000 qui avait conduit à son déplacement d'office. Une décision finalement annulée devant le Conseil d'Etat.
La thèse d'un meurtre était encore qualifiée de « théorie délirante » fin 2003 par les gendarmes de la section de recherches de Paris, en charge de l'enquête jusqu'à ce que Pauline Flausse, la juge d'instruction d'Auxerre, passe outre leurs recommandations et décide de faire exhumer le corps de l'ancien militaire. Une démarche entreprise après l'audition d'Isabelle Jambert, la fille de l'adjudant, qui a convaincu la jeune magistrate.

« Pour enquêter sur Emile Louis, tout le monde me disait que c'était inutile. Le procureur Cazals invoquait la prescription des faits, raconte M. Lewandowski. J'ai refusé effectivement d'instruire une première fois, mais c'était stratégique pour que les parties civiles saisissent la chambre de l'instruction. Et j'ai été obligé d'instruire, à ma grande satisfaction, jusqu'à la mise en cause et l'arrestation d'Emile Louis. »
Le juge Lewandowski n'a jamais caché sa sympathie pour les parties civiles et s'est rendu, « par respect pour son engagement », aux obsèques de Janine Baufumé, la modeste cuisinière, la première à avoir constaté les disparitions d'enfants au sein de l'Association pour jeunes et adultes handicapés de l'Yonne, l'autre héroïne posthume de cette affaire.

Le juge Benoît Lewandowski avait bel et bien prévu de recevoir le gendarme Jambert lors de l'instruction sur les disparues de l'Yonne.
Jean-Marc Ducos, Le Parisien, dimanche 04 avril 2004, p. 11

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(14 mai 2004) Le substitut Bourragué revient dans l'affaire Alègre
Selon deux policiers, il était sur les lieux du meurtre de Line Galbardi en 1992.

Sur fond de miasmes délétères, de tirs à boulets rouges entre gendarmes et magistrats, de carences notoires dans les enquêtes policières et médico-légales, les affaires d'assassinats maquillés en suicides ou classés prospèrent toujours à Toulouse dans le sillage du tueur en série Patrice Alègre. Ainsi, on en revient au point de départ, chambre 24 de l'hôtel de passes de l'Europe, le 3 janvier 1992, où la prostituée Line Galbardi a été tuée.

Le doyen des juges, Serge Lemoine, qui instruit les crimes d'Alègre, cherche depuis un an l'identité du substitut du procureur venu sur place, anonyme sur les procès-verbaux de l'époque. Il ne retrouvait pas le registre des permanences des représentants du parquet pour l'année 1992. «Perdu». Il butait aussi sur d'étranges enquêtes policières. Il a fini par demander à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) d'enquêter sur les dysfonctionnements dans les investigations conduites en 1992 sur les meurtres de la prostituée Galbardi et du travesti Martinez. Et, selon les révélations de France 3, mercredi soir, deux inspecteurs de l'époque, l'un à la police judiciaire, l'autre à la sûreté urbaine, ont livré, sur procès-verbal à l'IGPN, l'identité de ce mystérieux substitut : Marc Bourragué.

Ainsi A.S., ancien flic de la PJ aujourd'hui à la retraite, a-t-il déclaré : «Il y avait également [sur place] un membre du parquet que j'ai identifié immédiatement comme étant M. Marc Bourragué. Je suis affirmatif sur la présence de ce magistrat dans la chambre d'hôtel.» Le second, J.P., est tout aussi formel.

Silence.
Or Marc Bourragué a toujours affirmé le contraire : «Je ne suis pas le magistrat fantôme qui s'est rendu sur les lieux du crime de Line Galbardi», avait-il juré dans une interview à France 3. De plus, il s'occupait alors des affaires financières ­ et non pas criminelles ­ à Toulouse, et ne se trouvait pas de permanence ce jour-là. Aujourd'hui magistrat à Montauban, Marc Bourragué, qui eut le tort de boire un jour un apéritif avec Patrice Alègre, sans connaître ses travers d'étrangleur de femmes, n'a pas souhaité réagir à ce rebondissement. Sollicité hier, son avocat, Laurent de Caunes, n'a pas non plus souhaité répondre. Désormais en préretraite, le gendarme Roussel relaie les interrogations du juge Lemoine et des familles des victimes : «On peut se poser la question aujourd'hui. Que fait le substitut Bourragué qui n'est pas de permanence dans un hôtel de passes où une prostituée a été tuée ? Qui l'avertit et pourquoi ?»

C'est pour élucider ce meurtre non résolu de Line Galbardi que le doyen des juges, Serge Lemoine, et le gendarme Michel Roussel, alors chef de la cellule «Homicides 31», ont retrouvé puis fait parler des tapineuses du quartier de la gare Matabiau à l'époque, Patricia et Fanny. Celles-ci ont déversé des flots de «révélations» au printemps 2003, un mélange de vérités et de mensonges qui a nourri le scandale. Elles expliquent aussi qu'elles ont été forcées d'assister à la mise à mort de Line, jugée trop bavarde par Patrice Alègre. Par ses aveux, Patricia la rude mère maquerelle s'expose alors à des poursuites judiciaires pour proxénétisme, voire complicité de meurtre. N'a-t-elle pas désigné la victime «d'un regard» à Alègre, effacé les traces après le meurtre, voire trempé un peu plus dans le crime ? En tout cas, Patricia risque gros. Et mouille plus haut, l'ancien maire de la ville Dominique Baudis et d'autres notables. A son tour, Fanny, la fille à soldats qui se dit «entretenue», se débloque au contact de Patricia et déverse ses viols subis à 17 ans. Elle griffonne, le 22 mars 2003, le visage rond d'un magistrat aux cheveux ras lui «ayant fait beaucoup de mal avec Patrice», et le décrit physiquement.

Michel Roussel, interviewé hier par Libération au sujet de la contre-enquête de l'inspection technique de la gendarmerie, indique qu'il communique alors ces éléments lors de la réunion quotidienne au parquet : «Un magistrat, qui regarde le croquis et la description, lance alors que ça ressemble à Marc Bourragué. Je le connais de loin, j'ai vu sa silhouette, je n'y avais pas pensé mais oui, c'est une hypothèse. Sa photo ne se trouve pas dans l'album de 400 clichés déjà confectionné. Il faut la mettre. Pour moi, ce n'est pas un complot, c'est une obligation. Faute de trombinoscope, nous avons scanné une photo de M. Bourragué dans la Dépêche et l'avons insérée en dernier dans l'album. On n'avait pas le temps de tout refaire, y avait le feu.» Fanny reconnaîtra plus tard la photo 1052 de «Marcus». Certes, elle a menti sur plusieurs points, attribuant la paternité de son fils aîné et l'achat d'une voiture rouge à Marc Bourragué. Selon l'avocat de la famille Galbardi, Me Catala, «elle a cependant parlé de la présence de ce substitut sur les lieux du crime de Line et de pièces falsifiées au départ».

Coups.
Par ailleurs, l'expertise de documents médico-légaux du meurtre de Line Galbardi vient de démontrer qu'elle a été frappée au visage, comme le racontaient les témoins du crime, Fanny et Patricia. La «fracture d'une incisive», une «blessure à l'hémilèvre», des traces de traumatisme qui permettent aujourd'hui à l'experte Josiane Pujol de conclure que «la victime a été frappée violemment sur la face côté droit». Une remise en cause de résultats d'autopsie effectuée en 1992 par Danièle Alengrin, qui attestaient une «mort par asphyxie» et ne décelaient pas ces traces de violence.

Me Catala compte demander l'exhumation de la dépouille de Line Galbardi pour une contre-autopsie. Comme ce fut le cas pour Edith Scheichardt, soi-disant morte «par intoxication médicamenteuse» selon l'autopsie de la même légiste Alengrin, désavouée par de nouveaux experts qui ont détecté des coups à la mâchoire (lire Libération de mardi). Le docteur Alengrin, qui a officié avec son collègue Pierre-Marie Bras, a permis de classer plusieurs autres meurtres en suicides, tels ceux de Valérie Tariote en 1989 et de Hadja Benyoucef en 1987. «Il est extrêmement étonnant que le docteur Alengrin, retournée à l'Hôtel de l'Europe à la demande du juge, ne se souvienne d'absolument rien, et n'ait pas mis en évidence des blessures engendrées par d'importants traumatismes», souligne Me Catala, qui se demande si ces ratés relèvent «d'incompétences, d'une carence totale de l'appareil répressif à Toulouse, y compris de médecins légistes» ou «d'autre chose».
Libération, Par Patricia TOURANCHEAU, vendredi 14 mai 2004, p. 14

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« On fait un mauvais procès au gendarme Roussel »

ANCIENNE procureur adjointe au tribunal de Toulouse, Christiane Vignau-Rabastens, 60 ans, est un magistrat en colère.
Elle a longtemps supervisé le travail « remarquable » des gendarmes de la cellule « homicides 31 ». C'est son intuition de femme qui lui a fait rouvrir neuf dossiers criminels où le tueur Patrice Alègre est suspect.

« Nous avons trouvé étonnant que ce tueur en série ait une si longue période d'inactivité entre 1990 et 1997 et nous avons fouillé les archives », explique Christiane Vignau-Rabastens, qui a consulté pendant de longues heures « les cahiers d'instruction tenus à la main » pour retrouver les dossiers non résolus.

Pendant cinq ans, de 1997 à 2002, elle a suivi le parcours d'Alègre. Aujourd'hui, la remise en cause de cette enquête dirigée à l'époque par l'adjudant Michel Roussel, lâché par sa hiérarchie, ulcère la magistrate, qui estime désormais que « l'affaire aurait pu être conduite autrement ».

Elle dénonce aussi les inerties de la hiérarchie de la gendarmerie. Le patron de la section de recherches de Toulouse vient d'être sérieusement recadré par le procureur Michel Bréard pour des déclarations hasardeuses sur le dossier de la mort suspecte d'Edith Schleichardt. Le procureur a alerté la chancellerie sur ces incidents, ce que le ministère a confirmé hier soir.

Comment fonctionne aujourd'hui la cellule « homicides 31 » ?

Christiane Vignau-Rabastens.
Aujourd'hui, il y a des dissensions dans la cellule. On ne leur permet pas de travailler par petits groupes sur les dossiers. Ils ne traitent qu'un seul dossier à la fois, ce qui ralentit les délais de l'enquête. Ce n'est pas la bonne méthodologie. Il y a bien moins d'effectifs aussi. Je crois que l'équipe Roussel a été surtout victime de jalousies au sein de la gendarmerie. Cette thèse du complot des gendarmes est stupide.

« Notre devoir est de vérifier même les thèses officielles »

Quel regard portiez-vous sur leur travail à votre époque ?

J'étais très satisfaite de leur travail. Il y avait une équipe soudée et motivée, surtout enthousiaste pour aller plus loin. Je pensais que ce travail efficace allait continuer mais tout a changé depuis un an. Il n'y avait pas d'erreurs de procédure de leur part. On fait un mauvais procès au gendarme Roussel, car c'est un autre gendarme qui reconnaît d'ailleurs avoir signé le procès-verbal antidaté.
Et il y avait un directeur à la cellule « homicides 31 », un officier que je n'ai jamais vraiment vu travailler. C'est d'ailleurs lui qui m'a dit un jour, à la geôle du palais de justice où Alègre avait été conduit, que cela ne valait pas le coup d'aller plus loin, du temps perdu, disait-il. C'était avant le procès de février 2002.

Aviez-vous noté un acharnement particulier contre tel ou tel personnage de l'enquête ?

Le seul acharnement qu'il y ait eu dans cette affaire de la part les enquêteurs, c'était contre Patrice Alègre, et pour trouver des solutions à des meurtres non résolus. Lorsque le volet « viols et proxénétisme » a été ouvert, ce dossier a été mal conduit. Certaines vérifications n'ont pas été faites. Je me demande toujours pourquoi le juge Perriquet n'a pas saisi les agendas de M. Dominique Baudis. Notre devoir de magistrat est de vérifier même les thèses officielles. Le gendarme Roussel est un soldat du rang, il n'avait aucun intérêt à porter atteinte à qui que ce soit.

Quel avenir voyez-vous à ce dossier sensible ?

Sur les meurtres non élucidés, cela va aboutir. Pour l'autre volet, je ne le crois pas. Mais, très sincèrement, je ne sais pas ce qui est vrai ou faux.
Propos recueillis par Jean-Marc Ducos, Le Parisien, 13 mai 2004, p. 16

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« Ma vie est détruite pour avoir aidé la justice »

LONGTEMPS elle s'est appelée Fanny pour le public. Aujourd'hui, Florence Khélifi, 31 ans, parle à visage découvert dans « Mes nuits noires dans la Ville rose » (1), un livre à paraître jeudi.
Témoin clé de la nouvelle affaire Alègre, elle a multiplié, depuis plus d'un an, les révélations fracassantes puis les rétractations sur le milieu de la prostitution toulousain dans les années 1990, avec une autre compagne de trottoir, Patricia.

Tour à tour, Florence a accusé un magistrat d'avoir été son « parrain » lors de nuits barbares, ce que l'intéressé nie farouchement même si elle maintient ses déclarations. Elle a dénoncé le rôle de proxénètes de certains policiers mis hors de cause par un rapport de l'Inspection générale de la police nationale. Elle a pointé du doigt les anomalies de l'enquête sur le meurtre, toujours non élucidé, de Line Galbardi en janvier 1992. Puis elle a accusé l'ex-député-maire de Toulouse, Dominique Baudis, d'avoir abusé d'elle dans un hôtel de la place du Capitole, avant de se rétracter. Mère de quatre enfants, Florence raconte aussi son terrible passé : les foyers de la Ddass et de la protection judiciaire, les fugues, les premières passes. Mais elle a toujours envie de se battre car « il reste trop de meurtres sans coupables ». Entre fausses accusations et quelques notes de vérité, elle fait pour notre journal le tri sur cette affaire hors du commun.

Le magistrat Marc Bourragué.

« C'est le cauchemar de ma vie », dit-elle à propos de l'ancien substitut devenu procureur adjoint à Montauban, qu'elle appelle le Cobra dans son livre. « Je répète que je le fréquentais régulièrement à l'époque. On enchaînait les soirées, les sorties dans les bars. Je ne le laisserai jamais tranquille tant qu'il y aura une justice digne de ce nom. » C'est lui, selon elle, qui l'initie à des jeux pervers, l'emmène dans des soirées très spéciales. Elle veut le « faire craquer juste pour la vérité ». Concernant les autres personnages mis en cause dans ce dossier, elle reconnaît « avoir coché n'importe quoi sur la liste » que lui présentaient les enquêteurs, après avoir subi des menaces de la part d'un ancien policier.

Dominique Baudis.

« Lors d'une confrontation, j'ai dû me rétracter car je ne dispose d'aucunes preuves matérielles contre lui. Je n'avais pas les moyens d'argumenter. Je n'avais pas le choix. Epuisée, sous tranquillisants, je ne pouvais m'opposer à des gens aussi puissants », explique Florence qui a finalement présenté ses excuses au président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Une formule insuffisante pour l'ancien élu.

Le gendarme Roussel.

« Je lui en veux car il nous a abandonnées en chemin. Il a quitté la direction de l'enquête sur tous ces meurtres sans solution et nous, nous sommes là, toujours humiliées. On ne veut pas nous croire. Dans cette affaire, mon couple n'a pas résisté. Mon mari n'a pas supporté le choc. Mais Michel Roussel a été honnête. Il ne m'a jamais suggéré de réponses ni fourni d'indices. Ma vie est détruite pour avoir aidé la justice. »

Les policiers.

