MON FILS PERDU - LA MERE DE ZACARIAS MOUSSAOUI PARLE de : AÎcha El-Wafi , Plon, 2006
Zacarias Moussaoui

Mai 2006 : Les américains refusent le martyr à Zacarias Moussaoui, par une voix contre onze ; première angoisse ... ? ; il fait appel ; innocent selon Ben Laden ;
Mars 2006 : Tueur pour le procureur, bouffon pour son avocat ; il veut la mort du martyr
Avril 2005 : Il plaide coupable
Novembre 2002, M. Dominique Perben, ministre chiraquien de la justice, donne des informations à la justice américaine ; la Ligue des droits de l'homme proteste
Etudiant modèle et musulman intégriste
Itinéraire
Sa mère
Décembre 2001, Mme Marylise Lebranchu, ministre socialiste de la justice, contre la peine de mort pour Moussaoui, qui refuse l'aide consulaire
11 septembre 2001, attentats islamistes aux Usa, 2 986 morts : un Français, premier inculpé : il est passible de la peine de mort.

(Décembre 2001) Le suspect d'origine marocaine, Zacarias Moussaoui, a été inculpé par une juridiction fédérale américaine. Moussaoui, 33 ans, est sous le coup de six chefs d'inculpation en relation avec les attentats perpétrés contre le World Trade Center et le Pentagone le 11 septembre dernier.

Un Français d'origine marocaine, Zacarias Moussaoui, a été inculpé par une juridiction fédérale dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre, a annoncé mardi l'Attorney General (ministre de la Justice) John Ashcroft. Moussaoui, 33 ans, est sous le coup de six chefs d'inculpation, dont quatre passibles de la peine de mort, en relation avec les attentats perpétrés contre le World Trade Center et le Pentagone, a ajouté M. Ashcroft lors d'une conférence de presse à Washington.
«Ce matin, un grand jury du district est de l'Etat de Virginie a inculpé le Français Zacharias Moussaoui, d'origine marocaine, de conspiration avec (le réseau) Al-Qaïda d'Oussama ben Laden dans le but de tuer des milliers d'innocents à New York, en Virginie et en Pennsylvanie», a déclaré M. Ashcroft. Il s'agit, a précisé M. Ashcroft, «de la première inculpation contre des terroristes du 11 septembre». Il s'est refusé à dire où, aux Etats-Unis, il se trouvait incarcéré.

«Al-Qaïda va désormais devoir répondre de ses actes devant la justice et recevoir le jugement qu'elle craint», a-t-il dit. L'Attorney General a indiqué que Moussaoui avait suivi le même type d'entraînement lui permettant de piloter des avions de ligne que les 19 pirates de l'air souçonnés d'avoir perpétré les attentats.

Moussaoui était détenu depuis le 17 août pour violation de la législation américaine sur l'immmigration. Il s'était inscrit en février dans une école d'aviation aux Etats-Unis, dans l'Oklahoma, pour obtenir son brevet de pilote. Il s'était ensuite présenté dans une autre école du Minnesota afin d'y apprendre à piloter un Boeing 747 dans un simulateur, en précisant n'être intéressé que par les virages et non les décollages ou atterrissages.
(Avec AFP), Publié le 11 décembre 2001 à 19h13 Mis à jour le 12 décembre 2001 à 16h03

-----

Comment l'étudiant modèle a basculé dans l'intégrisme

ZACARIAS MOUSSAOUI a laissé peu de traces en France. C'est à Londres que sa vie a basculé. Né à Saint-Jean-de-Luz le 30 mai 1968, à la fin d'un mois de révolte estudiantine, il a une enfance et une adolescence normale. Moussaoui se lance ensuite dans des études à Perpignan et obtient son diplôme de technico-commercial en 1990. Mais Zacarias peine à trouver sa vocation. Surveillant dans un lycée de Narbonne, il décide d'aller à Londres en 1992 pour améliorer son anglais.

Voyages en Afghanistan
Avant même de partir, il donne déjà quelques signes annonciateurs du fanatisme religieux dans lequel il va plonger. Il avait par exemple offert à sa soeur Jamila des éditions en français de « l'Islam par le martyr » et « Jalons sur la route de l'islam », deux ouvrages de référence de l'islam fondamentaliste.
L'été 1997, Moussaoui revient dans le Sud de la France pour la dernière fois. Après cinq années passées à Londres, il porte la barbe, un pantalon pakistanais et a le crâne rasé. Durant son séjour, il a une violente dispute avec un imam de Narbonne. Celui-ci lui reprochait de vouloir endoctriner les gens « avec de mauvaises croyances ». Ces mêmes convictions fondamentalistes qu'on était en train de lui faire rentrer dans la tête à Londres. C'est en effet là-bas que Moussaoui a commencé à fréquenter les milieux intégristes.
Diplômé de l'université de South Bank en 1995, il subit là-bas l'endoctrinement de cheik Omar Abu Omar. Surnommé « Abu Koutada », ce fondamentaliste d'origine palestinienne multipliait alors les prêches à la mosquée de Baker Street, assidûment fréquentée par Moussaoui.
En 1999, la DST observe qu'il a accompli plusieurs voyages en Afghanistan et au Pakistan et alerte les autorités britanniques pour qu'elles accentuent leur surveillance. Il n'y aura pas de suite.
Son dossier était pourtant ouvert depuis 1994. A cette époque, la justice française soupçonnait un certain « Zacarias », établi à Londres, d'avoir participé au financement de groupes terroristes algériens. Moussaoui était en Angleterre depuis 1992, mais le juge d'instruction Roger Le Loire s'est vu refuser l'autorisation de l'interroger et de perquisitionner son appartement. Les autorités du pays estimaient qu'il n'y avait pas suffisamment d'éléments. L'itinéraire d'apprenti terroriste de Zacarias Moussaoui ne s'arrêtera que le 17 août 2001. Le Français d'origine marocaine était interpellé dans le Minnesota pour une simple violation aux lois sur l'immigration.
Julien Dumond, Le Parisien , mercredi 12 décembre 2001, p. 4

