Chapitre 1. Les pulsions fondamentales de l'être humain
(Chapitre 2. L'organisation sociale nécessaire)

27. L'être humain est un animal agressif, plus ou moins.
Etre agressif, c'est aller de l'avant, c'est aller de l'avant vers la liberté d'être soi-même, c'est à dire vers le développement de ses potentialités.
L'agressivité (Pour une critique systématique : Yves Michaud, Violence et politique, Gallimard, Paris, 1978, pp.139-156 "Conceptus ex machina : l'agressivité") a deux modes d'expression, deux formes, à la fois opposées et complémentaires :
- une forme positive, l'agressivité constructive, allant dans le sens de l'agrégation, de l'intégration : c'est l'agressivité positive (Jean Bergeret, La Violence fondamentale, Dunod, Paris, 1984) qui a pour but d'obtenir des résultats positifs quant à la conservation de l'individu et du groupe social ;
- et une forme négative, l'agressivité destructive allant dans le sens de la désagrégation, de la désintégration : c'est l'agressivité négative, l'attaque de désagrégation des autres mais aussi de soi-même.

Afin de ne pas confondre les deux formes de l'agressivité nous parlerons d'agressivité constructive, d'une part (section 1), et de violence de destruction, d'autre part (section 2).

Section 1. L'agressivité constructive

28. C'est tout d'abord une agressivité animale, instinctive (§ 1), mais c'est aussi une agressivité plus spécifiquement humaine, néo-cortexée, l'agressivité affirmation de soi qui est une soif de liberté (§ 2).

§1. L'agressivité animale

29. Konrad Lorenz (1903-1989)

(Konrad Lorenz, Das sogenannte Böse zur Naturgeschichte der Agression, Borotha-Schoeler, 1963, L'Agression, une histoire naturelle du mal, Flammarion, Champs n°20, Paris, 1969. Lire également de l'un de ses disciples Irenäus Eibl-Eibesfeld, Liebe und Hass, Piper, München, 1972, Guerre ou paix dans l'homme, Stock, Paris, 1972),

- qui est l'un des fondateurs de l'éthologie (Avec Nikolaas Tinbergen, notamment Social Behavior in Animals, Halsted Press, New York, 1966, La vie sociale des animaux, Payot, Paris, 1967),
- éthologie qui est la science du comportement animal,

est l'auteur d'une thèse (A/) qui est contestée (B/).

A/ La thèse de Konrad Lorenz

30. Selon Konrad Lorenz l'être humain est un animal agressif, comme les autres animaux (1°), mais qui fait cependant exception (2°).

1° L'être humain est un animal comme les autres

31. Tout d'abord, selon Lorenz, il n'y a pas, stricto sensu, d'agressivité entre animaux d'espèces différentes, sauf exceptions. Par exemple si des animaux d'espèces différentes s'entretuent ce n'est que pour des raisons alimentaires. Le chasseur, normalement, n'est pas agressif à l'égard du gibier.

Pour Lorenz l'agressivité animale est l'instinct de combat de l'animal qui entend maintenir ses rivaux de la même espèce à une certaine distance, un point c'est tout. Et l'être humain, lui aussi, entend maintenir ses rivaux à distance.

Normalement, donc, selon Lorenz, l'animal ne serait pas un tueur intraspécifique, il maintien le rival de la même espèce à distance, il ne l'extermine pas.
Mais c'est là que l'Homme fait exception.

2° Mais l'être humain est un animal qui fait cependant exception

32. Konrad Lorenz pense que l'être humain fait exception car l'être humain est bien, lui, un tueur intraspécifique. L'être humain, notamment comme le rat, qui fait également exception, peut tuer ses rivaux et non pas seulement les maintenir à distance.

Autrement dit la formule du philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679)

( Thomas Hobbes, English works, 11 vol., Opera latine, 5 vol., edit. William Molesworth, London 1839-1845, Scientia Verlag, Aalen, Deutschland, 1966; Oeuvres, 12 vol., Vrin, Paris, 1990-1996; Léviathan, éd. François Tricaud, réimp., Sirey, Paris, 1983 ; Le Citoyen (De Cive), éd. Simone Goyard-Fabre, GF Flammarion n°385, Paris, 1982),

- formule empruntée au poète romain Plaute (Titus Maccus Plautus, v.254-184), selon laquelle l'homme est un loup pour l'homme, "homo homini lupus", est inexacte puisque les loups sont des animaux "normaux".
Elle doit donc être remplacée par la formule "homo homini ratus", l'homme est un rat pour l'homme.

B/ La thèse de Konrad Lorenz est contestée

33. Konrad Lorenz est, tout d'abord, critiqué ou contesté par certains culturalistes environnementalistes, mais aussi par certains naturalistes sociobiologues .

34. Tout d'abord les environnementalistes, culturalistes, notamment certains néo-lamarckistes, pensent que, dans le comportement social de l'être humain, c'est l'environnement, le milieu, la culture, qui joue le rôle principal.

Donc certains culturalistes modérés critiquent Lorenz qu'ils accusent de ne pas suffisamment tenir compte de "la dimension humaine"( Alexander Alland, The Human Imperative, Columbia University Press, 1972, La Dimension humaine, réponse à Konrad Lorenz, Le Seuil, Paris, 1974), "dimension" dans laquelle la culture joue un rôle non négligeable.

Mais certains environnementalistes sont des absolutistes, comme les "radical-scientists", qui affirment que l'être humain est fondamentalement culturel.
Les "radical-scientists" critiquent donc radicalement la thèse de Lorenz qui fait du biologique le fondement du comportement humain, et ils critiquent tout particulièrement son homme tueur (John P. Scott, Aggression, Univ. of Chicago Press, 1970).
Si les humains se tuent entre eux, disent-ils, c'est la faute de la Société, il faut donc changer la Société.

35. Lorenz est également contesté par certains sociobiologues qui lui reprochent, au contraire, d'avoir une vision "trop aimable" de la nature, alors que "plusieurs chercheurs ont montré que de nombreux animaux pouvaient s'entretuer d'une façon non exceptionnelle", comme les lions, les hyènes, les mouflons, les boeufs musqués ...( Yves Christen, Biologie de l'idéologie, Carrère, Paris, 1985, p.23).

Pour ces sociobiologues l'homme n'est pas un tueur intraspécifique exceptionnel mais un tueur intraspécifique naturellement normal (Ces sociobiologues nous disent que la recherche du pouvoir est la recherche du plaisir de voler et de tuer impunément. A ce propos l'intéressant ouvrage d'Alain Minc, Antiportraits, Gallimard, Paris, 1996).

§2. L'agressivité affirmation de soi

36. L'agressivité affirmation de soi c'est la soif de liberté (A/), avec ses conséquences positives et négatives (B/).

A/ La soif de liberté

37. Si l'être humain est un animal, c'est un animal psychique (1°). L'être humain est un animal psychique qui entend se différencier (2°) mais tout en se conformant (3°), ce qui le conduit à l'affrontement et donc nécessite un réglement des conflits, une civilisation par la règle (4°).

