"Guerre juste" ou "Juste défense"

Décembre 2002 : Le Pape condamne la guerre dite "préventive"

La notion traditionnelle de "guerre juste" chez les chrétiens du catholicisme romain, notamment développée par saint Thomas d'Aquin et son disciple internationaliste Francisco Suarez, fait appel à quatre conditions qui doivent être toutes les quatre réunies pour que la défense soit juste, donc légitime.

Premièrement il faut que la cause soit juste, une guerre d'agression ne peut jamais être juste, la guerre ne peut être que défensive : il faut donc se défendre contre une agression, se libérer d'un pouvoir tyrannique (théorie du tyrannicide), comme nous le dit Jean Paul II à propos de la guerre de Bosnie "défendre un peuple qui succombe sous les coups d'un injuste agresseur".

Deuxièmement il faut que l'intervention soit l'ultime recours. Autrement dit la solution négociée est toujours prioritaire et c'est donc en dernier ressort que l'intervention armée devient juste. Cette notion d'ultime recours existe dans le droit français de la grève ou, en principe, la grève ne peut être légale qu'à cette condition. On sait que la France, considérée à l'étranger comme étant "le pays des grèves", à une pratique de la grève qui est totalement contraire.

Troisièmement il faut que la guerre soit décidée par l'autoritée habilitée à le faire, l'autorité légitime. Actuellement l'autorité légitime est le Conseil de sécurité de l'ONU. Toutefois dans l'affaire de la guerre du Kosovo les catholiques favorables à l'intervention font valoir que si l'autorité légitime est incapable de le faire (veto de la Russie et de la Chine) une autre autorité peut se substituer à l'autorité légitime... Laquelle et pour quelle raison l'Otan ? Mystère biblique ...

Quatrièmement il faut que les moyens utilisés soient proportionnés : il faut que l'emploi des armes n'entraînent pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer.

Michael Walzer, Just and unjust war : a moral argument with historical illustrations, New York, Basic Books, 1977, Guerres justes et injustes, Belin, Paris 1999.

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Décembre 2002, Le Pape condamne l'idée d'une «guerre préventive»

A l'occasion du message annuel pour la paix, Jean-Paul II a manifesté clairement sa position face au conflit qui s'annonce contre Bagdad.

A l'occasion de la Journée mondiale de la paix décrétée par l'Eglise à l'occasion de chaque nouvel an, Jean-Paul II a adressé aux chefs d'Etat et aux organisations internationales un message leur rappelant leur responsabilité première dans le «grave désordre actuel dans les affaires mondiales». Le Souverain Pontife s'y prononce pour une «organisation constitutionnelle de la famille mondiale» qui verrait les chefs d'Etat rendre compte de leurs actes, et un «nouvel ordre moral international» qui prendrait en compte la dignité et les droits fondamentaux de l'homme.

La situation internationale ne doit pas dépendre «de la volonté d'un individu ou d'un groupe», affirme Jean-Paul II dans un message publié hier au Vatican à l'occasion de la Journée mondiale pour la paix qui aura lieu le 1er janvier prochain.

Lors du commentaire de ce message, Mgr Renato Martino, le nouveau président du conseil pontifical Justice et paix, a pour sa part clairement affirmé que «la guerre préventive est une guerre d'agression et ne rentre pas dans la définition de guerre juste».

Par ailleurs, Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire chargé des relations avec les Etats – ministre des Affaires étrangères a affirmé pour Le Figaro que «lorsque l'on est engagé dans un dialogue, il faut accepter de considérer les aspects positifs de son interlocuteur». Pour lui, «il est nécessaire d'attendre les résultats des enquêtes menées par les inspecteurs de l'ONU en Irak avant toute condamnation». Autant de déclarations qui manifestent clairement la position du Saint-Siège face au conflit annoncé contre l'Irak.