-----

Itinéraire d'un terroriste présumé. Le FBI et la CIA ont remonté le parcours de Moussaoui, Français accusé d'être lié aux attentats, depuis 1990.

Le 3 août 2001, Zacarias Moussaoui a acheté deux couteaux dans un magasin d'Oklahoma City. Le détail n'aurait guère d'importance s'il ne figurait à la page 18 de l'acte d'inculpation présenté mardi par le département de la Justice américain contre le citoyen français d'origine marocaine, accusé d'avoir pris part au complot terroriste ayant mené aux attentats du 11 septembre. Trois pages plus loin, les procureurs précisent que Mohamed Atta, le leader présumé des pirates de l'air, s'est lui aussi procuré un couteau le 30 août en Floride. On sait que les kamikazes du 11 septembre ont utilisé cutters et couteaux pour détourner les avions qui se sont écrasés contre le World Trade Center, le Pentagone et en Pennsylvanie.

Trente pages.
Tout au long de ses trente pages, l'acte d'inculpation établi contre Moussaoui - le premier suspect lié directement au 11 septembre - s'applique à retracer méticuleusement depuis la fin des années 90 l'itinéraire du Français et à le replacer dans le cadre d'un vaste complot terroriste orchestré par Oussama ben Laden. Pour la première fois, les autorités livrent publiquement toutes les informations accumulées depuis le 11 septembre par le FBI et la CIA qui décrivent les activités de Moussaoui, mais aussi celles des dix-neuf pirates de l'air, tentant clairement d'établir «un fonctionnement similaire», selon l'expression du ministre de la Justice, John Ashcroft. «Moussaoui a tout fait comme les autres, il a suivi la même voie, c'est la base de son inculpation», confiait hier un officiel.

Le nom de Moussaoui, né il y a trente-trois ans à Saint-Jean-de-Luz, apparaît pour la première fois dans l'acte d'inculpation à la date d'avril 1998. A l'époque, le gouvernement affirme qu'il se trouve dans le camp d'entraînement de Khalden (Afghanistan) sous la direction d'Oussama ben Laden. Information dont disposent également les services secrets français. Depuis 1992, Moussaoui vit à Londres, où il a tout d'un coup découvert l'extrémisme islamiste. En octobre 2000, il aurait reçu une lettre d'une compagnie malaise, Infocus Tech (disparue depuis), qui le nomme «consultant marketing» pour l'Europe et les Etats-Unis. Les autorités déterminent ensuite qu'il s'envole pour le Pakistan le 9 décembre 2000, d'où il ne reviendra apparemment que le 7 février 2001. Il aurait séjourné en Afghanistan, mais aussi en Tchétchénie.

C'est depuis Londres, en septembre 2000, que Zacarias Moussaoui entre pour la première fois en contact, par e-mail, avec l'école d'aviation Airman de Norman, petite ville de l'Oklahoma. Selon certaines sources, le FBI estime que Moussaoui aurait été «sélectionné» dès cette date comme un kamikaze potentiel par la cellule d'Al-Qaeda mise en place à Hambourg en 1998 par Mohamed Atta. Pourtant, c'est un autre candidat, le Yéménite Ramzi ben Al-Shibh, qui aurait gagné les galons de «vingtième pirate de l'air» pour le 11 septembre. Durant l'année 2000, Al-Shibh se verra refuser l'entrée aux Etats-Unis à quatre reprises. C'est donc Moussaoui qui l'aurait «remplacé», débarquant à Chicago depuis Londres le 7 février 2001, avant de rejoindre l'Oklahoma. A lire l'acte d'accusation, Ramzi ben Al-Shibh apparaît comme le seul lien direct établi entre Moussaoui et les pirates de l'air par les procureurs. Les enquêteurs affirment que le Yéménite, actuellement en fuite, faisait partie des membres fondateurs de la cellule allemande d'Al-Qaeda. A plusieurs reprises, et dès juillet 2000, des transferts bancaires prouvent qu'il a fait parvenir de l'argent à plusieurs pirates de l'air aux Etats-Unis. Il reprend le même rôle avec Moussaoui et, sous le nom d'«Ahad Sabet», envoie 14 000 dollars au Français en Oklahoma les 30 et 31 juillet 2001. Un mois plus tôt, Moussaoui aurait lui-même passé plusieurs appels téléphoniques en Allemagne depuis une cabine publique de Norman. A la même époque, il se renseigne sur les techniques d'épandage par les airs, à l'instar de Mohamed Atta. La suite est connue.

