Jésus de Nazareth (représentation)

Le droit par l'amour de Dieu, et donc du prochain : Yeshua ben Yosef de Nazareth, dit Jésus-Christ (-4-5/+28+29).

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- Du judaïsme au christianisme

L'on peut faire naître le judaïsme vers 1760 (avant J.C.) lorsqu'un petit clan sémitique conduit par Abraham quitte Sumer, la ville d'Ur selon la bible, en Mésopotamie, pour s'installer en Palestine.
Ou encore vers l'an 1200 (avant J.C.) lorsque les Hébreux, ensemble de tribus sémitiques semi-nomades, dont certaines ont séjourné en Egypte, pénétrent par force en Palestine, alors peuplée de tribus cananéennes (sur la côte les Philistins, indo-européens, en Transjordanie les Ammonites, Hoabites et Edomites, sémites) organisées, en Cités-Etats fortifiés.

Le peuple Juif est un petit peuple semi-nomade, comme beaucoup d'autres alors, situé géographiquement dans une région frontière stratégique entre les Empires Assyro-babylonien et Egyptien (et même Hittite jusqu'à la fin du XIIIème siècle avant J.C.) considérablement plus puissants et civilisés.

Physiquement faible le peuple juif va psychiquement compenser cette infériorité en se plaçant sous la protection d'une religion qui aura pour fonction de maintenir fermement une cohésion sociale sans cesse menacée par les agitateurs d'idées et les querelles économiques et politiques.

La religion juive, de nature patriarcale, a pour caractéristique première d'être monothéiste.

Yahveh (ancienne divinité tribale) est l'Etre suprême auteur de l'Univers, qu'il gouverne absolument par sa Providence et qui, donc, "fait" l'Histoire.
"Révélé" au "peuple élu" par Moïse (Moshe) sur le Sinaï il dicte Sa Loi et impose sa Souveraineté.

Cette conception de la divinité diffère totalement des conceptions alors répandues dans le Moyen-Orient ancien qui connaît le polythéisme et ne donne aucun sens à l'Histoire.
La Bible, plus précisément la Torah qui comprend les cinq premiers livres de la Bible (le Pentateuque de l'Ancien Testament des chrétiens), rédigée sous sa forme définitive, semble-t-il, vers la fin du Vème siècle avant J.C., est le texte sacré qui relate la vie du peuple juif tout en étant le recueil des lois religieuses et morales à respecter, mais affirme aussi la vocation particulière du "peuple élu" - dont il convient de sauvegarder la pureté en prohibant les mariages mixtes, qui est invité à "féconder" la terre entière, et annonce la venu de celui qui permettra à la nation juive de connaître l'âge d'or - un homme qui sera "oint" par Dieu, le Messie (Meshiha en araméen, Mashi'ah en hébreu, Khristos en grec, Christus en latin).

(Après la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70 après J.C., les juifs de Palestine et les juifs dispersés (diaspora) se regroupent derrière leurs rabbins pour subsister en tant que "peuple élu".)

L'enseignement des rabbins de Palestine est conservé dans le Tamuld de Jérusalem, rédigé vers 400, et l'enseignement des rabbins de Babylonie dans le Tamuld de Babylone, achevé vers 500.
Ce dernier texte, beaucoup plus vaste,s'est imposé comme étant, après la Torah, la deuxième référence écrite de la religion juive.

Dans le Tamuld, selon les rabbins les plus anciens,le Messie, rédempteur promis par Dieu, "mettra fin à l'économie existante ; il inaugurera celle qui n'aura pas de fin et où les justes méneront une existence purement spirituelle, libérée des entraves de la chair.
Les docteurs plus récents considèrent la période messianique comme intermédiaire entre ce monde et le monde à venir (A. Cohen: Le Tamuld,Payot 1980, p. 432)).

Un nombre considérable de juifs, notamment pendant l'occupation romaine, prétendirent être le Messie.
Celui qui, ainsi que l'on sait, eut un destin historiquement incomparable est Yeshua ben Yosef de Nazareth, le galiléen (Jésus étant issu de la traduction grecque, Iêsous, de Yeshua).

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- La vie et l'oeuvre de Jésus

La vie de Jésus n'est connue qu'au travers des Evangiles, textes qui sont issus de la tradition orale.

Jésus est un galiléen originaire de Nazareth, né à Bethléem en 4 ou 5 avant l'ère qui porte son nom, et dont le point de départ ne fut fixé, de manière erronée, qu'au VIème siécle par Denys le petit (v. 500-545).