1° L'être humain est un animal psychique

38. Selon le psycho-sociologue Erich Fromm (1900-1980)

( Erich Fromm, The anatomy of human destructiveness, Holt, Rinehart and Winston, New York, 1973, La Passion de détruire. Anatomie de la destructivité humaine, Robert Laffont, Paris, 1975. Né à Francfort il fait ses études à Heidelberg, membre de l'Ecole marxo-freudienne de Francfort il émigre aux Etats-Unis en 1934 : c'est la loi nazie du 7 avril 1933 qui met d'office à la retraite "tout fonctionnaire qui n'est pas d'origine aryenne")

- c'est la faiblesse instinctive, la faiblesse naturelle, de l'être humain qui a fait sa force.
Autrement dit l'être humain, incapable de survivre naturellement dans un environnement défavorable, a découvert le moyen de subsister par la culture, par le raisonnement logique, par l'intelligence.

Psychiquement l'être humain entend se situer dans la nature et donc face aux autres. En se situant dans la nature et face aux autres l'être humain donne du sens à sa vie, ce qui l'amène à essayer de se différencier pour être lui-même (2°) tout en se conformant aux règles nécessaires à sa survie sociale (3°).

2° Un animal psychique qui entend se différencier

39. De fait l'être humain vit en société, dans des groupes sociaux plus ou moins complexes, des groupes sociaux hiérarchisés avec des dominants et des dominés.
Dans ces groupes et face aux autres l'être humain prend plus ou moins conscience de sa situation dans la hiérarchie sociale et, en fonction de son degré d'agressivité, de sa personnalité et du milieu, c'est à dire des réactions des autres, il essaye de trouver la place qui lui paraît correspondre à ses capacités.

Donc, dans son groupe d'appartenance, l'être humain entend se faire reconnaître comme valeur et bénéficier d'une juste place.
Or, dans tout groupe social, pour être justement reconnu il faut faire ses preuves. Il faut donc, pour pouvoir faire ses preuves, avoir des moyens d'action et d'expression. Il faut donc avoir des libertés d'agir, qui ne peuvent être accordées que par les dominants du groupe d'appartenance.

La soif de liberté c'est la soif de disposer de moyens d'action et d'expression, moyens qui devraient permettre de faire ses preuves pour se situer à une juste place dans une hiérarchie sociale.

Le problème c'est que faire ses preuves dans le groupe d'appartenance c'est nécessairement entrer en compétition avec les autres, selon les règles du jeu en vigueur dans le groupe, donc en respectant une certaine forme.

3° Qui entend se différencier tout en se conformant

40. Aucun groupe social ne peut fonctionner sans règles.
Pour éviter d'être marginalisé, ce qui peut être mortel, l'individu doit respecter ou feindre de respecter ces règles. Or ce sont les dominants qui ont le plus intérêt à ce qu'elles soient respectées, afin de se maintenir en tant que dominants, ce qui n'est pas sans avantages pour eux. Ce sont donc les dominants qui favorisent le conformisme social.

Mais, se conformer, c'est faire comme les autres, donc c'est imiter l'autre.
Or l'imitation, par le désir, peut conduire à l'affrontement, mais l'affrontement peut conduire à la civilisation (4°).

4° Ce qui peut conduire à l'affrontement, et donc à la civilisation

41. L'être humain est un imitateur, c'est sur l'imitation que repose l'apprentissage, l'éducation. Mais l'être humain est également un être de désir. (Sur le sujet voir René Girard).

Le désir a trois objectifs fondamentaux : la jouissance, la puissance et la gloire.

(Si la voie naturelle du désir est : jouissance, puissance et gloire, la voie culturelle du non-désir est : paix, vérité et joie.
La paix c'est la paix externe et la paix interne ; la paix externe c'est le non-conflit avec l'autre et la paix interne c'est le non-conflit avec soi-même.
La vérité c'est la conviction profonde de savoir le fondamental, de connaître l'essence du monde, d'être avec l'Etre.
La joie c'est l'illumination de la béatitude, le plein du vide, l'extase du Bon et du Bien pour l'Eternité).

L'être humain étant un être de désir souhaite s'approprier les objets, les autres et la considération des autres. Le problème c'est que la rivalité pour l'objet, pour l'autre et la considération de l'autre, suscite l'envie et la jalousie, qui conduisent à la haine, aux conflits et à la violence.

Donc si l'on veut éviter que la violence ne détruise la Société il faut la réguler, il faut civiliser par la règle.

B/ Les conséquences positives (1°) et négatives (2°) de l'existence de l'agressivité constructive

42. 1° Positives

43. Les conséquences positives de la mise en oeuvre de l'agressivité constructive humaine sont évidentes.

C'est l'histoire des civilisations

(Arnold Toynbee, A Study of History, 12 vol., Oxford University Press and Thames and Hudson Ltd, London, 1927-1961, A Study of History, a new edition revised and abridged by the author and Jane Caplan, idem, London, 1972, L'Histoire, Elsevier Séquoia, Bruxelles, 1975)

- qui fait passer l'être humain de l'homo sapiens sapiens d'il y a 130 000 ans (En Afrique de l'Est, 90 000 ans environ pour l'homo sapiens sapiens de Qalzeh-Nazareth et 35 000 pour l'homo sapiens sapiens européen) à l'homo sapiens sapiens technologique d'aujourd'hui (Jacques Ellul, Le Bluff technologique, Hachette, Paris, 1988).

Il paraît difficile d'affirmer qu'il n'y a pas eu progrès, même si le progrès ne paraît pas toujours évident pour ce qui est du comportement social de l'individu au sein des groupes et du comportement des groupes entre eux.

2° Négatives

44. Il faut bien constater que la compétition entre les individus au sein des groupes sociaux et la compétition intergroupes peut être une compétition particulièrement sanglante.

("L'histoire des peuples n'est qu'une longue succession de guerres et de massacres, d'assimilations forcées, de réductions à l'esclavage et de rivalités entre sociétés qui, de génération en génération, défient le temps et le bon sens.
Les Etats multi-ethniques ou multi-culturels ne maintiennent le plus souvent leur unité que par la dominance plus ou moins tyrannique d'une de ces unités
". André Langaney, Le Sexe et l'Innovation, Le Seuil, Paris, 1979, Points Sciences n°54, Paris, 1987, p. 152).

C'est, notamment, la conséquence de la mise en oeuvre d'une agressivité positive excessive, conduisant à un narcissisme (Béla Grunberger, Le Narcissisme, Payot, Paris, 1971) individuel et/ou social.
Par exemple la mégalomanie d'un Chef d'Etat peut avoir sur son peuple et les autres peuples des conséquences désastreuses.
Et le narcissisme d'un dirigeant de groupe conduit facilement au narcissisme du groupe tout entier.
Donc l'agressivité positive, constructive, peut avoir des conséquences négatives particulièrement lourdes.