Comportement «bizarre».
Après cinquante-sept heures d'apprentissage à Norman, Moussaoui coupe court à son entraînement et se rend en août dans une autre école d'aviation du Minnesota, la Pan Am Flight Academy. Il commence de nouveaux cours le 13 août, mais son comportement «bizarre» incite les instructeurs à contacter le bureau local du FBI. Le 16 août, Moussaoui est arrêté parce que son visa n'est plus valable. Ce n'est toutefois qu'après le 11 septembre que les autorités américaines vont commencer à s'interroger sur un possible rôle du Français dans les attentats. Entre-temps, le bureau de Minneapolis a bien fait la demande d'un mandat spécial auprès de Washington pour fouiller la mémoire de l'ordinateur du Français. Mais la requête a été refusée pour «manque de preuves». Hier, une source proche de l'enquête a assuré à Libération que les affirmations de la presse américaine selon lesquelles «Moussaoui a soi-disant demandé à apprendre à faire tourner les avions, sans décoller et atterrir» «sont inexactes». Selon cette source, un «employé» de la Pan An Academy a bien contacté les enquêteurs, «mais avec des éléments beaucoup plus vagues, qui correspondaient à un comportement suspect».

Moussaoui comparaîtra le 2 janvier devant un tribunal fédéral de Virginie pour y être mis en accusation. Il est passible de la peine de mort. Certains experts estiment que son procès ne sera pas facile, car les «preuves concrètes de son implication restent faibles». D'autres disent aussi que le Français pouvait préparer une autre attaque terroriste, «qui ne sera jamais connue». Pour l'heure, le FBI n'aurait rien obtenu de son suspect. Apparemment transféré dans une prison de New York dès le mois d'août, Moussaoui n'a pas dit mot aux enquêteurs.
Par FABRICE ROUSSELOT, Libération, Le jeudi 13 decembre 2001

------

«Ne te trompe pas de combat». Sa mère se souvient du glissement de Zacarias vers l'islam.

«Ne t'inquiète pas, je n'ai rien fait et je le prouverai le temps venu, Inch' Allah.» Zacarias Moussaoui à sa mère

Mardi, en fin de journée, Aïcha croit «recevoir une décharge électrique» dans sa villa sur les hauteurs de Narbonne. Des journalistes américains viennent de lui apprendre que son fils Zacarias, interpellé le 17 août dans le Minnesota, est inculpé dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre. Elle relit alors une nouvelle fois la longue lettre que Zacarias lui a écrite du fond de sa cellule à New York : «Concernant l'histoire américaine, ne t'inquiète pas, je n'ai rien fait et je le prouverai le temps venu, Inch' Allah. Je n'ai pas accès aux informations, mais j'ai l'impression que je suis déjà condamné d'après ce que l'avocat qu'ils m'ont donné me dit.»

Pantalon pakistanais.
Depuis ce jeudi 13 septembre où des policiers sont venus lui apprendre l'implication présumée de son fils dans les mouvements fondamentalistes, ses voyages en Afghanistan, au Pakistan, et son inscription sur les fiches de la DST dès 1999, Aïcha ne sait plus que croire. Une première fois, début 2000, les policiers viennent lui demander si elle sait où se trouve Zacarias, lui disent qu'ils cherchent à entrer en contact avec lui dans le cadre d'une enquête sur la mort d'un copain. Aïcha ne sait rien. La dernière fois qu'elle a vu son fils, c'était en 1997. Cet été-là, de passage à Narbonne avant de repartir à Londres où il vivait depuis 1992, Zacarias lui a demandé de lui coudre un pantalon pakistanais. Couturière, avant de devenir agent chez France Télécom, Aïcha lui avait taillé un sarouel et une longue chemise. Zacarias s'était présenté habillé ainsi à la mosquée de Narbonne. Là, il avait voulu expliquer aux jeunes ce qu'était l'islam.

Aïcha avait bien remarqué qu'il avait glissé vers la religion, mais avait surtout retenu que son fils, orienté vers un BEP à la fin de la troisième, avait décroché un master de commerce international de l'autre côté de la Manche. Il en était fier, et elle aussi. Car mariée à 14 ans, débarquée à Hendaye un an plus tard, mère de quatre enfants à 19 et divorcée à 24 d'un mari violent, Aïcha a éduqué ses enfants «à la française». Aïcha se souvient aussi que, cet été 1997, Zacarias lui avait demandé pardon à genoux pour «tout le mal qu'[il] lui [avait] fait». Elle avait fini par le relever, sans comprendre son insistance.

Lettre.
Depuis le 11 septembre, elle s'est parfois dit qu'il lui avait peut-être demandé pardon pour le mal qu'il pourrait encore lui faire. Elle s'est alors souvenue d'un bref coup de fil reçu il y a plus d'un an. La communication était mauvaise, et Zacarias avait juste eu le temps de lui dire qu'il pensait à elle. Elle s'est souvenue de Xavier Djaffo, copain de «Zac» quand il préparait son BTS technico-commercial au lycée Louis-Arago, à Perpignan. Lui aussi est parti à Londres en 1993 pour apprendre l'anglais, s'est converti à l'islam en 1994 et est tombé sous les balles de l'armée russe en Tchétchénie en 2000.
Dans la lettre qu'elle a écrite à son fils le 12 novembre, Aïcha pense avoir tout dit de cette histoire: «Sache que tu es présent toutes les secondes dans mon cœur. Mon souhait le plus cher est de pouvoir te serrer contre moi.» Elle lui a aussi montré le chemin: «Je demande à Dieu que tu ne te trompes pas de combat. Le seul jihad qu'il nous demande sur terre est de nous battre contre le mal qui est en nous.».
Libération, 13 décembre 2001, Par CATHERINE BERNARD, p. 12

------

Zacarias Moussaoui, passible de la peine de mort, refuse la protection consulaire

Zacarias Moussaoui, inculpé aux Etats-Unis dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre, a refusé la protection consulaire française. L'administration américaine a renoncé à faire juger le Français devant un tribunal militaire. Il comparaîtra le 2 janvier devant un tribunal fédéral.

