15 avril 2011 : Ante Gotovina condamné à 24 ans de prison. La Croatie sous le choc.

08 décembre 2005 : Ante Gotovina arrêté

Le caporal-général franco-croate Ante Gotovina

Mars 2005 : La Croatie dans le purgatoire européen
L'Europe menace de différer les pourparlers d'adhésion de Zagreb pour son manque de coopération avec le TPI.

C'est une rebuffade sans précédent dans l'histoire communautaire.
Les Vingt-Cinq s'apprêtent à mettre à exécution leur menace de différer le début des pourparlers d'adhésion à l'Union avec la Croatie, prévus demain. Ils jugent insuffisante la coopération des autorités de Zagreb avec le Tribunal pénal international de La Haye pour lui livrer le général Ante Gotovina accusé de crimes de guerre.
Dans une offensive désespérée, le Premier ministre croate, Ivo Sanader, a répété, hier (15 mars 2005) à Bruxelles, que son pays avait «tout fait» pour coopérer avec le TPI. Mais selon le Premier ministre luxembourgeois et Président en exercice de l'Union, les jeux sont faits : «Les négociations commenceront le 17 mars à condition que le général Gotovina soit transféré, et cela doit être fait», soutient Jean-Claude Juncker.

Général fugitif.
Pourtant, la porte de l'UE paraissait grande ouverte à la Croatie tant ce pays semble poser peu de problèmes, aussi bien du point de vue de la démocratie que de l'économie, comparé, par exemple, à la Roumanie. A tel point que certains prédisaient des négociations express.
Mais les autorités croates ont sous-estimé la détermination des Vingt-Cinq à ne pas admettre en leur sein un Etat qui n'a pas réglé ses comptes avec son passé. C'est lors du Conseil européen de décembre que les chefs d'Etat et de gouvernement ont posé comme préalable à l'ouverture des négociations la livraison à La Haye de Gotovina ou, à défaut, la coopération pleine et entière des autorités croates dans la recherche de ce général fugitif .

Jusqu'au bout, Zagreb n'a pas cru en la détermination de l'UE. Encore aujourd'hui, presque aucun des nouveaux Etats membres ne respecte totalement «l'acquis communautaire», condition pourtant préalable à l'adhésion. Mais cette fois, l'affaire est différente, comme on l'admet à la Commission : «Si on se montre laxiste avec Gotovina, la Serbie pourra, elle aussi, refuser de nous livrer Karadzic et Mladic.
Il faut montrer qu'on ne plaisante pas avec les criminels de guerre.» Le geste spectaculaire du Premier ministre du Kosovo, qui a démissionné la semaine dernière avant de se rendre au tribunal de La Haye, où il est inculpé de crimes de guerre, a accru la pression sur Zagreb.

Solution médiane.
Aucun des Vingt-Cinq n'est prêt à céder dans cette affaire même si un petit groupe de pays (Slovénie, Italie, Hongrie, Slovaquie) pourrait proposer aujourd'hui, à l'occasion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE, une solution médiane, moins vexatoire qu'un claquement de porte : par exemple, la promesse à Zagreb d'une date de «revoyure», tandis que le camp des «durs» (incarné par le Royaume-Uni et les Pays-Bas), exige la remise de Gotovina avant tout pourparler d'adhésion.
La grande majorité, elle, est décidée à attendre un feu vert du TPI. Même l'Allemagne, très proche des Croates (elle a reconnu unilatéralement ce pays en 1991, lors de l'éclatement de la Yougoslavie, à la fureur de ses partenaires), en fait une question de principe.
Par Jean QUATREMER, mercredi 16 mars 2005 (Liberation - 06:00)

-------

L'honneur perdu du «Patton croate»
Héros national en Croatie, le général Gotovina est accusé de crimes de guerre par le TPI.