« Très vite, les flics m'ont demandé des impôts, environ 2 500 F (380 euros) par semaine dans une enveloppe », écrit la jeune femme. Il y a aussi cet ancien commandant qui se « fait payer en nature ». « Ce viol, je ne l'ai pas rêvé », s'indigne Florence. Pour l'IGPN pourtant, ni les dates, ni les lieux, ni les circonstances ne correspondent. L'officier de police était, selon l'enquête administrative, en repos ce jour-là. « Comment peuvent-ils dire cela alors que je ne me souviens pas de la date ? » s'émeut Florence.

Patrice Alègre.

« Il est écoeurant. Il est protégé en prison comme il l'était dans la rue. Nous, notre protection rapprochée, le système de surveillance électronique mis en place en mai 2003 par le GIGN, a disparu au lendemain du départ à la retraite du gendarme Roussel. Alègre est un homme impossible à déchiffrer, qui se tait depuis un an sur ordre. Il pouvait tuer par plaisir mais aussi sur commande. »

Patricia, l'ex-prostituée au centre de l'affaire.

« Je n'ai rien en commun avec elle. Elle, elle a dressé des filles pour les mettre sur le trottoir. Elle a déclaré des choses que je ne confirme pas. Jamais je n'ai vu Alègre et Messaoudène lester une fille d'un bloc de ciment pour la jeter dans le lac de Noé. »
(1) « Mes nuits noires dans la Ville rose », Ed. Michel Lafon - Jean-Claude Gawsevitch, 18 .
Jean-Marc Ducos,

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(1er juillet 2004) Julie : mise en examen requise contre "Pierrot le fou"
Ce dangereux repris de justice a été arrêté mercredi soir dans le cadre de l'enquête sur la disparition de la jeune adolescente vendredi dernier à Schirmeck. Il pourrait être poursuivi pour "enlèvement et séquestration suivis de mort".

Le procureur de la république de Saverne a demandé jeudi (1er juillet 2004) après-midi la mise en examen et la mise sous mandat de dépôt de Pierre Bodein, dit "Pierrot le fou", pour "enlèvement et séquestration suivis de mort" dans l'enquête concernant la disparition vendredi dernier près de Schirmeck de Julie, 14 ans. Il avait été interpellé mercredi soir et placé en garde à vue près d'Obernai (Bas-Rhin).

Il s'agit d'un dangereux repris de justice, récemment sorti de prison. Agé de 56 ans, il avait été condamné en février 1996 à 28 ans de réclusion criminelle pour une série de 15 crimes et délits, dont un viol aggravé et une tentative de meurtre, commis en deux jours après s'être évadé d'un hôpital psychiatrique en 1992. Il se trouvait alors en détention préventive pour une série de braquages. En 1997, la Cour de cassation avait, sur un point de droit, fait tomber cette peine à 20 ans de réclusion, assorties d'une peine de sûreté des deux-tiers.

Selon une source proche de l'enquête, l'interpellation a eu lieu sur un terrain vague où était stationnée une caravane, et les gendarmes ont évacué cette caravane, ainsi qu'une Ford Escort blanche, sur une dépanneuse. Julie a été vue par un témoin avant sa disparition vendredi dernier en train de parler avec le chauffeur d'une voiture dont la description correspond à celle de la Ford de Pierre Bodein. Sur la foi du même témoignage, "Pierrot le fou" avait été dès samedi placé discrètement en garde à vue une première fois avant d'être relâché faute d'éléments. Depuis, selon une source proche de l'enquête, des élements matériels ont été recueillis confortant l'hypothèse de son implication.

Pas de lien avec Jeanne-Marie ?

La commune de Bourgheim, où le suspect a été interpellé, est située à moins de deux kilomètres de Valff, où a été retrouvé mardi le cadavre de Jeanne-Marie, 11 ans. "Cette proximité est curieuse", a commenté une source proche de l'enquête, précisant que "pour le moment", les enquêteurs ne font pas de lien entre les deux affaires, même si Pierre Bodein est un cousin éloigné du chauffard ayant renversé Jeanne-Marie. Les six personnes placées en détention provisoire dans l'affaire Jeanne-Marie, et dont deux sont mises en examen pour "enlèvement suivi de mort", étaient déjà incarcérées au moment de la disparition de Julie.

L'adolescente, qui doit fêter son 15e anniversaire le 8 août, a mystérieusement disparu vendredi dernier, après avoir rendu visite à une amie à Russ, à quelques kilomètres de chez elle. Seul son vélo a été retrouvé lundi, dans le lit d'un ruisseau, à 4 km à vol d'oiseau de la route départementale qu'elle aurait logiquement dû emprunter pour rentrer chez elle. Les recherches menées mercredi avec des chiens de la sécurité civile allemande pour trouver une trace de l'adolescente à partir de son vélo n'ont rien donné.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 01 juillet 2004

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«Après les avoir revendiqués, la psychiatrie renvoie des “fous” à la prison»
Cyrille Canetti, psychiatre, praticien hospitalier, rattaché au centre de jeunes détenus de Fleury Mérogis, revient sur le cas de «Pierrot le fou», mis en examen dans l'enquête sur la disparition de Julie, en Alsace.

Pierre Bodein, dit «Pierrot le fou», a passé trente-cinq ans de sa vie entre la prison et l'hôpital psychiatrique avant d'être mis en examen pour «enlèvement et séquestration suivis de mort» dans l'enquête sur la disparition de Julie, 14 ans (lire l'article).
Bien qu'il nie les faits qui lui sont reprochés, vous semble-t-il normal qu'un repris de justice qui a passé l'essentiel de sa vie d'adulte en prison et en hôpital psychiatrique ait bénéficié d'une remise en liberté conditionnelle ?

Au niveau de la société, voir ce personnage sortir avant d'avoir achevé sa peine pose un problème. Il se trouve comme lâché dans la nature. Or son état méritait peut-être qu'il soit hospitalisé sans passer par la case prison.
Contrairement à la prison, où on sort une fois sa peine achevée, une personne peut rester hospitalisée à vie ce qui peut se révéler parfois plus judicieux. Quant à la faire hospitaliser à sa sortie de prison, la démarche est un peu hypocrite: si on estime qu'un individu est irresponsable à sa sortie, il aurait dû être jugé irresponsable à l'entrée.
Par ailleurs, il y a une incohérence à voir quelqu'un qui a passé une bonne partie de sa vie entre la prison et l'hôpital psychiatrique s'évader de l'hôpital (en 1992, ndlr) commettre plusieurs crimes et délits durant sa cavale et être à nouveau jugé avant de retourner en prison.
Comment peut-on concevoir qu'un individu considéré comme un fou dangereux où il est hospitalisé soit ensuite jugé à même de répondre de ses actes devant un tribunal?

Les structures hospitalières sont elles de plus en plus réticentes à accepter les hospitalisations d'office ?

Certains services prétendent ne plus avoir les moyens de garder les cas les plus durs. La tendance actuelle est de ne vouloir prendre en charge dans les hôpitaux psychiatriques que les patients consentants.
Par ailleurs, les temps d'hospitalisation sont de plus en plus courts. Résultat, le travail avec les malades n'est pas fait jusqu'au bout et, une fois dehors, il n'y a pas de suivi dans la prise en charge sans accord du patient.

Cette situation vous semble-t-elle dangereuse ?

Je pense que la psychiatrie a revendiqué ces fous il y a 200 ans pour les sortir de la prison et qu'aujourd'hui elle ne les veut plus et les renvoie à la prison.
Ce n'est pas seulement un discours idéologique. Le problème c'est qu'en prison ils purgent une peine en fonction de l'acte commis et pas de leur état mental. Du coup on prend le risque de relâcher des gens potentiellement dangereux.
Même si le risque zéro n'existe pas, il faut redonner à la psychiatrie la possibilité de prendre en charge des pathologies longues. En psychiatrie, la contrainte est nécessaire.
Par Ludovic Blecher, vendredi 02 juillet 2004 (Liberation.fr - 16:46)

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Michel Fourniret creusait les tombes avant même d'enlever ses victimes.
«J'avais besoin de chasser les vierges deux fois par an»

Combien de sépultures de fortune sur les terres de Michel Fourniret, et sur son passage au gré des bois et des plages ? Les polices et justices françaises et belges comptent déjà «au moins dix victimes», suivant le nombre de meurtres dénoncés par sa femme. Mais ils redoutent d'en trouver «plus, beaucoup plus». Samedi, les corps de Jeanne-Marie Desramault, 22 ans, enlevée à la gare de Charleville-Mézières le 18 mars 1989 et d'Elisabeth Brichet, 12 ans, volatilisée à Saint-Servais (Belgique) le 20 décembre 1989, ont été exhumés de son ancien domaine. Au château de Sautou à Donchéry (Ardennes), le faux forestier mais véritable fossoyeur a indiqué aux 200 policiers et gendarmes les emplacements des tombes, «avec précision, calme, très méticuleux». Il a révélé aux enquêteurs français qu'il «creusait les trous au préalable, avant même de ramener des victimes à la maison».

Sur place, Fourniret a expliqué sur procès-verbal : «J'avais besoin de chasser les vierges deux fois par an. Quand je sentais que j'allais partir en chasse, je savais que je ramènerai quelque chose, alors je creusais les trous avant, à 3 mètres de profondeur.» Prosaïque et «d'un ton détaché», il a détaillé les enfouissements d'Elisabeth et de Jeanne-Marie dans une terre de glaise : «Je les ai laissées tomber au fond, l'une à la verticale, l'autre à l'horizontale et j'ai remblayé.» Elles ont été retrouvées «dans la position indiquée, avec leurs vêtements, bijoux et papiers», ce qui a permis de les identifier. L'experte légiste Sophie Gromb doit les autopsier dans son service à Bordeaux, où les corps ont été transportés. Francis Brichet qui a perdu sa fillette voilà quinze ans a exprimé son «soulagement» sur la radio belge RTBF : «Voilà, ça se termine. Nous savons enfin où elle est. J'ai retrouvé la petite fille que je désire avoir près de moi.»

Avec la découverte de ces deux cadavres, «c'est donc quinze ans d'enquête qui viennent d'aboutir», a déclaré le procureur général de Reims, Yves Charpenel, «et ce sont les premières preuves matérielles de l'affaire Fourniret». Dans sa maison de Sart-Custinne, les policiers belges ont découvert des «pièces d'or, des louis et de la monnaie espagnole, cachés dans une lessiveuse». Comme autant d'indices du meurtre de Farida Hamiche ­ la compagne de son ex-codétenu, Jean-Pierre Hellegouarche ­ qu'il aurait accompagnée pour déterrer son magot avant de la tuer pour rafler «les kilos d'or».

Police et justice françaises retracent les domiciles successifs de Fourniret dans les Yvelines, l'Yonne et les Ardennes puis ressortent des dossiers anciens de meurtres non élucidés, afin d'y retrouver sa signature. Le suspect avoue sept assassinats entre 1987 et 1990, puis deux en 2000 et 2001, mais nie toujours celui de sa baby-sitter en 1993 (lire ci-contre). Les enquêteurs ne croient «pas du tout à un arrêt de dix ans, entre 1990 et 2000, dans la carrière criminelle de Fourniret», et cherchent à combler ce vide.
Par Patricia TOURANCHEAU, lundi 05 juillet 2004 (Liberation - 06:00)

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Sa femme participait aux enlèvements
C'EST L'HISTOIRE d'un amour psychiatrique né, selon les termes d'un proche, d'un « coup de foudre » à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Par le biais d'une petite annonce parue dans un journal catholique, Monique Olivier, visiteuse de prison, née à Tours le 31 octobre 1948, rencontre Michel Fourniret en 1987 alors que celui qui va devenir le « monstre des Ardennes » est incarcéré pour plusieurs faits de viol. Les barreaux qui à l'époque les ont rapprochés risquent aujourd'hui de séparer définitivement ces amants diaboliques.

Dans ce « couple de la mort », le rôle joué par Monique Olivier, 55 ans, est réel, souvent actif, même si tous ceux qui l'ont cotoyée la disent « dominée ». La semaine dernière, sûrement pour la première fois dans leur histoire, elle a pris les devants et « balancé » son deuxième mari, contraint, dans la foulée, d'avouer ses crimes.

Quelle est son implication dans les meurtres ? Dans un premier temps, cette grande brune aux traits tristes n'avait été mise en examen que pour « non-assistance à personne en danger ». Mais vendredi soir, les poursuites contre elle ont été étendues à « enlèvement et séquestration » dans le cadre de l'enquête belge sur l'affaire Elisabeth Brichet, dont le cadavre a été découvert ce week-end dans le domaine du château que le couple a possédé à Sautou.
Selon nos informations, la participation de Monique Olivier aux crimes de son mari est établie dans au moins six des dix meurtres aujourd'hui imputés à Michel Fourniret. Oui, elle était présente lors de l'enlèvement d'Isabelle Laville, en décembre 1987, près d'Auxerre, mais elle est restée, selon ses déclarations, « passive ». Idem pour Fabienne Leroy, la victime de Mourmelon, pour Jeanne-Marie Desramault, dont le corps a été découvert ce week-end dans leur ancienne propriété des Ardennes, et pour le meurtre du représentant commercial de l'autoroute A 6.
Le 20 novembre 1990, quand Michel Fourniret prétend que son enfant est malade pour faire monter dans la camionnette du crime la jeune Natacha Danais, 13 ans, elle est encore là. Lors de sa déposition la semaine dernière, elle a expliqué être descendue du véhicule le temps que son mari commette son forfait. Le corps avait ensuite été jeté à l'eau. Pour les enlèvements de Céline Saison et de Manyana Thumpong, tout comme pour le meurtre de Farida Hamiche en 1990, elle a juré avoir simplement recueilli les confidences de son mari.

Pourquoi a-t-elle finalement parlé ?
Plusieurs hypothèses ont été émises pour expliquer les soudains aveux de l'épouse aujourd'hui incarcérée à la prison de Namur. Influence de la condamnation à trente ans de réclusion de Michèle Martin, l'épouse de Marc Dutroux, peur d'être confondue et mise en cause après la découverte d'éléments de police scientifique dans le fourgon du routard du crime...
« Elle craignait surtout une possible libération de M. Fourniret lors de l'audience vendredi devant la chambre de mise en accusation de la cour d'appel de Liège, confie son avocat, Pierre Barthélémy. Cette comparution s'inscrivait dans le cadre de sa mise en cause pour la tentative d'enlèvement de la jeune Marie-Ascension. Une remise en liberté était, à ce moment, loin d'être exclue. Elle ne voulait pas retomber dans les griffes de cet homme. »

Qui est-elle vraiment ?
Michel Fourniret, qui a toujours eu, selon leurs proches, une relation de domination avec Monique Olivier, ne semble pas lui tenir rigueur de ses aveux. « Je la remercie pour son dévouement », a-t-il déclaré aux enquêteurs.
Femme « discrète », « soumise », « vivant en état de peur », « tremblante comme si elle vivait en permanence un choc émotionnel », elle donnait tout son temps à Selim, l'enfant qu'elle a eu en 1987 avec le « forestier des Ardennes ».
« Si le comportement de Michel laissait parfois planer des doutes, nous n'aurions jamais pensé que Monique ait pu être liée à ça, confie Jean, le témoin de mariage du couple. Elle nous a terrassés. » « Lorsque je l'ai rencontrée cet après-midi (NDLR : hier), elle m'a dit souffrir de troubles psychologiques, déclare son avocat. Il n'y en a pas de manifestations extérieures, il faudra attendre les expertises. »
Dans cet amour fusionnel, Monique Olivier a trouvé un modèle pour lequel elle était prête à tout. Un « maître » qui ne manquait pas une occasion pour lui reprocher ses lacunes en ménage et en cuisine...
Julien Dumond, François Vignolle et Timothé Boutry, Le Parisien, lundi 05 juillet 2004

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Pierre Bodein, détenu exemplaire mais pas soigné
Les psychiatres ont jugé l'assassin présumé «suffisamment sain pour sortir». Avec juste dix mois d'avance.