Le Français d'origine marocaine Zacarias Moussaoui, passible de la peine de mort aux Etats-Unis après avoir été inculpé, mardi 11 décembre (2001), par une juridiction fédérale américaine dans l'enquête sur les attentats du 11 septembre, a refusé la protection consulaire française.

Il doit comparaître le 2 janvier (2003) devant un tribunal fédéral à Alexandria, près de Washington.

Selon le porte-parole du ministère des affaires étrangères, François Rivasseau, "M. Moussaoui, informé par les autorités américaines de ses droits à la protection consulaire d'usage, lors de son arrestation, n'a pas souhaité en bénéficier". Les raisons de ce refus n'ont pas été divulguées.

Prévue dans la convention de Vienne de 1963 sur les relations entre Etats, la protection consulaire permet au prévenu de bénéficier des droits à la défense, aux visites, notamment d'agents consulaires et de membres de la famille, et à une assistance juridique dans ses contacts avec la justice du pays où il est détenu. Elle s'applique aussi aux personnes ayant une double nationalité.

La France, selon Mme Lebranchu, avait souhaité que Zacarias Moussaoui soit jugé aux Etats-Unis "par un tribunal civil, pas par un tribunal militaire".

Le gouvernement du président George W. Bush a exaucé ce souhait en renonçant à faire juger le Français d'origine marocaine Zacarias Moussaoui devant un tribunal militaire pour complicité de terrorisme, alors que les cours d'exception voulues par Washington suscitent des critiques à l'étranger.

M. Rivasseau a ajouté que Paris demanderait à Washington que Zacarias Moussaoui ne soit pas condamné à la peine capitale, abolie en France depuis vingt ans.
La ministre de la justice, Marylise Lebranchu, avait déclaré à la radio privée RMC-Info : "Nous n'acceptons pas la peine de mort, ni les tribunaux exceptionnels."
Avec AFP, LEMONDE.FR | 12.12.01 | 20h06

-----

Affaire Moussaoui : « Mon fils est abandonné aux mains des Américains »

Aïcha Al-Wafi, la mère de Zacarias Moussaoui, estime que la France a voulu faire « un plaisir aux Américains » en acceptant de collaborer avec Washington.

AICHA AL-WAFI, la mère de Zacarias Moussaoui, incarcéré aux Etats-Unis dans l'enquête sur les attentats du 11 septembre, s'est élevée hier (28 novembre 2002) contre la décision française de collaborer avec Washington : « Mon fils est né en France, il a la nationalité française, et il est maintenant abandonné aux mains des Américains. »
Le garde des Sceaux, Dominique Perben, avait annoncé mercredi (27 novembre 2002) que la France avait accepté de transmettre aux Etats-Unis des informations sur Moussaoui, après avoir reçu de Washington un « engagement écrit » que ces données ne seraient pas utilisées pour le condamner à mort. « Il n'y a aucune assurance. Comment peut-on savoir si les USA vont utiliser ces informations ou pas ? » s'est interrogée la mère de Moussaoui. « Je suis d'accord pour que la France lutte contre le terrorisme. Mais là, c'est un plaisir qu'ils ont fait aux Américains », a-t-elle conclu.
L'avocat français de Moussaoui, Me François Roux, s'est déclaré, « révolté » après la décision de Paris de répondre favorablement aux demandes d'entraide américaines sur son client, incarcéré aux Etats-Unis. « La France vient de rétablir la peine de mort par procuration. Cela ne sera pas la guillotine mais la chaise électrique », a-t-il lancé, lors d'une conférence de presse à Montpellier (Hérault).
Me Roux doit déposer une requête auprès de la Cour européenne des droits de l'homme pour « empêcher le gouvernement français de transmettre des informations sur Moussaoui ». « Il faut la garantie que la peine de mort ne sera pas réclamée, ni appliquée si elle était prononcée », a-t-il indiqué. Il poursuit : « Le procureur américain va s'emparer des informations sur le passé de Zacarias Moussaoui pour expliquer aux jurés qu'il n'a pas de circonstances atténuantes. Si ces informations n'étaient pas importantes pour eux, les Etats-Unis ne les auraient pas demandées avec tant d'insistance. »

Berlin imite Perben

De son côté, l'Allemagne a également accepté de livrer des informations aux Etats-Unis sur Moussaoui, a confirmé hier la ministre allemande de la Justice, Brigitte Zypries. « Avec cette aide juridique dans le cas Moussaoui, l'Allemagne apporte une contribution supplémentaire dans la lutte contre le terrorisme », a-t-elle annoncé depuis Berlin. Elle ajoute : « Un réseau agissant mondialement ne peut être efficacement combattu que si les Etats de la coalition contre le terrorisme international se soutiennent mutuellement. »
Hier après-midi, la Ligue des droits de l'homme a dénoncé le « revirement » du ministre de la Justice. « En acceptant de collaborer avec les Etats-Unis, explique l'association, les autorités françaises et allemandes prennent le risque d'être complices d'une condamnation à mort prononcée contre un ressortissant de l'Union européenne. »
I.G. Le Parisien , vendredi 29 novembre 2002, p. 15

-------

(22 avril 2005) Attentats du 11 septembre : Moussaoui plaide coupable
Le Français Zacarias Moussaoui, 36 ans, a plaidé coupable vendredi aux Etats-Unis de complicité dans les attentats du 11 septembre 2001, tout en démentant son implication puisque, selon lui, il préparait une attaque séparée contre la Maison Blanche.
"Je ne suis pas candidat à la mort", a-t-il souligné.

