Autre Grande-Europe

Décembre 2007. L'oligarque russophobe (?) de nouveau Premier Ministre
Juin 2006. Enfin une coalition usaphile avec l'oligarque Ioula Timochenko
Mars 2006. Revanche des pro-russes, mais les pro-américains sont majoritaires
Janvier 2005. La riche oligarque Ioula, Premier ministre de l'Ukraine ... pour 7 mois ...
(2004) Grande Europe et Ukraine
Le président du parlement de l'Otan, Pierre Lellouche, pour l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne
Victoire américaine, Viktor Iouchtchenko élu président, gràce aux oligarques ?, à Ioula Timochenko.

(2004) Grande Europe et Turquie : le président Chirac confirme
Les gays turcs à fond pour l'Europe
Michel Barnier dit oui

(2000) Grande Europe et Allemagne
La France a du mal à accepter que l’Allemagne soit désormais un géant politique en Europe, rôle qui lui était jusqu’à présent dévolu. Pour Günter Verheugen, le commissaire européen chargé de l’élargissement, l’adhésion des Pays de l’Est va encore renforcer ce poids de l’Allemagne. Celui qui fut ministre délégué aux Affaires étrangères dans le gouvernement Schröder, jusqu’à sa nomination à Bruxelles en septembre 1999, estime, dans un entretien accordé au quotidien suisse le Temps et à Libération, que Berlin ne doit pas pour autant faire cavalier seul dans une Europe élargie, l’égalité politique entre les deux rives du Rhin étant la pierre angulaire de la construction communautaire.

Le traité de Nice permettra-t-il que l’élargissement ait lieu dans de bonnes conditions?
Le résultat est suffisant. A Nice, les Quinze ont affirmé l’espoir que les négociations d’adhésion soient terminées fin 2002 avec les pays les plus avancés, de façon qu’ils puissent participer aux élections européennes de juin 2004. Il n’y a pas de calendrier absolument fixe, mais c’est une esquisse temporelle qui satisfait les candidats. En revanche, sur la question de l’approfondissement, nous sommes déçus. Avec de nouveaux Etats membres, l’Europe risque d’avoir du mal à fonctionner. Cela peut marcher, mais les progrès seront laborieux. Heureusement, une nouvelle Conférence intergouvernementale aura lieu en 2004.

Le traité de Nice a renforcé le poids de l’Allemagne dans la nouvelle architecture institutionnelle. La rupture de l’égalité entre la France et l’Allemagne n’est-elle pas dangereuse?
C’est la question la plus importante qui se pose à l’Europe aujourd’hui, car l’équilibre interne de l’Union se fonde sur une égalité de droits entre ces deux pays. Pour le chancelier fédéral, la prise en compte de l’élément démographique dans la répartition des voix au Conseil des ministres n’était pas centrale. Les élites politiques en Allemagne sont parfaitement conscientes qu’au sein de l’Union l’Allemagne doit, comme par le passé, adopter un comportement d’automodération. Si l’équilibre entre la France et l’Allemagne a été globalement préservé à Nice, il reste maintenant à savoir comment elles vont assumer leur responsabilité commune pour peser sur l’avenir de l’Europe.

Etes-vous sûr que personne n’est tenté en Allemagne par l’exercice d’un leadership solitaire?
Je n’ai jamais entendu dire à Berlin qu’il fallait que l’Allemagne exerce un leadership exclusif. Néanmoins, il est normal que le pays le plus puissant ne soit pas un simple figurant: il faut qu’il prenne conscience de ses responsabilités et les exerce. Pour le partenaire qu’est la France, ce n’est pas toujours facile à gérer, compte tenu des équilibres politiques intérieurs actuels.