«J'aime vivre ma vie future en honnête homme, pour ne plus jamais souffrir
Ces lignes, parmi d'autres, ont valu à Pierre Bodein, détenu exemplaire de la maison d'arrêt de Strasbourg, d'être lauréat en 1996 du concours d'écriture du journal de la prison.
Pierre Bodein aura 57 ans à la fin de l'année. Depuis trente-cinq ans, sa vie se partage entre prison et hôpitaux psychiatriques.
Déjà jugé dans d'autres affaires, il est définitivement condamné à vingt ans de réclusion en 1997 pour viols et vols aggravés, tentative d'assassinat et violences volontaires avec arme.
Après avoir purgé les deux tiers (notedt, ?) de sa peine, il a bénéficié d'une liberté conditionnelle sous surveillance à la mi-mars (2004), avec juste dix mois d'avance (?).
Peu de temps après, il aurait croisé les chemins de Julie, de Jeanne-Marie et peut-être d'Hedwige Vallée, dont les cadavres ont été retrouvés dans un même périmètre en Alsace. Arrêté et mis en examen pour «enlèvement suivi de mort» pour la disparition de Julie, 14 ans, et suspecté dans l'affaire Jeanne-Marie, 11 ans, depuis que des traces de sang de la fillette ont été retrouvées dans sa voiture, il nie tout.

Sa vie apparaît comme une série de violences et d'enfermements. Arrêté en 1990, apparemment mutique, Pierre Bodein alterne séjours en hôpital psychiatrique et prison. Aucun soin ne lui est prodigué, il est juste «expertisé», explique son avocat de 1975 à 1997, Me Patrick Rodier.
Examiné à nouveau en décembre 1992, il simule la perte de l'usage de ses jambes. Usage qu'il recouvre le jour où une infirmière laisse un vasistas ouvert. S'ensuivent deux jours d'une cavale folle qui lui vaudront sa condamnation à vingt ans.
Au moment de sa demande de libération conditionnelle, les experts psychiatres ont jugé Pierre Bodein «suffisamment sain pour sortir», selon Laurent Hincker, son défenseur de l'époque. Des avis aux antipodes de ceux émis auparavant par d'autres confrères. L'un d'eux estimait que Pierre Bodein est «un psychotique schizophrénique évoluant sur fond de débilité mentale». Un autre qu'«il n'est pas accessible à la sanction pénale et que toute incarcération sera suivie d'une rechute».
Par trois fois pourtant, des jurys populaires, destinataires de ces rapports, ont choisi de l'envoyer en prison plutôt que de laisser à l'institution psychiatrique la charge de le soigner. «Les prisons sont devenues le seul lieu véritable d'enfermement», estime Laurent Hincker. «Ce sont des sortes de cours des miracles où l'on enferme tout le monde, pour mieux les surveiller», regrette l'avocat.

«J'aime les anges de notre bon Dieu et de Sainte Vierge Marie», écrit Pierre Bodein.
Sur son dos, il s'est fait tatouer «A mes 3 Maries». Marie, sa mère ; Marie, sa fille ; Marie, la fille de 9 ans d'un ancien codétenu.
«Pierre Bodein a fini par être influencé par des éléments de son environnement carcéral, alors que c'est en hôpital psychiatrique qu'il aurait dû être», insiste son avocat.
C'est en regardant la télévision dans sa cellule qu'il aurait appris que l'eau rendait la découverte d'ADN plus incertaine sur les cadavres.
Et c'est dans des cours d'eau que les corps de Jeanne-Marie, de Julie et d'Hedwige ont été découverts, le bas-ventre lardé de coups de couteau.
Par Marine JOBERT, jeudi 08 juillet 2004 (Liberation - 06:00)

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(Novembre 2004) Affaire Alègre : le volet proxénétisme classé
Aucune mise en examen dans le dossier mettant en cause des notables de Toulouse.

Après une ouverture des plus retentissantes, en avril 2003, le volet «viols et proxénétisme aggravé» de l'affaire Alègre s'achemine vers une clôture beaucoup plus sobre. Dans un courrier reçu mardi par les avocats, le magistrat instructeur Thierry Perriquet a, conformément à l'article 175 du code de procédure pénale, signifié que l'information lui paraissait terminée.

Le juge toulousain n'a prononcé aucune mise en examen dans ce dossier qui reposait sur les allégations de «Patricia» et de «Fanny», deux anciennes prostituées mettant en cause des notables de la Ville rose. «Patricia» accusait l'ancien maire de Toulouse Dominique Baudis de l'avoir violée en compagnie du tueur Patrice Alègre et d'un ex-proxénète, Lakhdar Messaoudene. «Fanny» avait de son côté affirmé avoir été victime de violences sexuelles au cours de soirées de sévices où elle mettait en cause des personnalités comme le magistrat Marc Bourragué. Ces accusations n'ont pas été étayées par des éléments matériels et les personnes mises en cause ont toutes été entendues en qualité de témoins assistés.

Les avocats de «Fanny» et de «Patricia» ont fait savoir qu'ils n'entendaient pas en rester là. Ils disposent de vingt jours pour formuler une demande ou requête. Une fois purgées ces demandes, le parquet a trois mois pour prendre ses réquisitions avant que le juge ne clôture le dossier. «A la place d'envisager un débat public devant un tribunal ou une cour d'assises, au lieu de débattre d'éléments qui pourraient nuire à quelques-uns, on préfère classer cette affaire», s'est indigné Me Darribère, l'avocat de «Patricia». Les avocats des personnes mises en cause sont au contraire satisfaits de l'évolution du dossier.
Par Jacky DURAND, jeudi 04 novembre 2004 (Liberation - 06:00)

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Emile Louis nie, politiques et magistrats se défilent
Le meurtrier présumé s'est étendu hier sur son enfance malheureuse.

Emile Louis, 70 ans, cheveux blanc neige, bras croisés, chemise à carreaux boutonnée au col et aux poignets, reste immobile de longues minutes. Seuls ses yeux bougent, vifs, rapides, qui suivent les pas des jurés s'avançant un à un vers la cour d'assises de l'Yonne. Il observe, bouche à demi ouverte. Il écoute. Se lève lentement, s'appuie des deux mains sur le haut de la vitre de son box. Il regarde.

La voix claire du président Jean-Pierre Getti envahit la cour : «Vous êtes accusé de sept assassinats.» «Je les conteste, monsieur le président.» «Vous contestez l'intégralité des faits ?» «L'intégralité des faits, oui.»

Défections.

Il se rassied. Comme ses avocats l'avaient annoncé, Emile Louis clame son innocence. Au premier jour de son procès hier, pour les assassinats de sept jeunes filles déficientes mentales disparues entre 1975 et 1979 dans l'Yonne, il nie tout. Jusqu'à l'invraisemblable : on a retrouvé les corps et les effets de deux d'entre elles sur ses propres indications, enfouis à Rouvray, près d'une rivière où il allait alors à la pêche.
Son procès qui s'ouvre pour un mois devant les assises d'Auxerre devait s'accompagner de l'examen du fonctionnement désastreux des services sociaux du département et de la justice, qui expliquerait pourquoi ces crimes sont jugés presque trente ans plus tard. Quatre-vingt-dix témoins sont cités, dont trois ministres et de nombreux magistrats.
A l'appel de leurs noms, Ségolène Royal, Marylise Lebranchu, Elisabeth Guigou, personne ne s'approche. Le président a reçu des lettres d'excuse. La première n'a «aucune information» à fournir à la cour. La deuxième n'a été «en rien témoin» de quoi que ce soit. La troisième n'a «aucun élément à apporter».
Un peu déçu, l'avocat des parties civiles à l'origine de leur citation, Pierre Gonzalez de Gaspard, s'incline. La cour «passera outre», selon l'expression consacrée.

L'huissière appelle maintenant les magistrats, juge, procureur ou substitut qui ont eu affaire avec ce gros dossier des disparues. Daniel Stilinovic. «Est-ce qu'il est dans la salle ?» Non, il n'y est pas. Et Philippe Maître ? Son collègue Thin ? René Meyer ? Eux aussi ont envoyé des lettres.
L'avocat général Philippe Bilger voulait les entendre, il se fâche : «Les témoins, magistrats ou non, n'ont pas à apprécier le bien-fondé de leur citation.» On ira les chercher, promet alors le président : «Et si nécessaire en employant des mesures adéquates.»

Prescription.

Pendant ce temps, la défense jubile. Elle voit bien pourquoi politiques et magistrats se défilent : pour elle, c'est un procès «inéquitable» et «truqué» qui se déroule, car les faits d'assassinat devraient être prescrits, elle en a d'ailleurs appelé à la Cour européenne des droits de l'homme. A entendre l'accusé, c'est lui qui est à plaindre.
Emile Louis était un enfant abandonné. «Vous n'avez jamais connu vos parents ?», demande le président d'une voix aimable. «Non, jamais.» «Et jamais cherché à savoir qui ils étaient ?» Non, il n'a pas cherché, mais il sait quelque chose. Il se tait, regarde ses avocats, le président, à nouveau ses avocats, chuchote : «Je le dis ?» D'une voix ferme dans le micro : «Il paraît que je serais le fils d'un archevêque.»
Le président n'est pas plus surpris que ça : «Je l'ai entendu dire...» Emile Louis insiste, quasi vexé : «C'est le directeur de l'Assistance publique qui l'a dit.» Le président : «Ça ne vous semble pas irréel ?» «Non», dit Emile en haussant les épaules, modeste. On fouille le dossier. Cote B.528 : Emile Louis serait le fils d'un évêque, plus simplement, et cette information a été rapportée par l'éducateur chef du centre d'enfants délinquants de l'Yonne. «C'est crédible ?», insiste le président. Emile ne sait pas, ce n'est pas à lui de juger, il laisse le doute planer.

Engagé dans la Marine.

Enfant, il se faisait traiter de bâtard à l'école. A 14 ans, il a été violé par des éducateurs. A 17, engagé dans la Marine, en Indochine, il voit un camarade se faire manger par les requins sous ses yeux. Il a plongé dans les eaux de la baie d'Along, en vain.
Revenu dans l'Yonne, embauché à la SNCF, mais loin de chez lui, c'est Louis Gallois en personne (l'actuel PDG était alors ingénieur en chef, selon Emile Louis) qui lui avait proposé de rapprocher son poste de son domicile. Il a refusé. Comment vérifier ? Les témoins de cette époque sont morts, ou ils sont si vieux, comme la fille de sa nourrice, 94 ans, que la cour renonce à les faire venir. «Les années passent et tout s'estompe», dit joliment Emile.
Par Brigitte VITAL-DURAND, jeudi 04 novembre 2004 (Liberation - 06:00)

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(8 novembre 2004) Les magistrats nient toute faute au procès d'Emile Louis

AUXERRE (Reuters) - Les magistrats d'Auxerre ont nié toute responsabilité lundi dans l'inertie judiciaire sur les disparitions de sept jeunes femmes et ont minimisé les découvertes communiquées dès 1984 par le gendarme Christian Jambert sur l'implication du chauffeur de car Emile Louis.

Au quatrième jour du procès de ce dernier, René Meyer, ex-procureur d'Auxerre de 1979 à 1986, a rejeté toute notion de faute. "Si c'était à refaire, je pense que j'aurais pris les mêmes décisions mais je l'aurais fait par écrit", a-t-il dit.
"Dans le contexte de l'époque, l'affaire des disparues n'existait pas (...). Cela fait un peu curé de le dire, mais j'ai la conscience tranquille", a déclaré Daniel Stilinovic, substitut du procureur d'Auxerre de 1981 à 1984.

René Meyer a admis n'avoir donné aucune suite procédurale, pas même un classement, à un rapport du gendarme Christian Jambert, remis au parquet en juin 1984. Ce document mettait en cause Emile Louis dans six disparitions survenues entre 1975 et 1979, par une série de témoignages et d'éléments concordants.
Emile Louis n'a été finalement arrêté qu'en décembre 2000. Deux corps ont été découverts sur ses indications.
René Meyer a expliqué qu'il estimait impossible en 1984 d'ouvrir une information judiciaire faute de cadavres et de preuves formelles. La cour lui a cependant opposé qu'il aurait pu ouvrir une information pour "enlèvements et séquestrations".
"J'ai demandé verbalement à Christian Jambert de continuer. J'aurais du le faire par écrit, c'est vrai (...) Que s'est-il passé après ? C'est le mystère", a-t-il dit.

Le rapport Jambert a en effet disparu dans les archives du tribunal jusqu'en 1997. Le procureur Meyer a reconnu qu'il ne s'était plus intéressé à l'affaire, après 1984.
La cour n'a pas pu éclaircir l'épisode. Daniel Stilinovic, qui a reçu le gendarme Jambert lors de la remise de son rapport en 1984, a dit avoir envoyé ce rapport par le courrier interne au juge d'instruction Jacques Bourguignon, en lui suggérant par un "post-it" d'étendre des investigations déjà menées contre Emile Louis dans une autre affaire de meurtre.

JAMBERT, "ENQUETEUR HORS-PAIR"

Interrogé à son tour à la barre, Jacques Bourguignon a affirmé qu'il n'avait jamais eu connaissance du rapport. Pourtant, une expertise a montré qu'il était probablement l'auteur du grand "NON" manuscrit retrouvé sur le rapport et qui semblait repousser l'éventualité d'une enquête.
Les proches du gendarme Jambert, mort en 1997, ont souligné devant la cour son amertume. "Il avait une déception et un dégoût vis-à-vis de la justice et de la gendarmerie. Il avait l'impression qu'un système l'avait empêché de faire son travail", a dit à la barre Philippe Jambert, son fils.
Le gendarme, pupille de l'assistance publique comme les disparues, a été décrit par un de ses ex-collègues, le major Georges Raffin, comme un "enquêteur hors-pair, un modèle professionnel et une personnalité remarquable".
Selon son fils, il a continué à enquêter jusqu'en 1996 sur Emile Louis, fouillant même divers endroits à la recherche des corps et surveillant l'ex-chauffeur de car qui coulait alors une retraite paisible dans le Var.

Le 4 août 1997, le gendarme a été retrouvé tué par balles à son domicile. Deux versions de sa mort s'opposent. Le parquet a classé initialement l'affaire en suicide sans faire d'autopsie ni d'enquête, en raison des antécédents dépressifs du gendarme.
Après exhumation du corps en mars dernier, une expertise a conclu qu'il pourrait avoir été victime d'un assassinat. Une information judiciaire a été ouverte de ce chef.
A la barre, Philippe Jambert a affirmé qu'une sacoche de documents détenus par son père avait disparu au moment de sa mort.