En plaidant coupable, Moussaoui facilite le travail du gouvernement qui a aussitôt réitéré sa demande que lui soit appliqué la peine de mort. Il écarte la tenue d'un procès et la justice doit désormais fixer une date pour la procédure de définition de la peine par un jury.

Le détenu a plaidé coupable des six chefs d'inculpation retenus contre lui, dont quatre sont passibles de la mort: complot pour commettre un attentat, détourner un avion, détruire un avion et utiliser des armes de destruction massive. Il est aussi accusé de complot pour commettre un meurtre et détruire une propriété, passibles de la réclusion à perpétuité.

«Je n'attends aucune indulgence des Américains», a déclaré Moussaoui, en combinaison vert foncé avec l'inscription «prisonnier» marquée au dos, avant de plaider coupable devant le tribunal d'Alexandria, près de Washington. Sûr de lui, les cheveux longs et barbu, le Français, encadré de trois gardes, a affirmé qu'il se battrait «bec et ongles» contre la peine de mort.
«Je ne suis pas candidat à la mort», a-t-il souligné.

«Le tribunal vous déclare coupable», a affirmé la juge chargée de l'affaire, Leonie Brinkema, tout en soulignant que l'accusé agissait en total désaccord avec ses avocats commis d'office. Moussaoui a estimé que ceux-ci ne le défendaient pas correctement, qualifiant l'un d'eux de «Judas».

«Nous voulons la peine de mort dans cette affaire», a annoncé peu après lors d'une conférence de presse le ministre de la Justice, Alberto Gonzales. «Le fait que Moussaoui a participé au complot terroriste (de 2001) ne fait plus l'ombre d'un doute», a-t-il ajouté, rappelant la mort de «milliers d'innocents».

Tout en se déclarant coupable, Moussaoui a affirmé qu'il n'était pas prévu dans le complot du 11 septembre, mais dans un autre visant la Maison Blanche.

Il avait été arrêté dans le Minnesota (nord) pour violation des lois sur l'immigration trois semaines avant les attentats de 2001 alors qu'il prenait des cours de pilotage.

«Je suis venu aux Etats-Unis pour participer à un complot visant à utiliser un avion comme une arme de destruction massive. J'ai été formé sur un 747... pour attaquer la Maison Blanche. Ce complot était différent de celui du 11 septembre» 2001, a-t-il expliqué vendredi.

Seul détenu à être poursuivi aux Etats-Unis pour ces attentats, Moussaoui avait déjà dans le passé nié son implication dans ces attentats, tout en revendiquant son appartenance à Al-Qaïda.
Moussaoui a précisé devant le tribunal que le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, lui avait donné l'ordre personnellement d'écraser un avion contre la Maison Blanche.
«C'est un grand jour pour la justice», s'est réjoui Debra Burlingame, qui a assisté à l'audience et dont le frère était pilote dans l'avion qui s'est écrasé sur le Pentagone. «Je pense que quelle que soit la peine qu'il aura, il la mérite», ajoute-t-elle, en se déclarant heureuse d'éviter un long procès.
Pour William Doyle, dont le fils a été tué à New York, l'«exécution» de Moussaoui «pourrait le transformer en martyr".

Le 11 septembre 2001, 19 terroristes d'Al-Qaïda avaient détourné quatre avions pour frapper deux tours à New York et le Pentagone à Washington. Le quatrième avion s'était écrasé en Pennsylvanie (est).
lefigaro.fr, [23 avril 2005]

-------

mardi 7 mars 2006, 8h09 Moussaoui, un tueur pour le gouvernement, un bouffon pour la défense

ALEXANDRIA (Etats-Unis) (AFP) - Les débats au procès de Zacarias Moussaoui se sont ouverts lundi 06 mars 2006) à Alexandria, près de Washington, l'accusation promettant de prouver que le Français est un "tueur" et sa défense en faisant un bouffon qui ne mérite pas de devenir un "héros" en mourant.

Le procès qui se tient au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est) n'a d'autre but que de déterminer la peine de Moussaoui: prison à vie ou peine de mort.

Comme l'a rappelé le procureur Robert Spencer, Moussaoui, interpellé trois semaines avant les attaques du 11-Septembre, a plaidé coupable le 22 avril 2005 de complicité avec les auteurs des attentats.
Pour le gouvernement, il doit être exécuté, car il a "menti aux agents fédéraux (qui l'ont arrêté le 16 août 2001) pour permettre à ses frères d'Al-Qaïda de mener à bien l'opération destinée à projeter des avions contre des immeubles américains".