Mais c'est, évidemment, l'agressivité négative, la violence de destruction, qui est, en principe, la plus douloureuse, encore que tout ne soit pas négatif dans le négatif.

Section 2. La violence de destruction

45. La violence de destruction est l'agressivité négative qui a pour objet et généralement pour effet de faire souffrir et/ou de détruire, soi-même et/ou les autres (Jean Baudrillard, La Transparence du mal, Galilée, Paris, 1990).
Ses manifestations sont physiques, telles que les coups et les blessures, la réclusion et la mort, et/ou psychiques telles que les menaces, les injures, la diffamation, l'assujettissement "moral" de l'autre.

Les deux grandes formes de l'agressivité négative destructive sont, selon la classification analytique, (§ 1) le sado-masochisme et la nécrophilie caractérologique. Les causes (§ 2) sont diverses et diversement appréciées par les spécialistes. Les conséquences (§ 3) ne sont pas que négatives.

§1. Les deux grandes formes analytiques de la violence de destruction

46. Il s'agit donc du sado-masochisme (A/) et de la nécrophilie caractérologique (B/).

A/ Le sado-masochisme

Il faut définir le sadisme (1°), le masochisme (2°), faire la typologie du sadisme (3°), dire que l'explication sexuelle est contestée (4°), s'interroger sur le caractère sadique (5°) et parler du bureaucratisme (6°).

1° La définition du sadisme

47. Le sadisme se définit comme étant la passion de contrôler totalement l'autre, pour en faire son objet, sa propriété, en suscitant chez lui un attachement absolu, le fait de réduire l'autre en esclavage procurant un plaisir morbide intense.
Le sadique et son objet, le masochiste, cherchent une relation de symbiose : le sadique fait du masochiste un prolongement de lui-même, et le masochiste se fait le prolongement du sadique. Et, si le sadique paraît libre, par rapport à sa victime, en réalité il est également une victime, car ayant besoin d'elle pour exister psychiquement, il dépend autant d'elle qu'elle dépend de lui.
Donc si l'esclave échappe au maître la souffrance du maître est aussi forte que celle de l'esclave, l'un et l'autre sont dans un état de manque comparable à celui d'un drogué frustré.

2° La définition du masochisme

48. Le masochisme, par rapport au sadisme, peut être défini comme étant la passion de dépendre de quelqu'un, de subir sa loi, d'être son objet, sa propriété, pour y trouver un plaisir morbide suicidaire.
Du point de vue qui nous intéresse, à savoir l'agressivité, c'est la passion active qu'est le sadisme qu'il faut considérer principalement.

3° La typologie du sadisme

49. Il y a deux types de sadisme. Le sadisme peut être bienveillant ou malveillant.
Il est bienveillant lorsque le sadique est persuadé d'agir pour le bien de celui qu'il contrôle : par exemple, c'est le cas, bien connu des psychologues, des mères abusives.
Il est malveillant lorsque le sadique ne fait que rechercher sa jouissance personnelle.

4° L'explication sexuelle contestée

50. Selon l'école psychanalytique, fondée par Sigmund Freud (1856-1939)( Sigmund Freud, Gesammelte Werke, 18 vol., London, 1940-1952, The Standard Edition, 24 vol., London, 1953-1966, Oeuvres complètes, 21 vol., PUF, Paris, 1988-1996), le sadisme est fondamentalement une perversion sexuelle alors que pour les autres écoles psychologiques le sadisme n'a pas d'implication sexuelle spécifique fondamentale, même si le sadisme sexuel existe bien.

Quid du caractère sadique ?

5° Le caractère sadique

51. Selon Fromm (1900-1980) le sadisme est une thérapeutique, c'est le remède des handicapés psychiques qui, pour cacher leur angoisse de vivre, ont la manie du contrôle, c'est pourquoi certains auteurs comparent le bureaucratisme au sadisme (infra 6°).

52. Selon Fromm le sadique est quelqu'un qui est fondamentalement angoissé.
Il a peur de tout ce qui n'est pas prévisible et certain, de tout ce qui oblige à des réactions spontanées et originales.
Il a peur de ce qui est nouveau et différent, qui dérange sa construction mentale, irréelle, mais bien ordonnée, de la vie.
Il a peur de la réalité qui lui semble désordonnée.

53. Toujours selon Fromm le sadique est un maniaque du contrôle, qui a un esprit méthodique rigide.

Il ne peut pas supporter que les choses ne soient pas à leur place, c'est à dire à la place où il les a mises, et ne soient pas en ordre : il a, ainsi, l'impression de contrôler l'espace.

Il est habituellement excessivement ponctuel, et exige qu'on le soit : il a, ainsi, l'impression de contrôler le temps. Mais il peut aussi ne jamais être ponctuel et exiger que les autres le soit, ce qui est une autre forme de perversité.

Il est obsédé par la propreté des autres, notamment par leur propreté morale, tout en n'étant pas nécessairement très propre lui-même : il se situe ainsi en marge d'un monde qu'il n'apprécie pas et qu'il pense hostile et sâle.

6° Le bureaucratisme

54. Selon certains spécialistes, notamment Erich Fromm (1900-1980)(Erich Fromm, op. cité pp.307-308), le caractère bureaucratique est l'équivalent du caractère sadique.

Dans un système bureaucratique classique les relations entre les éléments du système obéissent au principe hiérarchique rigide qui ne laisse aucune initiative aux subalternes, dont les agissements sont totalement contrôlés, et qui ne peuvent "monter en grade" qu'à condition d'être "bien vu" de leurs chefs, qui eux-mêmes doivent être "bien vu" de leurs chefs, qui eux-mêmes ... et cela jusqu'au sommet de la hiérarchie.

Toujours selon Fromm dans un système bureaucratique classique, où donc chacun contrôle étroitement ses inférieurs et est étroitement contrôlé par ses supérieurs, les relations sociales sont dominées par la méfiance, le mépris et la flatterie, la rancoeur et l'esprit de vengeance, sentiments hautement sado-masochistes.

B/ La nécrophilie caractérologique ou psychotique

55. La nécrophilie caractérologique est une maladie psychique, une psychose, particulièrement grave, qu'il faut définir (1°) et qui se diagnostique (2°).

1° Définition

56. Tout d'abord la nécrophilie caractérologique en tant que psychose doit être distinguée des deux formes traditionnelles de nécrophilie, bien connues des psychiatres et des criminologues, la nécrophilie sexuelle et la nécrophilie non-sexuelle.

57. Elles concernent, notamment et éventuellement, le personnel des morgues et des établissements funéraires.
La nécrophilie sexuelle est la passion masculine d'avoir des contacts sexuels avec le cadavre d'une femme.
La nécrophilie non-sexuelle est la passion, plutôt masculine, qui pousse à regarder des cadavres, à les manipuler, et, éventuellement, à les dépecer, et même à les ingérer
(En 1998, peu après la Saint-Valentin, David Harker, psychopathe anglais de 24 ans, assassine sa maîtresse de 32 ans, une mère de famille de quatre enfants, la découpe en morceaux et mange un morceau de cuisse, cuisiné avec des pâtes et du fromage. Il a été condamné le 11 février 1999, à la veille de la Saint-Valentin, à la prison à vie, avec une peine incompressible de quatorze ans seulement, à suivre ...).

