Peter Mandelson
Octobre 2004. Tony Blair obtient la meilleure place pour Peter Mandelson à la Commission européenne. Jacques Chirac, lui, a soutenu Jacques Barrot, diffamé par des britanniques, qui demandent sa démission.
Janvier 2001. Tony Blair est contraint de se séparer de Peter Mandelson, Patrice Claude, Le Monde, 25 janvier 2001, p. 3.
Accusé d'avoir menti, Peter Mandelson, ministre de l'Irlande du Nord et proche du premier ministre britannique, Tony Blair, a été contraint de démissionner pour avoir facilité l'obtention d'un passeport anglais à un milliardaire indien. John Reid, catholique écossais a été nommé en remplacement.
Dure, très dure journée, mercredi 24 janvier, pour Tony Blair et son gouvernement. Pour la seconde fois en à peine vingt-cinq mois, le premier ministre britannique a été contraint de se séparer de son ministre favori – qui est aussi son confident, son lieutenant, un de ses amis les plus proches et son éminence grise. Peter Mandelson, ministre controversé des affaires nord-irlandaises, a encore été pris la main dans le sac en flagrant délit de mensonge. A 13 h 30, ce mercredi, le jeune et brillant tacticien de quarante-sept ans, architecte en chef de la modernisation travailliste, grand maître de la communication et de la manipulation médiatique, a dû présenter sa démission au premier ministre. Il a été remplacé par un catholique écossais, John Reid.
A supposer qu'il en ait le désir, nul n'imagine que Peter Mandelson puisse se rétablir encore une fois sur la scène politique britannique. Mais, à peu de choses près, la même scène avec les mêmes personnages s'était déjà jouée devant le pays, le 23 décembre 1998, lorsque le député de Hartlepool – qui avait "oublié" de déclarer un prêt de 3,5 millions de francs avancé par un collègue ministre richissime – avait déjà dû abandonner son maroquin de l'industrie et du commerce. Dix petits mois de traversée du désert plus tard, Tony Blair, au grand dam de l'opposition, des médias et de toute l'aile gauche de son parti – qui n'a jamais supporté l'artisan du grand tournant à droite de la formation –, l'avait rappelé pour lui offrir un des postes les plus difficiles et les plus en vue du gouvernement, le ministère de l'Irlande du Nord et la gestion d'un processus de paix aujourd'hui languissant.
M. Blair a qualifié de "tragédie" cette démission qui trouve sa source en 1998. Cette année-là, un richissime industriel indien, Srichand Hindouja, patriarche d'un empire familial évalué à 22 milliards de francs, demande à Peter Mandelson, alors ministre sans portefeuille chargé du fameux et calamiteux Dôme du millénaire à Greenwich, de lui donner un coup de main pour obtenir la nationalité britannique. On la lui a déjà refusée en 1990. Mais les frères Hindouja – aujourd'hui poursuivis en Inde dans une affaire de corruption liée à une énorme contrat d'armement – ont offert 11 millions de francs pour financer une des attractions du Dôme, intitulée "La Foi". Peter Mandelson passe donc obligeamment un coup de fil au secrétaire d'Etat concerné. Srichand Hindouja – qui finançait plutôt naguère les conservateurs mais qui reçoit désormais chez lui les puissants néotravaillistes (le premier ministre et sa famille inclus, en 1999) – obtiendra son passeport britannique l'année suivante. Indûment ? L'enquête publique ordonnée mercredi par M. Blair, qui, lui-même et "au vu des informations dont il dispose" ne le croit pas, devra l'établir.
SUCCESSION DE MENSONGES
Pour l'heure, ce n'est pas son intervention proprement dite qui a précipité la nouvelle chute de M. Mandelson. "Je n'ai fait que demander au ministre concerné si M. Hindouja pouvait déposer une nouvelle demande", affirme l'intéressé. Le plus grave est qu'il a menti. Menti aux journalistes de l'hebdomadaire de centre gauche The Observer, qui l'ont interrogé à la veille du week-end et auxquels il a fait dire qu'il ne s'était pas occupé personnellement de cette affaire. Menti au porte-parole officiel du premier ministre, le tout-puissant Alastair Campbell, qui s'est décrédibilisé en répétant dimanche et lundi à la presse ce que lui avait assuré "l'ami Peter". Et puis, ce qui est encore plus grave, M. Mandelson a indirectement menti au Parlement puisque le ministre de la culture, Chris Smith, avait répété lundi aux députés les affirmations erronées de son collègue. Mardi, la mémoire est revenue à Peter Mandelson. Il s'est excusé de la "confusion" mais il était trop tard. La presse – qui n'a jamais porté dans son cœur celui qui savait si bien la manipuler – faisait ses gros titres mercredi matin sur "le ministre menteur". Et presque tous les tabloïds ont réclamé avec plus ou moins de vigueur sa démission immédiate.