Avant de définir le personnage, le procureur a planté le décor: "Onze septembre 2001. Ciel bleu, clair et frais sur le Nord-Est des Etats-Unis", a commencé M. Spencer en regardant les 17 jurés (dix hommes, sept femmes, dont cinq suppléants).
"Dans les tours du bas Manhattan, des travailleurs s'intallent à leurs bureaux (...). Au Pentagone, militaires et civils participent à des réunions", a-t-i poursuivi. Le 11 septembre "a commencé comme une journée complètement ordinaire, avant de devenir rapidement une journée d'horreur abjecte", a encore dit M. Spencer, plongeant la salle dans un silence solennel.

Moussaoui, pendant ce temps, écoute avec arrogance, le corps légèrement penché en arrière, lissant sa longue barbe noire.
"Un des complices est parmi nous", a lancé M. Spencer. "Il a tué comme les autres. Il a menti afin que le complot puisse se dérouler (...) Il a menti et près de 3.000 personnes ont péri", a-t-il ajouté.

Selon l'accusation, des aveux de Moussaoui le 16 août 2001 auraient permis de repérer au moins 11 des 19 pirates de l'air, dont les quatre pilotes.

Edward MacMahon, avocat de la défense, lui aussi grand, brun, élégant, est ensuite entré en scène avec sa gouaille habituelle.
Il a évoqué la longue liste des alertes reçues par l'administration sur de possibles attentats à venir et les lettres d'alerte envoyées par un seul agent du FBI, Harry Samit, qui avait interrogé Moussaoui lors de son arrestation.
Le policier, qui avait compris que Moussaoui était un islamiste fondamentaliste peut-être dangereux, "a fait tout ce qui était en son pouvoir pour obtenir un mandat de perquisition", en vain. Pour MacMahon, c'est bien la preuve que des aveux de Moussaoui n'auraient servi à rien.

Un Moussaoui qu'il a aussi décrit aussi comme un "musulman étrange et solitaire", "misérable", sans talent pour l'aviation, peu discret, voire ridicule, demandant par exemple à ses instructeurs comment on peut ouvrir la porte d'un avion à 10.000 mètres d'altitude.

"S'il vous plaît, ne faites pas de lui un héros, il ne le mérite pas", a-t-il conclu.

L'accusation a ensuite appelé son premier témoin, un agent du FBI spécialiste d'Al-Qaïda avec lequel elle a commencé un cours sur l'organisation terroriste.

Moussaoui a observé avec un léger sourire une vidéo d'Oussama ben Laden diffusée à l'audience, puis murmuré les paroles en arabe d'un chant de propagande accompagnant des images d'un camp d'entraînement.

L'audience doit reprendre mardi matin.
Le procès se déroule en deux phases. La première doit permettre de déterminer si Moussaoui est "éligible" pour la peine de mort. Si la réponse est positive, une deuxième phase sera ensuite consacrée aux circonstances atténuantes et aggravantes. Le jury décidera alors s'il le condamne ou non à la peine capitale.
Yahoo.fr, actualités, mardi 7 mars 2006, 8h09

---------

mardi 28 mars 2006, 7h27 Zacarias Moussaoui dit qu'il devait piloter un avion suicide

ALEXANDRIA, Virginie (Reuters) - Zacarias Moussaoui affirme qu'il aurait dû participer aux attentats du 11 septembre 2001 à bord d'un cinquième avion lancé contre la Maison blanche et qu'il savait que deux appareils allaient être précipités contre le World Trade Center.
Dans une déclaration au tribunal, le Français d'origine marocaine - seule personne à avoir été inculpée aux Etats-Unis d'implication dans les attentats du 11 septembre - a déclaré que Richard Reid, surnommé "shoebomber", aurait dû faire équipe avec lui à bord d'un avion pour une mission suicide.
Richard Reid a été maîtrisé le 22 décembre 2001 à bord d'un vol Paris-Miami alors qu'il tentait de faire sauter ses chaussures piégées avec des explosifs. Il a été condamné en janvier 2003 à la réclusion à vie.

Les propos de lundi de Moussaoui sont en contradiction avec une déclaration qu'il avait faite l'an dernier en plaidant coupable. Il avait dit à l'époque n'être pas censé participer aux attentats du 11 septembre 2001 mais qu'il était prévu qu'il fasse partie d'une deuxième vague d'attentats et précipite un avion sur la Maison blanche.
Ses déclarations devant le tribunal lundi ont été contredites peu après par le témoignage écrit de Khalid Sheikh Mohammed, considéré comme le cerveau des attentats du 11 septembre 2001 et détenu au secret par les Etats-Unis.
Mohammed a déclaré que Moussaoui devait participer à une seconde vague d'attentats.

LA MAISON BLANCHE ET LE WTC "A COUP SÛR" VISÉS

Les avocats du Français ont tenté d'empêcher son témoignage. Ils affirment qu'Al Qaïda invite ses membres à mentir aux autorités en cas d'arrestation mais la juge Leonie Brinkema n'a pas retenu leurs arguments.
Moussaoui, dont le procès a pour seul but de déterminer sa peine (la peine de mort ou la réclusion à perpétuité), a ajouté qu'il ne connaissait pas la date prévue pour les attentats lorsqu'il a été arrêté dans le Minnesota, le 16 août 2001, alors qu'il prenait des cours de pilotage pour avion de ligne.
"Je savais que les deux tours seraient touchées, mais je n'avais pas de précisions", a-t-il dit.