Selon la Tradition sa mère, Marie, le conçut vierge. Il passe son enfance à Nazareth, où l'époux de sa mère est charpentier. Sa famille descend du roi David.
A l'âge de 12 ans il se rend à Jérusalem et discute au Temple avec les docteurs de la Loi.
Vers l'âge de trente ans il se fait baptiser dans le Jourdain par Jean le Baptiste, dit Jean-Baptiste, prophète juif (peut-être influencé par la secte des Esséniens) qui prêche dans le désert la venue prochaine du Messie.

Les Esséniens, bien connus depuis la découverte d'une partie de leur bibliothèque (les Manuscrits de la Mer Morte) sont des juifs célibataires qui vivent une vie monocale ascétique (pauvreté, vêtement blanc commun, chasteté, prière) avec pour rites des bains quotidiens de purification et un repas sacré pris chaque jour en commun.

Les Esséniens croient que le monde est partagé en deux camps bien délimités, celui de la lumière, du bien et de la vérité (le parti de Dieu) et celui des ténèbres, du mal et du mensonge (le parti de Bélial, le Diable - Beli-ya'al signifie "vaut-rien").
Ils se préparent à la venue du Messie et à la guerre apocalyptique contre les forces du Mal.

Jésus fait une retraite solitaire dans le désert, tels les grands prophètes bibliques, pendant laquelle, toujours selon la Tradition chrétienne, il est tenté par Satan, le chef des démons.

De retour en Galilée Jésus apprend que Jean le Baptiste a été arrêté par le roi Hérode Antipas (v. 4-39).
Il commence son enseignement de rabbi dissident. Ses premiers disciples sont ceux de Jean-Baptiste. Il en choisit douze, nombre qui est celui des tribus d'Israël. Parmi ceux qui le suivent il y a des Zélotes, partisans contre les romains et leurs collaborateurs juifs d'une action violente et immédiate : Judas aurait été l'un d'entre eux.

L'enseignement est donné à tous, sans discrimination, y compris aux fous et aux prostituées, et s'accompagne de guérisons et de "miracles".

Le succès populaire de Jésus, notamment lorsqu'il se rend en Judée, à Jérusalem, inquiète les dirigeants juifs, sadducéens et pharisiens, ainsi que les romains, car il peut être fauteur de troubles.
Mais, par ailleurs, son enseignement peut décevoir les zélotes lorsqu'il affirme, notamment, que son royaume "n'est pas de ce monde".

A la Pâque de 28 ou 29 Jésus sur, selon la Tradition dénonciation de Judas, est arrêté par les juifs assistés des romains et traduit devant les instances judiciaires juives et romaines.
Pontius Pilatus, procurateur romain pour la Judée (26-v.36), le condamne à mort (et il est exécuté selon le supplice romain de la crucifixtion) pour agitation politique - Jésus étant accusé de s'être dit "Roi des Juifs".

Ses disciples affirment alors que Jésus est "ressuscité d'entre les morts", et qu'ils l'ont rencontré à Emmaüs.
C'est Dieu lui-même qui a voulu qu'il en soit ainsi, c'est le commencement du règne de Dieu dans un monde marqué par le péché.

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Les Evangiles sont au nombre de quatre et constituent les quatres premiers livres du Nouveau Testament: Evangiles selon Saint Mathieu, Saint Marc, Saint Luc, Saint Jean.
Les trois premiers sont dits synoptiques.

L'Evangile de Marc, 16 chapitres en grec, est écrit vers 75, par un juif converti vivant dans une ville romaine, et est centré sur la personne de Jésus, fils de l'Homme et fils de Dieu.

L'Evangile de Mathieu, 28 chapitres en grec, est écrit par un juif converti, vers 80-90, et est centré sur l'annonce du Royaume de Dieu et l'accomplissement en Jésus­Christ de la Loi et des prophètes.

L'Evangile de Luc, 24 chapitres en grec, écrit vers 100 par un païen converti vivant dans une ville grecque,a une conception universaliste du christianisme.

L'Evangile de Jean, 21 chapitres en grec, écrit vers 110-120 par un juif converti, contient de nombreux passages qui lui sont propres (noces de Cana, discours sur le pain de vie, résurrection de Lazare...) et est centré sur la symbolique dans une perspective théologique et liturgique.

Le Nouveau Testament comprend également les Actes des Apôtres (v.80-100); les 21 Epîtres (v.50-150), l'Apocalypse (V.96).

