Georg Wilhelm Friedrich HEGEL
(1770-1831)

Le système normatif de l'Etat bureaucratique

1. La vie et l'oeuvre

Georg Wilhelm Friedrich HEGEL est né à Stuttgart en 1770 d'un père qui est un petit fonctionnaire des finances.
Il fait de solides études secondaires classiques au gymnasium (lycée) de la ville, qui lui donnent le goût de la civilisation grecque et de l'histoire.
En 1788 il entre comme boursier au Stift, le séminaire protestant de Tübingen, où il se passionne...pour les idées révolutionnaires françaises.
N'ayant pas la vocation de pasteur il devient précepteur à Berne, puis à Frankfurt, de 1793 à 1796.
En 1797 il est professeur stagiaire (privatdozent) à Frankfurt puis à Jena en 1800, où il est nommé professeur extraordinaire (auxiliaire) en 1804.

En 1806 il publie : Phënomenologie des Geistes, Phénoménologie de l'Esprit.

De 1808 à 1816 il dirige le gymnasium de Nuremberg où il enseigne la philosophie.

Il publie : Philosophische Propädeutik, 1811, Propédeutique philosophique, et Wissenschaft der Logik, 1812-1816, Science de la Logique.

En 1816 il obtient la chaire de philosophie à l'Université de Heidelberg.

Il publie : Encyclopädie der philosophischen Wissenschaften im Grundriss, 1817, Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques.

En 1817 il est nommé professeur de philosophie à l'Université de Berlin, où il enseigne jusqu'à sa mort en 1831.

Il publie : Grundlinien der philosophie des Rechts, 1821, Les Principes de la philosophie du Droit.

Les ouvrages suivants seront publiés après sa mort :
- Vorlesungen über die Aesthetik, 1832, Esthétique ;
- Vorlesungen über die Philosophie der Religion, 1832, Leçons sur la philosophie de la Religion ;
- Vorlesungen über die Philosophie der Geschichte, 1837, Leçons sur la philosophie de l'Histoire.

2. La philosophie du Droit de HEGEL : le Droit c'est la Liberté car le Droit c'est l'Etat

L'Histoire c'est le développement de l'Idée vers l'Esprit universel, vers l'Absolu, la Liberté.
C'est le Droit de l'Etat qui réalise la Liberté dans l'Histoire.

2.1. L'Histoire c'est le développement de l'Idée vers la Liberté

Ce qui Est totalement c'est l'Absolu, l'Esprit universel, "Dieu avant la création du monde" (Science de la logique).
L'Absolu est Liberté, car puissance éternelle infinie.

La Liberté se réalise objectivement par l'Idée. Tout procède de l'Idée, le monde sensible et les productions de l'esprit. L'Idée (pour Platon les Idées sont des réalités suprasensibles, les modèles éternels, immuables et parfaits, de tout ce qui existe ) est le principe universel du devenir par lequel est engendrée la Nature.

Dans la réalité concrète le développement progressif de l'Idée vers l'Esprit universel c'est l'Histoire.
L'Histoire se développe selon des lois qui lui sont propres, selon une logique qui est celle de la dialectique.
La dialectique est la loi du devenir, du développement de l'Histoire, selon un rythme à trois temps : thèse, antithèse, synthèse (la formule elle-même est marxiste).

Le développement de l'Histoire est l'oeuvre de la Raison, qui a pour fin lointaine la Liberté, l'Esprit universel, l'Absolu.
La Raison pour aboutir à cette fin dernière doit utiliser une ruse : elle se sert des passions des hommes qui suivent leur intérêt et le réalise "mais en même temps se trouve réalisée une fin plus lointaine, qui est immanente, mais dont ils n'avaient pas conscience et qui n'était pas leur intention" (Introduction à la philosophie de l'Histoire).

L'Esprit dans l'Histoire se manifeste non pas à travers les individus mais à travers les peuples ; l'individu ne peut accéder à l'Esprit universel, à la Liberté, à l'Absolu, qu'à travers un peuple, que par et dans l'esprit d'un peuple.

Dans l'Histoire c'est la religion qui permet l'une des plus hautes manifestations de l'esprit d'un peuple.
L'esprit d'un peuple c'est l'esprit national. L'esprit d'un peuple est un être vivant, qui naît, mûrit et meurt :"Un peuple est dominant dans l'histoire du monde pour telle époque donnée - et chaque peuple ne peut faire époque qu'une fois ..."(Philosophie du droit).

Chaque peuple étant unique, à un moment ou à un autre les guerres entre peuples sont nécessaires. Elles sont une condition de la "santé éthique des peuples".
Mais bien que nécessaires les guerres conduisent les peuples vers leur déclin car elles aboutissent à la constitution d'empires trop vastes pour conserver leur unité, c'est à dire pour conserver l'esprit national.

