Discrimination positive : Le préfet, condamné pour abandon de famille, est maintenu en fonction
Eraflure judiciaire pour le préfet Dermouche
Condamné à verser un euro à son ex-épouse
La vie privée d'Aïssa Dermouche ne nuira pas à sa carrière de haut fonctionnaire, même si, mardi (17 mai 2005), le tribunal correctionnel de Nantes a condamné ce premier préfet issu de l'immigration pour «abandon de famille». Épilogue d'un scandale aux conséquences nulles pour l'avenir de l'intéressé, comme l'a confirmé hier le ministère de l'Intérieur.
Le préfet, ancien directeur de l'école de management nantaise Audencia, était cité à comparaître après une instruction portant sur des paiements incomplets des pensions alimentaires de ses deux enfants. Son ex-femme, Michèle Pervier, avait porté plainte avec constitution de partie civile, entraînant automatiquement la saisine d'un juge d'instruction. C'est sur un arriéré de 197 euros, régularisé depuis plus d'un an, que s'est donc penché mardi le tribunal correctionnel de Nantes. «A l'issue d'une audience grotesque, le président a constaté le défaut de paiement, remarque Me Patrick Maisonneuve, avocat d'Aïssa Dermouche. Ce, en précisant qu'il ne relevait pas de la malveillance ou de l'intention de nuire mais de la négligence.» Le préfet a été dispensé de peine. Son ex-épouse recevra une réparation symbolique d'un euro, comme elle l'avait demandé.
Absent, le haut fonctionnaire, né en Algérie il y a 58 ans, a dénoncé dans un courrier un «guet-apens médiatico-judiciaire». Une thèse reprise par Me Maisonneuve, qui souligne «la concomitance» entre la plainte déposée contre son client et sa nomination au poste de préfet du Jura. «L'affaire arrive également peu après les tentatives d'attentats dont il a été la victime», dit-il. En janvier 2004, La voiture du préfet tout juste nommé avait explosé devant son domicile. Une semaine plus tard, une seconde charge détruisait la porte d'entrée d'Audencia. Malgré une forte mobilisation des services de police, aucune des pistes explorées – entourage familial, politique ou professionnel – n'aboutira. L'instruction est aujourd'hui sur le point d'être close, sans résultat.
C'est dans ce contexte que Michèle Pervier porte, en avril 2004, son différend conjugal devant la justice. Et persiste, malgré plusieurs tentatives de conciliation. Une démission du préfet, nommé par Nicolas Sarkozy en vertu de la discrimination positive, sera alors évoquée.
Le jugement rendu mardi n'aura finalement aucune incidence sur la carrière du haut fonctionnaire, actuellement en poste à la préfecture de Lons-le-Saunier, dans le Jura. L'homme reste silencieux aujourd'hui.
«Les spéculations médiatico-parisiennes concernant la vie privée du préfet sont considérées dans le département comme des imbécillités, remarque un connaisseur du Jura. L'audience ne l'aura certainement pas affaibli.» C'est pourtant un homme «méfiant» et «très soucieux de son image» que décrivent ceux qui travaillent avec lui. «Après sa prise de fonction très médiatisée en février 2004, il se sent probablement attendu au tournant», note un journaliste local.
Le préfet Dermouche doit en effet faire ses preuves dans un département industriel qui affronte depuis quelques mois de graves difficultés économiques. «Les secteurs du jouet et de la lunette sont notamment confrontés aux restructurations et aux délocalisations, indique Armant Spicher, rédacteur au Progrès. Il lui a fallu gérer la crise, puis mobiliser des aides financières.» Dans le Jura, Aïssa Dermouche est donc avant tout un préfet certes «rigide et un peu froid», mais aussi «rigoureux» et «travailleur». Selon un observateur, «c'est un grand ambitieux qui, animé par une haute idée de lui-même, ne veut surtout pas compromettre son avenir».
lefigaro.fr, Delphine Chayet et Dominique Hervouët [19 mai 2005] , p. 10
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(24 novembre 2005) Attentats contre le préfet Dermouche: tous les gardés à vue remis en liberté
Les neuf individus interpellés mardi dans le cadre de l'enquête sur les attentats de janvier 2004 perpétrés contre Aïssa Dermouche, premier préfet issu de l'immigration, ont été remis en liberté, a-t-on appris jeudi de source proche du dossier.
Trois gardés à vue ont été remis en liberté mardi soir et cinq autres mercredi soir. Le dernier des neuf interpellés, reçu par le juge d'instruction chargé du dossier jeudi matin, a refusé de répondre aux questions et a été remis en liberté.
Il pourra cependant être convoqué ultérieurement pour être entendu par le juge en présence de son avocat, selon cette même source.
Après de multiples investigations en France comme à l'étranger, notamment en Autriche, la justice s'est de nouveau penchée il y a quelques mois sur la piste de l'extrême droite, déjà exploitée au début de l'enquête mais sans résultats à l'époque.
Neuf personnes proches des milieux d'extrême droite avaient été interpellées mardi matin dans l'ouest et l'est de la France par la police judiciaire de Nantes et placées en garde à vue pour des "vérifications".
Les gardés à vue étaient des jeunes, dont deux femmes, âgés de 20 à 30 ans.
Le 18 janvier 2004, un premier attentat avait détruit la voiture de fonction de M. Dermouche, directeur d'Audencia, l'Ecole supérieure de commerce de Nantes, nommé préfet quatre jours plus tôt par le gouvernement qui souhaitait en faire un modèle "d'intégration républicaine".
Une deuxième charge avait explosé le 25 janvier à l'entrée d'Audencia, avant qu'une troisième, de moindre ampleur, n'explose le 29 janvier dans la boîte aux lettres du lycée fréquenté à Nantes par un des fils de M. Dermouche.
AFP 24.11.05 | 16h19
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(23 novembre 2005)
"Lourdement handicapé après un accident vasculaire cérébral qui a laissé des séquelles irréversibles, Aïssa Dermouche n'est plus préfet en exercice.
Rodolphe Landais, Le Parisien, 23 novembre 2005, p. 12
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