Edmund Burke (1729-1797).

Irlandais, de père anglican, un notaire, et de mère catholique, Edmund Burke est un libéral (La vie et l'oeuvre § 1), mais un libéral "à la britannique", un libéral violemment hostile à la Révolution française, révolution libérale en 1789 mais révolution socialiste en 1793, un libéral irlandais dont la philosophie politique reste attachée à un ordre divin providentiel fondé sur un droit naturel historique (§ 2).

§ 1 - La vie et l'oeuvre

Né à Dublin en 1729, Edmund Burke est un homme politique, un whig - c'est-à-dire un libéral "à l'anglaise", qui ne dédaigne pas de philosopher : ainsi publie-t-il en 1757 une "Philosophical Enquiry into the Origin of our Ideas of the Sublim and Beautiful" ; ou de s'intéresser à l'histoire du droit : "Essays towards a history of the laws of England".

Mais Burke est également un journaliste politique, c'est-à-dire un commentateur en même temps qu'un acteur politique, ce qui 1'amène à écrire, dans un style plutôt vif, dans le "feu de l'action", sur des sujets d'actualité : pour les colons d'Amérique contre la métropole, pour les catholiques irlandais (sa mère est catholique s'il est anglican), contre la Compagnie des Indes pour les droits des Hindous, contre la traite des Noirs et pour la défense des pauvres, sans oublier les homosexuels anglais qu'il souhaite voir traiter par le droit d'une manière moins répressive.

En novembre 1790 il fait donc paraître à Londres un ouvrage éminemment d'actualité, ses fameuses "Reflexions on the Revolution in France", ouvrage qui aura un succès considérable chez les monarchistes français, notamment, le point de vue exprimé n'étant pas celui d'un conservateur (tory) mais celui d'un whig, c'est-à-dire de quelqu'un "de gauche".
L'année suivante sera publié un ouvrage plus directement indigène : "Appeal from the New to the Old Whigs".

§ 2 - La philosophie politique d'Edmund Burke : pour l'ordre providentiel par le droit naturel historique

A - Nature et société

La Nature, c'est-à-dire l'Histoire, est gouvernée par la Providence divine. La finalité historique est le développement humain tel qu'il est voulu par Dieu.
La méthode du développement est une lente transformation des choses et des gens par l'expérience historique, qui repose sur l'héritage.
C'est l'héritage qui permet le passage de ce qui est à ce qui va devenir, qui sera le nouveau présent avant d'être le futur...
C'est donc l'hérédité, qui est le principe naturel qui permet la transmission de la vie et des biens, qui assure la stabilité de la société politique dans son évolution : donc hérédité de la Couronne, hérédité de la Pairie, succession héréditaire des libertés, franchises et privilèges, accordées par les ancêtres aux Communes et au peuple ; autrement dit, succession naturelle d'un type de gouvernement qui est le produit d'un certain développement historique.

C'est que la nature humaine est complexe et qu'il serait absurde de compter sur la raison individuelle pour "découvrir" le système politique idéal.
L'être humain n'est pas rationnel. Les passions dominent 1'homme. Il croit agir logiquement, selon ses intérêts, mais est inconsciemment dominé par ses sentiments.
Les relations interindividuelles en sont incertaines, mais encore plus incertaines les relations sociales et notamment politiques. C'est que l'honune-individu se double alors d'un homme-citoyen, écartelé entre ce qu'il croit être ses intérêts personnels à court, moyen et long terme, l'intérêt du groupe social qui est le sien et l'intérêt du groupe social global.
Le législateur est donc confronté à une réalité qui est d'une telle complexité qu'elle échappe à la raison individuelle, au demeurant bien faible, de l'être humain.
Seule la raison collective, générale, historique, permet de déterminer ce qu'il convient de faire pour aller dans le sens de l'histoire ; c'est-à-dire dans le sens du développement humain tel qu'il est voulu par Dieu.
C'est la raison collective qui crée les habitudes sociales qui se transmettent, tout en se modifiant, de génération en génération et qui conduisent à agir dans le bon sens moral comme les saines habitudes physiques conditionnent le bon comporteoent du corps.

Donc la raison bstraite, a-historique, ne peut conduire qu'à la métaphysique des Droits de l'Homme, tels qu'ils sont inscrits dans la Déclaration française de 1789.

B - Contre les Droits de l'Homme "à la française"

Selon Burke, les Droits de l'Homme, tels qu'ils sont proclamés en France en 1789, comme étant inaliénables et sacrés, ne peuvent être qu'une imposture. C'est l'effet d'une perversion de l'esprit et de la morale.

Tout d'abord, cette doctrine n'est que mensonge éhonté destiné à couvrir les exactions d'arrivistes corrompus et sanguinaires.
Les Droits de l'Homme ne s'exercent pas réellement. La démocratie n'est pas le gouvernement du peuple mais la dictature des clubs. La loi de la majorité n'est que la loi d'une toute petite minorité d'excités. La majorité des Français n'a pas voulu le renversement de la monarchie.
Si la propriété est sacrée, pourquoi spolier les émigrés et l'Eglise ? Si la liberté d'opinion existe et si les arrestations ne peuvent être arbitraires, pourquoi, sans autre forme de procès, sabrer les opposants et faire défiler sous les fenètres de l'Assemblée leurs têtes au bout des piques ?

En vérité, le système politique qui découle des "Droits de l'Homme" est absurde parce que métaphysique, e'est-à-dire abstrait. Cela résulte du fait que les philosophes révolutionnaires se font de l'Homme une "idée" qui n'a rien à voir avec la réalité et construisent à partir de leurs "idées" un système théorique qui, donc, ne peut avoir aucune base véritablement naturelle dans le sens d'historique.

Hobbes, le premier, part de l'"idée" que l'homme isolé dans l'état de nature est libre, alors que l'homme ne peut être isolé dans l'état de nature mais est un animal social.
Locke, Wolff, Thomasius et leurs disciples du siècle des "Lumières" prennent leurs songes métaphysiques au sérieux et leurs robinsonnades pour argent comptant. Aussi prétendent-ils que les droits qu'ils accordent eux-mêmes à leur Homme fictif sont inaliénables.

A ces droits abstraits Burke oppose les droits concrets dont bénéficient les Britanniques. Ce sont des droits "hérités" et historiquement mérités.
Ils ne sont jamais "absolus", comme les droits français de 1789, mais limités et relatifs, car chaque membre de la société a des devoirs envers celle-ci et ne saurait, s'il est pauvre, bénéficier des mêmes droits que le noble et/ou le riche.
Les droits sont inégalitaires. Ils sont variables selon le temps et l' espace.
Les Anglais bénéficient de "leurs" droits, 1es Français devraient bénéficier des droits substantiels reconnus sous l'Ancien Régime.
Chaque peuple, selon les circonstances historiques, peut bénéficier de droits, ou n'en point bénéficier...

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