Mais la nécrophilie dite non sexuelle qui aboutit à la commission d'actes de canibalisme peut avoir un rapport étroit avec la sexualité. Par exemple lorsqu'un homosexuel émascule un compagnon avant de le manger ...

58. Quant à la nécrophilie psychotique ou caractérologique c'est le comportement général de quelqu'un qui a un attrait passionné, irrésistible, pour tout ce qui est mécanique, répétitif, triste et ennuyeux, morbide, mort, détruit, putréfié..., qui peut désirer, lui-même, détruire et tuer, et qui peut bien entendu passer à l'acte.

2° Le diagnostic sommaire de la nécrophilie caractérologique

59. Des tendances nécrophiles peuvent être décelées par l'analyse de certains comportements systématiques, ce que l'on appelle des actes marginaux involontaires.
Certaines personnes ont des manies caractérisées, comme, par exemple, de casser systématiquement des allumettes, des fleurs, des objets, de salir les peintures et d'arracher les tapisseries.
Installée dans un appartement neuf la personne nécrophile le dégrade très rapidement, alors que les appartements voisins, de même niveau culturel, sont normalement entretenus.

60. D'autre part certains rêves (Sur les rêves en général : Jean-Robert Pasche, Les Rêves ou la connaissance intérieure, Buchet/Chastel, Paris, 1987. Jean Picat, Le Rêve et ses fonctions, Masson, Paris, 1984) sont considérés comme étant particulièrement significatifs, qui généralement se déroulent dans le désert, aux toilettes ou dans des salles de bain plus ou moins envahies par des excréments, déchets divers, morceaux de cadavres ...

61. Quant au comportement général des nécrophiles certains portent un très grand intérêt ou même un intérêt exclusif à la maladie et à la mort.
Certains nécrophiles ne se sentent vraiment bien que dans les hôpitaux, les morgues et les cimetières.
Et certains nécrophiles ont un comportement physique typique : triste figure, tristes vêtements, tristes paroles, tristes plaisirs.

§2. Les causes de l'agressivité destructive (de la violence de destruction et de certaines manifestations excessives de l'agressivité constructive)

62. Les causes sont diverses et diversement appréciées par les spécialistes (Denise Van Caneghem, Agressivité et combativité, PUF, Le Psychologue 72, Paris, 1978).
Les naturalistes instinctivistes, mettent plutôt l'accent sur les causes bio-physiologiques (A/) alors que les culturalistes environnementalistes, donnent plutôt la primauté aux causes psycho-sociales (B/).

A/ Les causes bio-physiologiques

63. Celles qui sont généralement invoquées, et qui sont ou non acceptées par la majorité des scientifiques sont : l'agressivité innée de Konrad Lorenz (1°), la pulsion de mort de Sigmund Freud (2°), le chromosome supplémentaire (y) de Patricia Jacobs (3°), le saturnisme de Derek Bryce Smith (4°), les malformations du cortex et l'influence des corps chimiques (5°).

1° L'agressivité innée de Konrad Lorenz

64. Konrad Lorenz pense que l’agressivité qui pousse l’être humain, comme certains animaux, le rat et certains poissons notamment, à détruire et à tuer, est une agressivité innée.
Pour lui c'est la civilisation, la culture positive, qui, par les règles sociales, et notamment les règles morales, mais aussi les règles juridiques, peut conduire l’être humain à se contrôler.
Lorenz ajoute, cependant, que l'état de guerre permanente, qui existe chez les rats, a une fonction sociale, à savoir celle d'exercer la sélection des plus forts, dans le but de conserver l'espèce.

2° La pulsion de mort de Freud

65. Sigmund Freud (1856-1939), à la fin de la première guerre mondiale et dans le dernier état de sa pensée, affirme qu'à côté de la pulsion de vie (Eros) existe une pulsion de mort (Thanatos)

( Sigmund Freud, Jenseits der Lustprinzips, 1920, in Gesammelte Werke, vol. XIII, Imago, London, 1940/1952, Au-delà du principe de plaisir, in Essais de psychanalyse, Payot, Paris, 1963 ; Das Unbehagen in der Kultur, 1929, in Gesammelte Werke, vol. XIV, Imago, London, 1948, Malaise dans la civilisation, PUF, Paris, 1968),

- pulsion qui pousse l'homme à commettre des actes destructifs.
Eros et Thanatos sont inséparables et mélangés, ce qui permettrait d'expliquer la composante sado-masochiste du comportement humain.

Le point de vue de Freud a été repris et développé par certains de ses disciples, notamment la britannique Melanie Klein (1882-1960)( Melanie Klein, Contributions to Psychoanalysis, Hogarth Press, London, 1947, Essais de psychanalyse, Payot, Paris, 1972. Phyllis Grosskurth, Mélanie Klein, son monde et son oeuvre, PUF, Paris, 1990).
Ce point de vue est minoritaire dans l'école psychanalytique, notamment française.

3° Le chromosome (Y) supplémentaire et les autres anomalies gonosomiques

66. Dans l'espèce humaine les chromosomes sont au nombre de 46 : 22 paires de chromosomes identiques, les autosomes, et 2 chromosomes sexuels, les gonosomes : X et Y chez l'homme, XX chez la femme.

A partir de 1959 ont a constaté que certains hommes étaient porteurs d'un chromosome X supplémentaire, donnant la formule chromosomique (47 XXY), c'est le syndrome de Klinefelter.
On affirme alors que les sujets (47 XXY) présentent souvent un quotient intellectuel peu élevé, une certaine tendance au nanisme et à la délinquance.
(Ce serait, selon son avocate, le cas du tueur en série Francis Heaulme; ce qui pose problème car il est de grande taille comme les XYY).

En 1965 la biologiste britannique Patricia Jacobs (Michel Benezech, Aberration du chromosome Y en pathologie médico-légale, Masson, Paris, 1973) présente des travaux qui vont faire sensation dans les medias populaires, et notamment la presse dite "de caniveau", qui parlent de "chromosome du crime", ce qui est parfaitement imbécile mais très rentable en terme de vente.

Selon Patricia Jacobs l'on constaterait chez les criminels masculins incarcérés dans les prisons britanniques à l'époque la fréquence particulière de la présence d'un chromosome supplémentaire (Y) s'ajoutant à la paire sexuelle normale (XY), dont la formule devient alors (XYY), donnant un caryotype (47 XYY).
Alors que la fréquence de cette formule est de 1 à 2/1000, dans la population dite normale, elle serait de 1 à 2/100 dans la population criminelle incarcérée, soit donc dix fois supérieure.
Les travaux de Jacobs sont repris et confirmés en Grande-Bretagne (Mary Tiefer), aux Etats-Unis et en France (Lise Moore), à la fin des années 60, puis contestés à partir de 1972.

