Gerhard Schröder

2006. Pour une Grande-Europe ? Avec la Russie ? Big-business ?
1999. Gerhard Schröder peine à imposer son social-libéralisme à la gauche allemande
L'étrange parcours des nouveaux penseurs de l'extrême droite

LES ANCIENS soixante-huitards allemands cherchent à s'y retrouver. A l'heure où le pays est dirigé par un ancien gauchiste devenu l'ami des patrons - Gerhard Schröder - et où son ministre vert des affaires étrangères, Joschka Fischer, assume entièrement la guerre au Kosovo, les références de base de la génération des soixante-huitards, l'anticapitalisme et le pacifisme, ne font plus recette.

Beaucoup ont abandonné, l'âge venant, leurs idéaux d'antan. Hans Magnus Enzensberger, qui considérait que les Américains se comportaient comme des « nazis » au Vietnam, a assumé la guerre du Golfe et celle du Kosovo sans états d'âme. Un intellectuel comme Thomas Schmid, ancien membre du mouvement étudiant de Rudi Dutschke (le SDS) et proche de Daniel Cohn-Bendit, est aujourd'hui rédacteur en chef au quotidien Die Welt, du groupe Springer jadis honni par la gauche et l'extrême gauche.

Certains parcours relèvent, eux, de la trahison pure et simple. Un certain nombre d'intellectuels sont passés directement de l'extrême gauche à l'extrême droite. On connaissait déjà le cas de Rainer Zitelman, ancien maoïste devenu l'idéologue de la Nouvelle Droite en Allemagne. L'hebdomadaire Der Spiegel vient de consacrer un article à Bernd Rabehl, ancien compagnon d'armes du leader étudiant Rudi Dutschke, et qui défend aujourd'hui des thèses ultranationalistes du haut de sa chaire de sociologie à l'université de Berlin, où il est professeur. Lors d'un récent discours prononcé devant une confrérie d'étudiants proches de l'extrême droite, il a lancé un signal d'alarme contre « l'invasion étrangère qui signifie la destruction profonde du peuple et de sa culture, surtout quand on sait combien l'identité nationale est déjà détruite par les valeurs capitalistes ».

LA MENACE « FASCISTE »

Bernd Rabehl n'a pas de mots assez durs contre les élites allemandes d'aujourd'hui, manipulées selon lui par des puissances étrangères, au premier rang desquelles les Etats-Unis. Voilà sans doute le seul trait d'union qui puisse être fait avec l'univers intellectuel des révoltés du printemps 1968.

Le parcours de Rabehl n'est pas isolé. Un autre cas, celui de Horst Mahler, ne passe pas inaperçu. Ancien cofondateur de la Fraction armée rouge (RAF) et avocat de l'opposition antiparlementaire (l'APO), Horst Mahler ne se contente pas aujourd'hui de dénoncer l'impérialisme américain et la dictature de la finance internationale. Il s'exprime désormais dans les congrès du parti d'extrême droite NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands) pour dénoncer le « péril turc », appeler à la suppression de la démocratie parlementaire et à la sauvegarde du peuple allemand.

On peut se demander si ces personnages étranges jouent un rôle réel dans l'Allemagne d'aujourd'hui, ou bien si tout cela relève de la farce. L'extrême gauche, également très présente dans les universités, dénonce une nouvelle fois la menace « fasciste » et agite ses troupes comme dans un théâtre d'ombres. Pendant ce temps, une jeunesse déboussolée, dans les Länder de l'Est, cherche des points de référence et les trouve volontiers du côté de l'extrême droite. Le paradoxe, c'est que d'anciens révolutionnaires d'extrême gauche aient choisi de participer à cette aventure.
LUCAS DELATTRE, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 2 Septembre 1999, p. 2

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L'Europe de Schroeder

L’ex-chancelier Gerhard Schroeder parlait de l’Europe, l’autre jour au Forum de L’HEBDO à Lausanne. Rassemblement extraordinaire de ceux qui font l’économie, la politique et la culture de la Suisse française. Réussite qui, au passage, mérite un beau coup de chapeau à toute la rédaction qui a mouillé la chemise !

L’homme a du charisme. On l’écoute avec plaisir. Mais que retenir de son exposé ? Ses propos sur la Russie étaient forts. Parce qu’à contre-courant. Il rappelle à juste titre que l’Europe doit trouver un terrain d’entente avec ce grand pays.
Pour des raisons économiques évidentes (gaz, etc...) mais pas seulement. Il y a des liens culturels si profonds entre nous. Et puis notre sécurité exige une entente avec l’héritière de l’URSS. La bousculer en étendant l’OTAN - devenu le réseau des amis des Etats-Unis - jusqu’à ses portes, c’est la provoquer plus que soutenir la démocratie dans les pays qui la jouxtent.

L’exemple de la Géorgie et de l’Ukraine est parlant, non ? Il devient urgent de construire une vraie coopération, loin des remakes de guerre froide qu’agitent Bush et les siens pour faire oublier leur désastre moyen-oriental.
Que Schroeder siège à la direction de Gazprom, tous les Européens devraient s’en féliciter ! Il jette un pont sur un terrain géostratégique capital. Préférerait-on vraiment voir à sa place un ex-KGB à la nuque raide ? Ou un représentant des lobbies pétroliers nord-américains qui rêvent de mettre le sous-sols de toute la planète sous leur coupe ?

Mais sur l’état de l’Europe, Schroeder était faible. Il regrette le non à la Constitution, d’accord, mais maintenant ? Il n’a pas d’idée de relance. Il souhaite que la bureaucratie soit moins envahissante, d’accord aussi, tout le monde s’entend sur cet objectif. Il aimerait que les vieux membres soient moins hautains avec les nouveaux. Bien entendu. Mais au-delà ?
Schroeder pourrait dire plus clair et plus fort pourquoi l’Union européenne est indispensable pour la sécurité, pour le bien-être, pour l’épanouissement du vieux continent. Il pourrait surtout, maintenant libre des précautions diplomatiques, que des dangers sérieux nous guettent. Oui, l’Union, si elle continue de stagner, peut se défaire ! Et qu’arriverait-il alors ? Les querelles du passé peuvent ressurgir. On le voit bien dans les propos haineux du gouvernement polonais d’extrême-droite ! On le voit aussi dans la surenchère nationaliste en France, en Hollande, au Danemark et ailleurs...La division nous affaiblirait tous face à l’émergence de l’Asie et à l’arrogance des Etats-Unis.

Personne, parmi les dirigeants actuels, n’ose parler vrai sur ce sujet. Ils préfèrent minimiser le désamour des citoyens européens. Sans jamais leur dire où conduit le retour en arrière.
L'air du large, Rédigé le 21 mai 2006,
http://pilet.typepad.com/jacques_pilet/2006/05/leurope_de_schr.html

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