Ce message pour la paix, traditionnellement publié à cette époque de l'année, est une occasion pour Le Vatican de faire entendre sa voix sur la scène internationale et de rappeler le rapport entre la conscience des valeurs spirituelles et les implications politiques et publiques qu'elles peuvent avoir. «Le problème de l'ordre dans les affaires mondiales, qui est aussi le problème de la paix correctement comprise, ne peut faire abstraction des problèmes liés aux principes moraux», affirme ainsi le Souverain Pontife en lançant un appel pour la constitution «d'une nouvelle organisation de toute la famille humaine».

Tout en défendant ardemment les droits de l'homme, le Pape propose ainsi une relecture des fondements de la communauté internationale qui a «pour le moins négligé d'insister comme il le faut sur les devoirs qui découlent des droits de la personne humaine».

«Sans doute nulle part ailleurs que dans la situation dramatique du Moyen-Orient et de la Terre sainte, a expliqué le Pape dans le cœur de son message, on ne ressent avec une telle acuité la nécessité d'utiliser de manière correcte l'autorité politique». Une situation précaire qui est rendue «encore plus dramatique par le conflit d'intérêt qui existe entre les membres de la communauté internationale»... Faisant en outre une allusion non voilée aux contrôles qui avaient été décidés par les Nations unies à l'égard d'Israël, Jean-Paul II a souligné que «les rencontres politiques au niveau national et international ne servent la cause de la paix que si les engagements pris ensemble sont respectés de part et d'autre».

«La situation à Bethléem provoque une profonde tristesse», a encore commenté Mgr Tauran pour Le Figaro, alors que l'armée semble exclure de s'y retirer lors des fêtes de Noël. «Nous recevons de nombreux appels de la population chrétienne qui se sent prise en otage et qui devra célébrer Noël dans une basilique entourée par les chars d'assaut». «Il s'agit d'une punition collective subie par les chrétiens, a-t-il déploré, la liberté de culte est niée en raison du couvre-feu, l'activité économique et la vie sociale sont paralysées.»

Alors que le Pape insiste en outre sur le fait que «la religion possède un rôle vital pour susciter des gestes de paix» et prône des démarches œcuméniques et interreligieuses comme la rencontre d'Assise en janvier dernier, un autre dossier délicat touche directement Le Vatican, celui de la situation des catholiques en Russie. Un document émanant du ministère chargé des Minorités, publié ces jours-ci dans la presse, dresse la liste d'une dizaine d'organisations qui menacent directement la sécurité de l'Etat russe. La première organisation citée est l'Eglise catholique. «Cette publication parle d'elle-même», regrette amèrement Mgr Tauran. «Nous nous trouvons en face d'une campagne anticatholique qui se manifeste par le biais de nombreuses tracasseries administratives.» «Le gouvernement a sa responsabilité», précise-t-il alors qu'en plus de l'évêque et des quatre prêtres expulsés ces derniers mois, trois nouveaux prêtres habitants à Saint-Pétersbourg se trouvent depuis la semaine dernière dans une situation délicate. Là encore, Le Vatican invite la communauté internationale à prendre ses responsabilités et à rappeler à la Fédération de Russie ses engagements pris comme membre de l'OSCE – en faveur des droits de l'homme et de la liberté religieuse.

Par le biais de ce message pour la paix ainsi que de celui qui sera adressé aux ambassadeurs le 13 janvier prochain, le Saint-Siège effectue, très préoccupé, sa mission de défenseur des droits de l'homme. Une manière de répondre à ceux qui, au sein de l'ONU, remettent régulièrement en cause sa présence. Effectuant un pas supplémentaire, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d'Etat du Saint-Siège, a récemment annoncé dans la presse italienne qu'un projet était à l'étude pour passer du statut d'observateur à celui de membre à part entière. Les avis sont partagés à ce sujet au Vatican, mais le débat est lancé.
lefigaro.fr, Le Vatican : de notre correspondante Sophie de Ravinel [18 décembre 2002]

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