Siddhârta Gautama le Bouddha (v.563-v.483)

La juste Délivrance par la morale et la méditation.

1. La vie et l'oeuvre du Bouddha.

1.1. La vie.

Le Bouddha (Buddha), celui qui s'est "éveillé" à la Vérité, est né vers le milieu du VIème siècle avant l'ère chrétienne dans une famille noble, il serait le fils du souverain, de la petite tribu des Sâkya dont la principale ville était Kapilavastu (Kapilavatthou), située à 240 kilomètres de Vârânasi (Bénarès) et actuellement au Népal. Parti de chez ses parents à l'âge de 29 ans, il devient pendant 7 ans un moine errant puis découvre la "Vérité" pendant un séjour au hameau d'Uruvilvâ (Ourouvâlâ), situé à 100 kilomètres au sud de Patna, devenant ainsi un "éveillé". Peut après il prononce à Bénarès son premier sermon sur les Quatre Saintes Vérités, qui fixe sa doctrine (dharma), et fonde sa communauté (sangha). Il passe le reste de son existence à prêcher sa philosophie dans le bassin moyen du Gange et meurt vers l'an 480 à Kusinagara, à 175 kilomètres au nord-ouest de Patna.

1.2. L'oeuvre.

La tradition bouddhiste accorde au Bouddha des milliers de sermons (sûtra) sans qu'il soit possible de dire très précisément ceux qui reviennent au Maître et ceux qui ont été ajoutés par ses premiers disciples.

Tout d'abord philosophie le Bouddhisme est devenu une religion populaire et même une religion d'Etat avec le lamaïsme tibétain et le Ryôbu-shintô du Japon.

2. La doctrine bouddhiste primitive.

L'Ecole du Theravâda (la Voie des Anciens, appelée Hînayâna - Petit Véhicule par les bouddhistes majoritaires du Mahâyâna - Grand Véhicule) de Ceylan (Sri-Lankâ), qui s'est imposée en Indochine occidentale (Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge), a l'un des plus anciens canons bouddhistes qui contiendrait la parole même du Maître... En langue pâli le canon comporte trois parties : les Textes fondamentaux (Sutta), la Discipline (Vinaya), les Techniques psychophysiologiques (Abhidharma).

La doctrine bouddhiste primitive, telle qu'elle semble avoir été posée par l'"Eveillé" (le Bouddha) lui-même dans son premier sermon de Bénarès (Vârânasi) repose sur deux postulats, déjà connus et acceptés par les Indiens brahmanistes : - tous les êtres vivants sont soumis à la réincarnation d'une existence à une autre, passant par les états d'être céleste (deva), d'homme au sein de classes hiérarchisées (manussa), d'animal à valeur différenciée (tiracchâna), d'esprit affamé (peta) et d'être des enferts (niraya niraka) ; - le passage d'un état à un autre est déterminé par la valeur des actes commis par chacun, de bonnes actions selon la doctrine (le dharma) permettent d'accéder à un état supérieur et de mauvaises actions condamnent à la régression.

2.1. Les "Quatre Saintes Vérités".

Bouddha, à Bénarès, a défini les "Quatre Saintes Vérités" : la Vérité de la souffrance, la Vérité de l'origine de la souffrance, la Vérité de la cessation de la souffrance, la Vérité de la Voie qui mène à la cessation de la souffrance.

(1) La Vérité de la souffrance :

- Nul être n'échappe à la souffrance et tout est souffrance : la naissance, la vie, la mort.
- S'il en est ainsi c'est que l'Etre n'a pas d'existence en soi. Le Soi, l'âme (âtman), n'existe pas.
- L'idée de l'existence du Soi est imaginaire et dangereuse, qui conduit au Moi, à l'égoïsme, au désir, à l'attachement, à la jalousie et à la haine, au crime et à la guerre.

(2) La Vérité de l'origine de la souffrance :

- L'existence est impermanente et relative mais l'Homme cherche le bonheur dans la satisfaction trompeuse de l'apparence de permanence.
- La souffrance a pour origine "la soif" de l'Homme d'être heureux pour soi, le désir égocentré d'agir sur le monde pour le transformer et en jouir personnellement.
- Or toute action volontaire suscitée par le désir est une force (karma), l'énergie la plus puissante, qui provoque, par la transmigration (samsâra, le Bouddhisme parle, par principe, de la transmigration et non de la réincarnation car pour le Bouddhisme l'Etre n'a pas d'existence permanente) , la renaissance dans l'existence douloureuse.