Le président de la cour a fait état d'un autre élément mystérieux. Emile Louis semble en effet avoir été informé de l'existence du rapport Jambert par une lettre d'origine inconnue datée du 28 juin 1984, et saisie lors d'une perquisition à son domicile du Var en 1989. Emile Louis a affirmé à l'audience n'avoir jamais reçu cette lettre.

En fin d'audience, Pierre Monnoir, président de l'Association de défense des handicapés de l'Yonne (ADHY), à l'origine de l'enquête de 1997, a lancé un appel à Emile Louis : "Qu'il dise les choses. Il y a encore cinq corps de jeunes filles à retrouver, qu'il nous dise comment il les a tuées. Qu'au moins une fois dans sa vie, il soit un homme".
Prié par le président de la cour de répondre, l'accusé a dit : "je suis innocent et je le maintiens, monsieur le président".
Yahoo. fr, actualités, lundi 8 novembre 2004, 18h58

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Le sadisme d'Emile Louis évoqué par un psychologue

L'UNE ETAIT simplette. Une autre, dépressive. Une autre, encore, sortait de l'hôpital psychiatrique. Toutes ces femmes « fragiles », « vulnérables », « malmenées par l'existence », tremblent encore à la barre lorsqu'elles évoquent leurs tourments. Elles ont toutes été abusées un jour ou l'autre par Emile Louis après avoir absorbé des médicaments à leur insu. Certaines dans l'Yonne. D'autres, après 1984 et sa deuxième incarcération, dans le Var.

« C'étaient mes maîtresses », dit l'accusé. « Ce sont ses victimes », traduisent les parties civiles. Anne-Marie, Isabelle, Chantal, Yvette... Contrairement aux sept « disparues de l'Yonne », celles-là ont eu la chance de survivre. Leurs douloureux témoignages, devant une cour d'assises pleine à craquer, ont fini, hier, d'accabler l'accusé.

A deux jours du verdict, alors qu'ils promettaient des révélations, les avocats d'Emile Louis n'en mènent pas large. Mi-goguenards, mi-excédés, Mes Alain Fraitag et Alain Thuault semblent en perdition sur une mer déchaînée. Le profil de leur client, qu'un expert psychologue s'est chargé de brosser avec une précision de chirurgien, apparaît désormais avec une terrifiante netteté.

Emile Louis n'a rien du gentil pépé qu'un hasard malheureux aurait placé dans le box. C'est un prédateur qui, patiemment, choisit ses proies avant de les amener à lui. Un pervers, déguisé en brave homme, qui « après l'avoir réduit à l'état d'objet » éprouve « une jouissance » à détruire autrui. Philippe Corval, qui l'a rencontré cinq longues fois, ne mâche pas ses mots : « Sadisme et cruauté tissent l'arrière-plan de sa personnalité. »

« Si j'ai le bonheur de sortir, je vais dans un monastère »

Abandonné à la naissance, maltraité par ses parents nourriciers, violé à l'adolescence par un moniteur de colonie de vacances, il a grandi en « bâtard » et développé une haine féroce de lui-même. « Il se considère comme coupable d'exister », résume l'expert.

Ses crimes, infligés à des filles qui, comme lui, sont souvent issues de la Ddass, illustrent un « dramatique jeu de miroir ». « Il se délivre, sur elles, de ce qu'il est, explique Philippe Corval. Il cherche, à travers elles, à abolir ce qu'il hait en lui. »

Emile Louis s'est forgé « une carapace particulièrement épaisse ». Lorsqu'il passe aux aveux, fin 2000, ce n'est pas pour se délivrer d'un sentiment de culpabilité. Mû par un sentiment de toute-puissance, persuadé que la prescription le protège, il se croit à l'abri de la justice et veut jouer au plus malin. Pis : il est incurable. « Sur l'échelle de l'alerte, il est à 10 sur 10 », estime le psychologue. Emile

Louis ne bouge pas. Un souffle de forge soulève, de bas en haut, sa lourde carcasse affalée dans le box. « L'avenir, vous le voyez comment ? », lui demande le président, Jean-Pierre Getti. « Si j'ai le bonheur de sortir, je vais dans un monastère », marmonne l'accusé qui se dit « en paix » avec lui-même et « prêt à affronter le Créateur ».

Pour son dernier dialogue direct avec l'accusé, l'avocat général, Philippe Bilger, réclame une dernière fois « la vérité ». « Je l'ai dit, je suis innocent. Si j'avais commis ces actes-là, j'aurais pas gardé ça sur le coeur pendant vingt ans. » De part et d'autre du prétoire, deux paires d'yeux s'affrontent intensément. Philippe Bilger, le premier, soupire. Une ultime confession n'aurait « rien changé au sort de la justice, lance-t-il à l'accusé. Mais vous auriez pu vous regarder en face ».
Elisabeth Fleury, Le Parisien, mercredi 24 novembre 2004, p. 16

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(Mars 2005) Le non-lieu prononcé dans l'affaire Alègre blanchit Dominique Baudis et Marc Bourragué

Après deux ans d'enquête, le juge Thierry Perriquet a rendu une ordonnance de non-lieu dans le volet de l'affaire Alègre concernant les faits supposés de "viols et proxénétisme aggravé" commis par des notables de Toulouse. Le dossier avait provoqué un séisme dans la vie politique toulousaine et suscité un véritable emballement médiatique.

Le juge d'instruction, qui avait notifié, le 29 octobre 2004, aux intéressés la fin de ses investigations, a estimé "qu'il n'y avait pas dans le dossier d'élément susceptible de mettre qui que ce soit en examen", a indiqué le procureur général de Toulouse, Michel Barrau, interrogé par l'AFP. Le non-lieu blanchit deux personnalités particulièrement visées : Dominique Baudis, ancien maire de Toulouse, et Marc Bourragué, ancien substitut du procureur. L'ordonnance de M. Perriquet a toutefois été signée avant que la cour d'appel statue, le 14 avril, sur tous les recours formés.

En février 2003, deux anciennes prostituées, Patricia et Fanny, avaient affirmé aux gendarmes que le tueur en série Patrice Alègre fournissait des filles pour des soirées sadomasochistes auxquelles participaient policiers, magistrats et personnalités politiques, à Toulouse dans les années 1990. Les gendarmes enquêtaient alors sur l'assassinat toujours non élucidé d'une autre prostituée, Line Galbardi, tuée en janvier 1992. Patrice Alègre, condamné à la réclusion à perpétuité en 2002 pour cinq meurtres et six viols, a depuis été mis en examen pour six autres crimes.

Le 1er avril 2003, La Dépêche du Midi révélait la "nouvelle" affaire Alègre. Le 15 avril, la justice ouvrait une information judiciaire contre "Patrice Alègre et tous autres", pour des faits de "viols et de proxénétisme aggravé". Les témoignages de Patricia et de Fanny déclenchaient une tempête. Le 18 mai 2003, Dominique Baudis révélait sur TF1 que son nom était cité. L'actuel président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) dénonçait alors une "effarante machination".

"SOULAGÉ"

Mais, au fil de l'instruction, les accusations tombaient. Patricia accusait Dominique Baudis d'avoir abusé d'elle le jour de ses 20 ans, le 20 novembre 1990, à Toulouse. Or des enregistrements vidéo ont attesté de la présence de M. Baudis ce même jour à l'Assemblée nationale. Fanny, qui accusait également l'ancien député de l'avoir violée, s'était rétractée dès le 17 septembre 2003. Elle avait auparavant mis en cause l'ancien procureur général de Toulouse, Jean Volff, muté aussitôt par la chancellerie. La jeune femme était aussi revenue sur ces déclarations.

Sur France Info, M. Bourragué s'est dit "soulagé". M. Baudis a indiqué qu'il ne souhaitait pas réagir avant d'avoir lu l'ordonnance de non-lieu. Il a toutefois précisé qu'il n'entendait pas se poser en victime et a formé le voeu que la décision du juge Perriquet soit aussi bien relayée dans les médias que les accusations lancées à son encontre. Comme il l'a écrit dans son livre publié en janvier, Face à la calomnie (XO Editions), M. Baudis entend que la justice détermine la façon dont l'affaire a pu se développer. Pour leur part, les avocats des deux prostituées ont annoncé qu'ils allaient faire appel. L'affaire n'est donc pas close.
Nathalie Guibert avec Jean-Baptiste de Montvalon, Article paru dans l'édition du 27.03.05, LE MONDE | 26.03.05 | 14h29, Mis à jour le 26.03.05 | 14h29

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(Mai 2005) Le «mal absolu» revient hanter l'Italie
Condamné à perpétuité en 1975 pour avoir torturé et tué une jeune fille, Angelo Izzo a profité d'une semi-liberté pour commettre un nouveau crime.

«Je les ai tuées parce qu'elles étaient collantes et oppressantes.» Une nouvelle fois, Angelo Izzo est passé aux aveux. Depuis 1975, toute l'Italie le désigne comme le «monstre du Circeo» pour l'assassinat, dans des circonstances effroyables, d'une jeune fille. Trente ans après avoir été condamné à la perpétuité, mais bénéficiant d'un régime de semi-liberté, il a admis jeudi avoir tué Maria Carmela Limucciano, la femme d'un parrain repenti, et sa fille Valentina, âgée de 14 ans. La police a découvert leurs corps jetés dans des sacs en plastique noir, les mains menottées et les pieds liés, dans une villa près de Campobasso, en Molise, dans le centre du pays. Les deux victimes ont sans doute été enterrées vivantes à l'arrière de la bâtisse. L'adolescente était nue, mais les enquêteurs excluent a priori toute violence sexuelle. Ce double homicide a provoqué un émoi considérable. Pour une large partie de l'opinion publique, Angelo Izzo est, selon l'expression de l'intellectuelle Miriam Mafai, «le mal absolu».

Orgie.
Toute l'Italie a encore en mémoire la tragédie de 1975. Jeune militant néofasciste issu des beaux quartiers de Rome, l'étudiant en médecine Angelo Izzo avait été arrêté avec deux autres fils de la bonne bourgeoisie de la capitale, Andrea Ghira et Gianni Guido. Après avoir rencontré par hasard Maria Rosaria Lopez et Donatella Colasanti, deux jeunes femmes provenant de la banlieue défavorisée de la ville, les trois activistes d'extrême droite avaient organisé une soirée dans la villa du père de Ghira au Circeo, une petite cité balnéaire au nord de Naples. Arrivés sur place, les trois militants transforment la fête en une orgie macabre. Les deux jeunes femmes sont violemment battues et torturées. La tête plongée dans une baignoire, Maria Rosaria Lopez décède, asphyxiée. Férocement frappée, Donatella Colasanti feint l'évanouissement. Les trois hommes les croient toutes les deux mortes et les jettent dans le coffre d'une Fiat 127 avec l'intention de se débarrasser plus tard des corps. Ils garent la voiture dans une petite rue de la ville où elle restera plus de vingt-quatre heures avant qu'un vigile nocturne n'entende les plaintes de Donatella Colasanti. Angelo Izzo est appréhendé quelques jours plus tard après les aveux de Gianni Guido. Ce dernier réussira à s'évader et à fuir en Argentine. Averti à temps, Andrea Ghira parviendra lui aussi à échapper à la police et à se réfugier en Amérique latine, où il se trouverait encore.

Immédiatement après la révélation du massacre, la gauche italienne se mobilise. Dans l'agitation post-68 et la multiplication des violences politiques, le crime d'Izzo et de ses compagnons devient le symbole de l'immoralité de la «classe dominante». «Dans le massacre du Circeo, on retrouvait tous les ingrédients imaginés par la pensée politique de la gauche de lutte de classe», évoque aujourd'hui Adriano Sofri, l'ancien leader du mouvement d'extrême gauche Lotta Continua. «Les assassins étaient des activistes fascistes, sexistes, des fils à papa. Quant aux victimes, c'étaient deux jeunes femmes comme il faut, ingénues et issues d'une banlieue prolétaire.»Face à cette vision d'une bourgeoisie anthropologiquement violente et perverse, Pier Paolo Pasolini est alors bien isolé. Quelques jours avant d'être à son tour assassiné, l'écrivain et cinéaste affirmait que les «pauvres» des banlieues ouvrières et les «pauvres» immigrés peuvent faire et font effectivement les mêmes choses que des jeunes pourris des beaux quartiers. Pendant des années, les plages du Circeo seront même boycottées par une partie de la gauche car marquées du crime «fasciste» d'octobre 1975.

Incarcéré, Angelo Izzo rencontre le mafieux Giovanni Maiorano au pénitencier de Palerme. En prison, il lit énormément et se repent : «J'ai été un lâche qui s'en prenait aux plus faibles, un machiste qui violait, un riche bâtard qui déchaînait sa haine et ses complexes sur les pauvres.» Soucieux d'afficher plus encore sa bonne volonté auprès des autorités, il multiplie les témoignages sur des affaires de mafia et de terrorisme. Bien que douteuses, voire fantaisistes, ces déclarations lui permettent de bénéficier de permis de sortie de plus en plus nombreux. En 2001, le rapport d'un psychiatre lui ouvre, en dépit de plusieurs tentatives d'évasion, les portes de la semi-liberté. «C'est un homme nouveau», écrit l'expert. A l'extérieur, Angelo Izzo travaille pour une association religieuse qui s'occupe de la réinsertion de toxicomanes. C'est Giovanni Maiorano, condamné pour avoir tué et décapité un jeune délinquant de 17 ans, qui aurait demandé à Izzo de veiller sur sa femme et sa fille.

Désarroi.
Aujourd'hui, ceux qui ont cru à la rédemption d'Angelo Izzo avouent leur désarroi. «Je me suis immensément efforcé d'être bon, j'étais convaincu d'être à mille lieues du jeune assassin que j'avais été», a fait savoir il y a quelques jours le meurtrier, âgé de 50 ans, sans parvenir à expliquer les raisons de son nouveau crime. «Il faut engager une profonde réflexion sur l'application des mesures de remise en liberté», a commenté le garde des Sceaux, Roberto Castelli. De son côté, Adriano Sofri redoute que le cas Izzo ne renvoie une fois encore les promesses d'amnistie d'une partie de la classe politique et dénonce «l'excès de complaisance devant l'habileté d'un vaurien».
mardi 24 mai 2005 (Liberation - 06:00)

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(Juillet 2005) AFFAIRE ALEGRE Dominique Baudis attaque en justice

Le président du CSA va déposer une plainte en "dénonciation calomnieuse" après la condamnation, mercredi, de "Patricia" et "Fanny".

Me Serge Didier, l'un des avocats du président du CSA Dominique Baudis, a annoncé le prochain dépôt d'une plainte en "dénonciation calomnieuse" après la condamnation mercredi 20 juillet (2005) des deux ex-prostituées "Patricia" et "Fanny" pour complicité de faux témoignages dans le volet "Djamel" de l'affaire Alègre.
Me Serge Didier et Me Laurent De Caunes, l'avocat de l'ancien substitut du procureur de Toulouse Marc Bourragué, ont par ailleurs été très critiques à l'égard des enquêteurs de l'époque, notamment le gendarme Michel Roussel en charge du dossier Alègre, et du parquet de Toulouse, qui avaient donné du crédit aux accusations des deux jeunes femmes.