Aujourd'hui Patricia Jacobs est toujours contestée et ses recherches ne sont pas considérées comme valides par la majorité des scientifiques, notamment français.

Cependant en 1989 le professeur Jean-Claude Job (Serge Caudron, Tonus n°1252, 4-4-1989, 7-8) , chef de l'Unité de neuro-hémobiologie et physiopathologie du développement de l'Hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, a fait connaître les résultats de ses recherches sur les anomalies gonosomiques qui permettraient de constater, notamment :
- que les (47 XYY), d'une taille de 10 à 15 cms au-dessus de la moyenne à l'âge adulte, donnent dès l'enfance des personnalités difficiles, une partie d'entre elles étant associales et/ou agressives ;
- et que les (48 XYYY), très rares, ont de fortes perturbations intellectuelles et caractérielles.

4° Le saturnisme

67. Selon le chimiste britannique Derek Bryce Smith (1974) le saturnisme, c'est à dire la maladie du plomb, serait un facteur de criminalité car il favoriserait l'hyperactivité désordonnée de ceux qui ont dans le sang une plombémie (taux de plomb) supérieure à la moyenne.

Cette thèse ne semble pas avoir convaincu, bien que l'on sache parfaitement que le saturnisme est un facteur de débilité et d'agitation.
(De 1987 à 1990, dans les 11ème et 18ème arrondissements de Paris, 411 cas de saturnisme ont été diagnostiqués, essentiellement chez des enfants du quart-monde ayant absorbé les sels de plomb contenus dans les peintures à la céruse (interdites depuis 1948) d'immeubles insalubres. Les spécialistes de l'hôpital Trousseau, qui les traitent, constatent chez les enfants sérieusement intoxiqués une amputation de la capacité de mémoire, d'attention, et du quotient intellectuel qui représentent des séquelles potentielles graves).
(L'"hyperactivité avec déficit de l’attention" (HADA), d’origine probablement génétique, concernerait aux Etats-Unis, selon les travaux de recherches, de 3 à 5% des enfants d'âge scolaire (comportement entre 4 et 9 fois plus fréquent chez les garçons que les filles). A l'adolescence 40% des atteints ont un déficit intellectuel et 30% deviennent délinquants).

5° Les malformations du cerveau

68. Le disfonctionnement du cerveau, causé par des malformations d'origine bio-physiologique, est la cause de certains comportements agressifs chez les malades mentaux et les obsédés sexuels.

Depuis les années 1970, aux Etats-Unis notamment, la micro-chirurgie, alliée à la chimiothérapie, permet de traiter certains délinquants sexuels, exhibitionnistes chroniques, violeurs non occasionnels et même homosexuels pédophiles ou non, lorsqu'ils sont volontaires et/ou sur intervention de la justice.
(En France les neurophysiologistes et neurobiologistes officiels ne sont pas favorables à la psychochirurgie : notamment Pierre Karli, L'Homme agressif, Odile Jacob, Paris, 1987, p. 304 et sv; également Jean-Didier Vincent, Le coeur des autres, Une biologie de la compassion, Plon, Paris, 2003).
En France avec la chimiothérapie l'on préfère privilégier les psychothérapies, bien que l'on connaisse leurs insuffisances, et malgré les demandes des victimes ou de leurs ayants-droits, le sexe masculin restant encore sacralisé, et les psychologues manquant de clients ...

6° L'influence des corps chimiques

69. Il faut distinguer entre ceux qui sont produits par le corps humain et ceux qui ne le sont pas.

Tout d'abord non-produits par le corps humain

70. Il s'agit, tout d'abord, des drogues médicales que sont les tranquillisants et les excitants, dont les français font une grande consommation.
Leur utilisation excessive entraîne un dysfonctionnement du comportement qui est favorable au développement de l'agressivité destructive.

Il en est de même pour le tabac, l'alcool et les drogues au sens courant du terme, qui peuvent destructurer la personnalité, sont désocialisants et peuvent engendrer, soit directement soit indirectement, la violence et la délinquance.

Ensuite produits par le corps humain

71. Les cellules nerveuses du cerveau sécrétent des corps chimiques qui sont des "transmetteurs", permettant ou empêchant le passage de l'influx nerveux, il s'agit des endorphines, de la noradrénaline, de la sérotonine, de la dopamine. Des sécrétions anormales peuvent entraîner un comportement agressif destructif.
L'excés de sécrétion des hormones sexuelles mâles, les androgènes, et particulièrement l'excès de testostérone, entraîne une augmentation du niveau d'agressivité qui peut conduire à la délinquance, notamment sexuelle.

(En novembre 2004 le ministre français de la Justice, M. Dominique Perben, autorise l'expérimentation, sur 48 délinquants sexuels récidivistes, des médicaments - acetate de cyprotérone, leuproréline - qui produisent ce que l'on appelle habituellement la "castration chimique". Selon le ministre il s'agit de démontrer que cette thérapie est bien efficace. Au Danemark elle est parfaitement "efficace" depuis qu'elle s'est substituée, en 1970, à la castration physique alors pratiquée. En Allemagne elle est officiellement autorisée sur les volontaires depuis 1969, au Texas depuis 1997. En Californie elle est obligatoire pour les récidivistes depuis 1997. Mais en France il faut absolument démontrée qu'elle est bien "efficace". Heureusement, ainsi que le fait remarquer un "psy" : "C'est réversible".)

(En octobre 2009 un violeur demande au président de la République, Nicolas Sarkozy, l'autorisation de se faire castrer physiquement. Outre le fait que celui-ci est incompétent dans ce type d'"affaire" la castration chimique elle-même est toujours contestée par les psychologues culturalistes. Malgré les demandes réitérées des victimes d'auteurs multi-recidivistes la castration, même chimique, est toujours (encore ?) un sujet tabou chez les intellectuels "parisiens" ...).

B/ Les causes psycho-sociales et les "remèdes"

72. Les causes sociales (1°) et les causes psychologiques () qui sont invoquées le sont, essentiellement, par les culturalistes environnementalistes.

Les thérapeutiques, les "remèdes", psychologiques ne sont pas inexistants ().

1° Les causes sociales

73. La vie en société suppose l'existence de rapports sociaux plus ou moins agressifs.

Mais l'agressivité est accrue et même exacerbée lorsque la vie sociale est perçue comme étant une atteinte au Moi et que les règles sociales, et notamment morales, ne jouent pas pleinement leur rôle de frein.

Selon certains sociologues, la vie moderne, caractérisée notamment par une forte concentration urbaine et un manque de "socialisation", fabrique de la destructivité (Henri Laborit, L'Homme et la ville, Flammarion, Champs n°17, Paris, 1971).

Tout d'abord la concentration urbaine excessive

74. Les trop fortes concentrations urbaines sont stressantes, angoissantes, pour les personnes qui sont psychologiquement faibles.

