Martin Luther
(1483-1546).

Le moine rebelle à l'Eglise catholique, c'est-à-dire à l'Eglise universelle, est instrumentalisé par les séparatistes germaniques (La vie et l'oeuvre § 1) et a du droit une conception plutôt ultra conservatrice (La philosophie du droit de Martin Luther § 2).

§ 1. La vie et l'oeuvre

Martin Luther est né, en 1483, dans une famille paysanne de la Saxe.
En 1505, après avoir fait des études de droit et de philosophie, il devient moine au couvent augustinien d'Erfurt où il fait des études de théologie influencées par le nominalisme, philosophie qui insiste sur le "volontarisme" de Dieu et donc de l'homme.

En 1512, dans une "révélation" soudaine, Luther découvre que l'homme ne peut pas être sauvé par ses oeuvres, par sa conduite chrétienne, mais par la foi en Dieu.
En 1517 il affiche à la porte de l'église de Wittenberg ses thèses contre les indulgences (remises des peines qui sanctionnent les péchés des catholiques).
Les indulgences sont alors vendues en Allemagne pour rembourser l' acquisition de l'archevêché de Magde bourg par Albert de Hohenzollern avec l'aide de la Banque Fulgger, et pour la construction de Saint-Pierre-de-Rome.
Il est condamné en juin 1520 par la Bulle papale Exsurge Domine, qu'il brûle publiquement en décembre 1520.

Luther se réfugie alors au chäteau de la Wartburg appartenant à l'électeur Frédéric le Sage.
Luther y rédige de nombreux ouvrages et devient le guide spirituel et temporel de la classe dirigeante de nombreux Etats allemands, classe aristocratique qui entend échapper à l'autorité de Rome.

~ En 1530 les dogmes de l'Eglise luthérienne sont proclamés dans la Confession d'Augsbourg.

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L'oeuvre de Martin Luther, qui est immense, a été traduite en français et publiée aux Editions Labor et Fides de Genève.
Le tome IV (1960) comprend la plupart des ouvrages relatifs au droit.

§ 2 - La philosophie du droit de Martin Luther : le droit sanction

Luther est un homme d'ordre (A/) qui aime la sanction, Divine, et humaine par le droit positif (B/).

A/ Un homme qui aime l'ordre

Luther pense que l'homme ne peut pas être sauvé de par ses propres mérites résultant de l'observance des règles morales mais par les mérites de Dieu lui-même, c'est-à-dire grâce à la miséricorde divine, et de par la foi que l'homme a en Dieu.
N'écrit-il pas : "Sois pècheur et pèche fortement, mais confie-toi et réjouis-toi plus fortement encore dans le Christ. ... Tant que nous serons ici-bas, il faut que le péché existe. ...Il nous suffit d'avoir reconnu l'Agneau qui porte les péchés du Monde ; alors le péché ne pourra nous détacher de lui, forniquerions-nous mille fois par jour ..." (Lettre à J.Mélanchton).

Le chrétien est libre non seulement à l'égard des règles mora1es mais aussi à l'égard des règles canoniques.
Est-ce à dire que Martin Luther est contre toute forme d'autorité et de droit ? Certainement pas.

Luther pense que l'ordre est providentiel ainsi que la force qui le sert, cette force s'exprimant notamment par la guerre et la violence, s'exprimant par le glaive :
"Dieu honore si grandement le glaive qu'il le nomme son ordre propre; ... Aussi la main qui porte ce glaive et qui égorge, n'est-el1e pas la main de l'homme, mais celle de Dieu ; et ce n'est plus l'homme, mais Dieu qui pend, roue, décapite, égorge et fait la guerre, et tout cela ce sont ses oeuvres et ses jugements. ...
Il ne faut pas considérer dans l'office de la guerre, de quelle façon il égorge, brûIe, frappe, capture. ...
Ce sont les yeux bornés et naifs des enfants qui le font et qui chez le médecin ne voient que le fait qu'il coupe une main ou scie une jambe, mais qui ne s'aperçoivent pas et ne remarquent pas qu'il faut le faire pour sauver tout le corps. Ainsi donc il faut considérer avec des yeux d'homme la raison pour laquelle l'office est divin en soi et qu'il est aussi utile et nécessaire au Monde que le manger et le boire ou toute autre oeuvre" (Tome IV p. 230)(Les guerres de religion en Europe firent "quelques" morts, et l'on continue à s'étriper gentiment dans le nord de l'Irlande ...).

C'est que le chrétien étant libre et pouvant s'affranchir des règles morales et canoniques il n'y a que fort peu de veritables chretiens.

Le péché a perverti l'hornme et le royaume terrestre est le gouvernement des méchants, de ceux qui doivent être régis par des lois.

Dieu a donc donné pour le gouvernement des méchants les lois positives divines contenues dans l'Ecriture sainte et voulu les lois des princes temporels, les lois positives humaines.
Le droit est au service de l'ordre social pour réprimer les pécheurs.

B/ La sanction du droit positif

Le droit c'est la sanction des méchants, c'est le glaive purificateur.
Et ce droit c'est l'ensemble des lois divines et humaines.

En conséquence les hommes doivent obéir aux lois et être respectueux de l'ordre.
Ainsi Luther ne prend pas position en faveur des paysans allemands révoltés contre leurs seigneurs et qui se réclament pourtant de lui, mais soutient les seigneurs qui sont l'autorité :
"Il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent ont été instituées par lui. C'est pourquoi celui qui résiste à l' autorité résiste à l'ordre que Dieu a établi et ceux qui résistent attireront sur eux une condamnation".

Luther commande donc aux paysans de se laisser piller, maltraiter, égorger par les seigneurs et leur commande de laisser violer leurs filles, de tendre l'autre joue, de ne pas résister à la force.
Ce que les paysans peuvent faire, par contre, c'est quitter lèur prince pour un autre, plus évangélique ;
"Les paysans lors de leur insurrection ont prétexté que des seigneurs refusaient de prêcher l'Evangile et qu'ils écorchaient les pauvres gens, c'est pqurquoi il fallait les renverser. Mais j'ai répondu ceci : bien que les seigneurs aient commis une injustice, il ne serait pas pour autant juste et équitable de commettre également une injustice, c'est-à-dire de désobéir et de détruire l'ordre qui a été établi par Dieu, et qui ne nous appartient pas ; au contraire, il faut souffrir l'injustice et si un prince ou un seigneur ne veut pas tolérer l'Evangile, qu'on se rende dans une autre principauté où l'Evangile est prêché, ainsi que le Christ dit : s'ils vous persécutent dans une ville fuyez dans une autre".

Pour Luther il n'existe pas de droit naturel au sens d'Aristote ou de Thomas d'Aquin.
D'ailleurs, selon Luther, Saint Thomas d'Aquin est un "gros cochon" et "Aristote est le rempart impie des papistes. Il est à la théologie ce que les ténèbres sont à la lumière. Son Ethique est le pire ennemi de la grâce" (cité dans J. Maritain : Trois réformateurs, p. 43).

Quant à raison elle est particulièrement maltraitée.
Pour Martin Luther : "La raison, c'est la plus grande putain du diable ... qu'on devrait fouler aux pieds et détruire, elle et sa sagesse. Jette-lui de l'ordure au visage pour la rendre laide. Elle est et doit être noyée dans le baptème. Elle mériterait, l'abominable, qu'on la relègue dans le plus dégoûtant lieu de la maison, aux chiottes" (Tome IV, p. 142).

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