Arthur Koestler (1905-1983) : l'holisme organique

- La vie et l'oeuvre

Arthur Köstler, dit Koestler, est né à Buqapest, en 1905, dans une famille juive ashkenaze. Son grand-père venait de Russie, sa mère de Prague. Son père est représentant de plusieurs sociétés de textiles allemandes et britanniques.
Après la 1ère guerre mondiale son père s'installe à Vienne et Arthur Köstler, élève très brillant mais aussi très impulsif, très exalté, entre à 17 ans à l'Ecole Polytechnique.
A 20 ans, au cours d'une nuit d'étudiants, afin de convaincre un jeune russe du fait que l'Homme est maître de son destin, Arthur Köstler brûle son carnet universitaire et abandonne ses études.

Il entre dans les milieux sionistes et adhère aux thèses extrêmistes de Ze'ev Jabotinsky (1880-1940).
Il part travailler dans un Kibboutz en Palestine, mais s'aperçoit rapidement qu'il n'est pas doué pour l'agriculture et revient en Europe en 1927. Son expérience lui inspire deux romans: ''Croisade sans croix" et "La tour d'Ezra".

Il entre alors dans le groupe de presse contrôlé par la famille juive Ullstein, le plus important groupe de presse de l'Allemagne de Weimar - racheté après 1934, à bas prix, par les nazis, rétabli par les américains à Berlin Ouest après la guerre, racheté par le groupe Axel Springer en 1960.
Correspondant de presse en Palestine puis à Paris, Arthur Koestler se spécialise dans la vulgarisation scientifique de haut niveau et devient célèbre dans le monde entier en faisant connaitre, notamment, les travaux de Louis de Broglie.
C'est alors que sa soif d'absolu le conduit, le 31 décembre 1931, à adhérer en secret au parti communiste allemand. Il se rend en URSS en 1932 et revient à Paris en 1933 comme agent secret du Komintern (IIIème Internationale fondée par Lénine en 1919, officiellement dissoute par Staline en 1943, recréée sous le nom de Kominform en 1947 et officiellement redissoute en 1956...).
Il écrit alors son roman historique "Spartacus" et, pour gagner sa vie, une "Encyclopédie des connaissances sexuelles" sous le nom de Docteur Costler, ouvrage qui est un best seller.

En 1936 et 1937 il est correspondant de guerre en Espagne, du côté de Franco (renseignement) puis du côté des républicains.
Les franquistes, vainqueurs, s'emparent de lui et l'emprisonne à Séville. Il y reste trois mois, le temps d'écrire un récit historique sur la guerre d'Espagne, remarqué, "Un testament espagnol" (Albin Michel).
A son retour d'Espagne il apprend que ses amis juifs communistes Eva et Alex Weissberg, ainsi que son propre beau-frère, ont été "purgés" par Staline. Par ailleurs il a pu constater en Espagne, chez. les républicains, le jeu fractionniste de l'URSS.
Il quitte donc le Parti communiste et écrit son ouvrage le plus célèbre, qui a un énorme succès, "Le zéro et l'infini" (Calmann-Lévy).
Arrêté par la police française en octobre 1939 comme "étranger suspect" il est interné en camp de concentration jusqu'en janvier 1940, ce qui lui inspire un nouvel ouvrage "La lie de la .terre". Libéré, puis réarrêté, évadé, il se réfugie en Angleterre jusqu'à la fin de la guerre.

En 1945 il est correspondant du Times en Palestine et participe, secrètement, aux activités terroristes antibritanniques de l'Irgoun de Menahem Begin.

En 1948, aux cérémonies d'indépendance de l'Etat d'Israël il est le correspondant du Figaro, du Manchester Guardian et du New York Herald Tribune. Il écrit "Analyse d'un miracle" et devient citoyen britannique.
Jusqu'en 1952 il séjourne à la fois aux Etats-Unis et en France (à Fontainebleau) et écrit la suite du "Zéro et l'infini" "Le yogi et le commissaire".
Ses prises de position anti-stalinienne le font rejetter de la classe intellectuelle française alors dominante, très influencée par le communisme. L'Humanité l'accuse de donner des cours de terrorisme à des commandos fascistes dans sa maison de Fontainebleau. C'est la rupture avec Jean-Paul Sartre, alors communiste orthodoxe.

Désormais installé à Londres Arthur Koestler rédige son autobiographie en deux volumes: "La corde raide" (1953) et "Hiéroglyphes" (1955), et se passionne, notamment, pour la psychologie et la biologie.
Il écrit de nombreux ouvrages, tous publiés, en France, chez Calmann-Lévy: - Les somnambules (1959), - Le lotus et le robot (1961), - Le cri d'Archimède (1964), - Le cheval dans la locomotive (1967), - Le démon de Socrate (1968). (Ces trois derniers ouvrages ont été réunis dans "Génie et folie de l'homme", Calmann-Lévy 1980), - L'étreinte du crapaud (1971), - Les racines du hasard (1972), - Les calI-girls (1972), - Janus (1978), - La quête de l'absolu (1980), qui est une anthologie commentée des textes les plus significatifs de l'auteur.

