Charles Millon

Millon : 80 note sur "présentant les grandes orientations"

Ainsi après les élections de 1998 M. Charles Millon, catholique traditionnel soucieux de l'avenir européen de la chrétienté, ayant été élu président de la région Rhône-Alpes avec les voix du Front national, et ayant, contrairement à d'autres élus de droite, refusé, tout d'abord, de démissionner, a affirmé n'avoir été élu que sur sa déclaration d'orientations et non après accords avec le dit Front national.
Mais selon ses opposants de "la gauche plurielle" sa déclaration d'orientations reprenait plusieurs dispositions du programme frontiste.
En conséquence de quoi, les chiraquiens et les centristes, toujours dynamiques, faisant pression sur lui, il doit finalement démissionner, et laisser la place à une chrétienne ultra-libérale.

Aux municipales de mars 2001 à Lyon M. Millon fusionne au deuxième tour sa liste avec la liste rpr-udf-dl (Chirac, Bayrou, Madelin) mais les chrétiens ultra-libéraux préférant soutenir la liste de la gauche plurielle c'est le candidat socialiste, M. Gérard Collomb, qui est élu maire pour remplacer M. Raymond Barre (chrétien libéral).

A la présidentielle de 2002 Charles Millon devra faire allégeance au candidat Jacques Chirac, ce qui lui permettra d'être nommé ambassadeur ... à la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture). Un beau fromage démocratique ...

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Tollé après la nomination de M. Millon à une ambassade

Pour les élus socialistes, l'ancien président de la région Rhône-Alpes a été désigné représentant de la France à la FAO pour faciliter la venue de M. Perben à Lyon. Le garde des sceaux a confirmé lui-même la nomination de l'ancien député de l'Ain

L'encombrant Charles Millon est redevenu un homme fréquentable pour la droite. Depuis sa nomination mercredi 3 septembre en conseil des ministres comme représentant de la France auprès de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ( Le Monde du 4 septembre), tous les leaders nationaux ou régionaux de la droite se sont félicités, à commencer par Anne-Marie Comparini, la présidente (UDF) de la région Rhône-Alpes. Celle-ci s'est déclarée « réjouie que Charles Millon ait une affectation à la FAO, une belle organisation ». Elle lui a souhaité « bon succès dans son activité ». Oublié le paria de la droite que l'UMP refusait encore de réintégrer dans ses rangs. L'homme, en pactisant avec le Front national pour conserver la présidence de la région Rhône-Alpes en 1998, avait précipité la défaite de la droite aux élections municipales de mars 2001...

Mais, à gauche, le retour en grâce de l'ancien ministre de la défense du gouvernement Juppé a provoqué un tollé. Malgré le démenti immédiat du porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, niant toute relation entre cette nomination et les futures échéances municipales de 2007, le lien n'a pas échappé aux leaders de la gauche, à commencer par François Hollande, qui dès avant la nomination de M. Millon dénonçait « les nominations pour convenances électorales ».

« PETITS ARRANGEMENTS »

Pour les élus socialistes, en effet, l'effacement de M. Millon de la scène politique lyonnaise est le préalable à une arrivée ainsi facilitée de Dominique Perben, qui a annoncé en juin son intention d'être candidat aux élections municipales de mars 2007 et qui, depuis cet été, s'est installé dans un appartement du 2e arrondissement de Lyon. Preuve supplémentaire à leurs yeux : la nomination de M. Millon à un poste d'ambassadeur a été confirmée par M. Perben lui-même, dans la cour de l'Elysée, à la sortie du conseil des ministres. Sollicité par Le Monde depuis jeudi soir, le cabinet du ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, n'a pas souhaité commenter ce choix.

« Cette nomination a pour but d'exfiltrer une personnalité gênante qui n'a jamais renié, pas plus que ses amis, l'alliance avec le Front national en 1998, s'est insurgé le groupe PS et apparentés de la région. Elle vise également à permettre la réintégration au sein de la droite lyonnaise et régionale des élus millonistes qui ont constamment cautionné l'alliance avec l'extrême droite et très souvent voté avec cette dernière au cours du mandat régional. » Le groupe a mis en garde la présidente UDF, Mme Comparini, contre ces « petits arrangements ».

