Bamiyan, 02 mars 2001.
Mandarom, 06 septembre 2001.

Au nom de l'islam...*

DEPUIS trop longtemps, les talibans martyrisent la population de l'Afghanistan. Ce groupe de mollahs obscurantistes, d'origine pachtoune, formés et soutenus par le Pakistan, a tout particulièrement ciblé les femmes. Etre afghane sous le régime de ces intégristes islamistes, c'est être ramenée à l'esclavage le plus abject : condamnée à l'analphabétisme, à l'absence de soins médicaux, ou presque, à la soumission conjugale totale, au voile depuis le plus jeune âge ; c'est être menacée de lapidation, interdite de tout travail hors de la maison ou des champs ; c'est vivre à la merci de la violence institutionnalisée des hommes.

Milices des talibans, les " étudiants en religion " ont été formés dans les écoles religieuses du Pakistan. Ils sont armés – artillerie lourde et chars – par l'armée pakistanaise. Ils sont placés sous la coupe des services secrets d'Islamabad. Grâce à cet appui, ces milices contrôlent à peu près tout le pays depuis deux ou trois ans. Leur domination a mis un terme à la guerre civile qui ravageait l'Afghanistan depuis douze ans, depuis la fin de l'occupation soviétique qui, elle-même, avait donné lieu à dix ans de lutte contre l'armée rouge. L'Afghanistan est donc un pays qui, depuis un quart de siècle, a vécu dans la guerre, avec son cortège d'horreurs.

L'Afghanistan des talibans est une suite d'interdits édictés au nom de l'islam : la musique, le cinéma, les cassettes vidéo, la danse, toute autre tenue vestimentaire que celle décrétée par les mollahs, qui imposent aux hommes le port de la barbe, non taillée, et, cinq fois par jour, la prière à tous. Au nom d'une interdiction des représentations figuratives qu'édicterait l'islam, les " étudiants en religion " ont entrepris de démolir à l'explosif le patrimoine architectural et statuaire bouddhiste du pays. Ce vendredi matin 2 mars – en principe, jour de la prière –, ils attaquaient au char et à la roquette les admirables bouddhas géants de Bamiyan. L'ordre en a été donné par le chef suprême des talibans, Mohammad Omar, dit " le Borgne ". Il importe peu de savoir que le mollah Omar agit ainsi pour contrer une offensive politique sur sa droite. Ce vandalisme perpétré par un régime qui n'est reconnu que par trois pays (le Pakistan, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis) appartient à la vieille folie de ces révolutions qui, voulant créer un " homme nouveau ", entendent tuer le passé en commençant par en éradiquer la mémoire. En cela, l'islam intégriste des talibans se rattache à la barbarie des grands totalitarismes modernes – nazi et, dans ses versions stalinienne et maoïste, communiste.

Comment arrêter les talibans sans faire souffrir davantage les Afghans ? La réponse passe sans doute par une pression sur le parrain pakistanais. Mais, tous ces crimes étant perpétrés au nom de l'islam, on aimerait aussi entendre la condamnation sans appel des plus hautes autorités musulmanes. Car, à tort bien sûr, c'est aussi l'image de l'islam qui est en jeu à Kaboul et à Bamiyan.
* LE MONDE.fr | 02.03.01 | 14h48 | editorial

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La chute du Mandarom

La statue a été détruite ce jeudi 6 septembre 2001, après la reprise des travaux de démolition. Construite sans permis, elle mesurait 33 mètres et pesait 800 tonnes.

La statue géante de la secte du Mandarom, sur les hauteurs de Castellane (Alpes-de-Haute-Provence), a été dynamitée et détruite jeudi peu avant 17h30. La statue à l'effigie du gourou Gilbert Bourdin, aujourd'hui décédé, avait été érigée en 1993 par les adeptes de la secte sans permis de construire. Les travaux de démolition de l'ouvrage, haut de 33 mètres et pesant environ 1.000 tonnes, avaient commencé mercredi matin conformément à une décision du tribunal des référés de Digne. Jeudi après-midi elle s'est écroulée en quelques secondes. Cisaillée à la base par la déflagration, elle a basculé en arrière. Sa tête s'est séparée du corps au moment de la chute et l'ensemble du monument s'est écroulé dans un ravin naturel en contrebas. Un immense panache de fumée s'est aussitôt élevé du site, emporté par le vent. "Je vais sabler le champagne. Ce sont 10 ans de combat qui viennent de réussir. La destruction de la statue, c'est la mort de la secte", a déclaré Robert Ferrato, le président de l'association de protection du site du Verdon, qui a assisté à la destruction. "Notre combat à nous est pratiquement terminé. C'est une victoire de voir disparaître cette statue du paysage. Je vais pouvoir dormir tranquille cette nuit". (AP)

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