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- Le christianisme primitif

Le christianisme primitif fut, notamment, organisé par Saül, Saint-Paul (v.5-l5/v.62-64), un juif rigoriste qui combattit les chrétiens avant de se convertir et qui fonda des communautés en Asie Mineure (Galatie, Ephèse), Macédoine et Grèce.

Par son influence Paul dégagea la nouvelle religion du judaïsme en dispensant les gentils (goyim, non-juifs) de la circoncision et autres prescriptions judaïques, permettant ainsi son expansion en dehors du monde juif.

Sa doctrine, le paulinisme, est une mystique du Christ présenté comme étant le rédempteur de l'humanité déchue et une mystique de l'Eglise en tant qu'organisation sacrée qui serait le corps à la fois visible et invisible du Christ.

Dieu, qui est amour et non plus terreur, intervient dans l'Histoire de l'Humanité pour permettre au pêcheur d'atteindre à l'absolu, en lui donnant son fils Jésus, Homme et Dieu, "ressuscité d'entre les morts", le Messie.

Le message s'adresse à tous, est universel, et Dieu veut que tous y adhèrent.
Si Dieu intervient dans l'Histoire, et si cette Histoire a une fin dans l'absolu du paradis, l'Homme sur terre n'est pas désincarné.
Il agit dans l'Histoire en tant que chrétien engagé socialement.

La communauté instituée, l'institution chrétienne, l'Eglise, est une nécessité fonctionnelle, permettant la communion des fidèles, la prière, l'enseignement, l'administration des "sacrements".

La secte messianique des chrétiens, qui ne se sépara définitivement du judaïsme qu'en 65-70, eut de grandes difficultés à s'imposer dans les milieux cultivés de l'Empire romain.
Par contre les immigrés, les esclaves, les pauvres, les femmes, se laissèrent séduire par une idéologie qui leur promettait le bonheur pour l'éternité et condamnait très sévèrement le monde matériel, régi par une élite païenne inégalitaire et "corrompue".

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L'objectif du christianisme primitif est la construction d'un "homme nouveau", détaché des biens de ce monde, égalitaire et sans patrie, humble et soumis à Dieu.
Pour atteindre cet objectif il convient de lutter contre les forces du Mal: les riches et les puissants, les incroyants, les païens - que Saint Pierre lui-même compare à des "animaux sans raison, voués par nature à être pris et détruits" (2 Pierre II, 12).

Seule la société chrétienne est une soclété juste parce que fondée sur l'égalité de tous devant Dieu, parce que motivée par l'amour de Dieu et donc du prochain.
Face à la puissance du Mal, résistant au triomphe de la Vérité et donc de la Justice, la nécessité d'une organisation rigoureuse s'impose, qui ait sa place organique dans le monde et puisse jouir d'une grande liberté d'action par rapport au politique, donc d'une protection politique adaptée sinon d'une force politique autonome.

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- Le christianisme romain, religion d'Etat

c'est l'Empereur romain Constantin, premier empereur chrétien, qui a régné de 312 à 337, qui fit du christianisme une religion d'Etat, permettant à l'Eglise d'imposer son propre droit qui deviendra le droit canonique - ce qui se fait sous Théodose 1er qui règne de 379 à 395.

La théorisation sera, notamment, le fait d'Aurelius Augustinus (Saint Augustin, 354-430), berbère de citoyenneté romaine, qui subordonne étroitement la Loi humaine, profane, injuste par nature si elle demeure païenne, â la Loi biblique du Nouveau Testament ;
le Pouvoir civil devant aider l'Eglise chrétienne à lutter contre le schisme et l'hérésie et permettre son expansion universelle, catholique (du grec catholicos, universel, expression utilisée pour la première fois au début du IIème siècle par Ignace d'Antioche et officialisée par le concile de Constantinople en 381).

Le baptême du roi franc Clovis (v. 496), premier chef "germain" à embrasser la foi catholique, est d'une importance capitale.
Le catholicisme devient l'idéologie officielle d'un peuple indo-européen dit barbare.

Grégoire le Grand, pape de 590 à 604, se comporte comme un véritable souverain - les évêques jouant dans toute la chrétienté un rôle politique éminent.
En 756, Pépin le Bref, sacré Roi des Francs par Saint Boniface, et dont le coup d'Etat avait été approuvé par le pape Zacharie, donne au pape Etienne II, après une guerre victorieuse contre les Lombards, Rome et Ravenne qui vont constituer l'embryon du patrimonium Petri et du pouvoir temporel de la papauté qui subsistera jusqu'à l'unification italienne (1870).

