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Bush contre Hussein

© Denis Touret

Eléments de géopolitique : Puissance

Chapitre 1. Concepts et concepteurs
(
Chapitre 2. Empire et nations)

La géopolitique fait partie des sciences humaines.
La géopolitique est la science humaine, réaliste, qui a pour objet de déterminer, derrière les apparences, quels sont les caractères objectifs de la géographie physique et humaine qui conditionnent les choix stratégiques des acteurs internationaux de la vie idéologique, politique et économique, mondiale.

C'est une science qui devrait être indépendante mais qui a été politiquement utilisée, et qui le demeure, notamment au travers de ses concepts fondamentaux (section 1) et de ses concepteurs (section 2) , instrumentalisés par les acteurs eux-mêmes.

Section 1. Les concepts fondamentaux

Ils sont au nombre d'une trentaine. Nous ne traiterons que les cinq principaux : la conflictualité (§ 1), la spacialité (§ 2), la frontière (§ 3), l'impérialité (§ 4), la mondialité(§ 5).

§1. La conflictualité

La vie est conflictuelle.
L'agressivité positive et négative des êtres humains, dans leur course au plaisir, au pouvoir et à la gloire, les conduisent au conflit permanent, à la crise sans cesse recommencée.
La géopolitique a pour tâche première de mettre en évidence les origines des conflits et les motivations des acteurs internationaux.

Les conflits ont, pour l'essentiel, trois sources profondes : la lutte pour le contrôle des ressources (A/), la lutte pour le contrôle des espaces géographiques (B/), la lutte pour la domination idéologique, ethnique et/ou nationale (C/).

A/ La lutte pour les ressources

Au vingtième siècle, comme depuis toujours, la lutte pour les ressources a été la lutte primordiale, essentielle, plus ou moins camouflée derrière les légitimations idéologiques :
- par exemple, le combat contre le communisme des Etats-Unis d'Amérique, jusqu'à la disparition de la Russie soviétique au début des années 1990,
- ou, le combat pour la victoire du communisme de cette même Russie soviétique, par exemple...

alors que l'objectif réel est de contrôler le pétrole, l'uranium ou même les diamants, notamment.

Et l'eau, à cause, notamment, de la prolifération démographique, qui est devenue l'une des ressources fondamentales du XXIème siècle.

B/ La lutte pour les espaces géographiques

Cette lutte est nécessaire pour pouvoir accéder aux ressources.

C'est donc, par exemple, la lutte pour le contrôle de l'eau : la source ou les rives des fleuves, les cols et les crêtes des montagnes, les détroits maritimes et les canaux : comme par exemple le contrôle de la route des Indes par l'Angleterre jusqu'à la deuxième guerre mondiale, avec Gibraltar et Suez, ou pour les USA le contrôle de Panama qui permet le passage de l'atlantique au pacifique.

Par exemple encore, le contrôle de certains espaces au proche-orient permet le contrôle des ressources en eau : le contrôle du Golan permet à Israël de disposer du quart de ses besoins en eau et le contrôle de la Cisjordanie de disposer d'un tiers de ses besoins en eau.
Et la Turquie contrôle les sources du Tigre et de l'Euphrate, c'est-à-dire les ressources en eau de la Syrie et de l'Irak.

C/ La lutte pour l'hégémonie idéologique, ethnique et/ou nationale

Cette lutte peut être réellement fondée sur le sentiment d'appartenir à la même communauté d'idées, le même peuple, la même nation, donc sur une identité collective, ressentie plus ou moins passionnément par les membres d'un groupe social comme devant s'imposer aux autres parce qu'étant la meilleure, parce qu'étant "choisie" par une divinité quelconque, par exemple.

C'est, notamment, le point de vue des intégristes, fondamentalistes religieux, de toutes les religions, sans exception.

Mais très souvent la lutte idéologique, ethnique et/ou nationale, camoufle en réalité des intérêts tout à fait matériels.
C'est, par exemple, le cas des luttes inter-ethniques qui servent les intérêts des puissances qui souhaitent contrôler des territoires stratégiques comme en Afrique le Rwanda ou le Congo-Zaïre ex-Belge, lutte qui oppose les anglo-saxons aux francophones derrière les Hutus et les Tutsis, notamment.

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§2. La spacialité

La spacialité c'est tout d'abord le territoire, terrestre, maritime et aérien, la territorialité classique (A/), et c'est l'espace extra-terrestre qui ne relève pas de la territorialité classique, la territorialité spaciale (B/), mais c'est également la zone d'intervention des acteurs transnationaux, la territorialité virtuelle (C/).

A/ La territorialité classique

Ce concept est toujours un concept fondamental de la géopolitique bien que l'espace terrestre se soit considérablement rétréci au XXème siècle avec les nouveaux moyens de communication et de télécommunication.

