Jean Bodin (1529-1596)

1 - La vie et l'oeuvre

Né à Angers en 1529 (ou 1530?), de mère juive semble-t-il (un judéo-gentil selon la définition d'Edgar Morin ?), Jean Bodin est un touche à tout, juriste, économiste, conseiller politique, mais aussi historien, astrologue, démonologue (spécialiste de l'étude des démons).

Vivant à l'époque des guerres de religion, sa religion personnelle n'est pas très assurée.
Il aime à fréquenter les rabbins.
Mais il est Carme (moine mendiant de la religion catholique) dans toute sa jeunesse, puis il est délié de ses voeux, et c'est en tant que protestant réformé qu'il manque de peu d'être victime des massacres de la Saint-Barthélemy.
On le retrouve ensuite chez les ligueurs catholiques, mais vivant.

Voyageant comme conseiller du duc d'Alençon (qui deviendra le duc d'Anjou), quatrième fils de Catherine de Médicis, il est présenté à Elisabeth d'Angleterre que Catherine voudrait voir son fils épouser.
Il se rend ensuite aux Pays-Bas, toujours avec le duc.

Il meurt à Laon en 1596, ville dans laquelle il a exercé la charge de procureur, héritée de son beau-père.

Ses oeuvres sont, principalement, les suivantes :
- La Méthode de l'Histoire (1566)
- Paradoxes de M. de Malestroit touchant le fait des monnaies et l'enrichissement de toutes choses (1568)
- La République (1576)
- Démonomanie (1580)
- Amphithéâtre de la nature (1595).

2 - La philosophie politique de Jean Bodin : la Souveraineté nécessaire

Jean Bodin entend synthétiser l'histoire humaine en partant de l'observation des faits et en se livrant à une étude comparative extrêmement complète de tous les Etats connus et de leurs institutions, non seulement de son temps mais de tous les temps connus.

Cette étude est à la fois géographique et historique.
Bien avant Montesquieu mais après Aristote, il développe une "théorie des climats" en montrant que la position géographique des Etats conditionne la forme de leur gouvernement et le caractère de leurs habitants.
Mais il montre également que le destin des peuples est largenent tributaire de l'action volontaire de leurs dirigeants et de la forme des institutions qu'ils ont su se donner pour faire face au défi de l'existence.

Pour ce qui est de la France de la fin du XVème siècle trois principes sont à envisager.
Premier principe. La France est catholique. C'est une communauté chrétienne politiquement organisée dans laquelle le monarque et la noblesse jurent fidélité à l'Eglise. Cette France catholique est en crise du fait des revendications des réformés et principalement de la prétention d'un prince protestant (le futur Henri IV) d'accéder au trône.
Deuxième principe. La France est encore féodale. La monarchie franque, puis française, a adopté le principe féodal des rapports personnels qui font du roi le gardien des "libertés, privilèges, franchises, provisions et juridictions des Gens d'Eglise, nobles, cités, pays et villes". Le principe féodal affaiblit la monarchie en la livrant à la contestation des forces dissolvantes lorsque la personnalité du monarque est trop faible pour garantir l'unité du royaume.
Troisième principe. Mais la France est encore intéressée par un troisième principe, et c'est ce principe qui lui permettra de se sauvegarder : le principe romain de la majestas, le principe de l'unité par l'administration concentrée et déconcentrée, du gouvernement souverain.

La Souveraineté

Tous les spécialistes s'accordent (ce qui est généralement très exceptionnel) pour considérer Jean Bodin comme étant celui qui a, le premier, défini la notion de Souveraineté.
La République (res publica) est "le droit gouvernement de plusieurs ménages et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine", autrement dit "La souveraineté est la Puissance absolue et perpétuelle d'une République".

La République est "le droit gouvernement" c'est-à-dire le gouvernement moral qui respecte le Bien Commun, l'intérêt général de l'Etat (légitimité).
Un Etat duns lequel le gouvernernent ne serait pas "droit" outrepasserait ce que requiert l'intérêt général, ne serait pas une République mais une tyrannie.

C'est le droit gouvernement "de plusieurs ménages".
La base politique de l'Etat n'est pas l'individu mais la famille. C'est Dieu qui a fait le couple et voulu l'autorité du pater-familias.
L'Etat s'est créé par la coordination nécessaire des forces tribales, l'abandon des autorités particulières au bénéfice d'un souverain qui assure la protection de tous.

C'est le droit gouvernement de plusieurs ménages "et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine".
Point de République s'il n'y a pas, d'abord, de communautés.
Les ménages doivent être rassemblés par un ou des intérêts collectifs. La République est une communauté de communautés.
Mais c'est une communauté qui se distingue de ces composantes par le fait qu'elle est dotée d'un pouvoir de contrainte et de sanction suprême, la puissance souveraine.
La souveraineté ne se partage pas. La souveraineté appartient tout entière au législateur, qu'il s'agisse d'un prince, d'une élite ou d'un peuple.
On est alors soit dans un Etat monarchique, un Etat aristocratique ou un Etat populaire.

Les préférences de Jean Bodin vont à la monarchie, pour ce qui est de l'administration de la France, une monarchie dans laquelle le roi est soucieux du bien commun, le défenseur des droits et libertés, respectueux des lois divines et des principes fondamentaux, du Jus gentium (le droit des gens, le droit international) pour ce qui est des relations extérieures de 1'Etat, mais une monarchie concentrée et déconcentrée, unitaire, sinon absolue au sens totalitaire.

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