Maelström

L'ancien maire de Toulouse et Marc Bourragué ont notamment été mis en cause au printemps 2003 pour une supposée participation à des crimes sexuels en relation avec le tueur en série Patrice Alègre. Ces accusations ont entraîné un maelström médiatique et l'ouverture d'une information judiciaire qui s'est soldée le 11 juillet par un non-lieu général.

"Dominique Baudis, depuis le début, dit qu'il n'a rien à voir avec ce qui s'est passé, dit qu'il cherchera qui est derrière cette saloperie et qui a manipulé 'Fanny' et 'Patricia'", a indiqué Me Serge Didier.
"Nous allons déposer des plaintes pour dénonciation calomnieuse dans quelques jours et nous joindre sans doute à une plainte avec constitution de partie civile dans le cadre général, pour savoir qui est derrière tout cela".

"Conséquences tragiques"

"Il n'y a pas eu complot, (...) mais sûrement auto-intoxication entre Patricia et le gendarme Roussel, puis la rencontre magique avec certains magistrats et le rôle de certains medias", a estimé Me Serge Didier.
Me Laurent de Caunes, le défenseur de Marc Bourragué, qui a déjà déposé plainte pour dénonciation calomnieuse, a estimé que la condamnation - 3 ans ferme pour "Patricia", 3 ans, dont 18 mois avec sursis pour "Fanny" - "est normale eu égard à la gravité des comportements, qui étaient de nature à entraîner des conséquences tragiques dans le contexte de l'époque".
NOUVELOBS.COM | 21.07.05 | 08:57

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La Roumaine qui a égorgé frère Roger a été écrouée

MALGRÉ ses délires et ses affirmations pour tenter de faire diversion, Luminata Sunacu, la Roumaine de 36 ans qui, mardi soir, a assassiné frère Roger en l'égorgeant, a été mise en examen pour assassinat. Elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Présentée hier en début d'après-midi au parquet de Mâcon, elle a été écrouée à la prison pour femmes de Dijon. Souffrant d'un « délire de type paranoïaque », selon l'expression même de Jean-Louis Coste, procureur de la République, Luminata Sunacu, fille unique d'une famille catholique pratiquante, diplômée de l'enseignement supérieur, a fait évoluer son discours et ses motivations tout au long de sa garde à vue.

Celle-ci avait débuté mardi soir, peu après qu'elle avait porté deux coups de couteau, dont un mortel, au prieur de la communauté oecuménique de Taizé. Elle a tenté d'expliquer qu'elle avait voulu avertir frère Roger d'un complot de moines francs-maçons, tout en demeurant très vague. Alors que 2 500 personnes l'ont vu agresser celui qui avait fondé la communauté en 1940, elle a affirmé, avec à-propos, que « c'est quelqu'un d'autre qui a porté le coup mortel »... Reconnaissant seulement qu'elle « avait mis le couteau sous la gorge de sa victime pour l'obliger à l'entendre ».

A Taizé, le choc de l'assassinat a fait place au recueillement. Depuis hier et jusqu'à ses obsèques, tous les jours de 15 heures à 19 heures, chacun peut s'incliner devant la dépouille de frère Roger, tout de blanc vêtu et déposé sur un catafalque, dans le choeur de l'église de la Réconciliation qui peut accueillir jusqu'à 6 000 personnes. 15 000 personnes attendues pour les obsèques

Si habituellement, selon la volonté même de frère Roger, Taizé est la capitale de la jeunesse, depuis hier, ce sont des personnes de toutes générations et de tous les horizons qui viennent lui rendre hommage. « Je suis souvent venu ici. C'était un homme de paix très ouvert sur les autres et c'est pour cela que les jeunes du monde entier se rassemblaient. Ce qui me bouleverse, c'est qu'il a eu la même mort que Gandhi ou Martin Luther King. C'est une terrible fin pour des hommes de paix », juge Michel Tavernier, sexagénaire de Lyon. Anna, 13 ans, venue d'Italie, insiste sur la grandeur de son oeuvre de réconciliation : « Il a été super. C'est très fort d'avoir voulu construire l'unité des chrétiens. »

Domiciliées dans la région de Mâcon, Denise Chervet, 81 ans, et Denise Carlan, 67 ans, ont tenu à être parmi les premières à s'incliner devant la dépouille : « On venait chaque dimanche. Pour nous, c'est un saint. Au même titre que Jean-Paul II. Qu'il disparaisse comme cela à l'ouverture des JMJ, ça fait réfléchir. » Pour les obsèques, qui auront lieu mardi à partir de 14 heures, 15 000 personnes sont attendues sur la colline de la Fraternité. Elles se dérouleront en présence de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur.
leparisien.com, Alain Bollery, Paru le : 19/08/2005

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Viols avec tortures: 30 ans de réclusion en appel pour Emile Louis

AIX-EN-PROVENCE (AFP) - Emile Louis a été condamné vendredi à 30 ans de réclusion, assortie d'une période de sûreté des deux tiers, par la cour d'assises d'appel des Bouches-du-Rhône, pour viols avec actes de torture et de barbarie sur sa seconde épouse et viols sur sa belle-fille, à Draguignan, au début des années 1990.

Après trois heures et demie de délibéré, les jurés ont alourdi la peine infligée en première instance à l'ancien chauffeur d'autocar bourguignon âgé de 71 ans, dans ce "volet varois" de son parcours judiciaire. En mars 2004, la cour d'assises du Var l'avait condamné à 20 ans de réclusion, avec période de sûreté des deux tiers.

La cour d'appel est allée au-delà des réquisitions de l'avocat général Gilles Rognoni qui avait demandé la confirmation de la peine prononcée dans le Var, qualifiant Emile Louis, d'un "des grands criminels du siècle" passé. L'accusé a été condamné le 25 novembre 2004 par la cour d'assises de l'Yonne à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté de 18 ans, dans l'affaire de sept jeunes filles disparues entre 1975 et 1979.

Emile Louis, accusé par sa seconde femme Chantal Paradis de lui avoir administré des potions médicamenteuses en vue de la soumettre à des pratiques sexuelles sadiques, est un être "malin, madré, manipulateur, abuseur des faiblesses des autres", selon les termes de l'accusateur public.

"Toute sa vie, il s'est comporté en disciple du marquis de Sade", avait-il martelé. Il a une "haine des femmes présentées comme des +salopes+ ou des +putes+" et qu'il ne voit que "torturées, battues, violées".

Doté d'une double personnalité, c'est un Dr Jekyll qui "aime" aussi "jouer avec ses victimes comme un Dr Petiot de la campagne ou un Dr Mengele qui ferait des expériences sur des corps encore vivants", avait renchéri pour les parties civiles Me Didier Seban.

La défense a plaidé l'acquittement pour les faits commis sur Chantal Paradis, épousée en avril 1992. Elle a estimé que cette dernière qui a accusé son beau-père et trois concubins de viol ou séquestration avant de dénoncer Emile Louis, n'était pas "crédible" et que le dossier n'était "qu'un tissu d'incohérences".

Emile Louis est un "pédophile, un récidiviste qui a fait beaucoup de mal" mais "une réputation atroce suffit-elle à faire un coupable ?", a demandé Me Daniel Saadat. "Depuis lundi, on ne fait que reconvoquer le passé coupable d'Emile Louis comme un écran qu'on a en permanence devant les yeux", a ajouté Me Eric Moutet, évoquant l'absence d'éléments matériels.

Tout au long du procès, Emile Louis qui reconnaît deux affaires d'abus sexuels pour lesquelles il a été condamné en 1981 et 1989, a nié, sans jamais se démonter, les accusations de sa femme.

Tour à tour goguenard ou larmoyant, l'enfant de l'assistance publique, au physique à la Jean Gabin, a invoqué la "provocation" en ce qui concerne sa belle-fille, âgée de 14 ans ans au moment des faits.

"Je ne suis pas fier de mon passé", a-t-il toutefois déclaré avant que le jury ne se retire pour délibérer. "Je demande pardon à toutes mes petites victimes et à ma belle-fille pour tous ces attouchements que j'ai faits sans m'en rendre compte".

Ses avocats ont cinq jours pour se pourvoir en cassation. Emile Louis a d'ores et déjà un nouveau rendez-vous judiciaire au printemps prochain, lorsqu'il comparaîtra devant la cour d'assises d'appel de Paris dans l'affaire des disparues de l'Yonne.
yahoo.fr, actualités, vendredi 14 octobre 2005, 18h59

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(janvier 2006) Affaire Alègre: M. Baudis condamné pour diffamation de l'ex-gendarme Roussel

Le tribunal de Castres a condamné mercredi (4 janvier 2006) l'ancien maire de Toulouse Dominique Baudis et son éditeur Bernard Fixot pour avoir diffamé l'ex-directeur d'enquête de l'affaire Alègre, Michel Roussel, dans le livre "Face à la calomnie" publié fin janvier 2005.

Le tribunal a condamné M. Baudis à 1.000 euros d'amende et M. Fixot, PDG des éditions XO, à 3.000 euros d'amende. Il a attribué 3.000 euros de dommages et intérets à M. Roussel.
Lors de l'audience le 14 octobre, M. Roussel avait demandé 20.000 euros de dommages-intérêts au président du CSA, reprochant à M. Baudis quatre points estimés diffamatoires. Son avocat, Me Hervé Rénié, lui reprochait des "termes volontairement péjoratifs" pour désigner M. Roussel et "des attaques sévères contre la qualité de l'enquêteur qu'il était".

Dans "Face à la calomnie", M. Baudis évoque sa mise en cause avec le tueur en série Patrice Alègre par deux anciennes prostituées dans des affaires de meurtres et de proxénétisme à Toulouse, au début des années 1990. Il y décrit aussi l'emballement médiatique qui l'a présenté comme un tortionnaire sadomasochiste au printemps 2003.

A l'issue du délibéré, M. Roussel a déclaré que "c'est une entière satisfaction de voir que les choses se remettent en place, lentement, trop lentement pour les familles de victimes".
Ni M. Baudis, ni son éditeur n'étaient représentés lors du délibéré. L'avocate parisienne du président du CSA, Me Anne Boissard, interrogée par téléphone, s'est refusée à tout commentaire avant d'avoir eu notification du jugement.
AFP 04.01.06 | 17h51, Le Monde - 04 janv. 18 h 04

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(30 mai 2006) Après l'amour, Bernadette a découpé Luc
Cette femme de 46 ans comparaît pour avoir tué par balle puis dépecé à la hache son amant.

Il y a quelque chose d'angélique chez Bernadette. Visage lisse, régulier, cheveux blonds sagement coiffés. Une voix douce et une syntaxe naturellement raffinée.
Il serait agréable d'écouter parler cette jolie femme de 46 ans, chef du service d'éducation d'une association d'aide aux jeunes en difficulté, Pluriel 94. Mais il y a ce que raconte, sans pratiquement s'interrompre, Bernadette devant la cour d'assises du Val-de-Marne, où elle comparait pour le meurtre de son jeune amant, Luc, 27 ans, dans la nuit du 16 au 17 mars 2003.

«Il fallait qu'on se quitte...»
Comme dans un thriller, le récit commence presque joyeusement, par l'évocation d'un rendez-vous amoureux. «Luc m'a appelé vers 23 heures, je suis allé le chercher à la gare RER de Neuilly-Plaisance. Nous étions contents de nous retrouver. A la maison, nous nous sommes fait des bisous, des câlins, puis nous avons bu du vin grec, et on a fait l'amour. C'était un peu violent, mais j'étais consentante. J'avais acheté des mezze chez Picard. Il est venu manger nu, sur mes genoux. Là, j'ai commencé à lui dire qu'il fallait qu'on se quitte...»

Bernadette vit seule avec son fils de 16 ans, qu'elle a envoyé pour le week-end à Athènes, chez son père. Luc vit avec une compagne, enceinte de sept mois.
Il est éducateur dans la même association que Bernadette. Leur relation secrète dure depuis des années. Mais sa future paternité change la donne : «Lui disait qu'il fallait continuer, poursuit l'accusée. On est remonté dans la chambre.» Elle raconte qu'ils ont parlé du travail quand il a remarqué «un dossier concernant les nouveaux contrats locaux de prévention de la délinquance», qu'elle venait de recevoir.
«Comme ça, je lui ai dit que j'avais une arme à la maison. Il a voulu la voir, il a joué avec, faisant semblant de tirer au plafond. Puis il l'a posée sur le matelas. On a recommencé à faire l'amour. A un moment, il a repris l'arme, me l'a posée sur la tempe. Là, pour moi, tout a changé. C'était comme un viol. On est là, et on n'est pas là... On ne peut expliquer avec des mots cette sensation. J'ai attendu qu'il éjacule...»

«Il est remonté, j'ai tiré».
A ce moment du récit de Bernadette, les jurés se remémorent une scène que l'accusée a racontée, le matin même, tandis qu'elle évoquait son enfance. Père violent, alcoolique, qui parfois faisait jouer ses filles «à la roulette russe». Il leur posait un pistolet sur la tête, et tirait. L'arme n'était pas chargée, mais Bernadette dit qu'à chaque fois elle se voyait mourir.
«La suite est très floue, reprend-elle. Luc est descendu boire un verre. Lorsqu'il est remonté, j'ai tiré. Il y avait beaucoup de sang. Je voyais toutes ces choses, le sang, mais je ne me rendais pas vraiment compte, c'était irréel. Je me suis retrouvée avec une hache à la main, je lui ai retiré les bras et les jambes.
Un peu après, je me suis couchée, j'ai dormi deux heures. J'avais gardé une main de Luc dans la mienne...» Juste une main, séparée du bras. Au réveil, Bernadette a tout nettoyé, la hache, ses cheveux, les traces de sang dans la maison. Elle a mis les morceaux de son amant dans sept sacs.

Elle a creusé un trou dans le jardin, mais finalement, épuisée, elle a téléphoné à un psychiatre de ses relations qui, à son tour, a prévenu la police. «Nous l'avons trouvé assise dans le canapé, calme. Elle nous attendait», se souvient un commandant de police.

«Mais pourquoi avoir tiré ?» questionne la présidente Janine Dray. La réponse vient, sans hésitation : «Il ne fallait pas qu'il me mette le pistolet sur ma tête. Pour moi, ça voulait dire mourir, comme quand mon père... Alors j'ai tiré, c'était comme si je me voyais faire les choses, c'était moi, et pas moi.»

«Quand Papa me faisait ça».
Les références «psy», Bernadette y a recours sans arrêt.
«Quand Papa me faisait ça, à chaque fois, je prenais ma poupée et je lui retirais les bras et les jambes. J'ai aussi revu papa me courir après avec une hache.» Mais ces souvenirs d'enfance, Bernadette ne les révèle qu'en fin d'instruction. «Pourquoi ?» interroge la présidente. «J'avais tout oublié. Il a fallu la reviviscence des choses de l'enfance. Entre quatre murs, en cellule, on n'a que ça à penser...»
Pour la partie civile, pas convaincue du tout, tout ça n'est que «reconstruction». L'arme chargée, la hache neuve, tout était «prêt à l'avance», estime Me Louis, l'avocat de la famille de Luc. Les experts psychiatriques vont se succéder aujourd'hui à la barre pour dire ce qu'ils pensent des explications de l'accusée. Verdict mercredi.
par Marc PIVOIS, Libération, QUOTIDIEN : mardi 30 mai 2006

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vendredi 9 juin 2006, 13h34 Heaulme mis en examen pour les meurtres de Montigny-lès-Metz

METZ, Moselle (Reuters) - Le tueur en série Francis Heaulme a été mis en examen pour les meurtres de deux garçons de huit ans en avril 1986 à Montigny-lès-Metz (Moselle), pour lesquels Patrick Dils a passé quinze années en prison, apprend-on auprès de son avocat, Me Florent Girault.
Cette mise en examen pour "homicides volontaires" lui a été notifiée par deux juges d'instruction au terme d'une audition de deux heures à Metz.
"Il a dit qu'il était innocent, qu'il n'était pas l'auteur des faits", a précisé à Reuters son avocat.