Tous les Etats ont leur territorialité, leur territoire actuel et le souvenir de leurs anciens territoires et le regret des territoires qu'ils n'ont pas eu, et les Etats peuvent avoir des revendications territoriales et/ou être confrontés aux revendications territoriales de leurs voisins et/ou adversaires.

Cette territorialité étatique peut-être acceptée par toutes les composantes de l'Etat mais elle peut être, également, contestée lorsque l'Etat est un Etat multi-ethnique, multi-culturel, certaines communautés internes pouvant revendiquer l'indépendance. Qui n'a pas ses indépendantistes ?

Cette territorialité classique est très volontiers utilisée par les nationalistes pour mobiliser les troupes dont ils ont besoin pour prendre et exercer le pouvoir, l'idée de nation étant le plus souvent associée à l'idéalisation du territoire, dans la construction d'une mythologie identitaire, une sacralisation qui a pour objectif de rassembler toutes les énergies disponibles.

B/ La territorialité spaciale

L'espace extra-terrestre est aujourd'hui soumis au contrôle variable des puissances qui peuvent matériellement l'utiliser, civilement et militairement.

Pour l'instant le contrôle de l'espace extra-terrestre n'est qu'un complément du contrôle territorial classique, mais c'est un contrôle qui ne peut que se développer et s'approfondir.

Le contrôle du territoire spacial permet d'observer les autres et de les écouter, bientôt de les frapper, ce qui les oblige à dissimuler, dans la mesure du possible, et en fonction de la nature de leur sol.
Le contrôle du territoire spacial fragilise donc le territoire classique, qui devient vulnérable, surtout lorsque l'espace maritime et l'espace aérien sont eux-mêmes dominés par une puissance adverse.

Mais l'utilité pour une puissance de contrôler le territoire spacial l'oblige à contrôler des territoires classiques.
Par exemple la France ne serait pas une puissance spaciale si elle ne disposait pas, notamment, de la Guyane et de Mayotte pour l'envoi et le suivi de ses fusées.
(Un satellite d'observation militaire a été lancé le 3 décembre 1999 de la base de Kourou en Guyane ; ce satellite, qui est utlisé conjointement par la France, l'Espagne et l'Italie, nécessite plusieurs centres de traitement, notamment aux Canaries et aux Iles Kerguelen.)

(Selon le rapport de l'expert britannique Duncan Campbell, remis à la commission des libertés publiques du parlement européen en janvier 2000, le réseau d'espionnage américano-britannique Echelon, créé en 1947 pour surveiller les pays socialistes, s'est partiellement réorienté depuis l'effondrement de ces pays vers l'interception de toutes les communications diplomatiques et commerciales des pays continentaux de l'Union europénne.
Cet espionnage permet à la NSA (National secret agency), la CIA et le Département du commerce, par l'intermédiaire de l'Office of Executive support, de transmettre aux entreprises américaines des informations soustraites à leurs concurrentes européennes.
Ainsi en 1994 la société française Thomson-CSF aurait perdu un contrat de 7 milliards de francs portant sur la surveillance de la forêt amazonienne, et Airbus Industrie aurait perdu un contrat de 35 milliards pour la fourniture d'avions à l'Arabie saoudite en 1995 ...
Depuis 1995 la NSA est en mesure, gràce à la collaboration de Microsoft, Lotus et Nescape, de connaître toute information passant par internet, y compris les e-mail des particuliers.)

C/La territorialité virtuelle

Les acteurs transnationaux, qu'ils opèrent dans le domaine idéologique, politique, financier, commercial ou humanitaire, ont leur espace d'intervention, qui est virtuel avant d'être, éventuellement, réel.

L'ONU a son espace mondial, qui n'est limité que par son incapacité à développer ses propres moyens d'intervention.
Il en est de même pour les organisations internationales, gouvernementales et non gouvernementales, qui opèrent globalement ou au niveau régional, sous le contrôle, plus ou moins réel, ou non, de l'ONU ou d'un Etat.

Et il en est de même des capitaux, des marchandises et des hommes, qui peuvent circuler physiquement ou non de par le monde, dans le cadre, par exemple, d'une mondialisation juridiquement acceptée (OMC), ou non, ou tout à fait illégalement pour les délinquants internationaux.

Ces espaces d'intervention sont tout d'abord virtuels, avant de devenir réels lorsqu'effectivement la circulation existe, le terrain est occupé, la transaction ou l'action a été réalisée.

Il est est de même pour internet : l'espace pour internet est virtuellement mondial, il ne devient réellement mondial que dans la mesure où la communication par internet aboutit à des transactions ou des actions bien réelles qui se matérialisent territorialement partout dans le monde ...