Il était le plus brillant des généraux croates. Désormais il est l'homme qui bloque la route vers l'UE, rêve caressé par presque tous les Croates. Le général Ante Gotovina a été célébré comme un héros après la reprise, en 1995, de la Krajina, un territoire de Croatie peuplé de Serbes, qui échappait au contrôle de Zagreb depuis 1991.
Mais depuis son inculpation, en 2001, pour crimes de guerre par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI), cet officier supérieur, qui possède également la nationalité française en tant qu'ancien de la Légion étrangère, n'est plus qu'un fugitif.

Les autorités croates clament que le général Gotovina n'est pas en Croatie et qu'elles sont donc dans l'impossibilité de l'appréhender. La version officielle veut que quelques jours avant sa mise en accusation par le TPI, l'officier, qui se trouvait sur la côte dalmate, a pris la mer vers une destination inconnue. Il a été, dit-on, alerté par les fuites dans la presse sur l'imminence de son inculpation. En fait, il semble qu'il ait bénéficié d'aides, parfois haut placées.

Entreprise criminelle.
Le TPI accuse Gotovina de crimes commis contre des Serbes lors de l'opération «Tempête» contre la province rebelle de Krajina en 1995. «Pendant et après, Ante Gotovina a participé avec d'autres personnes, dont (...) le président Franjo Tudjman, à une entreprise criminelle commune dont l'objectif assigné était de chasser définitivement et par la force la population serbe de la Krajina, notamment en pillant, en endommageant ou en détruisant totalement leurs biens, afin de les dissuader ou de les empêcher de revenir vivre chez eux», dit l'acte d'accusation élargi en 2004.
Pendant cette offensive, 150 civils serbes ont été tués, 200 000 ont dû prendre la fuite. L'accusation s'appuie notamment sur les transcriptions d'un entretien mené quelques jours avant l'offensive dans lequel le président Tudjman demande à ses généraux de laisser un corridor ouvert pour que les civils serbes puissent quitter le pays.

Ancien légionnaire.
L'inculpation du général Gotovina a indigné une partie de la population, surtout au sein de la droite nationaliste qui reproche au TPI de «criminaliser la guerre d'autodéfense» de la Croatie. A son retour au pouvoir en 2003, la droite dirigée par la Communauté démocratique croate (HDZ), le parti fondé par Franjo Tudjman, avait pourtant mis de l'eau dans son vin pour obtenir le statut de pays candidat à l'UE. Le gouvernement d'Ivo Sanader avait transféré au TPI, en 2004, deux généraux poursuivis pour les mêmes actes reprochés à Gotovina. La même année, la Croatie était devenue officiellement candidate.

L'ancien légionnaire, dans une interview retentissante publiée par un journal de Zagreb qui l'a rencontré, affirme qu'il ne se rendra pas. On le dit à Vienne, en Italie ou en Irlande, voire en France, pays qui lui a donné un passeport quelques mois avant sa fuite, mais surtout pas en Croatie, ou dans les parties croates de la Bosnie, où la procureure du TPI Carla del Ponte s'obstine à le localiser.

Pour ses partisans, Gotovina est le «Patton croate», un aventurier polyglotte qui a traîné ses guêtres à travers l'Europe, l'Afrique et l'Amérique latine. Ses concitoyens découvrent aujourd'hui qu'il a été condamné pour des crimes de droit commun.

Né en 1955 sur la côte adriatique, Gotovina a fui ce qui était alors la Yougoslavie communiste pour s'engager dans la Légion étrangère en 1973. Plongeur et parachutiste, il l'a quitté cinq ans plus tard avec le rang de caporal-chef et a obtenu, en 1979, la nationalité française. Comme de nombreux anciens paras, il a travaillé ensuite pour des boîtes de sécurité.
Plus grave, il a fait un coup de main en 1981 contre un couple de bijoutiers parisiens. Dénoncé par ses complices, capturé, il a été condamné en 1986 à cinq ans de prison pour vol à main armée, avant de bénéficier l'année suivante d'une libération conditionnelle. Le quotidien Jutarnji list affirme qu'il aurait été impliqué dans deux autres affaires d'extorsion de fonds.