La dépersonnalisation des rapports sociaux au sein des concentrations urbaines excessives peut conduire à la névrose et à la psychose, celui qui pense ne plus être reconnu par l'autre comme ayant une valeur, comme étant socialement existant.
En réaction, celui qui se sent rejeté peut soit se replier sur lui-même jusqu'au suicide éventuel soit, pour attirer l'attention sur lui, ce qui est une forme d'appel au secours, transgresser l'interdit et devenir un délinquant.

Seule l'existence de règles sociales considérées par la personne comme étant impératives pourrait la retenir sur le chemin de la commission de l'acte.

Ensuite le manque de "socialisation"

75. La concentration urbaine excessive s'accompagne, le plus souvent, d'un relâchement des liens sociaux traditionnels fondés sur la famille, la tribu, la religion, la vie communautaire coutumière, sans que de nouveaux liens soient tissés qui les remplacent, qui peuvent être fondés sur la vie associative et/ou politique, liens citoyens, ou sur l'adhésion au nouveau mode de vie individualisé qui utilise les médiateurs techniques que sont par exemple le téléphone, internet, la télévision ou l'automobile.
(Sur le rôle fondamental de la famille dans la Société, notamment l'influence des structures familiales sur les systèmes idéologiques et sur le développement, lire les très intéressants ouvrages d'Emmanuel Todd, La Troisième planète : Structures familiales et systèmes idéologiques, Le Seuil, Paris 1983 ; L'Enfance du monde : Structures du développement, Le Seuil, Paris, 1984 ; L'Invention de l'Europe, Le Seuil, Paris, 1990. Egalement Pierre-Patrick Kaltenbach, La Famille contre les pouvoirs : De Louis XIV à Mitterrand, Nouvelle Cité, Paris, 1985).

Or, si les liens sociaux traditionnels ont des inconvénients, en ce sens qu'ils limitent la liberté d'action des personnes, ils ont leur utilité régulatrice car l'individu, intégré dans la société, peut hésiter à donner libre cours à une agressivité excessive ou négative, de crainte en violant l'interdit, d'être marginalisé, d'être excommunié, sans parler des sanctions transcendantes comme, par exemple, la damnation éternelle.

Evidemment la vie moderne individualisée (François Bourricaud, L'Individualisme institutionnel, PUF, Paris, 1977) permet à l'agressivité de chacun de s'exprimer plus facilement. Mais cela n'est pas sans inconvénients sociaux : un accroissement du nombre des actes délictueux et donc de l'insécurité et du sentiment d'insécurité (Sebastian Roché, La Société incivile, Seuil, Paris 1996).

2° Les causes psychologiques

76. De nombreuses théories psychologiques tentent d'expliquer l'existence de l'agressivité destructive chez l'être humain.

Les plus intéressantes nous semblent être les suivantes : la théorie de la conscience morale d'Henri Baruk (a), de l'hétérophobie de Gaston Bouthoul (b), de la frustration-agression de John Dollard (c), des déterminants éducatifs d'Olweus (d), de l'angoisse d'Henri Laborit (e).

a) La conscience morale d'Henri Baruk

77. Selon le psychiatre Henri Baruk (1897-1999)( Henri Baruk, Tsedek, droit hébraïque et science de la paix, Zikarone, Paris, 1970 ; La Psychiatrie sociale, P.U.F., QSJ n° 669, 6ème éd. Paris, 1982), un facteur essentiel de l'agressivité destructive est la violation et/ou le refoulement de la conscience morale, de la conscience du bien et du mal qui vit au fond de l'âme de chacun.

Selon Baruk la paix sociale ne peut se construire que par la Justice, c'est à dire le respect de la conscience morale de chacun, la tolérance de l'autre.

b) L'hétérophobie de Gaston Bouthoul

78. Le psycho-sociologue Gaston Bouthoul (1896-1980), fondateur de la polémologie, la sociologie de la guerre, affirme que l'être humain est un hétérophobe.

(Gaston Bouthoul, Traité de polémologie, sociologie des guerres, Payot, Paris, 1970 ; Gaston Bouthoul et René Carrière, Le Défi de la guerre, PUF, Paris, 1976 : De 1740 à 1974 l'état de guerre a été permanent et si les pertes humaines peuvent être évaluées à 85 millions de tués (dont 38 millions pour la deuxième guerre mondiale) et à quasiment autant de décès subséquents par famines et épidémies (21 millions de morts pour la grippe espagnole consécutive à la première guerre mondiale, 6 millions pour la révolution bolchevik, 20 millions pour la dictature stalinienne) la population mondiale est passée de 700 millions à 4 milliards de personnes (6 milliards en 2000) et l'Humanité a été profondément transformée par la révolution industrielle),
(Les phobies sont des phénomènes primaires encore mal expliqués. Selon un sondage IFOP de fév/mars 1990 sur les phobies des français et des françaises à l'égard des animaux (à l'égard des humains le sujet est tabou en France) les résultats seraient les suivants (N. Obs. 1324, 28 mars 1990, p. 10) : Phobies des hommes : Les serpents 40%, Le vide ou la hauteur 23 %, Les guêpes ou les abeilles 13%, Les hôpitaux ou cliniques 12%, Les araignées 9% ; Phobies des femmes : Les serpents 59%, Le vide ou la hauteur 41%, Les rats ou les souris 32%, Les araignées 29%, Les chauves-souris 28%.
Sur la théorie freudienne, évidemment contestée : Martine Lerude-Flechet et autres, La Phobie, Trimestre psychanalytique Association freudienne, Paris, 1990).

L'hétérophobie, qui est la tendance, variable selon les personnes, à craindre ceux qui sont différents, est évidemment un facteur d'agressivité négative.
Selon Bouthoul l'hétérophobe craint l'autre parce que celui-ci lui paraît étrange, parce qu'il n'est pas à l'image de son Moi, satisfaisant par définition pour lui, et que la différence lui semble menacer son intégrité physico-psychique, sa structure existentielle.

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C'est en politique que l'on pratique tout particulièrement l'hétérophobie. Selon le philosociologue allemand Carl Schmitt (1888-1985), disciple plus que conservateur du sociologue libéral Max Weber (1864-1920), le politique se définit par la polarité ami-ennemi.
(Carl Schmitt, La Notion de politique, Calmann-Lévy, Paris, 1972, Flammarion, champs 259, Paris, 1992 ; Die geistesgeschichtliche Lage des heutigen Parlamentarismus, Duncker & Humblot, Berlin 1923, Parlementarisme et démocratie, Le Seuil, Paris, 1988 ; Politische Theologie, 1922, Politische Theologie II, Duncker & Humblot, Berlin 1970, Théologie politique, Gallimard, Paris, 1988 ; Du Politique, Légalité et légitimité et autres essais, Pardès, Révolution conservatrice, 45390 Puiseaux, 1990 ; Théorie de la Constitution, préface d’Olivier Beaud, PUF, Paris, 1993)

L'ennemi c'est l'autre, c'est à dire l'adversaire public (hostis, et non pas inimicus - le non-ami qui est un adversaire privé) qu'il faut vaincre.
L'homme politique, conscient de lui-même et de son destin historique, ne peut accepter la coexistence avec l'autre, l'adversaire public, l'ennemi. Le conflit est donc inévitable.