Un nouveau procès d'assises, le quatrième dans cette affaire, devrait être organisé à l'issue de l'information judiciaire ouverte en septembre 2004.

Francis Heaulme, condamné à sept reprises pour des homicides volontaires, purge actuellement plusieurs peines de réclusion à perpétuité.

Patrick Dils avait été condamné à la perpétuité pour le meurtre en septembre 1986 d'Alexandre Beckrich et Cyril Beining, deux garçons de huit ans. Il a purgé 15 ans de prison.
Une procédure de révision avait été engagée après la découverte de la présence de Francis Heaulme sur les lieux le jour du double crime.
Dils avait été à nouveau condamné à 25 ans de réclusion à Reims en 2001, avant d'être acquitté en 2002 par la cour d'assises de Lyon.

Une nouvelle enquête a établi que Francis Heaulme travaillait à l'époque des faits dans une entreprise située à 400 mètres des lieux du crime. Des témoins l'ont aperçu couvert de sang le jour des faits.
Les enfants ont eu le crâne fracassé à coups de pierre et les gendarmes ont estimé que la méthode employée portait la "quasi-signature criminelle" de Heaulme.
Celui-ci reconnaît qu'il était présent sur les lieux du crime mais qu'il n'a fait que "retourner" les corps des enfants.
Yahoo.fr, actualités,

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(27 juin 2006) Perpétuité confirmée en appel pour Emile Louis

PARIS - Emile Louis a été condamné en appel à Paris à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 18 ans pour les assassinats de sept jeunes femmes disparues entre 1975 et 1979 dans l'Yonne.

Après trois semaines de procès et neuf heures de délibérations, la cour d'assises de Paris a intégralement confirmé l'arrêt prononcé en première instance en novembre 2004 par la cour d'assises de l'Yonne.

"Les disparues de l'Yonne ont ce soir une sépulture. La condamnation d'Emile Louis conclure onze ans de combat pour la justice par les parties civiles", a dit Me Didier Seban, avocat des familles des victimes et de l'Association de défense des handicapés de l'Yonne (ADHY).

C'est cette association qui avait amené la cour d'appel de Paris à ouvrir une enquête sur les faits en 1997, après trente ans d'inaction judiciaire et policière et un ultime refus d'instruire en 1996 de la justice auxerroise.

Emile Louis est resté impassible à la lecture du verdict. Son avocat Alain Thuault a annoncé qu'il se pourvoirait en cassation. "C'est une vérité judiciaire, ce n'est pas la vérité d'Emile Louis", a dit l'avocat.

Cet ancien chauffeur de car de 72 ans purge déjà une autre peine de trente ans de réclusion prononcée pour une affaire de viol sur sa dernière épouse.

Juste avant l'entrée en délibération de la cour, mardi matin, l'accusé a clamé une dernière fois son innocence, tout en admettant sa culpabilité dans des affaires d'agressions sexuelles antérieures aux disparitions.

"Monsieur le président, je reconnais les fautes du passé, je l'admets, mais ce n'est pas pour ça que je suis devenu un assassin. Je n'ai jamais commis aucun crime de ma vie. Merci", a-t-il dit.

"MALADE CRIMINEL"

L'avocat général Philippe Bilger avait qualifié Emile Louis de "tueur en série" et de "malade criminel" dans son réquisitoire de lundi, en requérant la confirmation de la peine de réclusion à perpétuité avec période de sûreté de 18 ans.

La défense avait plaidé l'acquittement "au bénéfice du doute", estimant que le dossier laissait encore penser que toute la lumière n'avait pas été faite sur l'affaire.

Arrêté et écroué en décembre 2000, Emile Louis a d'abord avoué et conduit les enquêteurs à l'endroit où étaient enterrés les corps de deux victimes - ceux de Jacqueline Weiss, disparue le 4 avril 1977, et de Madeleine Dejust, disparue en juillet 1977 - près d'une rivière de l'Yonne.

Il a alors expliqué que les corps de Christine Marlot, Chantal Gras, Bernadette Lemoine, de sa soeur Françoise et de Martine Renault étaient aussi sur ce site mais ils sont demeurés introuvables, ce que l'accusation explique par les mouvements du lit de la rivière depuis les faits.

Emile Louis est ensuite revenu sur ses aveux. L'affaire a suscité une vive polémique sur les fautes des services sociaux, indifférents au sort des disparues - des déficientes mentales légères, pupilles de l'assistance - et l'apathie de la justice, qui disposait pourtant dès 1984 d'un rapport accusant Emile Louis, rédigé par un gendarme, Christian Jambert.

Quatre magistrats en poste au parquet d'Auxerre entre 1979 et 2000 ont fait l'objet de poursuites disciplinaires mais trois d'entre eux ont échappé à toute sanction.

Une enquête distincte est toujours en cours à Auxerre sur la mort du gendarme Christian Jambert en 1997. Une première expertise avait conclu au suicide mais une seconde a penché pour la thèse de l'assassinat. Une troisième mission a été commandée et devrait être remise d'ici la fin de l'année.
Libération, mardi 27 juin 2006 (Reuters - 19:27), par Thierry Lévêque

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Samedi 14 octobre 2006 - 06:00 Yvan Keller, «criminel du siècle» bien sous tous rapports
Portrait de cet Alsacien sans histoires, décrit par ses voisins comme «sensible» et «sympa», qui s'est accusé du meurtre de dizaines de vieilles dames avant de se suicider.

Rue de Verdun, à Mulhouse, les voisins du 87 commencent à en avoir plein le dos des reporters qui défilent pour glaner quelques renseignements sur Yvan Keller, 46 ans, auteur présumé de «plusieurs dizaines de meurtres» de vieilles dames. Ils répondent tout de même, avec une gentillesse lasse. Décrivent «un Monsieur Tout-le-monde, plutôt sympa que pas sympa», «un bon mec». Ils se souviennent de ses chaussures, «godillots de cuir en hiver, Pataugas en été». Keller était paysagiste. Vendredi 22 septembre, ce tueur en série présumé, qui aurait étouffé ses victimes avec un oreiller, a utilisé ses lacets pour se pendre dans une cellule du tribunal, juste après avoir été mis en examen pour homicides volontaires et vols.

A son sujet, le procureur Régis Delorme a lâché qu' «on aurait pu dire qu'il s'agissait du criminel du siècle». Les voisins n'en reviennent pas. Une dame s'étonne : «Il ne dénotait pas au Reberg», quartier cossu et arboré à l'écart du centre ville. Yvan Keller et sa compagne, de dix ans sa cadette, étaient installés rue de Verdun depuis plusieurs années. Au numéro 87, ils occupaient un appartement dans une vieille maison à la façade grise, balcon de fer forgé côté rue, terrasse côté jardin. Le couple recevait peu. La femme, désormais partie, est décrite comme «discrète», «souvent tête baissée» et «habillée très classique». Personne ne sait si elle travaillait. Lui était un peu plus loquace, engageait la conversation. Keller aimait les animaux. «Sensible», il était «très malheureux» quand sa chienne, un labrador noir, est morte il y a deux ans.

«Milieu vannier».

Physiquement, Keller était «énergique» : «Il courait plus qu'il ne marchait», se souvient sa voisine. Taille moyenne, râblé, cheveux châtains, parfois une barbe de trois jours. «Un look d'artisan», résume un policier. Pas de signes extérieurs de richesse : une fourgonnette pour lui, une petite citadine pour elle, avec laquelle ils partaient en week-end. Souvent. «Et là, c'était du costaud !» commente un proche du dossier. Hôtels en France, au Benelux, en Angleterre, restos. Fine gueule, Keller raconte à ses voisins qu'il part à Arbois (Jura), au printemps 2006, pour goûter la cuisine d'un chef deux étoiles. Les chaussures encore : «Quand il partait en week-end, il mettait de belles chaussures de ville.» On dit aussi qu'il aimait casinos et paris. «Mais ce n'était pas un joueur compulsif», pondère un enquêteur.

L'homme prenait soin de ses outils. La nuit, il ne laissait jamais sa tronçonneuse dans la fourgonnette. Paysagiste, ou «jardinier», ou «débroussailleur», selon les versions, on imagine qu'il a profité de sa profession itinérante pour repérer ses victimes présumées. Ou peut-être était-il «informé par les uns et par les autres». «Vous savez, on est dans le milieu vannier», des gens du voyage sédentarisés, dit le procureur, laissant entendre que l'information y circule vite : «Le souci, c'était de trouver une personne âgée seule, parce qu'il se disait qu'elles avaient toujours des économies.» La suite : une effraction discrète, de nuit ; un meurtre par étouffement, avec un oreiller ou un mouchoir ; le vol de l'argent liquide et parfois de bijoux. Décrit comme «rationnel», Keller semble n'avoir eu recours qu'à ce mode opératoire. Les coups et le «saucissonnage» n'étaient pas son style.

Années de prison.

Ses voisins ne savaient pas qu'il avait passé sept ans en prison, dans les années 80, pour un braquage avec violences. Keller a également été incarcéré par la suite pour deux courtes périodes. Il aurait été dénoncé trois fois pour des cambriolages et des meurtres, entre 1993 et 2003, par un complice présumé aujourd'hui en examen et par son frère Pierre, toujours recherché. Les deux premières dénonciations n'ont rien donné. La troisième a abouti à son interpellation, après trois ans d'enquête.

Pour identifier ses victimes potentielles, le juge d'instruction vient de lancer un appel à témoins couvrant une période «du début des années 90 jusqu'à maintenant». Le tueur en série présumé s'est accusé de meurtres en Alsace, en Suisse et en Allemagne. Combien ? Au moment de passer aux aveux, il aurait avancé le chiffre de 150. Les enquêteurs y voient une figure de style, manière de dire qu'il allait vider son sac, et que celui-ci était lourd. «Mais on arrivera assez vite à la trentaine», selon une source proche du dossier. Keller a été mis en examen, avant son suicide, pour cinq décès : trois à Burnhaupt-le-Haut (Haut-Rhin) en 1994, deux plus récemment dans le Bas-Rhin. Puisqu'il a donné «des détails concordants» sur les trois cas les plus anciens, on le juge «crédible» pour les autres meurtres avoués. Huit crimes, dont trois aujourd'hui prescrits, pourraient déjà lui être imputés. Et, tous les jours, une demi-douzaine d'enquêteurs épluchent des «remontées d'informations». Ils sont désormais épaulés par une cellule de la Division nationale pour la répression des atteintes aux personnes et aux biens.

Suicide inexpliqué.

Au moment de ses auditions, Keller est apparu «un peu agité, mais pas incohérent, très pragmatique, la tête sur les épaules». «Il disait qu'il était prêt à montrer sur des cartes où il avait agi», relate le procureur Delorme, qui n'a décelé chez lui aucune trace de mythomanie. Son avocat, Pierre Peter, s'emporte : «Qu'est-ce qu'on en sait, il n'y a pas eu d'expertise ! Et puis il est revenu sur ses aveux et a refusé de signer son procès-verbal d'audition. Cela devient aberrant cette histoire !» Sur les raisons de son suicide, les opinions divergent. Déception qu'un «marché» passé au profit de sa compagne ne soit pas respecté, comme le pense son avocat ? Refus de finir sa vie en prison ? Le procureur penche pour le sentiment de culpabilité : «Les aveux, explique-t-il, ont entraîné un afflux, une prise de conscience des actes commis.
Libération, 14 octobre 2006, p. 12, Par Thomas CALINON QUOTIDIEN : Samedi 14 octobre 2006 - 06:00

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14.11.06 | 20:15 Six ans de prison ferme pour le jeune chauffard de Thionville

THIONVILLE (AP) -- Le tribunal correctionnel de Thionville (Moselle) a condamné mardi à six ans de prison ferme Mohammed Kamli, 19 ans, qui avait provoqué un accident mortel au volant d'une ambulance volée en décembre 2005.
Le procureur de la République, Alain Jomier, avait requis six à huit ans. La peine encourue était de 10 ans.

Reconnu coupable d'homicide et blessures involontaires, vol de véhicule en récidive et délit de fuite, le jeune homme ne pourra passer de permis de conduire avant cinq ans. Il est maintenu en détention.

Le jeune homme, qui a reconnu être au volant d'un ambulance volée, le 16 décembre 2005, a évoqué des troubles de la mémoire dus à l'état d'ivresse avancée dans lequel il se trouvait ce soir-là à Thionville avec des "je ne sais pas" à répétitions.

Sans permis, il avait fauché quatre fillettes sur un trottoir à 400m du lieu du vol. L'une d'elle, Lola Collignon, 11 ans, avait été tuée. Les trois soeurs qui l'accompagnaient avaient été blessées. Julie, 11 ans, la meilleure amie de Lola, est handicapée à vie. Son état nécessite la présence constante d'une tierce personne.

Avant que le tribunal ne se retire, Mohammed Kamli s'était retourné, en pleurant, vers les parents de Lola. "Ca peut arriver, je suis le premier à critiquer ceux qui provoquent des accidents. Je souffre. Je sais que vous n'acceptez pas mes excuses. Je n'ai pas voulu cela".

Le père de Lola Alain Collignon a estimé que "la peine est sévère et exemplaire mais méritée". "J'avais besoin de mettre un visage sur notre malheur. Je suis un peu soulagé, c'est difficile à vivre". La mère de la fillette Annick Braczek s'est dit "un peu déçue" par la peine mais "je vais pouvoir commencer à faire mon deuil, j'ai très mal accueilli ses excuses, c'est du cinéma".

L'avocat de Kamli, Me Joseph Roth, juge que la peine est méritée: "il s'y était préparé". "Ce n'est pas un problème de violence routière, c'est un accident, c'était sa propre auto-destruction, de la farce qui tourne au drame", devait-il plaider.

Tout au long de son procès, Kamli a parlé de la présence d'un mineur de ses amis dans l'ambulance: "je ne suis pas sûr d'être tout seul". L'avocat de la famille de Lola estime "qu'il a toujours cherché à mettre en cause le mineur, qu'il a fui en Belgique pour éviter d'être jugé et qu'en outre, le médecin belge qui a fait des analyses de sang a trouvé des traces de cannabis de consommation récente".

Le procureur avait regretté que le prévenu "ne reconnaisse que du bout des lèvres les faits, et sa fuite prouve que contrairement à ce qu'il avance, il était parfaitement conscient de l'accident". Le magistrat a dénoncé "son refus délibéré d'assumer", et ce d'autant plus qu'il a déjà cinq condamnations précédentes pour des délits.