Ce qui est fait et, cette fois, probablement sans retour. Celui qu'on appellait jadis "le prince des ténèbres" souhaite désormais "mener une vie plus normale". La voix par moments cassée par l'émotion, Tony Blair, mâchoires crispées, a rendu mercredi, aux Communes, un vibrant et chaleureux hommage à son ami, "plus grand que beaucoup de ses critiques". William Hague, le chef de l'opposition conservatrice, ne s'est pas montré tendre. "Vous êtes le premier chef du gouvernement à avoir été contraint de renvoyer deux fois un même ministre pour le même délit", a-t-il martelé. "Cette monumentale erreur de jugement démontre une nouvelle fois l'insondable arrogance avec laquelle vous exercez votre pouvoir."
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Peter Mandelson, un intime de Tony Blair
Avec Peter Mandelson, c'est un intime de Tony Blair qui intègre la Commission européenne à Bruxelles.
Ce célibataire de 50 ans va succéder au Français Pascal Lamy pour s'occuper du commerce.
Il connaît ainsi un rebond spectaculaire après avoir été contraint, à deux reprises, de démissionner du gouvernement Blair : en 1998, pour avoir reçu un prêt immobilier dans des conditions jugées peu réglementaires, et, en 2001, pour avoir été soupçonné d'avoir facilité l'obtention d'un passeport britannique à un milliardaire indien.
Finalement blanchi, M. Mandelson arrive à Bruxelles avec l'objectif de conclure les négociations de Doha dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Cela n'a pas été, jusqu'à présent, son centre d'intérêt principal.
M. Mandelson est avant tout l'un des théoriciens de la "troisième voie", cette version corrigée de la social-démocratie destinée à répondre aux enjeux de la mondialisation. Artisan actif de la victoire de Tony Blair en 1997, il avait été l'un des initiateurs, à la fin des années 1990, de ces rencontres de dirigeants de la gauche moderne, avec Tony Blair, Bill Clinton et Gerhard Schröder, qui avaient le don d'exaspérer Lionel Jospin.
Surtout, il a pris un rôle actif, en 2000, dans l'élaboration de l'"agenda de Lisbonne", censé faire de l'Europe l'économie la plus compétitive du monde avant la fin de la décennie. A mi-parcours, c'est l'échec, et M. Mandelson, qui insiste sur la dimension sociale de la "troisième voie", entend aider à relancer la compétitivité européenne.
Il veut que la Commission agisse fermement, mais "en tenant compte des circonstances nationales", en aidant les Etats plutôt qu'en créant des problèmes. M. Mandelson a emmené dans ses bagages son compère le truculent Roger Liddle, ancien conseiller de Tony Blair, qui fut, lui aussi, l'un des penseurs de la "troisième voie".
M. Liddle anime Policy Network, ce réseau dont M. Mandelson entend rester président et qui répand la parole blairiste dans la gauche progressiste européenne, y compris dans les pays de l'élargissement.
M. Mandelson veut, via le commerce, contribuer à l'amélioration du modèle européen.
Il est en revanche trop tôt pour dire s'il plongera dans les dossiers commerciaux les plus ardus. "C'est du chinois", plaisantait récemment M. Liddle, qui ne s'occupera pas de commerce. "C'est le directeur général qui va gérer la boutique", médit un fonctionnaire.
Très vite, M. Mandelson aura besoin de ses talents de communicateur et d'homme de marketing politique pour convaincre ses compatriotes britanniques d'approuver, par référendum, la Constitution européenne, sans doute début 2006.
Arnaud Leparmentier, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.11.04, LE MONDE | 22.11.04, MIS A JOUR LE 22.11.04 | 15h10
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Jacques Barrot estime avoir été diffamé
Commissaire aux transports au sein du nouvel exécutif européen, Jacques Barrot entend "mettre les choses au point" après les attaques lancées par le député europhobe Nigel Farage lors du débat d'investiture de la Commission, qui s'est déroulé jeudi 18 novembre à Strasbourg. Le parlementaire britannique a déclaré que M. Barrot avait été condamné à une peine de prison pour détournement de fonds en 2000, une peine qui a depuis été amnistiée.