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L'hétérophobie de Gaston Bouthoul est à rapprocher de ce que les neuro-physiologues appellent "les émotions de nature aversive", qui, selon Pierre Karli (Pierre Karli, L'Homme agressif, Odile Jacob, Points OJ4, Paris, 1987 ; Le cerveau et la liberté, Odile Jacob, Paris 1995), notamment, sont primordiales et de nature biologique.

Selon Pierre Karli l'émotion aversive est causée par "toute situation perçue comme une menace pour l'intégrité physique et/ou psychique de l'individu". Elle suscite un comportement qui vise à faire cesser l'aversion, qui est soit un comportement d'agression soit un comportement de fuite.

Selon Karli l'émotion aversive est liée à la "néophobie" :
- la "néophobie", c'est à dire la crainte de ce qui est nouveau, peut se traduire par un comportement intolérant à l'égard de ce qui est perçu comme étant étrange, et donc dangereux ;
- Karli constate également que la frustration suscite une émotion aversive, la colère, qui conduit, souvent, à un comportement agressif destructif.

Ce dernier point nous amène à la théorie de John Dollard.

c) La frustration-agression de John Dollard (1900-1980)

79. La théorie de la frustration-agression de John Dollard et autres auteurs (Dollard, J.; Miller, N.E.; Mowrer, O.H.; Sears, G.H.; Sears, R.R., Frustration and Aggression, Yale University Press, New Haven, 1939) a eu aux Etats-Unis d'Amérique un succès considérable, qui subsiste encore partiellement malgré sa remise en cause.

Quelle est la théorie ?

Selon cette théorie, élaborée au moment de la grande crise économique de 1929 :
1. La présence d'un comportement agressif présuppose toujours l'existence d'une frustration;
2. L'existence d'une frustration conduit toujours à de l'agression.

Donc, pour éviter toute manifestation agressive il faut éviter la frustration et en conséquence adopter un comportement "libéré" : c'est la consommation qui procure la satisfaction qui exclut l'agression, donc il faut consommer ...

Le système éducatif américain et plus généralement tout le système social ont été profondément marqués par la mise en application de cette théorie, qui a aidé au développement d'une société permissive allant économiquement dans le sens d'une consommation accrue dans tous les domaines.

La remise en cause de la théorie

Aujourd'hui la théorie de la frustration-agression est sérieusement remise en cause.

Non seulement, dans la vie de tous les jours, l'on peut subir des frustrations sans réagir négativement, mais encore c'est l'acceptation de la frustration qui permet de devenir adulte.

Il semble bien que l'on puisse dire que ce n'est pas la frustration en elle-même qui produit l'agression mais ce qu'elle signifie pour le frustré.
Autrement dit le frustré ne devient agressif destructif que parce qu'il estime que la frustration est insupportable, qu'elle n'est pas "juste".

La personnalité du frustré est donc un facteur très important à prendre en considération.
Or, aujourd'hui, l'on pense que la personnalité agressive, sur la base génétique du caractère, se forge dans les premières années de l'enfance.

d) Les déterminants éducatifs de Dan Olweus

80. Selon le psychologue suédois Dan Olweus (1984), professeur à l'université de Bergen (Norvège) chez le jeune garçon la personnalité agressive apparaît très tôt et demeure ensuite d'une grande stabilité.
(Olweus, D., Developpement of stable aggressive reaction patterns in males, in Blanchard, R.J. et Blanchard, D.C. (Eds), Advances in the study of agression, vol.1, pp.103-137, Academic Press, Orlando, 1984)

Selon lui les deux principaux déterminants de la personnalité agressive de l'enfant sont constitués par les attitudes suivantes de la mère :
-1. d'une part, son attitude négative faite de froideur, d'indifférence à l'enfant, ou même d'hostilité déclarée et de rejet ;
-2. d'autre part, son attitude permissive, qui accepte toutes les agressions de l'enfant, sans essayer de les contrôler, ni d'apprendre à l'enfant à les contrôler.

e) L'angoisse d'Henri Laborit (1914-1995)

81. De nombreux spécialistes sont d'avis qu'un grand nombre d'agressions ont leur source dans l'angoisse existentielle de leurs auteurs.
C'est, notamment, l'opinion du fondateur de l'anesthésiologie moderne le biologiste psychosociologue Henri Laborit (1914-1995).

(Henri Laborit, L'Homme imaginant, UGE, 10/18 n°468, Paris, 1970 ; L'Agressivité détournée, UGE, 10/18 n°527, Paris, 1970 ; L'Inhibition de l'action, Masson, Paris, 1979 ; La Vie antérieure, Grasset, Paris, 1989).

Selon ces spécialistes l'agressivité destructive peut apparaître lorsque le but que l'on souhaitait atteindre, consciemment ou inconsciemment, paraît ou est inaccessible de par les moyens de l'agressivité positive normale, d'où l'angoisse de ne pouvoir vivre comme espéré, et le passage possible à l'acte délictueux.

3° Les remèdes psychologiques

82. L'agression destructive n'est pas, évidemment, la seule réaction possible aux contraintes insupportables, ou ressenties comme telles.
Tout d'abord le niveau de supportabilité peut être relevé par l'action psychologique (a). D'autre part il peut y avoir fuite ou retrait, ou affirmation de soi par compensation (b), transfert (c), et/ou sublimation (d).

a) L'action psychologique

83. A cause de la plasticité, de la maléabilité, du cerveau, le niveau d'insupportabilité peut être modifié.
L'on a constaté qu'en période exceptionnelle, guerre, crise économique et/ou politique grave, le niveau d'insupportabilité pouvait être repoussé considérablement, la priorité étant, alors, accordée à la survie.

En la matière la psychologie du comportement, le behaviorisme, fondé par le psychologue américain John Broadus Watson (1878-1958)

et développée par son disciple Burrhus Frederic Skinner (1904-1990)

permet, par le conditionnement, d'obtenir des résultats qui peuvent être significatifs.

(John Broadus Watson, Psychology as the behaviorist sees it, 1913 ; Behavior : An Introduction to Comparative Psychology, Holt, New York, 1914 ; Behaviorism, University of Chicago Press, Chicago, 1958) et développée par son disciple Burrhus Frederic Skinner (1904-1990),

(Burrhus Frederic Skinner, Behavior of Organisms. An Experimental Analysis, New York, 1938, L'Analyse expérimentale du comportement, Mardaga, Psy. et Sc. hum. n°38, Liège, 1971 ; Science and Human Behavior, Macmillan, New York, 1953, Pour une science du comportement : Le Behaviorisme, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1980 ; Verbal Behavior, 1957 ; Technology of Teaching, New York, 1968, La Révolution scientifique de l'enseignement, Mardaga, Psy. Sc. hum. n°27, Liège, 1968 ; Beyond Freedom and Dignity, 1971, Par delà la liberté et la dignité, Hurtubise , Montréal, 1972).

