John Paul Lepers
1
Avertissement de l'éditeur
A l'origine de ce livre, il ya un film, tourné et monté
au cours des quatre derniers mois de 2004. Un film
intitulé Madame ou plutôt Madâme avec un accent circonflexe.
Ce portrait de cinquante-deux minutes réalisé
originellement pour Canal +, personne, ou presque, ne
l'a vu. Personne sans doute ne le verra avant longtemps.
Ainsi en ont décidé ceux qui au sein de la chaîne cryptée
ont choisi de ne pas diffuser ce film.
« Le film n'est pas bon », « l'enquête n'est pas faite »...
Voici quelques-unes des raisons qui ont été avancées par
les dirigeants de Canal + pour justifier cette déprogrammation de l'antenne.
Autant vous dire que l'éditeur de ce texte ne partage
pas ces jugements. Il pense plutôt que cet excellent film
a sans doute été "interdit!" pour de mauvaises raisons;
ne pas déplaire au « Château» (l'Élysée) et plus précisément à la châtelaine jusqu'ici épargnée par les journalistes de télévision.
Madâme, Impossible conversation, p. 5
2
- ... Allons John Paul, nous avons été collègues!
Nous avons fait partie de la même maison... »
C'est vrai, pendant huit ans j'ai été journaliste à TF1 !
Je n'ai plus beaucoup d'amis dans la chaîne de Bouygues, ils sont presque tous partis, ou se sont fait virer,
comme moi. Mais quand j'y suis entré en 1986, c'était
encore le service public, rue Cognacq- Jay.
Anne Barrère
y animait Santé à la une avec son mari, Robert Namias.
Tous deux ont fait une belle carrière depuis. Lui est
directeur de l'information de TF1 et président depuis
2003 du Conseil national de la prévention routière, elle
dirige la communication et les relations presse des opérations caritatives de la première dame de France.
Des
bonnes places. Ce jour-là, j'avais donc appelé Anne Barrère pour l'informer de la réalisation du portrait de sa
patronne et essayer, quand même, d'avoir un accès à
Bernadette Chirac.
« Quel est l'angle de votre enquête John Paul?
- Ce sont les différentes facettes de la femme publique
qui m'intéressent. Il y a celle qui réussit tous les ans à
mobiliser la France avec les "Pièces Jaunes" et "+ de
Vie", celle qui aide les enfants ainsi que les anciens dans
les hôpitaux.
Il y a aussi la femme politique, élue et
réélue depuis trente ans en Corrèze.
Il y a enfin la
personnalité politique, cëlle qui depuis quelques années
a pris une envergure nouvelle dans la vie politique nationale. Ce film ne sera ni une enquête sur les affaires qui
touchent son mari, ni un publi-reportage, si vous voyez ce que je veux dire...
- Je vois. Qu'attendez-vous de moi?
Ibidem, p. 27
3
Selon Jean-Claude Laumond Bernadette la pris en grippe le jour où il a annoncé à Jacques Chirac son intention de se marier avec Armelle la fille du docteur
Benassy. À l'annonce de cette nouvelle le Président Chirac le félicite d'un ton à la fois paternel et dégagé:
« Bravo Laumond toutes mes félicitations. »
Et ce n'est
que le lendemain que le chauffeur fut informé de la
réaction de Bernadette. Bien entendu le Président ne lui
en toucha mot mais le personnel affecté à son service
et qui était alors composé d'appelés du contingent lui
rapporta la scène à peu près en ces termes présidentiels:
« Vous savez que Laumond va se marier avec la fille
Benassy ?
- Comment? Mais Jacques vous ne pouvez pas
laisser faire une chose pareille!
- Comment cela?
- Mais enfin il s'agit de notre chauffeur il ne peut
pas se marier avec la fille du docteur !... Ce serait une
mésalliance! Vous devez empêcher cela Jacques! »
Ibidem, p. 55
4
Aristocrate! Cette épithète, je ne l'avais pas plus
recherchée avec Karl Lagerfeld qu'avec Jean-Pierre Monteil et les «résistants» de Sarran. Pourtant elle revenait
sans cesse, comme une accusation en Corrèze, comme
un compliment à Paris, lorsqu'on parlait de Bernadette
Chirac.
« Je l'ai beaucoup vue à Monte-Carlo dans le temps,
car elle faisait partie du jury du concours de bouquets
dans les années quatre-vingt. C'est d'ailleurs là que je
l'ai connue. C'était amusant. Et comme cela, ça faisait
un week-end à Monte-Carlo et on s'occupait d'elle. A
l'époque elle n'était pas encore présidente de la République, mais c'est la même qu'aujourd'hui!
- Sauf qu'elle n'est pas présidente de la République,
objectai-je en rigolant.
- Ach, femme de Président c'est pareil! Pour moi elle
est présidente, c'est comme Jackie Kennedy.
- Ce n'est plus la royauté chez nous!
- Non mais quand même, la France est encore assez
comme cela. Ça ne me gêne pas, notez, au contraire, je
suis entraîné pour être dans les cours!
- Elle est bien placée pour être la première dame de
France?