Jacques Barrot a demandé à l'eurodéputé britannique Nigel Farage de retirer ses propos sur son passé judiciaire, des accusations qui ont provoqué un vif incident, jeudi 18 novembre, au Parlement européen. "Il faudra qu'il retire ce qu'il a dit, pour que ce soit bien éclairé, pour que le Parlement puisse dans ce domaine être sûr de la vérité", a déclaré le commissaire aux transports, vendredi 19 novembre, sur LCI.
Ces propos "ressemblent beaucoup à de la diffamation". "Mais on ne va pas s'arrêter là, on va mettre les choses au point", a ajouté Jacques Barrot. A l'occasion du débat sur l'investiture de la nouvelle Commission, Nigel Farage avait suscité jeudi l'émoi à Strasbourg en rappelant que Jacques Barrot avait été condamné pour financement occulte de parti.
Soucieux de présenter la nouvelle équipe comme un groupe d'hommes et de femmes incompétents ou corrompus, le patron de l'UKIP (United Kingdom Independence Party), qui milite pour la sortie de son pays de l'Union européenne, s'en est vivement pris à la Commission européenne avant le vote d'investiture et a détaillé le passé de plusieurs nouveaux commissaires.
"De France, nous avons M. Jacques Barrot. Il s'occupera des transports. En 2000, il a été condamné à une peine de prison avec sursis (...) pour son implication dans une affaire de détournement de fonds", a déclaré M. Farage en précisant la peine.
UNE RÉACTION COLLECTIVE
Les arguments de M. Farage ont soulevé les protestations des principaux présidents de groupe du Parlement européen, le conservateur Hans-Gert Poettering, le socialiste Martin Schülz, le Vert Daniel Cohn-Bendit et le communiste Francis Wurtz. "Nous sommes tous des plus critiques face à certains commissaires, mais je voudrais dire à M. Barrot que la manière dont il a été attaqué est tout à fait inacceptable", a déclaré M. Cohn-Bendit. "Il y a eu au sein de ce Parlement, devant cette diffamation, une réaction extrêmement saine des présidents de groupe", a pour sa part déclaré M. Barrot après l'incident.
Devant le tollé provoqué par l'intervention de M. Farage, le président du Parlement européen lui avait proposé de retirer ses propos des "minutes" des débats afin de clore l'incident ou, s'il décidait de les maintenir, "d'assumer les conséquences" judiciaires qui pourraient en découler. M. Farage a repris la parole pour dire qu'il avait basé ses commentaires sur des "recherches substantielles". "Mais je veux qu'il soit parfaitement clair que s'il était prouvé que ce que j'ai dit est faux (...), je retirerais (mes) remarques et je présenterais mes excuses sincères", a-t-il dit.
Jacques Barrot a été condamné le 23 février 2000 à une peine amnistiée de prison avec sursis pour "recel d'abus de confiance" par le tribunal correctionnel de Paris, qui sanctionnait son rôle dans le financement occulte de son parti, le Centre des démocrates sociaux (CDS). Toutefois, les peines avaient immédiatement été annulées par le tribunal, grâce à l'amnistie votée après l'élection présidentielle de 1995.
LEMONDE.FR | 19.11.04, Avec AFP et Reuters
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Les libéraux demandent des comptes au commissaire Barrot
Bruxelles. Le commissaire français Jacques Barrot devait écrire, lundi 22 novembre (2004), au président du Parlement européen, Josep Borrell, pour désamorcer une polémique déclenchée par sa condamnation, en 2000, dans le procès du financement occulte du Centre des démocrates sociaux (CDS).
Il avait été immédiatement blanchi par la loi d'amnistie de 1995. L'affaire, largement oubliée, a été rappelée juste avant l'investiture de la Commission Barroso par un député britannique anti-européen, Nigel Farage.
Elle est montée d'un cran ce week-end, le patron des libéraux-démocrates, le Britannique Graham Watson, reprochant à M. Barrot de ne pas avoir révélé son passé. "Ceci représente un abus de confiance inacceptable. Pour éviter de nuire gravement à la réputation de la nouvelle Commission, j'appelle M. Barrot a démissionner ou au moins à demander à être déchargé de ses fonctions jusqu'à ce que le cas puisse être discuté et résolu entre le Conseil, la Commission et le Parlement", a demandé M. Watson. - (Corresp.)
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LE MONDE | 22.11.04, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.11.04