Mikhaïl Alexandrovitch Bakounine (1814-1876)

La liberté solidaire et universelle par l'anarchie collectiviste

- La vie et l'oeuvre

Né en 1814, en Russie, dans une famille aristocratique libérale, Bakounine fait ses études à l'Ecole d'Artilleurs de Saint-Petersbourg et commence une carrière militaire qu'il abandonne en 1835.
Il étudie les philosophes allemands Fichte et Hegel et se rend à Berlin en 1840 où il fréquente les hégéliens de gauche.

En 1842 il publie: "La réaction en Allemagne", ouvrage dans lequel il exalte l'esprit de destruction et écrit notamment "La joie de la destruction est en même temps la joie créatrice".
Il se rend à Paris où il rencontre, notamment, Marx et Proudhon. Il est expulsé.

Il revient à Paris lors de la Révolution de février 1848, à laquelle il participe activement.
En 1849 il participe aux mouvements insurrectionnels de Prague et de Dresde.
Il publie son "Appel aux slaves", dans lequel il donne la priorité à la révolution sociale sur la révolution politique et se prononce pour un anarchisme collectiviste.

Arrêté en Saxe et condamné à mort il est livré au gouvernement russe qui l'interne à la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Petersbourg où il écrit sa "Confession" (publiée en 1921).
Envoyé en Sibérie en 1857 il s'évade en 1861 et après un long périple on le retrouve à Londres où il fréquente Alexandre Ivanovitch Ghertsen dit Herzen (1812-1870), agitateur socialiste utopiste, fondateur de la revue révolutionnaire russe Kolokol (la Cloche).

Après l'insurrection polonaise de 1863-1864 contre la Russie, qu'il soutient mais à laquelle il ne peut participer, et sous l'influence de Proudhon qu'il revoit à Paris en 1864, il choisit définitivement l'anarchisme.
Il se rend en Italie où il fonde, en 1864 également, une société secrète "l'Alliance des révolutionnaires socialistes".
En 1868 il fonde "l'Alliance internationale de la démocratie socialiste" qui devient une section de la 1ère Internationale (Association Internationale des Travailleurs), très influencée par Marx, qui est son adversaire, et qui le fait expulser en 1872.
En 1869 il publie "De la Coopération".

En 1871 il soutient la Commune de Paris et publie "La Commune de Paris et la notion d'Etat" ainsi que, contre Marx, "L'Empire Knouto-germanique".
En 1873 il publie "L'Etat et l'anarchie".

- La philosophie sociale de Bakounine: contre le christianisme, contre l'Etat, pour l'anarchie par la praxis révolutionnaire

1. Contre le christianisme

Pour Bakounine le christianisme est le prototype de la religion en ce qu'il "expose et manifeste la nature même et l'essence de toute religion qui sont: l'appauvrissement, l'anéantissement et l'asservissement de l'humanité au profit de la divinité".

La religion c'est l'esclavage, c'est "la négation de l'humaine liberté qui aboutit nécessairement à un esclavage non seulement théorique mais aussi pratique".
La religion est illusion.
Ce qui est vrai, ce qui est réel, c'est "la transformation incessante de chaque être particulier" qui, solidaire des autres, également en transformation, participe avec eux à l'Unité d'un Univers en transformation perpétuelle - l'Histoire est sans limites, sans commencement et sans fin".

2. Contre l'Etat

L'Etat est destructeur.
Dans la société naturelle l'Etat a été créé par la religion, c'est l'esclavage ; et dans la théorie du contrat social (Rousseau, notamment) l'Etat a pour objet de satisfaire "l'égoïsme collectif d'une association particulière et restreinte", c'est un ennemi de l'Universel: la multiplicité des Etats détruit la solidarité universelle.
Mais l'Etat détruit, également, la solidarité interne, car l'Etat c'est "la domination d'une minorité sur la majorité", il est à la racine de l'esclavage salarié.

3. Pour l'anarchie par la praxis révolutionnaire

L'Etat destructeur doit être détruit.
C'est la praxis révolutionnaire qui permettra cette destruction.
La praxis, fondée sur la dialectique de Hegel, permettra la transformation du monde.

Cette transformation du monde ne peut être individualiste dans sa finalité, elle doit aboutir à retrouver la solidarité universelle détruite par l'Etat, par l'anarchie collectiviste, socialiste.

A l'Etat doit donc se substituer "la fédération libre des individus dans les communes, des communes dans les provinces, des provinces dans les nations, enfin de cellesci dans les Etats-Unis d'Europe, d'abord, puis du Monde entier".

Le socialisme ne peut être étatique car le socialisme étatique c'est toujours l'esclavage de l'Etat:
"Nous repoussons énergiquement toute tentative d'organisation sociale qui, étrangère à la plus complète liberté tant des individus que des associations, exigerait l'établissement d'une autorité réglementaire de quelque nature que ce fut, et qu'au nom de cette liberté que nous reconnaissons comme l'unique fondement et comme l'unique créateur légitime de toute organisation, tant économique que politique, nous protesterons toujours contre ce qui ressemblera, de prés ou de loin, au Communisme et au Socialisme d'Etat".

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