(3) La Vérité de la cessation de la souffrance :
- Si la souffrance à pour cause le désir, la soif égocentrée, pour supprimer la souffrance il faut supprimer le désir.
- En supprimant le désir on se libère du Karma, et en se libérant du karma on se libère de la transmigration.
- Etant libéré de la transmigration je ne peux renaître.
- Ainsi la Mort est vaincue.
- Et l'extinction de la souffrance (le nirvâna), est atteinte.
- Le nirvâna, par opposition aux réalités relatives du monde, est le non-créé, non-causé, non-né, non-formé, donc l'Absolu.
- Mais l'Absolu ne peut être nommé Dieu, car il serait alors un être personnel, auquel l'on pourrait s'adresser, c'est à dire un être individuel, donc un être relatif.
- Or, par définition, l'Absolu ne peut être relatif.

(4) La Vérité de la Voie qui mène à la cessation de la souffrance :
- Pour supprimer le désir il faut être sage.
- La sagesse (prajnâ) s'obtient par la pratique de la "Voie de la Délivrance", la "Sainte Voie aux huit branches".
- Les deux premières branches sont : avoir une vue juste et une pensée juste, c'est à dire s'engager sur le chemin de la doctrine du Bouddha.
- Les branches 3, 4, et 5 concernent la conduite morale qu'il faut pratiquer : avoir une parole juste, une action juste (le respect de toute vie, y compris animale, est le premier précepte de la morale bouddhique), des moyens d'existence justes.
- Les branches 6, 7 et 8 concernent la discipline mentale qu'il faut adoptée : l'effort juste, l'attention juste, la concentration juste.
- La mise en oeuvre des trois dernières branches doit permettre à celui qui pratique la méditation bouddhique de prendre conscience de l'impermanence du monde et donc d'être sans désir.

2.2. La méditation bouddhique.

La méditation bouddhique, qui fait appel aux techniques psychosomatiques, prend deux formes : le développement de la tranquillité (samatha-bhâvanâ) et le développement de la vision profonde (vipassanâ-bhâvanâ). La tranquillité est un état d'esprit concentré, obtenu par la pratique de la méditation assise, un état d'esprit paisible mais inébranlable qui purifie des souillures et des attachements. La vision profonde résulte d'une pratique intensive de la méditation effectuée sous la direction d'un maître expérimenté. Elle permet, par l'introspection, de vivre totalement le présent, sans évasion vers le passé et/ou le futur. C'est "la lumière intérieure" qui, survenant brusquement, est seule à pouvoir mener au nirvâna.

2.3. La "bienveillance-compassion"

La sagesse, qui consiste donc à "voir les choses telles qu'elles sont", n'est que l'un des deux pôles de la spiritualité bouddhiste, le pôle intellectuel, le second étant la "bienveillance-compassion" (mettâ-karunâ), le pôle affectif. La "bienveillance-compassion" c'est aimer les autres, c'est être solidaire de ceux qui souffrent. La "bienveillance-compassion" sera d'autant plus authentique qu'elle sera le fait de celui qui aura atteint la sagesse, le non-attachement, et qui donc sera libéré de tout mouvement passionnel égocentrique.

2.4. Une morale sociale exigeante.

Si le Bouddha condamne les austérités inutiles dans la pratique du dharma il impose une ascèse qui est difficile à suivre dans la vie ordinaire. C'est pourquoi la vie en communauté monastique (sangha) est recommandée, qui permet aux "renonçants" de respecter pleinement le dharma. Quant aux laïcs ils doivent respecter de leur mieux les lois morales et subvenir aux besoins des moines, qui les remercient en leur faisant le "don de la doctrine" et en organisant un rituel qui sacralise leur vie et encadre leur dévotion.

Chacun obtient en fonction de son mérite personnel et donc la position sociale de chacun n'est pas significative de son avancement sur la "Voie de la Délivrance".

3. La religion populaire

C'est vers le premier siècle de l'ère chrétienne que le Bouddhisme primitif a été réinterprété pour donner naissance au Mahâyâna (Grand Véhicule) aujourd'hui dominant.