- Ah oui moi je la trouve parfaite! Ah ça, pour moi
elle est idéale. Mais comme je suis étranger, ça n'a rien
à voir, politiquement parlant. »
Ibidem, p.210
5
Madame n'aimait décidément pas ma façon de travailler. Et l'interview « à la volée », dans un contexte
réel, ça n'était pas son truc. J'avais bien senti que nos
rapports s'étaient de nouveau légèrement tendus lors de
l'inauguration de sa Maison des Adolescents, comme si
ma présence gâchait un peu son plaisir.
Malheureusement pour vous Madame, lorsqu'on est un personnage
public comme vous l'êtes, il faut accepter de rendre des
comptes aux citoyens. Et la presse est là pour interroger,
non pour servir.
Ibidem, p. 229
6
Je fus retenu encore quelques secondes, le temps que "la tortue" se soit éclipsée. Incroyable! Les élus de la
najorité s'étaient transformés en service d'ordre afin que leur protégée n'ait pas à répondre à la presse!
« Super! C'est une première, bravo les gars! »
Furieux, je m'engouffrai dans le couloir. En face de
moi une porte était ouverte. Je remarquai une main qui
actionnait la poignée, et avant que la porte ne se
referme, je pus distinguer un pull brodé aux couleurs
rasta ! Madame s'était enfermée dans un bureau, comme
une voleuse, pour éviter encore une fois de répondre à
mes questions.
Manifestement la première dame de
France ne se rendait pas compte du ridicule de la situation dans laquelle elle se mettait toute seule...
Ibidem, p.277
7
Bernadette Chirac se tend de plus en plus. En même
temps, j'ai l'impression d'être le premier depuis longtemps à lui avoir signifié que son blabla ne m'intéressait
pas! C'est le moment d'aborder les dossiers lourds. Mais
Madame a finalement réussi à m'intimider, je me sens
comme inférieur, un vassal face à sa Reine courroucée.
La différence de classe sociale s'est imposée à moi, dans
la précipitation je ne sais plus par quoi commencer, son
bilan, le mélange des genres, son autoritarisme... J'opte
pour le clientélisme... et je vais me prendre les pieds
dans le tapis...
« Eh bien dans ce département, dans votre canton,
on vous critique. Certains disent que vous faites du
clientélisme, de manière assez soutenue. C'est paraît-il
une tradition religieu... euh régionale par ici.
- Oh là là, vous bafouillez monsieur... Écoutez, je
vais vous répondre en une phrase.
- Oui?
- On ne peut pas plaire à tout le monde !...
Ibidem, p. 287
8
Madame avance vers la caméra, comme pour sortir
de la pièce. Son conseiller ne peut s'empêcher de mettre
la main devant l'objectif. Il n'y a plus d'image digne de
ce nom, mais l'enregistrement court toujours pour quelques secondes encore...
« Qu'est-ce qui vous a pris madame, je suis désolé...
- Non, vous n'êtes pas désolé, vous n'êtes pas de
bonne foi et vos questions n'ont pas de sens!
- Mais c'est une vraie question que je me pose!
- Vous dérapez tout de suite sur des choses qui n'ont
aucun sens! Excusez-moi de vous le dire.
- ...
- Alors je veux bien, alors que les conseils qui me
sont donnés sont tout à fait contraires à cela, vous rencontrer une fois à l'Élysée, mais avec des vraies questions ! »
Ah tiens! Madame veut remettre ça... Mais avec de « vraies questions », et puis quoi encore? Je lui réponds aussitôt :
« Ce seront les mêmes, madame! »
Ibidem, p. 291
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John Paul Lepers en quelques dates :
1957 : Naissance à l’hôpital américain de Neuilly, d’un père « français libre », et d’une mère anglaise chauffeur de camion dans la RAF pendant la guerre 39-45.
Mai 68 : Son frère, étudiant à Nanterre, lui fait découvrir la « Révolution » au quartier latin
1969 : Refuse au dernier moment de faire sa communion solennelle
1972-75 : Meneur de grève au lycée « la Colinière » à Nantes
1979 : Première expo photo
1981 : Création d’une radio pirate à Nantes, « Radio Azimut »
1982-85 : Entre à France-Inter Pigiste pour le Monde de l’Education, reporter à l’Echo des savanes et photographe à l’agence Gamma
1985-93 : Reporter à la rédaction de TF1 (d’abord chaîne publique, puis privatisée). Couvre les conflits en Afrique, Afghanistan et Roumanie.
Création de « Putain de Radio », cirque radiophonique itinérant.
1993 : Viré de TF1 par Gérard Carreyrou
1993-96 : Passage sur ARTE et France 2. Premiers reportages politiques.
1996-2002 : Entre à Canal+, à la création du Vrai Journal de Karl Zéro. Il y restera 6 ans.
2002-05 : Quitte le Vrai Journal, et réalise des films de 52 minutes pour Lundi Investigation. A ce jour 13 films tournés, dont 12 diffusés.
Fin 2005, départ en bons termes de Canal+, pour explorer de nouveaux territoires (édition, cinéma, internet)
2006 : Collaboration à l’émission « Arrêt sur images » de Daniel Schneidermann (merci à lui...), diffusé sur France 5 le dimanche à 12H30
(Le blog de John Paul Lepers)
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