Guillaume d'Ockham (vers 1290-vers 1349)

Franciscain comme Duns Scott, dont il est le disciple, Ockham, ou Occam, soutient son ordre contre le pape par son action et son oeuvre (§ 1), et développe en droit le volontarisme positiviste de Duns Scott (§ 2).

§ 1. La vie et l'oeuvre

Guillaume d'Ockham serait né en Angleterre à Ockham dans le Surrey vers 1290.
Il fait ses études à Oxford où il devient professeur.

Guillaume d'Ockham appartient à l'ordre des franciscains, et il défend son ordre contre le Pape d'Avignon Jean XXII qui reproche à cet ordre son rigorisme et entend lui imposer le régime de la propriété privée.
En 1328 Guillaume d'Ockham et le général de l'ordre des franciscains se réfugient à la cour de l'Empereur Louis de Bavière dont l'élection n'est pas reconnue par le Pape Jean XXII.
Guillaume d'Ockham sera finalement abandonné par l'Empereur et par les franciscains qui se soumettent au pape.
Il meurt vers 1349.

Son oeuvre est relativecent importante. Il convient de signaler :
- Le Compendium errorum papae
- L'Opus nonaginta dierum
- Le Dialogus
- Le Breviloquium de principatu tyrannico
- Le Centiloquium theologicum
- La Summa totius logicae, la Somme de toute logique, qui est son oeuvre principale (Opera Omnia philosophica et theologia : Franciscan Institute St Bonaventure, New-York 1965).

§ 2. Le positivisme juridique de Guillaume d'Ockham

Guillaume d'Ockham est un disciple de Jean Duns Scott.
Guillaume d'Ockham est considéré comme étant le fondateur du nominalisme, une philosophie qui s'oppose au Thomisme, philosophie qui inspirera en Angleterre Bacon, Hobbes, Locke, Hume et qui donnera naissance au positivisme juridique moderne.
Le nominalisme met l'accent sur l'individu contre l'universel, sur la volonté de l'individu contre la raison qui permettrait de connaître le droi naturel, sur le pouvoir absolu de Dieu contre l'ordre naturel qui aurait été créé par lui.

Selon la philosophie du droit d' Ockham nous serions en présence de deux droits : le droit positif divin (A/) et le droit positif humain (B/).

A - Le droit positif divin

C'est le pouvoir absolu de Dieu qui est la source de tout ordre juridique. Puisque seul l'individu est réalité l'ordre juridique ne peut avoir d'autre source que la volonté.
Or le premier individu, la première personne à laquelle les hommes sont soumis est Dieu.

Tous les hommes sont donc soumis au droit divin.
Ce droit divin c'est le droit positif tel qu'il résulte des écritures saintes. Il convient d'appliquer strictement ce droit positif et non de l'interpréter. C'est ainsi que les écritures ne sauraient légitimer le pouvoir temporel de l'Eglise puisqu'il résulte des textes que Jésus, par sa prescription "Rendez à César ce qui est à César", a entendu laisser le pouvoir temporel à l'Empereur, si par ailleurs l'Eglise se voyait confier le pouvoir spirituel : "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise".
Ce sont encore les Ecritures qui ont donné aux hommes le pouvoir d'appropriation privée car, si, à l'origine du Monde, tout était commun à tous, le communisme originaire a été supprimé par Dieu après le péché originel: ainsi selon la Genèse, I, 3 : "Et Yahvé Dieu le (Adam) renvoya du jardin d'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été tiré"; or selon Guillaume d'Ockham la culture du sol ne peut ~tre qu'indivi- duelle.
C'est également Dieu qui, par les Ecritures, a donné aux hommes le pouvoir d'instituer les chefs par le contrat social et l'élection, car Dieu veut que toute autorité temporelle procède de la volonté des hommes qui seront assujettis (gouvernés) : cela résulte du texte biblique des Proverbes.

De par le contrat social et l'élection les hommes assujettis délèguent à ceux qui détiennent le pouvoir temporel la puissance législative et judiciaire.
C'est donc indirectement que le droit positif humain découle du droit positif divin.

B - Le droit positif humain

Le droit positif humain procède donc du consentement des gouvernés, voulu par Dieu, consentement qui par le contrat social et l'élection accorde le pouvoir législatif et judiciaire aux gouvernants.

Cependant, contrairement à Thomas d'Aquin selon lequel le droit positif humain est juste lorsqu'il a en vue le bien commun, c'est-à-dire lorsque ce droit est conforme au droit naturel, Guillaume d' Ockham pense que le droit positif humain est au service des individus, de la volonté, de la liberté individuelle.

Aussi le droit positif humain doit avoir pour objet de créer au bénéfice des individus des droits subjectifs garantis et sanctionnés par le pouvoir temporel. En vertu de ces droits subjectifs les individus disposeront de pouvoirs absolus mais auxquels il leur est possible de renoncer.
C'est ainsi que les franciscains, qui ont fait voeu de pauvreté, renoncent à la propriété privée.

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François Couperin (1668-1733) La Linotte