A noël 800 Charlemagne est couronné Empereur par le pape Léon III.
Le catholicisme romain devient le pilier idéologique du pouvoir politique dominant en Occident, s'insérant dans l'organisation trifonctionnelle commune aux peuples indo-européens (la Souveraineté idéologique et politique, la guerre, la fécondité - les trois castes Hindouistes, les trois classes de Platon (magistrats-philodophes, guerriers-gardiens, producteurs), les trois Etats de la monarchie française d'Ancien Régime (Clergé, Noblesse, Tiers-Etat)).

Charlemagne utilise le catholicisme romain pour unifier son empire.
L'élection des évêques est remplacée par la nomination politique, ce qui eut pour effet concret de mettre l'idéologique au service du politique.

Jusqu'au XXème siècle la lutte pour la prééminence entre l'Eglise et les Princes dits chrétiens sera constante avec les conséquences que l'on sait, notamment la Réforme protestante du XVIème siècle qui enlève l'Allemagne septentrionale et orientale, la plupart des cantons suisses, le Danemark, la Norvège, la Suède, les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Ecosse et qui fonde une puissante idéologie concurrente d'influence mondiale.

C'est seulement en 1929, par les Accords du Latran entre le Saint-Siège et Mussolini, que le Pape renonce officiellement au pouvoir temporel mais l'Eglise catholique est toujours favorable aux rapports privilégiés, si possible de nature concordataire (l'Alsace-Lorraine en France), avec le Pouvoir civil, et entend participer à celui-ci par le moyen des partis politiques qui se réclament d'elle (démocrates-chrétiens).

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- L'Anglicanisme, religion d"Etat nationaliste.

Le schisme d"Henri VIII (1509-1547).

Les monarques britanniques du XIIème siècle s"étaient opposés à plusieurs reprises à Rome (Querelle des Investitures sous Henri 1er (1100-1135), conflit entre Thomas Becket et Henri II Plantagenêt (1154-1189.

Au XIVème siècle les souverains s'opposent à la lourdeur de la fiscalité des Papes d'Avignon, Clément VI et Innocent VI, (statut des Provisions en 1351; statut Praemunire en 1353).

La richesse des propriétés ecclésiastiques provoque scandale alors que la famine décime le peuple: l'aristocratie et la bourgeoisie convoitent ces propriétés.
En 1379 Wyclif, dans son ouvrage "De officio regis", affirme que le Roi doit gouverner I"Eglise comme l'Etat.

Henri VIII n"ayant pu obtenir l'annulation, par Rome, de son mariage avec Catherine d'Aragon fit prononcer le divorce par un tribunal anglais en mai 1533, à la suite de quoi il fut excommunié en mars 1534 par le Pape Clément VII.

En novembre 1534 Henri VIII, par l'Acte de suprématie, lui accordant ainsi qu'à ses successeurs le titre de "Chef Unique et Suprême de l'Eglise d'Angleterre", se séparait de Rome.
Thomas More, ancien chancelier du Roi, humaniste catholique et auteur du célèbre ouvrage "Utopie" (1516) s'y opposant fut décapité.

Les biens monastiques furent saisis au bénéfice de l'aristocratie et de la bourgeoisie.

L'hérésie réformée

La Réforme fut introduite sous Edouard VI (1547-1553), fils d'Henri VIII, et confirmée par Elisabeth Ière (1558-1603).
La Confession de foi protestante (dans un sens calviniste) fut proclamée dans les "Quarante-Deux Articles" de 1563 et confirmée dans les "Trente-Neuf Articles de 1563.

L'Eglise d'Angleterre se heurta non seulement aux catholiques mais également aux puritains calvinistes, aux presbytériens et aux congrégationalistes.

L'Eglise anglicane, pilier idéologique de l"Etat

L'Eglise anglicane est l'Eglise d'Etat de la Couronne.

Sa position juridique fut définie par un ensemble de textes promulgués sous Henri VIII, Elisabeth 1ère, Charles II (1660-1685), Guillaume III (1689-1702) et Marie II (1689-1694) et est actuellement régie par le Statut sur l'Assemblée Nationale de l'Eglise de 1919.

L'Eglise d'Angleterre possède des droits reconnus et est assujettie à des responsabilités légales: les ministres du culte sont également des magistrats étatiques, les Evêques siègent à la Chambre des Lords; les assemblées de l'Eglise font partie des organismes législatifs de l'Etat; les nominations sont contrôlées par la Couronne; le Prayer Book et les articles de foi ne peuvent être modifiés sans l'accord du Parlement.

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