Jean-Baptiste Duroselle 1917-1994.
Historien, professeur à La Sorbonne et à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Sciences-Po).
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AVANT-PROPOS
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Un immense talent, des circonstances hautement favorables, telles apparaissent les conditions de la césa rite réussie. Malheureusement, il faut aller plus loin et percevoir dans ces hommes une extrême brutalité, qui se confond avec un égoïsme total et une ambition sans frein. Paul Faure nous parle de « ce goût du sang, cette fureur de tuer, cette cruauté qui est une des constantes du caractère profond d'Alexandre». Pour César, les récits de la guerre des Gaules autres que ses propres Commentaires montrent sans cesse des villages massacrés, hommes, femmes et enfants. Mais souvent des marchands d'esclaves suivaient les légions romaines. Alors César préférait leur vendre ces mal- heureux. A Rome, «on vit affluer des files inter- minables d'esclaves [...], des convois gonflés de butin ». Napoléon n'a organisé de massacres systématiques que pour les prisonniers qu'il avait faits à Jaffa, lors de sa campagne d'Égypte et de Syrie. Mais il a fait s'entre-tuer plus d'un million d'hommes. Il est superflu ici d'évoquer les millions de victimes de Hitler et de Staline, indépendamment même des pertes militaires.
On en vient à cette idée désagréable que les « grands hommes» sont souvent ces massacreurs qui sacrifient les autres.
Idem, L'invasion impériale, p. 106
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Le grand historien grec, Polybe, né vers 210 avant J.-C., fut pris comme otage par les Romains et déporté en Italie. Il devint le confident d'un important Romain, Scipion Émilien. Il voyagea beaucoup, du Portugal au Maroc, d'Égypte en Syrie et en Cilicie.
Pourquoi cette supériorité romaine? Il l'analyse avec pénétration. C'est, dit-il, une aventure «sans pré cédent ». Les succès sont d'abord liés à la constitution romaine, à la fois monarchique (les consuls), aristocratique (le Sénat), qui dirigeait notamment le trésor public et toute la politique étrangère, enfin démocratique (les comices, assemblées qui élisaient notamment les magistrats). «Dans toutes les situations critiques, écrit Polybe, un parfait concert s'établit entre les trois pouvoirs, si bien qu'on ne saurait trouver un meilleur système de gouvernement. Quand survient une menace extérieure [...] l'Etat se trouve mu par une telle somme d'énergie que rien de ce qui est nécessaire n'est négligé. »
Ibidem, p. 108
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Il est une invasion impériale qui présente peut-être plus de gravité encore que la césarite : celle des fanatiques. Dans ce mot, il faut voir, me semble-t-il, trois éléments:
- 1) La conviction qu'on détient la vérité;
- 2) Le droit d'imposer cette vérité aux autres, au besoin par la violence;
- 3) L'acceptation de la mort pour aider au triomphe de cette vérité.
Toute l'histoire humaine est entachée de guerres de religion, les pires de toutes, par leur acharnement. On peut, certes, essayer de convaincre pacifiquement. Tel est le cas des missionnaires, de toutes religions. Mais par moment, le fanatisme l'emporte. Il faut longtemps pour qu'il s'évanouisse et qu'apparaisse la tolérance.
Ibidem, p.