Trafic d'armes.
Rentré en Croatie en 1991, dès le début de la guerre qui suit la proclamation de l'indépendance, il a entraîné d'abord les jeunes recrues. Un an plus tard, il est commandant de la défense de la région de Split, la grande ville de la côte adriatique.
Il doit sa promotion rapide à ses liens avec le ministre de la Défense, Gojko Susak, dont il a épousé la secrétaire, aujourd'hui colonelle. Selon le Quai d'Orsay, Ante Gotovina est recherché à double titre en France. Il fait l'objet d'un mandat international lancé en 2001 par le TPI, mais il est aussi recherché par la DST depuis 2002 pour trafic d'armes, disent les diplomates sans autre détail.

Certains faits restent obscurs, notamment le parcours criminel de Gotovina en France, qui n'a fait l'objet d'aucune publicité alors que l'officier accomplissait une belle carrière dans son pays. Faute de transparence, la France est aujourd'hui pointée du doigt par la Croatie, trop heureuse de se défausser de ses responsabilités. Etre suspectée de protéger des criminels de guerre croates après l'accusation d'avoir laissé échapper des criminels serbes, notamment Karadzic, est certainement embarrassant.
Par Hélène DESPIC-POPOVIC, mercredi 16 mars 2005 (Liberation - 06:00)

-------

Associated Press le 08/12/2005 15h27 Arrestation au Canaries du général croate Ante Gotovina

Le général croate Ante Gotovina, inculpé de crimes de guerre et recherché depuis quatre ans, a été arrêté dans la nuit de mercredi à jeudi aux Canaries, a annoncé jeudi à Belgrade le procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte.

"Ante Gotovina a été arrêté cette nuit en Espagne. Il est à présent en détention", a déclaré Mme Del Ponte. Le général à la retraite, âgé de 50 ans, sera transféré prochainement des Canaries vers un centre de détention du tribunal à La Haye, a-t-elle ajouté.
Selon le journal espagnol "El Dia", qui cite sur son site Web une source liée au ministère de l'Intérieur, Gotovina a été arrêté dans un hôtel du sud de Tenerife

La Croatie faisait l'objet d'intenses pressions de l'Union européenne pour que Gotovina soit arrêté et remis au TPIY afin d'être jugé pour le massacre de 150 Serbes et l'expulsion de 150.000 autres durant la guerre de Croatie (1991-95).
Les négociations d'adhésion de la Croatie à l'UE, un temps bloquées par cette affaire, ont pu commencé en octobre après que Mme Del Ponte eut confirmé que Zagreb coopérait avec le TPIY. AP

------

Gotovina: verdict "inacceptable"(Zagreb) AFP 15/04/2011 | Mise à jour : 14:11

Le premier ministre croate, Jadranka Kosor, a jugéaujourd'hui "inacceptable" le verdict prononcé à l'encontre de l'ancien général Ante Gotovina et d'un autre général croate par le Tribunal pénal international (TPI), pour leur rôle pendant la guerre de 1991-1995.

Pour Mme Kosor, il est "inacceptable" que les juges du TPI aient considéré dans l'énoncé de leur verdict que les dirigeants croates, à la fin de la guerre, "avaient agi dans le cadre d'une entreprise criminelle commune, contrairement au droit international et aux conventions de l'Onu, dont la Croatie est membre". "Je dois dire que pour le gouvernement croate, cela est inacceptable", a-t-elle ajouté lors d'une déclaration faite à la suite de l'annonce du verdict par le tribunal de La Haye.

Les anciens généraux croates Ante Gotovina et Mladen Markac ont été condamnés par le tribunal respectivement à 24 et 18 ans de prison, pour leur rôle pendant l'opération "Tempête" des forces croates, menée à la fin de la guerre.

Un troisième général, Ivan Cermak, a été acquitté. "Notre position sur le caractère de l'opération "Tempête" est très claire. Il s'agissait d'une opération militaire légitime avec pour objectif de libérer du territoire national croate de l'occupation", a ajouté Mme Kosor. "Mon gouvernement fera tout, dans les cadre des possibilités juridiques, pour que cette qualification soit annulée" en appel, a-t-elle conclu.

---------

Retour Première page