Leucémique et atteint de la maladie de Parkinson, Arthur Koestler se donne volontairement la mort le 3 mars 1983. Sa troisième épouse, Cynthia, âgée de 56 ans, fait de même.

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- La philosophie sociale d'Arthur Koestler: le Holisme

Ancien sioniste, ancien agent de renseignement de la Russie soviétique, l'URSS, Arthur Koestler a donc abandonner l'action pour la réflexion au début des années cinquante.
Dans ses ouvrages de fond, publiés à partir de 1959, il entend s'en prendre aux trois "divinités" juives qui dominent l'intelligentsia occidentale du XXème siècle:
"Marx, Lorelei à grande barbe, posté sur les récifs d'Utopie pour attirer le voyageur; Freud, qui réduit les aspirations spirituelles à des sécrétions sexuelles; et Einstein, vénéré dans l'ardent espoir que la Science va répondre à toutes les questions, expliquer les fins dernières et le sens de la vie".

L'ennemi, selon Koestler, c'est le réductionnisme messianique qui entend ramener l'Homme à l'un de ses constituants et faire de celui-ci le moteur d'un progrès qui le conduira au bonheur universel et éternel.

Koestler entend lutter contre toutes les idéologies qui affirment qu'un ensemble n'est rien de plus que la somme de ses parties, ce qui a pour effet de privilégier l'analyse mécaniste sur la synthèse - ainsi s'en prend-t-il, par exemple, à la théorie behavioriste de Watson et de son disciple Skinner -, qui met l'accent sur le conditionnement par le milieu, le comportement humain étant calqué sur celui des rats de laboratoire. Pour Koestler le béhaviorisme est un ratomorphisme.

Koestler est également hostile à taute théorie qui fait appel au hasard, telle la théorie néo-darwiniste de l'évolution, c'est pourquoi il demeure attaché à la théorie de Lamarck (1744-1829), qui est celle des marxistes orthodoxes, qui attribue les variations organiques à l'action du milieu, favorisée par la tendance adaptative de l'organisme.

Arthur Koestler propose donc une philosophie de l'Homme antiréductionniste positive, philosophie qui consiste à affirmer que le tout est plus que la somme des parties (un homme plus que la somme de ses organes, un peuple plus que la somme des individus qui le compose). Koestler,qualifie sa philosophie d'holiste (du grec holos, qui signifie entier).

Pour Koestler les systèmes'vivants sont des ensembles ouverts et hiérarchisés. Le "holon" est un sous-ensemble qui, à la fois, est un tout et la partie d'un tout.
Les "halons" ont deux faces, comme Janus: l'une est tournée vers le niveau immédiatement supérieur de la hiérarchie - un "holon" plus vaste auquel ils s' intégrent et auquel, ils sont subordonnés; l'autre tournée vers des "holons" subordonnés qu'ils intégrent pour former un tout.
Toute hiérarchie comporte des niveaux, leur nombre permet de mesurer sa profondeur, et le nombre des "holons" à un niveau donné de la hiérarchie en exprime l'envergure.

Les propriétés invariables des systèmes, leur fonctionnement, leurs structures, sont déterminées par des règles, des "canons", tandis que leur action dépend très largement de contingences externes.
Un système vivant n'est pas une addition de parties élémentaires mais une hiérarchie à plusieurs niveaux de sous-ensembles semi-autonomes, se ramifiant eux-mêmes en d'autres sous-ensembles semi-autonomes.
Ainsi l'être humain constitue le sommet de la hiérarchie organique et l'unité de base de la hiérarchie sociale.

Tout système ainsi hiérarchisée est, en même temps, ouvert à cause du double visage du "holon" qui, en tant que totalité quasi autonome affirme son individualité spécifique (tendance assertive ou autonomisante), et, en tant qu'élément d'une totalité, fonctionne comme partie intégrée de cette totalité (tendance intégrative ou participative).

Ainsi Koestler définit-il la conscience comme étant la plus haute manifestation de la tendance intégrative à extraire de l'ordre à partir du désordre, du sens à partir du non-sens, de l'information à partir du bruit.
L'idéal c'est l'équilibre entre les deux tendances autonomisante et intégrative qui permet l'expression individuelle dans l'expression collective, la réalisation de l'individu dans la réalisation collective (Iain Hamilton: Koestler, a biography, Mac Millan. London, 1982).

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