L'esprit national d'un peuple meurt mais son principe s'incarne alors dans un autre peuple.
Ainsi l'Histoire est-elle une succession d'impérialismes qui réalisent l'aventure de l'Esprit universel, de l'Absolu, de la Liberté.

2.2. Le Droit de l'Etat réalise la Liberté dans l'Histoire

L'Etat est la Raison réalisée, "le rationnel en soi et pour soi".

L'Etat incarne la Souveraineté. L'Etat a pour fonction d'organiser la société civile, la production, la répartition et la consommation des biens, l'économie.

L'individu, immergé dans ses intérêts particuliers, désire trouver son plein développement dans la famille et dans la société civile en dépassant sa particularité et en l'accomplissant dans l'intérêt universel.
La famille, par le mariage, par la gestion et la conservation du patrimoine, par l'éducation des enfants, arrache l'homme à son abstraction.
Mais la famille n'est qu'une unité contingente, qui ne dure pas. L'enfant devient adulte et à son tour fonde une famille ; les familles étendues donnent naissance à un peuple : ainsi se constitue la société civile.
Mais la société civile n'est pas l'Etat. La société civile n'est que le système des intérêts particuliers qui vise à assurer la survie des hommes. La société civile moderne c'est l'organisation moderne du travail, c'est le libéralisme économique, le capitalisme, dont la fonction est d'assurer la protection des droits individuels. La société civile permet la transformation matérielle du monde mais elle ne permet pas à la Liberté de se réaliser dans l'Histoire.

C'est l'Etat qui permet l'accomplissement individuel dans l'intérêt universel, c'est à dire la réalisation de la Liberté : "L'Etat est la réalité de la liberté concrète" (Philosophie du droit).
Dans le monde moderne, selon HEGEL, il y a opposition entre l'intérêt particulier et l'intérêt de la collectivité organisée qui apparaît à l'individu comme puissance extérieure et force contraignante, aliénante.
Cette opposition doit être surmontée. Elle le sera par la ruse de l'Etat.
L'Etat moderne, en partant de la liberté individuelle et en s'en servant, amène les hommes à reconnaître le caractère supérieur de son pouvoir et le caractère raisonnable de sa Loi.

La Raison dans l'Etat c'est une organisation constitutionnelle qui réalise l'esprit du peuple, c'est une monocratie qui ne connaît pas la séparation des pouvoirs au sens de John LOCKE (1632-1704) ou de Charles de MONTESQUIEU (1689-1755) mais une hiérarchie fonctionnelle qui permet à la vie concrète de la réalité étatique de s'exprimer pleinement : c'est le "pouvoir du Prince" qui représente la personnalité de l'Etat et exprime sa Souveraineté, c'est le "pouvoir gouvernemental" qui est le service public administratif, c'est le "pouvoir législatif" qui formalise sa volonté.

Le "pouvoir du Prince" est un pouvoir volontariste. Il est nécessaire que l'Etat promulgue des lois de telle façon que la volonté universelle qu'il personnifie régisse les volontés particulières afin que la Liberté dans l'Egalité soit réalisée.
La Liberté dans l'Egalité c'est la liberté pour tous et non pas l'égalité pour tous, l'égalitarisme de Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778). La Liberté dans l'Egalité c'est le développement personnel des citoyens conformément à leurs capacités, qui ne sont pas égales, c'est donc le respect des différences.
Ainsi l'Etat qui réalise le véritable moi universel de l'individu est Liberté et le Droit c'est l'Etat.

La Liberté dans l'Etat ne peut se réaliser qu'à deux conditions :
- il faut que le citoyen raisonnable puisse trouver dans l'Etat par le Droit la satisfaction de ses désirs et de ses intérêts raisonnables,
- il faut que les lois de l'Etat, son droit positif, puissent être reconnues comme étant justes par tous ceux qui ont commpris que seul l'être raisonnable et universel peut être libre.
Cela suppose une organisation administrative qui ait en charge l'intérêt général, une bureaucratie qui permette aux fonctionnaires, choisis en fonction de leurs compétences, de gérer la liberté des citoyens.

Dans l'ordre étatique interne l'Etat est donc la concrétisation de la liberté individuelle.
Il n'en est pas de même dans l'ordre étatique externe, dans l'ordre international.
Dans l'ordre international les Etats se reconnaissent comme étant indépendants. Les Etats sont dans la situation des individus de la société civile avant la constitution de l'Etat.
Certes les Etats ont des devoirs moraux : ils doivent respecter les traités, l'inviolabilité des ambassadeurs... Mais aucune règle supérieure ne les oblige impérativement à respecter ces devoirs.
La vie internationale n'est pas soumise au Droit, faute d'Etat universel.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) adagio für klavier und mandoline