Jean-Jack Queyranne (PS), l'ancien adversaire de M. Millon aux élections régionales de 1998, puis aux législatives de 2002, estime que la « FAO, grande organisation internationale, est ainsi mise au service de petits intérêts partisans ». « L'UMP, ajoute-t-il, cherchait à tout prix à écarter M. Millon de l'agglomération lyonnaise et de la région, afin de faire place nette et de satisfaire les ambitions de M. Perben. L'affaire est maintenant réglée. On retrouve là les vieilles habitudes de l'Etat-RPR qui n'a jamais hésité à utiliser toutes les ressources du pouvoir pour placer des proches ou récompenser des affidés. »

Le responsable de l'UMP du Rhône, Jean Girma, n'a pas tergiversé : « Bien sûr que cette nomination a un lien avec l'arrivée de Dominique Perben et j'en suis ravi. Cela va permettre de retrouver des compagnons égarés et de faire de l'UMP du Rhône un grand parti », a-t-il déclaré, indiquant que des proches de M. Millon l'avaient appelé pendant les vacances pour « trouver une solution ».

« PORTE-VALISE »

Toutefois, le retrait de la vie politique de M. Millon n'est pas une surprise à Lyon. Il était souhaité et attendu par la droite, incapable de résoudre le cas de l'ancien président de la région. Malgré son échec aux municipales de 2001 et aux législatives de 2002, celui-ci continuait de la menacer, laissant entendre qu'il pourrait se présenter aux régionales de 2004 si l'UMP refusait de s'allier avec lui. Depuis des semaines, la rumeur courait sur sa nomination prochaine à un poste d'ambassadeur. On évoquait même un poste en Colombie.

Interrogé sur cette hypothèse en juin, Charles Millon avait répondu qu'un poste d'ambassadeur ne « l'intéressait pas ». « Je n'ai pas envie d'être un hôtelier ou le porte-valise des ministres », avait-il lâché.

L'ancien ministre de la défense, chiraquien depuis 1994, n'avait cependant jamais coupé les contacts avec les conseillers de l'Elysée, notamment avec Jérôme Monod qu'il voyait régulièrement ou encore avec Alain Juppé auprès duquel il avait plaidé son intégration à l'UMP. Il avait aussi rencontré à plusieurs reprises M. Perben, un « ami », dont il est parrain de la dernière fille.

Sa nomination met fin à une carrière politique qui s'est soldée par un véritable échec. Elu maire de Belley en 1977, député de l'Ain en 1978 puis président du conseil régional de Rhône-Alpes en 1988, élu président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, consacré en 1995 ministre de la défense dans le gouvernement Juppé... Le parcours politique sans faute de Charles Millon s'était achevé le 15 mars 1998.

A égalité avec la gauche, le président sortant de la région avait choisi de s'allier avec le FN pour conserver son siège à la région. Dix mois plus tard, son élection fut invalidée et il dut laisser la place à Mme Comparini. La suite sera une série d'échecs : celui de son parti, la Droite libérale et chrétienne, ceux de sa candidature à la mairie de Lyon, puis à la députation dans le Rhône.

Depuis juin 2002, M. Millon avait perdu tous ses mandats nationaux, sans parvenir à s'imposer comme le chef de l'opposition à Lyon. Un sondage paru dans Lyon Capitale, mercredi, lui accorde 56 % d'opinions négatives. En juillet, la cour administrative d'appel de Lyon l'a condamné à rembourser 350 000 euros au conseil régional, correspondant aux loyers d'un appartement qu'il s'était attribué indûment. Quelques jours plus tard, le tribunal correctionnel de Belley lui a infligé deux mois de suspension pour conduite en état d'ivresse.
Sophie Landrin, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 5 Septembre 2003

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