En octobre 2002 les VIP (very important persons) sont toujours hostiles à la prison ...
Le système pénitentiaire français est traditionnellement critiqué par les mass-medias.
Un vaste programme de construction de prisons avait été envisagé entre 1986 et 1988, sous le gouvernement Chirac, M. Albin Chalandon étant ministre de la Justice, pour être ensuite largement abandonné puis repris en 2002 par le gouvernement Raffarin sous la présidence Chirac.
En janvier 2000 le livre du médecin chef de la prison de la Santé à Paris, le docteur Véronique Vasseur, fait scandale, et se vend très bien.
La docteure Vasseur dénonce l'état "horifique et lamentable" des prisons françaises.
La directeure de l'administration pénitentiaire, placée sous la responsabilité de Mme Guigou, ministre socialiste de la Justice, dit que ce sont les politiques de droite qui sont responsables.
Le Nouvel Observateur publie "un appel au ministre de la Justice" signé par 27 anciens prisonniers de la classe dirigeante (M. Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d'Elf-Aquitaine, Mme Christine Deviers-Joncour, ancienne "putain de la République", M. Bob Denard, ancien haut mercenaire, M. Pierre Botton, ancien haut affairiste et gendre de l'ancien maire de Lyon M. Michel Noir, M. Jean-Michel Boucheron, ancien maire d'Angoulême ...).
M. Jean-Michel Boucheron, condamné à deux ans de prison ferme pour corruption, trafic d'influence, faux et usage de faux (un "déficit" de 164 millions de francs dans le budget de la ville d'Angoulême constaté par la Chambre régionale des comptes en 1989) se confie au journal Le Parisien du 20 janvier 2000 (p. 16) :"La prison est une torture mentale quotidienne". Il aurait préféré ne pas y aller ...
Mme la ministre de la Justice fait savoir qu'un "grand chantier" va être entrepris : construction de "sept nouvelles prisons", "rénovation de cinq grands établissements parmi lesquels la Santé" ...
Le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur "la situation dans les prisons françaises", comprenant députés et sénateurs, dont les membres ont visité tous les établissements pénitentiaires, a été adopté à l'unanimité le 27 juin 2000 et publié le 5 juillet. Cette publication devrait être suivie d'une profonde réforme du système pénitentiaire français : diminution de la durée des détentions, accroissement des libérations conditionnelles, amélioration des conditions matérielles, création des appartements familiaux, etc ...
La campagne médiatique doit convaincre les français "moyens" de la nécessité de ces réformes concernant les délinquants alors que les français "moyens" auraient plutôt tendance à vouloir privilégier leur sécurité et seraient plutôt demandeur de réparation pour les victimes des délinquants ...
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18 octobre 2002
Les VIP - hommes politiques, patrons et hauts fonctionnaires - ayant eu maille à partir avec la justice sont en colère. Dans un ouvrage, « Tous coupables », publié chez Balland, quatre d'entre eux dressent un violent réquisitoire contre la justice et ses méthodes d'investigation. Jean-Michel Boucheron, ex-maire d'Angoulême, Loïk Le Floch-Prigent, ex-PDG d'Elf, Jean-Jacques Prompsy, ex-dirigeant de la Lyonnaise des eaux, et Olivier Spithakis, ex-patron de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF), dénoncent la façon dont ils ont été traités, que ce soit lors de leur garde à vue ou de leur placement en détention. Ecrit tambour battant, l'ouvrage pèche parfois par ses excès. Notamment lorsqu'il déplore qu'un élu reconnu coupable de malversations soit privé de son mandat par décision de justice.
Le recours abusif à la garde à vue, en particulier lors de l'explosion de l'usine chimique AZF, à Toulouse, où onze employés ont été interrogés par la police, constitue une autre de leurs cibles favorites.
Réunis au sein du groupe Mialet, du nom d'un ex-officier de police retrouvé pendu dans sa cellule de la Santé, ces personnalités préconisent une réforme de la procédure pénale, qu'ils voudraient plus contradictoire. A les lire, le système judiciaire français doit en finir avec le juge d'instruction, leur bête noire, censé instruire à charge et à décharge. Dans la pratique, ce ne serait pas le cas, selon Jean-Jacques Prompsy, président du groupe Mialet : « On ne peut pas être juge et partie, Maigret et Salomon. »
« Tous coupables : réquisitoire contre le système judiciaire et la prison » (Balland, 280 pages, 19 euros).
Denis Demonpion, le point 18/10/02 - N°1570 - Page 46 - 270 mots