Le problème n’est-il pas que les dirigeants politiques français n’ont plus de projet pour l’Europe, à l’inverse des dirigeants allemands?
Les deux pays sont d’accord pour que l’intégration européenne s’intensifie, sans pour autant que les Etats nations disparaissent. Mais si les Quinze ont du mal à progresser, c’est parce qu’il n’y a plus d’accord, de consensus, sur ce que doit être cette intégration. Si on ne connaît pas le but du voyage, il est difficile de savoir par quelles étapes on va passer pour l’atteindre…

Joschka Fischer, le ministre allemand des Affaires étrangères, a donné un but à ce voyage en proposant en mai dernier de bâtir une fédération européenne.
Je ne crois pas que la politique européenne allemande vise à concrétiser systématiquement la vision de Joschka Fischer. Ce qu’il voulait, c’était lancer un débat et il y est parvenu. En France, la discussion est d’ailleurs beaucoup plus nourrie qu’elle ne l’est en Allemagne.

Vous n’êtes donc pas désespéré de l’état de la relation franco-allemande?
Celle-ci a toujours connu des phases de passage à vide. J’avais dit, dans une autre fonction, qu’elle manque d’ampleur et de profondeur.

L’actuel passage à vide dure depuis le départ de François Mitterrand, puis de Helmut Kohl…
L’élargissement pose beaucoup plus de questions à la France, compte tenu de son histoire, qu’à l’Allemagne où ce projet est considéré comme une chose naturelle qui ne présente que des avantages économiques. Pour la France, l’ouverture vers l’Est renforce le poids de l’Allemagne au sein de l’Union, au point que l’ensemble de l’équilibre interne est menacé. Ce n’est pas une simple chimère, c’est une question sérieuse que l’Allemagne, en tant que voisine, doit accepter de voir posée. Si je devais donner un conseil à la France, ce serait de profiter de l’élargissement pour renforcer sa position en Europe de l’Est. La Pologne par exemple, souhaite une présence plus affirmée de Paris et, à Berlin, personne n’y voit d’inconvénient.

La France n’a-t-elle pas, au contraire, perdu de son crédit à Varsovie, en proposant, durant le sommet de Nice, que la Pologne ait deux voix de moins que l’Espagne, à population égale?
La Commission et certains Etats membres ont tiré très vite la sonnette d’alarme et le tir a été corrigé…

Les négociations d’élargissement sont entrées dans le vif des questions sensibles. Le chancelier Schröder vient ainsi de proposer que la libre circulation des personnes ne soit accordée aux pays candidats que sept ans après leur adhésion.
Le moins que l’on puisse dire est que les réactions des pays candidats n’ont pas été enthousiastes. Mais on ne peut pas faire abstraction du fait que l’Allemagne et l’Autriche ont les frontières les plus longues avec les futurs adhérents et donc qu’ils nourrissent une crainte profonde. Dans la pratique, le problème ne se posera pas de manière aussi dramatique. Je suis convaincu que les différences de revenus ne suffisent pas à déclencher, à elles seules, des flux migratoires. Les gens émigrent si leur pays manque totalement de perspectives économiques. Or l’élargissement leur en donne justement.
Bruxelles (UE) de notre correspondant, Libération, 22 décembre 2000, p. 11

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Les gays turcs s'emballent pour l'Europe
Ils espèrent faire reconnaître leurs droits avec l'adhésion à l'Union européenne.

L'Union européenne cristallise tous les espoirs des gays de Turquie encore plus «euroenthousiastes» que le reste de leurs concitoyens, qui à plus de 80 % espèrent un feu vert pour le début des négociations d'adhésion lors du sommet de Bruxelles, les 16 et 17 décembre. «Nous avons presque les mêmes problèmes, les mêmes difficultés que les homosexuels d'Europe, mais, au moins, eux ont leurs droits inscrits dans les codes civil ou pénal de leurs pays respectifs, alors que nous n'en avons pas», souligne Umut Guner, représentant du Kaos GL, un des deux groupes qui luttent pour la défense des droits des gays.