Gerald Zerkin, l'un de ses avocats désignés par le tribunal, a demandé à Moussaoui s'il aurait dû participer aux attentats du 11 septembre 2001. "J'étais censé piloter un avion qui frapperait la Maison blanche", a répondu l'accusé.
Moussaoui, qui paraissait très calme et s'exprimait de manière posée, a dit avoir décliné en 1999 une première offre de participer comme pilote à un attentat suicide contre les Etats-Unis.
Il dit avoir accepté l'année suivante après avoir eu un rêve dont il a discuté avec Oussama ben Laden.

"Ce que je savais de l'opération était très progressif. Je n'étais pas au courant depuis le début", a-t-il dit. "Je ne faisais pas partie de l'opération au départ parce que j'ai refusé d'y participer".
Moussaoui a, par ailleurs, affirmé n'avoir vu aucun des auteurs des attentats du 11 septembre 2001. Mais il a dit connaître, tout au moins de visage, la quasi-totalité des 19 pirates, dont leur chef, Mohamed Atta.
"On ne m'a jamais dit spécifiquement qu'ils faisaient partie de l'opération. Je savais que Mohamed Atta avait quelque chose à y voir. Et je savais à coup sûr que la Maison blanche et le World Trade Centre seraient visés.
"Je savais que cela interviendrait après août. On m'a dit que cela arriverait à la fin de l'été".
Prié de dire si l'objet des attentats était de tuer des Américains, Moussaoui a répondu: "En effet".
Yahoo.fr, actualités, mardi 28 mars 2006, 7h27

---------

jeudi 4 mai 2006, 10h38 Zacarias Moussaoui condamné à la prison à vie

ALEXANDRIA, Virginie (Reuters) - Les 12 membres du jury ont rendu leur verdict mercredi et condamné Zacarias Moussaoui à la prison à vie.

"Amérique, tu as perdu!", a lancé Moussaoui en quittant la salle d'audience après l'énoncé de la sentence. Il a frappé dans ses mains et crié: "J'ai gagné!" Pendant la lecture du verdict, il était resté calme, assis en prières.
Sa condamnation sera formellement annoncée jeudi.

Le Français d'origine marocaine, seul accusé poursuivi pour les attentats du 11 septembre 2001, avait plaidé coupable de six chefs d'accusation de complot en liaison avec ces attentats.

Les procureurs fédéraux avaient demandé au jury de condamner Moussaoui à la peine de mort, mais les jurés, qui ont passé environ 41 heures à délibérer avant de rendre leur verdict, ont été divisés avant de parvenir à s'entendre.

Le jury appelé à se prononcer sur Zacarias Moussaoui, âgé de 37 ans, avait le choix entre la condamnation à mort et la réclusion à perpétuité. Ce mois-ci, les neuf hommes et trois femmes membres de ce jury avaient estimé que le comportement de Moussaoui le rendait passible de la peine de mort.

Moussaoui avait affirmé qu'il était censé piloter un cinquième avion qui aurait eu pour cible la Maison blanche, le 11 septembre 2001. Il avait dit au cours du procès n'éprouver aucun remords pour les attentats, ajoutant qu'il aurait souhaité voir mourir davantage d'Américains. Les attentats du 11-Septembre ont fait environ 3.000 morts.

Pour l'expert juridique David Rossman, de l'université de droit de Boston, l'accusation a pâti des preuves des erreurs commises par le FBI dans la gestion du dossier.
"Il est très facile de dire que le gouvernement a perdu en termes de relations publiques (...)", argue-t-il.

"C'était une erreur de la part du gouvernement de faire de Moussaoui le symbole du complot du 11 Septembre", estime pour sa part Daniel Benjamin, analyste du terrorisme et ancien membre de l'administration Clinton.

LE "MAL" VAINCU

George Bush a salué la sentence, estimant que le "mal" avait été vaincu.
"La fin de ce procès représente la fin de cette affaire, mais pas la fin de la lutte contre le terrorisme", a dit Bush. "Et nous pouvons avoir confiance. Notre cause est juste, et l'issue est certaine: la justice sera rendue. Le mal n'aura pas le dernier mot".

Rudolf Guiliani, l'ancien maire de New York qui était en poste au moment des attentats et a témoigné durant le procès, a déclaré la chaîne de télévision MSNBC qu'il aurait préféré voir Moussaoui condamné à mort. "Mais je suis assez impressionné par la manière dont notre système juridique fonctionne et parvient à déboucher sur un résultat comme celui-ci", a-t-il déclaré.

Jim Cohen, professeur à l'université de droit Fordham à New York, estime que le jury a recherché une solution juste. "Ce n'est pas par compassion pour Moussaoui. Ils pensaient que c'était la peine que la plupart des victimes voulaient et qui serait la pire pour lui", explique-t-il.

Le verdict a été lu simultanément par la juge Leonie Brinkema, dans la salle d'audience, et par le porte-parole du tribunal d'Alexandria, Edward Adams, à l'extérieur de la salle, devant les caméras de télévision.

"Aucun juré n'a estimé que l'exécution de Zacarias Moussaoui ferait de lui un martyr des intégristes musulmans et d'Al Qaïda en particulier", a dit Adams. "Trois jurés ont estimé que le rôle de Zacarias Moussaoui dans l'opération du 11-Septembre, si tant est qu'il y en ait eu un, était mineur", a-t-il ajouté.