Le Mahâyâna connaît un grand nombre d'Ecoles ayant chacune leur propre rituel permettant d'organiser et d'orienter les dévotions populaires. Celles-ci se manifestent dans la vénération des "reliques" du Bouddha et de ses représentations (statues, images), ainsi que dans la pratique de pélérinages.

C'est sous le règne de l'Empereur indien Açoka (v.273-v.237) que le Bouddhisme est devenu une grande religion à vocation universelle. L'Empereur accorde sa protection au bouddhisme et envoie des missionnaires dans les royaumes limitrophes puis dans des pays plus lointains.

4. La religion d'Etat

Le Bouddhisme a donné naissance à des systèmes de théocratie directe comme le lamaïsme tibétain et à des syncrétismes d'Etat comme le Ryôbu-shintô au Japon.

4.1. Le lamaïsme tibétain.

L'une des grandes Ecoles du Bouddhisme, le Bouddhisme tantrique (Vajrayâna, Véhicule de Diamant) a pénétré au Tibet au VIIIème siècle. Le Bouddhisme tantrique est né de la rencontre , dans le Nord de l'Inde, du Bouddhisme Mahâyâna et du Tantrisme qui serait apparu au IVème siècle, qui est une psychophilosophie qui entend concilier le masculin et le féminin, discipline et jouissance, yoga et bhoga, et qui fait appel, notamment, à des pratiques parapsychologiques. Au contact des traditions tibétaines d'origine chamaniste (forme d'animisme d'Asie centrale) le Bouddhisme tantrique s'est transformé pour donné naissance à un Bouddhisme tibétain très influencé par les pratiques magiques chamanistes. Cette Ecole, qui subsiste minoritaire sous le nom de Nyingma-Pa (Ecole ancienne, Ecole rouge), a été réformée par Tsong-kha-pa (v.1356-v.1418) et a donné naissance à l'ordre monastique, rigoureux et discipliné, des Geluk-Pa (Ecole de la vertu, les bonnets jaunes).

De la fin du XVème siècle à 1959, date de l'annexion du Tibet par la Chine, les Geluk-Pa ont pratiqué la théocratie directe, en exerceant directement le Pouvoir politique, avec, toutefois, une dichotomie entre un responsable plus proprement politique, le Dalaï-lama, et un responsable plus théoriquement idéologique, le Panchen-lama. (Le Dalaï-lama est traditionnellement favorable, depuis 1850 environ, aux intérêts britanniques puis anglo-saxons et occidentaux alors que le Panchen-lama est traditionnellement favorable aux intérêts chinois. Le Panchen-lama Goinbo Cedan s'est "rallié" à Pékin en 1959, a été "politiquement éliminé" en 1965, a fait 10 ans de prison, a été "réhabilité" en 1978..)

4.2. Le Ryôbu-shintô du Japon.

Le Bouddhisme aurait fait son entrée au Japon en 552.

Le prince régent Shôtoku-taishi (572-621) fait du Bouddhisme une religion d'Etat alors que le culte pratiqué par le peuple est celui des Kami (divinités), le Shintô (la Voie des Kami), une forme d'animisme. Les Kami sont des divinités, en nombre indéterminé, qu'il faut se rendre favorables par des rites appropriés.

Le Bouddhisme étant une religion d'Etat les moines bouddhistes essaient d'éliminer à leur profit le culte des Kami, le Shintô. Mais celui-ci subsiste grâce à l'Empereur Temmu (672-686) qui fonde idéologiquement son pouvoir politique sur une théorie de droit divin en se présentant comme étant le "Petit-fils du Soleil", le Soleil étant l'une des principales divinités du Shintoïsme avec la Lune et le Typhon.

Les moines bouddhistes ont alors habilement intégré les Kami dans leur système idéologique et élaboré une synthèse, le Ryôbu-Shintô, qui présente le Shintô et le Bouddhisme comme étant les deux faces d'une seule et même réalité. Ce syncrétisme a fonctionné comme religion d'Etat jusqu'en 1868, le Shintô redevenant officiellement, à cette date, la religion officielle et le demeurant jusqu'en 1945.

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Sendo Uta