Le biologiste coréen Hwang Woo-suk et son équipe
Février 2005. C'était une fraude scientifique du biologiste coréen Hwang Woo-suk
Février 2004. Premier embryon de clone humain à Séoul
Février 2000. Deux apprentis cloneurs prêts à s'attaquer à l'humain. Leurs motivations pour tenter l'expérience restent floues.
Les aventuriers de la procréation ont encore frappé. Lundi, deux chercheurs ont annoncé leur intention de cloner un être humain «d'ici dix-huit mois à deux ans». Le gynécologue italien Severino Antinori et Panayiotis Zavos, un spécialiste de la stérilité masculine basé aux Etats-Unis.
Jusqu'à présent, les seules déclarations d'intention sur le clonage humain émanaient du physicien américain Richard Seed et de la secte Raël. Cette fois, il s'agit de spécialistes de la procréation. Antinori s'est illustré en Italie pour avoir développé une technique qui avait fait scandale, permettant la grossesse chez les femmes ménopausées: en 1994, une «mamie-mère» de 63 ans avait ainsi donné naissance à un petit garçon. Son acolyte n'est pas un inconnu non plus: outre son activité de recherche universitaire, qui lui a valu une solide réputation, Zavos a créé un business très rentable autour de la stérilité masculine: kits d'analyse de sperme, congélation de cellules à la demande, etc.
Risques. Les deux hommes font peu de cas des problèmes liés au clonage. Des risques soulignés fortuitement hier par le père de la brebis Dolly (1). Chaque expérience nécessite en effet plusieurs centaines de tentatives et, surtout, «plus de la moitié des clones meurent rapidement après leur naissance ou sont mal formés, souligne Bernard Jegou, de l'Inserm, qui s'insurge. Peut-on se permettre cela avec des êtres humains? Il n'y a aucune justification à de tels actes. C'est scandaleux». Et ce ne sont pas les arguments d'un appui aux couples stériles avancés par les deux apprentis-cloneurs qui le feront changer d'avis. Pas plus que le généticien Jean-François Mattei, député, qui juge l'annonce «révoltante».
Zavos et Antinori affirment avoir trouvé un pays d'accueil pour pratiquer leur cuisine cellulaire. Dans un «pays méditerranéen». Pour Bernard Jegou, on «atteint le summum du tourisme procréatif. C'est un ultime avatar de la mondialisation». Il estime que de nombreux pays de la région disposent des infrastructures nécessaires. Notamment l'Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Turquie.
Turcs laxistes. Les autorités d'Ankara ont fermé les yeux sur des expériences qui auraient rencontré des obstacles administratifs ailleurs. Notamment la reproduction à partir de spermatozoïdes immatures (spermatides) réalisée en 1999 sous l'égide de Jan Tesarik, conseiller scientifique au Laboratoire d'Eylau à Paris. La Turquie a bien signé en 1998 un protocole du Conseil de l'Europe interdisant le clonage humain, mais elle n'a toujours pas ratifié le texte. Pas plus que la France, l'Allemagne ou la Grande-Bretagne, d'ailleurs. Sur les 42 membres du Conseil, 24 ont signé le protocole qui doit entrer en vigueur en mars. Et cinq seulement l'ont fait ratifier par leur Parlement (Géorgie, Grèce, Slovaquie, Slovénie et Espagne).
Pour Bernard Jegou, il y a urgence pour une interdiction du clonage humain à l'échelle internationale. Mais le chercheur s'interroge sur les motivations réelles d'Antonori et Zavos. «Peut-être s'agit-il d'un coup de bluff. De toute façon, qu'ils tentent l'expérience ou pas, ils rempliront leurs cliniques. C'est l'argent qui les motive».
Par DENIS DELBECQ, Libération, 31 janvier 2001, p. 19.
(1) Dans Nature Genetics de février 2000.
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(Février 2004) Premier embryon de clone humain à Séoul
Une étape vers le clonage thérapeutique, technique qui vise à soigner un malade avec des cellules souches dérivées de son clone embryonnaire.
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(Février 2006) Scandale à Séoul : Une enquête de RFI autour de la fraude scientifique du biologiste coréen Hwang Woo-suk et de ses répercussions sur l'honneur national
Il y a six mois encore, le biologiste Hwang Woo-suk incarnait la fierté coréenne, dans un pays où l'honneur est une valeur nationale. Objet d'une commission d'enquête scientifique et de poursuites en justice pour fraude financière, il vit aujourd'hui terré chez lui.
Ses prétendues « premières mondiales » sur le clonage humain, annoncées dans la revue Science, en 2004 et 2005, se sont révélées être des faux. Fin du grand rêve d'un prix Nobel pour la Corée. Début d'un des plus grands scandales scientifiques des dernières années.
Marina Mielczarek, journaliste à Radio France Internationale (RFI), est partie enquêter dans la capitale coréenne, Séoul, pour prendre la mesure du « déshonneur national » qu'ont provoqué les révélations sur la « trahison » éthique, scientifique et financière de ce biologiste qui fut une icône en son pays. A l'image d'une rock-star internationale. Un timbre avait même été imprimé à son effigie...
Marina Mielczarek est revenue avec deux reportages (diffusés lundi 27 et mardi 28 février (2006) à 10 h 40 et rediffusés à 19 h 40, et dont nous n'avons pu entendre qu'une partie).
Le premier volet rappelle les faits et aborde deux questions cruciales : faut-il poursuivre les recherches sur les cellules souches d'embryons ? Comment faire face au manque de régulation internationale autour de la recherche sur le clonage à visée médicale ?
Le second volet, le plus étonnant pour nous Européens, apporte des témoignages sur les répercussions de cette affaire de fraude sur la société coréenne. « Plus encore que l'affaire Outreau en France, commente Marina Mielczarek, la chute du professeur Hwang divise, déboussole et meurtrit tous les Coréens. »
La journaliste rapporte d'ailleurs que les discussions sur cette affaire continuent d'aller bon train, dans les cafés, notamment parmi les femmes, qui s'interrogent sur l'intérêt ou l'ignominie de donner leurs ovocytes pour la science. Or, soumis à la pression de la communauté chrétienne du pays (opposée à toute atteinte au corps), le gouvernement pourrait opérer un changement de cap dans sa politique scientifique en interdisant la recherche sur les embryons humains, indiquent les politiques interrogés dans ce reportage.
Martine Delahaye, Article paru dans l'édition du 26.02.06
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