Les parents et le frère et la soeur de Lola obtiennent 120.000 euros de dommages et intérêts. D'autres membres de la famille recevront 20.000 euros globalement. Les parents des trois soeurs, absents, ont porté l'affaire au civil. AP
lenouvelobs.com, Jeudi 16 novembre 2006 - 18h26

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Le violeur présumé d’Enis arrêté avec du Viagra sur lui
L.S. (lefigaro.fr) avec AFP. Publié le 18 août 2007Actualisé le 18 août 2007 : 18h39

Du Viagra dans les poches d’un pédophile multirécidiviste ?
Selon des sources concordantes, parmi lesquelles Me Jérôme Pianezza, avocat du pédophile Françis Evrard, le ravisseur présumé du petit Enis avait en effet sur lui une plaquette entamée de ce puissant médicament contre l’impuissance au moment de son arrestation mercredi soir.

Le procureur adjoint de la République de Lille, Brigitte Lamy, s'est refusée à tout commentaire sur cet aspect de l'affaire, mais une enquête serait en cours pour déterminer la provenance des pilules bleues.

Comme l'annonçait Le Figaro, Francis Evrard aurait en effet affirmé aux enquêteurs, au cours de sa garde à vue, s’être fait prescrire le Viagra après sa sortie de prison, le 2 juillet dernier.
Et le médecin ne serait autre que celui chargé de son suivi judiciaire, donc au courant de ses penchants pédophiles.
Francis Evrard aurait demandé lui-même à se faire prescrire le médicament, au prétexte de troubles de l’érection.
Il devait être soumis à une obligation de soins, de suivi médico-psychologique et de traitement hormonal, qui auraient dû être mis en œuvre à compter du 24 août. Il aurait enfin précisé aux enquêteurs dans quelle pharmacie de Rouen il aurait retiré le Viagra. A charge pour eux de vérifier ces affirmations.

"Totalement scandaleux"

« Si cela est avéré, c'est totalement scandaleux quand on connaît le profil de cet homme », a affirmé à l'AFP l'avocat du père d'Enis, Me Emmanuel Riglaire. Détaillant plusieurs éléments intrigants - les médicaments retrouvés en sa possession dont des somnifères vraisemblablement utilisés pour droguer l'enfant, le Viagra, des images pédophiles qui auraient été découvertes dans sa cellule – l'avocat a estimé qu’« on ne pouvait pas trouver pire organisation ».

Francis Evrard a été mis en examen vendredi et écroué pour « enlèvement et séquestration, viols et agressions sexuelles en récidive » sur mineur de moins de 15 ans. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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La Voix du Nord - Edition du dimanche 19 août 2007 « Il voulait recommencer mais en Thaïlande… »
ENLÈVEMENT DE ROUBAIX • Avant d’être interpellé dans la nuit de mercredi à jeudi, le pédophile avait passé de longues années en cellule. Les gens qui l’ont côtoyé témoignent.

À Caen, les surveillants du centre de détention se doutaient qu’Evrard récidiverait. Durant sa détention, le violeur présumé n’aurait pas cessé de tenter de se procurer des images pédophiles.

« Dès qu’on a entendu le message de l’alerte enlèvement, la moitié de la boutique a tout de suite pensé à lui. On aurait été surpris qu’il ne tombe jamais. » Au centre de détention de Caen, les surveillants ne sont pas surpris de retrouver leur ancien pensionnaire à la Une de l’actualité. Francis Evrard était considéré comme un pédophile « incurable » auprès du personnel de l’administration pénitentiaire.

« En détention, il a passé tout son temps à tenter de se procurer des photos », déplore un fonctionnaire, qui a côtoyé le ravisseur présumé d’Enis pendant de longues années. « Il y a un an, il m’avait dit qu’il recommencerait mais que cette fois, il irait en Thaïlande parce que là-bas, c’est légal », raconte un second gardien, « écoeuré » que le Roubaisien d’origine ait pu sortir dans la nature malgré son pedigree.

Il poursuit : « Les détenus savaient que c’était lui le coupable avant même son arrestation, parce qu’il avait raconté à un ancien codétenu son accident de scooter et qu’il portait depuis un plâtre bleu. Du coup, quand ils ont entendu à la télé que le gars recherché avait un plâtre, ils ont su que c’était lui. »

Trafic d’images pédophiles

Le sexagénaire, au cours des dernières années de sa vie carcérale, a multiplié les faux pas.
Le 25 mars 2004, le tribunal correctionnel de Caen le condamne à 18 mois de prison pour avoir stocké des images pédophiles sur son ordinateur acheté par ses soins et installé dans sa cellule, peine finalement ramenée à trois mois en appel.
Le 4 janvier 2007, il passera quatre jours au quartier disciplinaire pour avoir eu, posée sur son étagère, une carte postale représentant un enfant de 3 à 5 ans nu dans une position équivoque. « C’est la seule fois où il a été mis au quartier disciplinaire », déplore l’un des gardiens, pour qui Evrard serait « plutôt le pauvre gars, un peu crade, mais discret, calme. Vous savez, les pédophiles ont souvent une personnalité assez faible ».

Il ajoute : « D’ailleurs, contrairement à certains, il n’en avait pas honte… » Pour ces deux surveillants, nombreux sont les délinquants sexuels sortant de Caen – le centre de détention abrite une très grande majorité de personnes impliquées dans des affaires de moeurs – à récidiver peu de temps après.

« Simplement, dans cette affaire, ça se sait car le dispositif Alerte Enlèvement a permis de médiatiser l’histoire. Il y a beaucoup d’autres agressions commises par des anciens d’ici fraîchement sortis qui se terminent par deux ou trois lignes dans la presse locale. »
Et de dénoncer le trafic d’images pédophiles qui existerait depuis longtemps dans le centre de détention. « Les photos circulent au vu et au su de tout le monde. Il y a un laxisme incroyable. Quant à Evrard, c’était juste un consommateur ; il se ravitaillait auprès de ceux qui faisaient rentrer de l’extérieur des disquettes et des photos au sein du centre. »

La direction aurait été alertée de ces trafics. « Rien ne bouge vraiment, déplorent les surveillants.

Il y a eu des fouilles effectuées mais, telles qu’elles ont été menées, les détenus ont eu le temps de se débarrasser des images. » Lors de sa conférence de presse donnée jeudi, le vice-procureur de la République de Lille, Valérie Courtalon, avait confirmé l’implication d’Evrard dans un trafic d’images pédophiles à Caen, sans détailler les faits.

Francis Evrard a arrêté son traitement anti-hormonal en février 2002. « Il avait accepté, pensant bénéficier d’une libération conditionnelle et quand il a vu que ça lui était refusé, il l’a interrompu », commentait le vice-procureur de Lille.

« De toute façon, ils ne sont pas obligés de suivre un traitement », déplore l’un des surveillants. Qui ajoute : « Le pire, c’est que ce drame aurait pu être évité. Il y avait tout de même de fortes présomptions qu’il récidive. Mais comme il arrivait en fin de peine, il n’y avait rien à faire. »

La solution ? « Certaines personnes ne doivent tout simplement pas ressortir car on sait pertinemment qu’elles recommenceront. Des Evrard, on en a d’autres. »

Quant à la polémique sur le Viagra, les deux surveillants sont sceptiques. « On ne l’a jamais vu avec des plaquettes de Viagra en cellule. S’il s’en est procuré, c’est à sa sortie de détention, pas dans la taule. ça nous étonnerait quand même que ce soit le médecin du centre qui lui en ait procuré. » •

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Sarkozy annonce l'ouverture du premier "hôpital fermé pour pédophiles" à Lyon en 2009
Yahoo.fr, actualités, 20 aôut 2007, 17h 40

- Nicolas Sarkozy a annoncé lundi l'ouverture en 2009 à Lyon du premier "hôpital fermé pour pédophiles", à l'issue d'une réunion interministérielle consacrée aux délinquants sexuels récidivistes.

Par ailleurs, un médecin exerçant à la prison de Caen, où était détenu jusqu'au 2 juillet le pédophile récidiviste Francis Evrard, écroué vendredi pour les rapt et viol d'Enis, 5 ans, a reconnu lui avoir prescrit du Viagra, a-t-on appris lundi auprès du parquet de Lille.

Le président a ajouté que les délinquants sexuels ne sortiront de prison qu'une fois leur peine exécutée et après examen de leur dangerosité par un collège de médecins, ceux jugés dangereux devant rejoindre un hôpital fermé.

Il s'est en outre déclaré favorable à "la castration chimique" pour les pédophiles "qui accepteront de se faire soigner".

Nicolas Sarkozy avait plus tôt reçu Mustafa Kocakurt, le père du petit Enis, enlevé la semaine dernière à Roubaix par un pédophile récidiviste, et lui avait promis "des lois plus sévères", selon M. Kocakurt.

"M. le président m'a apporté son soutien", a déclaré le père qui, accompagné du grand-père de l'enfant, Turan Kocakurt, a été reçu par le chef de l'Etat pendant une petite demi-heure.

"Maintenant, il y aura un suivi psychologique qui va être mis en route pour moi et pour mon fils, et M. le président me soutient entièrement, que ce soit pour m'aider dans mes démarches, et sur les lois aussi", a ajouté Mustafa Kocakurt.

Car "si je suis venu ici aujourd'hui, c'est pour que les lois puissent changer, puissent être plus sévères, pour des monstres comme cette personne là, parce que je trouve pas ça normal qu'il puisse être dehors", a-t-il souligné.

"M. le président m'a promis de changer tout ça, et que tout sera mis en place pour que les lois puissent aller dans le bon sens, c'est-à-dire des lois plus sévères et que ces gens ne sortent jamais", a-t-il dit.

"Des lois vont être mises en place, plus sévères, il me l'a promis, j'espère de sa part qu'il va tenir parole", a-t-il insisté.

Alors qu'un médecin de la prison de Caen, où avait été détenu jusqu'au 2 juillet le pédophile Francis Evrard, écroué vendredi pour les rapt et viol d'Enis, a reconnu lui avoir prescrit du Viagra, M. Kocakurt s'est dit "pire qu'écoeuré".

"Si jamais c'est le médecin de la prison qui lui a prescrit ça, (...), il en paiera les conséquences", a-t-il dit. "Je ferai tout ce qui est de mon possible pour qu'il n'exerce plus".

"Si c'est lui qui lui a donné ça, c'est lui qu'il faut enfermer, parce qu'en fin de compte, il l'a alimenté en prison, il l'a lâché dans la nature après comme un fauve pour qu'il puisse se nourrir, et c'est tout ce qu'il a fait", a-t-il dénoncé.

M. Kocakurt a enfin indiqué que son fils "va bien, il retrouve ses cinq ans petit à petit".

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Nicolas Sarkozy annonce la fin des remises de peine pour les pédophiles
publié le 20-08-2007 sur le site www.la-croix.com

Le président Nicolas Sarkozy a annoncé lundi un projet de loi pour novembre et la constructions d'hôpitaux-prisons pour empêcher la récidive des criminels sexuels dangereux après l'affaire de l'enlèvement et du viol du petit Enis

"Tout doit être mis en oeuvre pour que ça ne se reproduise pas". Tout, c'est-à-dire, pour Nicolas Sarkozy, la préparation d'un projet de loi prévu pour novembre et la construction d'hôpitaux-prisons pour empêcher la récidive des criminels sexuels dangereux après l'affaire de l'enlèvement et du viol du petit Enis.

Des décisions annoncées lundi 20 août, à l'issue d'une réunion de travail à l'Elysée avec le premier ministre François Fillon, les ministres Rachida Dati (Justice), Michèle Alliot-Marie (Intérieur) et Roselyne Bachelot (Santé).

Le président français a demandé à Rachida Dati de préparer un texte de loi "pour que, s'agissant des délinquants sexuels, la question des remises de peine ne soit posée qu'en fin d'exécution et non pas au début".

Par le jeu des remises de peine, Francis Evrard, le pédophile qui a agressé le petit Enis, a effectué 18 années de prison alors qu'il avait été condamné à 27 ans.

"Tout le monde savait que cet individu était dangereux, et pourtant cet homme a pu sortir, a pu mentir, donner une fausse adresse, disparaître, kidnapper un enfant et lui faire subir un traitement indigne. Cette situation n'est pas acceptable", a estimé le chef de l'Etat. Le premier hôpital-prison ouvrira en 2009 à Lyon

Nicolas Sarkozy a par ailleurs annoncé que la loi "fera maintenant la différence s'agissant des délinquants sexuels entre l'exécution de la peine, les conséquences d'un crime et la question de sûreté". "Un détenu comme ce M. Evrard ne pourra pas sortir de prison uniquement parce qu'il a exécuté sa peine. Les détenus de ce type, à la fin de leur peine, seront examinés par un collège de médecins et si ce collège de médecins reconnaît leur dangerosité, ils ne seront pas remis en liberté, ils iront dans un hôpital fermé où ils seront soignés", a expliqué le chef de l'Etat.

Le premier hôpital-prison dédié à ces délinquants sexuels ouvrira en 2009 à Lyon, a-t-il dit.

"Ceux qui n'accepteront pas d'être soignés resteront dans cet hôpital fermé le temps où on estimera qu'ils sont dangereux. Ceux qui accepteront d'être soignés pourront avoir des permissions et pourront sortir de cet hôpital fermé mais le feront en portant un bracelet électronique, en suivant un traitement, traitement hormonal, appelez-le castration chimique, les mots ne me font pas peur", a-t-il affirmé.

L'agresseur s'était vu prescrire du Viagra

"On ne peut pas laisser en liberté des prédateurs, des malades, des gens qui peuvent tuer et briser la vie d'enfants", a souligné le chef de l'Etat, précisant que ces mesures seront intégrées à la loi pénitentiaire présentée par Rachida Dati.

Lundi, un médecin du centre pénitentiaire de Caen (Calvados) a reconnu qu’il avait prescrit du Viagra à l’agresseur présumé du petit Enis, tout en précisant « qu’il n’avait pas eu accès au dossier médical de son patient », un pédophile récidiviste. Lors de son arrestation, on avait retrouvé sur le ravisseur une plaquette de ce médicament entamée, prescrite selon ses dires par un médecin de la prison de Caen, où il était détenu jusqu’au 2 juillet. La déclaration du praticien, qui selon la procureur adjointe de la République de Lille « s’est présenté spontanément », vient ainsi corroborer les dires de Francis Evrard.

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Francis Evrard aurait avoué avoir "connu" une quarantaine d'enfants
Yahoo.fr, actualités, AFP - 08h 40

- Le pédophile récidiviste Francis Evrard, interpellé mercredi pour l'enlèvement du petit Enis, a déclaré aux enquêteurs avoir "connu" une quarantaine d'enfants, tout en n'ayant été condamné que pour trois agressions, rapporte Aujourd'hui en France/Le Parisien dans son édition de mardi.

"Dans ma vie, j'ai connu une quarantaine d'enfants, mais je n'ai été condamné que pour trois", a-t-il confié lors de sa garde à vue.

Un aveu pris avec des pincettes par les enquêteurs: "Il est impossible aujourd'hui de dire s'il a violé 40 enfants. Il peut aussi s'agir d'autres faits que des viols: attouchement sexuel, exhibitionnisme...", nuance un policier cité par le journal.

"Nous allons passer toute sa vie au peigne fin pour être sûr de retrouver d'autres victimes s'il y en a", ajoute-t-il.

Interrogé par les policiers pour savoir s'il avait agressé d'autres enfants qu'Enis depuis sa sortie de prison le 2 juillet, Francis Evrard, aurait répondu: "J'ai rencontré d'autres enfants dans des salles de jeux et des parcs, mais je n'en ai pas abordé".