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§3. La frontière

Il n'y a pas d'Etat sans frontières, or l'ONU comprend cent quatre vingt onze Etats, il est vrai de puissance très variable.

La frontière a évidemment une fonction politique, c'est une limite qui résulte de l'évolution historique (A/), et qui joue un rôle éminent pour le maintien de l'effectivité souveraine (B/).

A/ L'évolution historique de la frontière-limite politique

En Europe les premières frontières sont apparues avec l'Empire romain.
Le monde civilisé s'arrête alors à ses frontières, au-delà du limes imperii c'est la "barbarie".
C'est à cette époque que la frontière se sacralise et que le sentiment identitaire se concrétise sur le terrain.

Avec la création de l'Etat moderne, à la Renaissance, le sentiment national commence à s'affirmer, qui va évolué en nationalisme à la Révolution française.

C'est au Traité de Campoformio entre Napoleone (de) Buonaparte et l'Autriche, en 1797, que pour la première fois les limites entre Etats sont définies le plus précisément possible, gràce aux progrès de la cartographie.

Ces frontières nationales peuvent être dites "naturelles" lorsqu'elles épousent des obstacles physiques à la pénétration des adversaires, des océans ou mers, des cours d'eau, des marais, des déserts, des montagnes.
Pour les révolutionnaires français le rhin était la frontière naturelle du nord de la France, avec les pyrénées au sud et les alpes à l'est.

Mais ces frontières peuvent, également, être considérées comme étant naturelles lorsqu'elles séparent des peuples différents d'un point de vue ethno-culturel, d'origine ethnique différente, parlant des langues différentes, ayant des religions différentes.

Et ces frontières sont tout simplement dites politiques lorsqu'elles résultent d'un traité de paix ayant mis fin à un affrontement entre Etats, frontières qui ne sont pas alors, ou plus, nécessairement naturelles, ou qui le redeviennent.

L'exemple de la frontière entre la France et l'Allemagne résultant de la guerre de 1870 et de l'annexion de l'Alsace-Moselle par l'Allemagne est significative à cet égard.
La nouvelle frontière n'est plus naturelle pour la France qui a adopté, pour des raisons faciles à comprendre, le critère physique, mais elle est naturelle pour l'Allemagne qui a adopté le critère ethno-culturel, pour des raisons également faciles à comprendre.

Les frontières ne sont pas davantage nécessairement naturelles lorsqu'elles résultent de délimitations effectuées par des colonisateurs comme, notamment, en Afrique, ou par des puissances étrangères comme au moyen-orient, notamment, après le démantèlement de l'Empire Turc.

B/ Le rôle de la frontière pour le maintien de l'effectivité souveraine

C'est essentiellement sur son territoire, délimité par ses frontières, que l'Etat fait appliquer son droit, ou essaie de le faire, ou devrait essayer de le faire.
Si la frontière n'est pas un obstacle à la pénétration illégale des personnes et des marchandises l'effectivité de la souveraineté étatique est remise en cause, au profit des organisations de fait, et notamment des organisations du crime, des mafias.

La criminalité mondiale organisée se veut, évidemment, sans frontières, et le plus souvent se moque des frontières, qu'elle viole impunément lorque l'Etat est faible et, peut-être, corrompu.

Un Etat dont les frontières sont des passoires n'est plus un véritable Etat.
C'est pourquoi l'Union européenne, si elle veut exister en tant qu'Etat, se doit d'avoir des frontières sûres, et évidemment reconnues, et donc respectées.

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§4. L'impérialité

L'extension de la puissance au-delà d'un peuple conduit naturellement à la constitution de l'empire.

Les empires furent nombreux dans l'Histoire (A/) et subsistent évidemment sous la forme classique ou la forme nouvelle (B/).

A/ L'empire dans l'Histoire

Tout au long de l'Histoire les empires ont succédés aux empires.
En Egypte à partir du IIIème millénaire jusqu'au XIIème siècle (Ramsès III) avant l'ère chrétienne.
Au moyen-orient avec la Perse à partir du VIIème siècle jusqu'en 331 avant J.C. (défaite face à Alexandre le Grand).
A partir de la Macédoine et de la Grèce - de l'Egypte à l'Inde - avec Alexandre le Grand (331-323 av. J-C)
En Chine à partir de 221 av. J-C jusqu'à nos jours
A Rome à partir de 27 av. J-C jusqu'en 476 pour l'Occident et jusqu'en 1453 pour l'Orient (conquête des Turcs Ottomans)
En Asie avec les moghols Ghengis Khan (mort en 1228) et Tamerlan (1335-1405) puis en Inde (1526-1764)
En Amérique centrale avec les Aztèques et les Mayas au XVème siècle
En Amérique du Sud avec les Incas au XIVème
En Europe avec l'Empire carolingien (800-843) fondé par Charlemagne puis le Saint Empire romain germanique (962-1806) supprimé par Napoléon au bénéfice du sien (1806-1814). L'Empire Austro-Hongrois.
Les empires coloniaux du Portugal et de l'Espagne à partir de la redécouverte de l'amérique par Christophe Colomb, puis de la France et de l'Angleterre, et même de la Belgique avec l'immense Congo, et partiellement en Europe l'Empire russe et l'Empire ottoman.