Et l'on constate que l'éducation, l'information médiatisée ou non, la publicité et la propagande, permettent d'obtenir des conditionnements qui sont variables dans l'espace et le temps, et donc d'obtenir des niveaux d'insupportabilité également variables.

b) La compensation

84. C'est une forme de fuite qui permet "d'oublier" la frustration et l'angoisse dans, par exemple, la consommation, généralement boulimique (ou son contraire, l'abstinence pathologique, l'anorexie.
(La boulimie alimentaire et son contraire l'anorexie sont les toubles psychiques les plus fréquemment observés chez les adolescentes - les adolescents ne représentent qu'un anorexique sur dix et un boulimique sur sept).

(Michel Sanchez-Cardenas, Le Comportement boulimique, 120 p., Masson, Paris, 1991. Ginette Raimbault, Caroline Eliacheff, Les Indomptables, figures de l'anorexie, Odile Jacob, 1989 ; Anorexie et boulimie, modèles, recherches et traitements, Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, De Boeck Université, Bruxelles 1996. Bernard Brusset, L'Assiette et le miroir: l'anorexie mentale de l'enfant et de l'adolescent, Privat, Paris, 1985).

La boulimie et l'anorexie peuvent conduire à la dépression et à la névrose et, éventuellement, à la psychose (André Manus, Psychoses et névroses de l'adulte, PUF, Paris, 1987), au suicide (François Terré, dir., Le Suicide, PUF, Paris, 1994) - à moins que ce ne soit à la guérison par écoeurement.

c) Le transfert

85. C'est une forme de retrait mais aussi d'affirmation de soi qui permet d'obtenir des satisfactions de substitution dans d'autres domaines, professionnels, ou encore le sport, la musique, l'art, la chasse, ou la culture du jardin ...

d) La sublimation

86. C'est la mise en oeuvre d'une affirmation de soi qui permet de passer du négatif au positif, de faire du constructif avec du destructif.
C'est le comportement d'un être humain réellement mature, qui surmonte sa frustration, son angoisse existentielle, par l'action positive.
C'est ce comportement "sublime" qui est, semble-t-il, le moteur du progrès véritable qui permet à l'être humain de s'hominiser, d'être plus humain ...

§3. Les conséquences négatives et positives de l'existence de l'agressivité destructive, de la violence de destruction.

87. Contrairement à ce que l'on pourrait, peut-être, croire à priori, les conséquences de l'existence de l'agressivité destructive ne sont pas que négatives.

Négatives

88. Les conséquences négatives de la mise en oeuvre de l'agressivité destructive sont évidentes, pour les individus comme pour les sociétés (Peter Reichel, Der Schöne Schein des Dritten Reiches, Carl Hanser Verlag, 1991, La Fascination du nazisme, Odile Jacob, Paris, 1993).
(La guerre, et notamment la guerre civile, a toujours été et est encore un excellent terrain d'action pour les sadiques et les nécrophiles.)

C'est la désagrégation des personnalités et des groupes sociaux, la victoire de la mort sur la vie.
(Par exemple : Virgil Ierunca, Pitesti, laboratoire concentrationnaire (1945-1952), Bucarest, 1990, Ed. Michalon, Paris, 1995, préface de François Furet ) (Hannah Arendt (1907-1975), On Violence, Harcourt, Brace & World Inc., New York, 1969, Sur la violence, in Du mensonge à la violence, Calmann-Lévy, Paris, 1972, Presses Pocket, Agora n°37, Paris, 1989).

Positives

89. Gràce, notamment, au transfert et à la sublimation des conséquences positives peuvent naître de l'agression destructive.

On peut dire que l'organisation sociale policée, la civilisation, est née à cause de l'agressivité destructive, de l'agressivité négative et de l'excès d'agressité positive.

Il a fallu, pour que la vie sociale soit possible, réguler les comportements par la religion et/ou la morale et/ou le droit.

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2006, NOTE à propos d'un rapport de l'Inserm : sur Les troubles des conduites chez l'enfant et l'adolescent, Paris, septembre 2005, violemment critiqué par les culturalistes radicaux, notamment Haïm Cohen et Isabelle Jarry, Tu ne laisseras pas point pleurer, Stock, Paris, mars 2006.

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17 Octobre 2009 leJDD.fr Francis Evrard veut être castré

Dans une lettre envoyée à Nicolas Sarkozy, Francis Evrard, dont le procès pour le viol d'Enis en 2007, s'ouvre dans dix jours, demande à pouvoir bénéficier d'une chirurgie pour être physiquement castré.

Alors que son procès débutera dans dix jours aux assises du Nord, Francis Evrard, violeur présumé du petit Enis en 2007, demande dans une lettre à Nicolas Sarkozy, l'autorisation de subir une castration physique, révèle France 3 Nord-Pas-de-Calais-Picardie. "Je souhaiterais avoir votre accord pour subir une ablation des testicules par chirurgie", explique le violeur récidiviste, déjà condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour le viol de deux enfants et aujourd'hui âgé de 63 ans.

En plein débat sur le bien-fondé de la "castration chimique" pour éviter la récidive de certains criminels sexuels, la demande du pédophile Francis Evrard, dont l'enlèvement du petit Enis avait déjà provoqué la loi sur la rétention de sûreté des personnes présentant des signes importants de récidive ou une dangerosité résultant d'un trouble de leur personnalité, va encore plus loin. "Je sais que cela se fait au Canada et c'est sans appel. De toutes façons, à mon âge actuel, je n'en souffrirais pas et cela empêchera mes tendances envers les enfants", ajoute le suspect dans cette missive, lue par son avocat, Jérôme Pianezza.

"Il a compris le mal qu'il a fait"

Pour son conseil, cette demande de mutilation –interdite en France- montre que le prévenu n'est pas "uniquement un monstre". "C'est aussi quelqu'un qui a compris un certain nombre de choses. Il a compris le mal qu'il a fait et cela fait qu'il en vient à dire qu'il pourrait se faire mal à lui-même, symboliquement, pour que cela cesse". Bref, l'avocat estime que Francis Evrard démontre ainsi qu'il a l'intention de ne pas récidiver. Son procès est lancé.

Du côté de l'avocat de la famille de la victime, la proposition du violeur ne changera rien à sa nature. Selon les parties civiles, l'homme ne deviendrait pas moins dangereux même après une telle opération. Son plaisir est avant tout intellectuel et, souffrant d'impuissance, il ne viole plus avec son sexe.

Le 15 août 2007, alors qu'il venait d'être libéré de la prison de Caen pour le viol de deux enfants, Francis Evrard avait enlevé et séquestré le petit Enis, alors âgé de 5 ans. Dans un garage, il lui avait fait subir des violences sexuelles.

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