Par ailleurs, Le Figaro publie des extraits d'un "document sonore censé reproduire des propos tenus par le violeur présumé du jeune Enis avant sa libération".

"Je flashe sur les gamins, et alors, ce n'est pas pour ça que je vais m'en taper un quand je serai dehors", y confie notamment Francis Evrard en juin, moins d'un mois avant sa sortie.

Evoquant sa maladie qu'il considère "parfois comme une pulsion qui le prend", il déclare: "Je vais tout faire pour la bloquer. Si je pense qu'il va se passer quelque chose avec un enfant, je prendrai un cachet pour m'empêcher d'agir".

Le pédophile, âgé de 61 ans, avait été interpellé mercredi soir à Roubaix alors qu'il se trouvait avec Enis, cinq ans, qu'il avait enlevé quelques heures plus tôt. Les policiers avaient découvert en sa possession une plaquette entamée de Viagra, médicament contre l'impuissance masculine.

Evrard, qui purgeait à Caen une peine de 27 ans de réclusion criminelle pour viols sur mineurs, avait affirmé en garde à vue se l'être fait prescrire par un médecin de la prison.

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Pédophilie: Sarkozy se borne à un "effet d'annonce" sans donner de moyens à la justice, selon le PCF
AFP - Lundi 20 août, 20h01PARIS (AFP)

- Le PCF a estimé lundi que les mesures annoncées par le président Nicolas Sarkozy pour lutter contre la délinquance sexuelle s'apparentent à un "effet d'annonce" puisque que sa politique de suppressions de postes ne donne pas à la justice "les moyens" nécessaires.

Les propos de Nicolas Sarkozy sont "l'exemple d'un effet d'annonce" car "il manque les moyens pour la politique qu'il annonce", a affirmé à l'AFP Olivier Dartigolles, porte-parole du Parti communiste.

"Pour que Sarkozy soit en cohérence avec ses propos, il faut la création de postes de magistrats, de psychologues, de psychiatres, d'hospitaliers" et "un plan de formation pour les personnels", a-t-il souligné.

Or, selon lui, "la politique" que mène M. Sarkozy, notamment le "non remplacement de fonctionnaires" partant à la retraite, ne va "pas dans ce sens". "Ce qui manque dans la déclaration présidentielle, c'est le nombre de postes qu'il entend créer", a ajouté le porte-parole du PCF.

Après avoir reçu le père du petit Enis, victime d'un pédophile récidiviste, M. Sarkozy a annoncé lundi un ensemble de mesures sur le suivi des délinquants sexuels, prévoyant des hôpitaux fermés pour les pédophiles jugés dangereux à la fin de leur peine et pouvant inclure "la castration chimique".

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Délinquance sexuelle : «La loi actuelle est suffisante, ce sont les moyens qui manquent»
Laurence Mollaret, vice-présidente du Syndicat de la Magistrature, estime que les propositions de Nicolas Sarkozy restent dans une logique de sanctions qui n'est pas efficace. Entretien.
Par Caroline CARPENTIER et Marie PIQUEMAL LIBERATION.FR : lundi 20 août 2007

Que pensez-vous des mesures annoncées lundi par Nicolas Sarkozy?

Nicolas Sarkozy ne propose rien de fondamentalement nouveau.
La loi de 1998 relative à la prévention des infractions sexuelles et à la protection des mineurs instaure notamment une injonction de soins à l'issue de l'incarcération.
Je pense que c'est une excellente loi, suffisante.
Mais malheureusement, les moyens n'ont pas été donnés pour l'appliquer correctement.
Dans les conditions d'abattage dans lesquelles nous travaillons: médecins, magistrats, personnel pénitentier, il y a forcément une mauvaise articulation. Nous ne sommes pas assez nombreux. Pourquoi ne pas donner les moyens nécessaires à une loi pourtant bien pensée et bien ficelée ?

Nicolas Sarkozy propose la création d'un hôpital fermé et le bracelet électronique pour les délinquants sexuels. Qu'en pensez-vous?

On mélange la santé et la prison.
Il y a de plus en plus une confusion entre le contrôle social et l'univers médical.
Avec les propositions de Nicolas Sarkozy, on est encore dans une logique de sanctions.
Ré-enfermer une personne à l'issue de sa détention (dans un "hopital fermé"), cela n'a pas de sens. Et c'est tout sauf une solution efficace.
Le bracelet électronique, c'est un exemple flagrant de l'hypocrisie des politiques. Il faut qu'ils soient plus transparents et honnêtes. On prétend que le bracelet permet une meilleure réinsertion sociale. Soyons honnête, il sert surtout à localiser le délinquant!

Que proposez-vous pour éviter un drame comme celui de mercredi dernier? Comment éviter la récidive d'un délinquant pédophile condamné à plusieurs reprises?

Il faut que la peine permette la réinsertion sociale.
Il faut utiliser la durée de détention pour travailler sur le psychisme du délinquant sexuel.
En clair il faut éviter l'accumulation des peines d'emprisonnement. Je pense qu'il faudrait un vrai suivi pendant la peine.
Mais dans le cas précis d'Evrard, le problème est différent. Il a été condamné en 1989 et la loi de 1998 n'a pas d'effets rétroactifs. En clair, elle ne s'appliquait pas dans ce cas présent. Du coup, il a simplement été placé sous surveillance judiciaire à sa sortie de prison le 2 juillet. Ce qui ne constitue qu'une surveillance virtuelle: la preuve, il s'est affranchi des obligations prévues par le dispositif de surveillance judiciaire en quittant sans autorisation la région de Rouen. Avec la loi de 1998, il aurait probablement été soumis à une injonction de soin à l'issue de son incarcération.

Est-ce que la castration chimique est une solution?

On ne peut pas obliger un délinquant à suivre un traitement médical sans son consentement.
Et même si une personne l'accepte, rien ne l'empêche de revenir sur sa décision.
Et on en revient au même. Ou pire. Le délinquant se retrouve isolé, sans soin ni suivi psychologique!

Malgré tout, je tiens à dire que les délinquants sexuels constituent un groupe très hétérogène. Et pour certains cas, cela peut-être une des réponses, à condition qu'elle s'accompagne d'autres mesures.

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Sophie, mère infanticide dans la vie, mère modèle sur Internet
Procès. Douze ans de prison pour une femme qui a laissé mourir de faim son fils de 4 ans.
Mourad Guichard Libération QUOTIDIEN : samedi 5 avril 2008, p. 12

Qui est Sophie Rymer ? Une victime de la vie ? Une manipulatrice ? Une mauvaise mère ? C’est à ces questions posées par Pierre Guillauma, avocat de l’association Enfance et partage, que les jurés de la cour d’assise du Loiret ont tenté de répondre vendredi soir, après trois jours de débat. Verdict : douze ans de prison. La jeune mère comparaissait pour avoir laissé mourir de faim Julien, son enfant de 4 ans, et l’avoir enterré aux abords d’une voie ferrée à Beaugency, près d’Orléans. C’était en février 2006.

Horizon.
Aujourd’hui, Sophie Rymer est une femme de 24 ans. Sous de longs cheveux noirs, il y a un visage rond aux traits tirés. Face à la cour, elle est droite et fixe l’horizon d’un regard humide. La présidente du tribunal et les témoins rappellent son parcours : père violent et alcoolique décédé alors qu’elle avait deux ans, mère alcoolique et dépourvue de sentiments maternels, deux frères aînés partis pour l’étranger et qu’elle n’aura jamais vus, une grande sœur confidente qui meurt brûlée à l’âge de 20 ans dans un accident de la route, un amoureux qui l’a quittée pour sa sœur et meurt dans le même accident. Puis, il y a l’alcool dès 13 ans, l’anorexie, le cannabis… Et le père de Julien qui la bat et la quitte le lendemain du test de grossesse. Sophie est alors mineure et suivie par les services sociaux.

A la barre, la mère de Sophie, mariée quatre fois, trompée, battue, raconte : «Elle me reprochait de ne pas la féliciter quand elle avait de bonnes notes.» Elle évoque ses rapports mère-fille : «Je ne lui ai jamais dit je t’aime, comme mes parents à moi me l’ont jamais dit. Sophie a dit je t’aime à Julien, et voilà le résultat !»

La mère, retraitée de la Poste, ajoute : «J’aurais préféré que ce soit toi qui meures dans l’accident plutôt que ta sœur.» Elle lui trouve tout de même une qualité : «Sophie était belle. Jusqu’à 12 ans…».

Quand elle quitte le foyer maternel, quelques mois après la naissance de Julien, Sophie s’équipe de matériel informatique. Elle découvre sur le site web Doctissimo, un forum de discussion pour futures mamans. Elle tchatte avec les Loirettes, un groupe de filles, et devient la référente de ce forum.

Celle qui a déjà une expérience, qui possède les codes pour comprendre les tout-petits. Disponible, reconnue, Sophie devient incontournable. Elle passe des heures devant son écran. La nuit, essentiellement.
Pendant ce temps, Julien est alité. Il parle peu, ne se plaint pas. Sophie le soupçonne d’autisme. Aucun médecin ne confirme ce diagnostic.

«Sophie Rymer souffre d’une profonde insécurité psychique, affirme un expert. Mais elle n’a pas le profil d’une tueuse d’enfants en série.» Durant les derniers mois de la vie de Julien, qui n’était plus scolarisé, les services sociaux et la communauté éducative font leur travail.
Avec leurs limites évidentes. «On ne peut pas placer une assistante sociale derrière chaque mère», reconnaît l’avocat Pierre Guillauma.

Solitude.
Après avoir sous-alimenté Julien au point de provoquer sa mort, Sophie reprend ses tchats sur le Net. Elle retrouve ses copines sur le forum, comme si de rien n’était, et poste des commentaires, des photos, des films. Pendant près d’un mois, Julien mort et enterré, elle se trouve une nouvelle vie. Virtuelle celle-ci.

Elisabeth Gayet, l’avocate générale, accorde à Sophie Rymer le bénéfice de l’âge, souligne les carences affectives et entérine l’altération du discernement théorisée par les experts psychiatres. Elle requiert vingt ans de réclusion criminelle assortis de l’interdiction définitive des droits civils, civiques et de famille.

Pascale Wlodyka, l’avocate de la défense commise d’office, joue la carte de la solitude : «Tout le monde voyait qu’elle allait dans le mur. Sauf elle.» Elle invite les jurés à l’«accompagner dans sa reconstruction». «Ne soyez pas plus inhumain que ce qu’elle aura à supporter toute sa vie», lance-t-elle. Sophie Rymer conclut sobrement en s’adressant à Julien, des sanglots dans la voix : «Je te demande pardon, une nouvelle fois.»

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Mère acquittée après avoir tué sa fille handicapée: pas d'appel du parquet, puis (Rachida Dati ?) appel du parquet
Le Parisien jeudi 10 avril 2008, 10h31 | AFP

Le parquet de Pontoise a annoncé jeudi qu'il ne ferait pas appel de la décision d'acquittement de Lydie Debaine, qui avait tué en 2005 sa fille unique, handicapée motrice cérébrale de 26 ans dont l'état de santé se dégradait, rendue mercredi par la cour d'assises du Val-d'Oise.

L'avocat général Charles Modat avait requis une «peine de principe» de trois ans de prison avec sursis. «Nous respectons la décision de la cour d'assises.

Il n'y aura pas d'appel du parquet», a expliqué à l'AFP le procureur de Pontoise, Marie-Thérèse de Givry.

Mercredi, Mme Debaine, 62 ans au moment des faits, a été acquittée, une décision très rare dans ce genre d'affaires.

Cette mère avait reconnu avoir donné plusieurs cachets d'anxiolytiques à sa fille avant de la plonger dans une baignoire pour la noyer, le 14 mai 2005 à Groslay (Val-d'Oise).

Née prématurée avec une grave infirmité motrice cérébrale, Anne-Marie était invalide à 90% et avait l'âge mental d'un enfant de 5 ans. Elle souffrait depuis plusieurs années de crises d'épilepsie, de violents maux de tête et de vomissements.

«C'est une reconnaissance des souffrances et de ce qui a provoqué mon geste. J'espérais cet acquittement mais je ne m'y attendais pas», a déclaré à la presse Lydie Debaine, qui comparaissait libre, après l'énoncé du verdict. «Je pense à ma fille. Cet acquittement va me libérer même si ça n'efface pas tout», a-t-elle encore dit, ajoutant: «je ne regrette pas mon geste mais ma fille me manque».

«La pire des sanctions, Lydie Debaine la vit déjà avec la perte de celle à qui elle a consacré son amour et sa vie», avait estimé l'avocat général au cours de ses réquisitions.

«Elle est coupable du crime qui lui est reproché», avait-il néanmoins poursuivi. «Elle a tué sa fille avec préméditation. Elle était consciente de ce qu'elle faisait. Elle revendique un acte juste (...) Je ne le qualifierais pas d'acte juste», avait-il précisé.

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Lycées - Les casseurs entrent dans la danse
Edition France Soir du mercredi 9 avril 2008 n°19767 page 9 France Soir, le mercredi 9 avril 2008 à 04:00

Les lycéens ont à nouveau manifesté hier à Paris et Grenoble pour protester contre les 11.200 suppressions de postes prévues à la rentrée prochaine.

Ils étaient environ 10.000, selon le syndicat lycéen UNL, à manifester hier après-midi à Paris, et environ 4.000 à Grenoble, selon les organisateurs. « C’est le moment où jamais d’entendre les lycéens, a déclaré Florent Lecoultre, président de l’UNL, on va profiter des vacances pour aller jusqu’au bout et être entendus. Les lycéens sont attachés à un service public d’éducation. »
Dans une dizaine de jours, les vacances scolaires commenceront en Ile-de-France, et la mobilisation pourrait bien s’essouffler.

« Des services publics, pas des flics »

A Paris, le cortège est parti peu après 14 heures du jardin du Luxembourg en direction du ministère de l’Education.
Des incidents ont éclaté en tête de cortège dès le départ entre les forces de l’ordre et plusieurs dizaines de casseurs.
Dans les Hauts-de-Seine, une vingtaine d’établissements étaient bloqués ou désertés par les départs de lycéens, qui se dirigeaient vers la manifestation parisienne.
Onze lycées et un collège parisiens étaient bloqués partiellement hier matin. Lycéens, professeurs et parents d’élèves sont à nouveau appelés à manifester jeudi dans toute la France par les syndicats lycéens UNL et Fidl et par des syndicats enseignants, notamment la FSU.

Lors de sa visite à Cahors (Lot), Nicolas Sarkozy, venu approfondir hier les idées contenues dans le plan d’économies des dépenses publiques, a rencontré des représentants de lycéens. « Des services publics, pas des flics », « lycéens en colère, on veut pas de cette galère », ou encore « Sarko prend aux pauvres pour donner aux riches », ont-ils scandé. « Ce pays n’est pas raisonnable »

Hier matin, le ministre de l’Education, Xavier Darcos, a dit « comprendre » les inquiétudes des lycéens quant à leur avenir, mais a qualifié d’« absolument hystériques » les violences qui ont eu lieu vendredi et lundi dernier dans des lycées de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), d’Ermont et d’Arnouville (Val-d’Oise).

Des dizaines de casseurs ont pénétré de force dans ces établissements, vandalisant du matériel et s’en prenant violemment au personnel enseignant et administratif. « Ce pays n’est pas raisonnable », a ajouté Xavier Darcos.

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