Et si le XXème siècle a vu la disparition des empires russe, ottoman, austro-hongrois et allemand en 1919, et des empires coloniaux britannique, français, belge, portugais après 1945 ce fut au bénéfice de deux nouveaux empires, l'empire américain et l'empire soviétique, ce dernier s'étant effondré au début des années 1990, tandis que l'empire chinois, constitué deux siècles avant notre ère, retrouvait sa pleine souveraineté après la révolution de Mao Tsé Toung (Mao Zedong) en 1949.

B/ Forme classique et forme nouvelle

D'un point de vue classique l'empire c'est la construction politique d'une entité souveraine fondée sur une unité territoriale, continue ou discontinue, regroupant des peuples différents vivant sur des territoires qui ont été annexés à un Etat central, Eta central qui gouverne l'ensemble par l'intermédiaire d'une administration décentralisée, administration décentralisée qui contrôle politiquement, et qui exploitent économiquement, les territoires annexés.

L'empire soviétique et l'empire américain sont d'une autre nature, d'une forme nouvelle, dans la mesure où ils ne constituent pas des entités juridiquement souveraines.
Le Vietnam, Cuba, certains Etats africains, n'étaient pas juridiquement annexés à l'Union soviétique, mais cette dernière les contrôlait idéologiquement, politiquement et économiquement.
Mais l'Union soviétique elle-même constituait bien un empire classique de par l'annexion des Etats baltes, de la Biélorussie, de l'Ukraine, de la Géorgie, de l'Arménie, et des Etats musulmans de sa frontière sud, un héritage de l'Empire russe.

Quant à l'empire américain, il contrôle bien, idéologiquement, politiquement et économiquement, non seulement les Etats dits occidentaux et tout particulièrement les Etats anglo-saxons, mais également la plupart des autres Etats du monde.
Les Etats qui semblent échapper à son contrôle sont certains Etats musulmans (la Lybie, l'Iran, l'Irak, le Soudan ...) et les Etats qui se réclament encore officiellement du marxisme léninisme comme Cuba, le Vietnam, la Corée du Nord et bien entendu la Chine, mais il faut toujours se méfier des apparences, qui sont souvent trompeuses.

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§5. La mondialité

Le concept fait référence à deux situations différentes, la mondialité de certains lieux stratégiques ( A/) et la mondialité de certaines puissances (B/).

A/ La mondialité de certains lieux stratégiques

Certains lieux, de part leur emplacement géopolitique, permettent aux puissances qui les contrôlent d'exercer leur pouvoir discrétionnaire à l'égard des autres puissances en fonction du critère ami-ennemi.
C'est le cas pour certains lieux élevés comme le Golan pour la Syrie et Israël, certains détroits, comme le détroit d'Ormuz pour notamment l'Iran, certains canaux comme le canal de Corinthe pour la Grèce.

Si ces lieux stratégiques sont situés de telle sorte qu'ils intéressent la plupart, sinon la totalité, des Etats importants du monde il y a pour eux mondialité.
C'est, ou ce fut, notamment le cas pour le cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud, le détroit de Gibraltar, le canal de Suez et Aden, Singapour, Hong Kong ; pour le canal de panama entre l'océan Atlantique et le Pacifique, les détroits de l'Asie du Sud-Est qui permettent de passer de l'océan Pacifique à l'océan Indien.

B/ La mondialité de certaines puissances

Certaines puissances ont accès à la mondialité.
Ce sont les puissances qui sont capables de contrôler la plupart des lieux de mondialité.

Ce fut évidemment le cas pour l'Angleterre de l'Empire britannique jusqu'à la deuxième guerre mondiale
Et dans l'Histoire plus ancienne le cas de Rome, de la Perse sous Darius, de l'Allemagne du Saint-Empire jusqu'au Traité de Westphalie de 1648.

Depuis la disparition de la Russie soviétique en 1991, qui ne fut réellement une puissance mondiale qu'à partir des années soixante, et donc pendant seulement une génération, la seule puissance ayant accès à la mondialité est l'Amérique des Etats-Unis.
L'Union européenne pourrait y accéder si elle existait en tant qu'Etat souverain.

La mondialité des Etats-Unis est une mondialité évidemment conquérante au travers de ce que l'on appelle la mondialisation, une tentante tentative d'Empire mondial.

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