Neuf jurés ont également été sensibles à l'enfance difficile de Moussaoui et aux problèmes familiaux qu'il avait connus, arguments qu'avaient développés les avocats de la défense.

Des membres des familles des victimes, dont certains se trouvaient dans la salle à la lecture du verdict, se sont déclarés satisfaits de la sentence.

"Il restera en prison pour le reste de sa vie, ce qui est exactement ce que mérite cet homme", a déclaré Carie Lemack, dont la mère a péri dans l'un des avions qui s'est écrasé contre le World Trade Center à New York.
Yahoo.fr, actualités, jeudi 4 mai 2006, 10h38

-------

mardi 9 mai 2006, 12h55 Moussaoui revient sur ses aveux, mais trop tard

WASHINGTON (AFP) - Zacarias Moussaoui, condamné jeudi à la réclusion à perpétuité pour sa complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre, est revenu lundi sur ses aveux en réclamant l'ouverture d'un nouveau procès, mais la justice américaine a rejeté sa requête trop tardive.

Après avoir échappé à la condamnation à mort à laquelle il s'attendait, le Français, âgé de 37 ans, qui doit être transféré pour le restant de ses jours dans une prison de haute sécurité du Colorado (ouest), a affirmé lundi par l'intermédiaire de ses avocats qu'il avait menti durant son procès.
Il a demandé à revenir formellement sur ses aveux de complicité avec les auteurs des attentats du 11 septembre 2001.
"Je n'ai jamais rencontré Mohammed Atta", qui dirigeait les terroristes du 11-Septembre, a déclaré Moussaoui dans sa requête. Il a affirmé que ses déclarations devant les jurés, selon lesquelles il était au courant du complot et qu'il faisait partie de l'équipe qui a détourné les avions le 11 septembre 2001, étaient une "invention complète".

Moussaoui a expliqué son revirement par le fait qu'il ne faisait pas confiance à la justice américaine ni à ses avocats, avant et pendant le procès et a rappelé qu'il avait initialement demandé un "avocat musulman".
"Parce que je vois maintenant qu'il est possible d'avoir un procès juste, même avec des jurés américains, et que j'ai l'occasion de prouver que je ne savais rien et que je ne faisais pas partie du complot pour détourner des avions (...) le 11 septembre 2001, je souhaite retirer mon plaider-coupable et demander à la Cour un nouveau procès pour prouver mon innocence dans le complot du 11-Septembre", a-t-il ajouté dans un document transmis par ses avocats au tribunal d'Alexandria (Virginie, est) où a eu lieu son procès.

Moussaoui, "convaincu" qu'il allait être condamné à mort, s'est déclaré dans le document "extrêmement surpris" d'avoir la vie sauve après le verdict, selon le document.

La juge Leonie Brinkema a rejeté sa demande "trop tardive" en invoquant l'article 11 du code de procédure criminelle fédéral, qui stipule qu'à la suite d'une condamnation décidée par un tribunal un accusé "ne peut pas retirer son plaider-coupable".

"Il ne s'agit pas d'une très grande surprise" a commenté un des avocats commis d'office de Zacarias Moussaoui, Edward MacMahon. "Il n'y avait pas de base légale suffisante pour renverser" la décision, a-t-il ajouté.

Les avocats, Gerald Zerkin, Edward MacMahon et Alan Yamamoto (Kadératé ?), maltraités par leur client durant le procès, semblaient d'ailleurs reconnaître implicitement dès le dépôt de la requête, que le revirement de leur client avait peu de chance d'aboutir.
Ils avaient indiqué dans le texte qu'ils connaissaient "la règle qui interdit à un accusé de retirer son plaider-coupable après sa condamnation".
Ils avaient néanmoins introduit la requête "en raison de leurs relations difficiles avec Moussaoui, sujet dont le tribunal est au courant", selon une note au tribunal.
Yahoo.fr, actualités, mardi 9 mai 2006, 12h55

--------

Moussaoui fait appel de sa condamnation à la prison à vie

WASHINGTON (Reuters) - Zacarias Moussaoui a fait appel de sa condamnation à la prison à vie et du rejet par la justice fédérale américaine de sa demande d'un nouveau procès.

Dans un court communiqué, les avocats du Français, seule personne condamnée aux Etats-Unis pour son implication dans les attentats du 11 septembre 2001, déclarent que leur client souhaite un réexamen du jugement et de la condamnation prononcés le 4 mai, ainsi que de la décision de la juge Leonie Brinkema lui refusant de revenir sur son plaider coupable afin d'obtenir un nouveau procès.

Après sa condamnation, Moussaoui est revenu sur ses déclarations selon lesquelles il devait participer aux attentats du 11 septembre 2001. Lors de son procès, il s'est présenté comme le pilote d'un cinquième avion, qui, selon lui, aurait dû être écrasé sur la Maison blanche.
Lorsqu'il a plaidé coupable en 2005, le Français disait faire partie d'un commando censé commettre une deuxième vague d'attentats au moyen d'avions de ligne détournés.

Le Washington Post a rapporté vendredi qu'un seul des 12 jurés s'était prononcé contre la peine de mort, ce qui a entraîné la condamnation de Moussaoui à la réclusion à perpétuité.

Moussaoui a été arrêté quelques semaines avant les attentats du 11 septembre 2001 pour infraction aux lois sur l'immigration. Il prenait alors des cours de pilotage d'avions de ligne.
REUTERS | 13.05.06 | 09:46

Retour Première page