Jules Ferry, fondateur de l'école laïque, et colonisateur des peuples à "éclairer"

Jules Ferry (1832-1893) souhaitait que tous les Français puissent, à 11 ans, maîtriser les savoirs dits de base : la lecture, l'écriture, l'arithmétique élémentaire.
Stéphanie Pichon, Le Parisien, 22 janvier 2001, p. 13.

(En 2000 l'objectif du ministre de l'Education nationale est le même : pour l'âge de 16 ans. Encore une "avancée démocratique")

Quand l'armée traque l'illettrisme
CHAQUE ANNÉE, le constat est le même : environ 10 % des jeunes qui se présentent aux Journées d'appel et de préparation à la défense (JAPD), comme celles qui se sont tenues ce samedi à la caserne de Reuilly, à Paris, relèvent de l'illettrisme. Et malgré les entretiens de fin de journée destinés à les orienter vers des structures adéquates, la plupart de ces jeunes ne sont pas suivis après ces tests. Pour dépasser ce triste constat, le ministère de la Défense, en partenariat avec celui de l'Education nationale, a décidé d'agir.
Depuis le 23 novembre dernier, le ministère a demandé à des associations spécialisées dans la formation ou l'illettrisme de venir à la rencontre des jeunes les plus en difficulté, sur le site même des JAPD. Lancé sur cinq centres d'appel à titre d'expérimentation (Aubervilliers, Montluçon, Nevers, Périgueux et Blois), le dispositif Fassier ­ du nom du général en charge du dossier ­ devrait permettre de suivre de très près, pendant un an, une centaine de jeunes qui ne maîtrisent pas les savoirs de base afin de les mettre à niveau.

Un travail sur le long terme et individualisé

Le premier objectif, sans doute le plus délicat, consiste à capter une population « que nous n'arrivons pas à suivre habituellement », explique Jean-Philippe Rivière, chargé de mission au ministère de la Défense. En effet, le personnel militaire a souvent du mal à convaincre les jeunes de contacter la mission locale de leur quartier pour régler leurs problèmes d'illettrisme.

C'est pour ça qu'interviennent des associations qui ont l'habitude du travail social et du contact avec cette population. Une fois que les jeunes sont repérés, pas question de les lâcher. Les rendez-vous sont fixés dès la semaine suivante. Commence alors un travail à long terme et surtout individualisé (lire notre reportage ci-dessous).

A Montluçon, les rencontres s'organisent à la convenance du jeune, « dans un bar, dehors, chez lui, dans un coin de campagne », énumère Francis Lavoine, directeur de Saint-Exupéry Formation. A Aubervilliers, les jeunes sont conviés au siège de l'association, où ils font la connaissance d'un bénévole, qui va les suivre individuellement pendant un an, et d'un formateur.

A chacun sa méthode. « Nous n'avons donné aucune ligne pédagogique, explique Jean-Philippe Rivière. Pour multiplier les expériences et augmenter les chances de résultats. »

Evidemment, chaque jeune a son propre profil. Certains sont encore scolarisés, « pour une grande majorité en lycée professionnel », précise Francis Lavoine, d'autres ont déjà quitté le système scolaire.

Selon les situations, la remise à niveau consiste en cours du soir ou en une véritable formation à plein temps en lecture, écriture et mathématiques. L'idée étant d'orienter les jeunes vers un véritable projet professionnel. Avant la fin de l'année, un rapport d'étape sera rendu pour mesurer l'impact de cette expérience.

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