Célébrités. La grande majorité des Turcs n'aime pas les «pédés» et l'homosexualité est régulièrement dénoncée, notamment par les islamistes, comme une «déviation» sinon une «maladie». L'héritage des Ottomans, très tolérants en la matière, est bien oublié. Les médias font d'un côté l'éloge des célébrités, artistes, chanteurs, mannequins ou stylistes gays ou lesbiens, mais critiquent voire insultent les homosexuels ou les travestis qui luttent pour leurs droits, et ceux qui sont contraints de se prostituer dans les quartiers riches d'Istanbul.

Bannis de la société turque, les homosexuels ont quand même préparé une proposition de loi, avec le soutien d'un député social-démocrate, qui a préféré garder l'anonymat, «pour la reconnaissance de l'identité sexuelle et des autres droits des gays et lesbiennes». Composée de 12 articles, inspirée de la législation hollandaise, cette proposition de loi avait été rejetée d'emblée lors de la première lecture en commission. «C'est normal dans un Parlement machiste où il n'y a aucun député revendiquant publiquement son homosexualité», explique un avocat qui souligne aussi le profond conservatisme moral de la majorité parlementaire, le Parti de la justice et du développement, issu du mouvement islamiste, qui avait débattu pendant de longues séances, à l'automne dernier, sur «les méfaits de l'adultère».

Alors que la Turquie déploie beaucoup d'efforts pour réformer sa législation en vue d'adopter l'acquis communautaire, la question des droits des homosexuels reste largement taboue. Déclarer sa préférence sexuelle reste un exercice à haut risque. Nombre d'intellectuels, cinéastes, journalistes ou romanciers, dont l'homosexualité est connue, refusent de prendre position sur le sujet «afin d'éviter un lynchage public».

«Les Kurdes, longtemps non reconnus, ignorés, bafoués, ont plus ou moins gagné leurs droits et maintenant il faut que l'Etat et la société nous accordent les nôtres», réclame Aysel, travestie prostituée à Istanbul. Son quotidien, comme celui de milliers de ses pairs, reste très difficile. «Notre existence même viole la loi en vigueur», précise-t-elle, évoquant notamment les dispositions du code pénal sanctionnant «l'exhibitionnisme». Aysel se souvient d'une amie assassinée : «Les deux meurtriers, arrêtés et jugés, ont bénéficié d'une réduction de peine car la victime était un travesti.» Aysel rêve de l'Union européenne : «J'ai été à Francfort et j'ai vu les libertés dont jouissent nos confrères et consoeurs.»

Longues procédures. La police des moeurs est souvent très dure avec ces travestis qui «menacent l'ordre public en plus de l'ordre moral», selon une déclaration récente d'un commissaire de police. Les homosexuels peuvent, s'ils le désirent, se libérer du service militaire obligatoire en Turquie après de longues, compliquées et humiliantes procédures bureaucratiques et médicales. Dès lors, tout emploi dans le secteur public leur sera définitivement interdit. Mais même dans le privé ce n'est pas simple de trouver un poste pour un homosexuel qui s'affiche ouvertement. «Il nous faut de bonnes lois, une bonne application de celles-ci, mais surtout un changement des mentalités», revendique Serdar Soydan, militant de Lambda, l'autre groupe de défense des droits des gays et lesbiennes, qui ajoute en souriant: «La route de la Turquie vers l'UE nous donne un peu d'espoir.»
Par Ragip DURAN, jeudi 09 décembre 2004 (Liberation - 06:00), p. 11

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Barnier dit oui à la Turquie
Juste avant le sommet de Bruxelles qui débute jeudi (15 décembre 2004), le ministre français des Affaires étrangères souhaite, à titre personnel, que la Turquie entre un jour dans l'Union. Mais, dit-il, les Français, et eux seuls, trancheront le jour venu par référendum. [.....]

Le oui des militants PS à la Constitution européenne est-il une bonne nouvelle ?
Michel Barnier. C'est une très bonne nouvelle.
C'est bien que le PS reste fidèle à l'héritage européen de Mitterrand et de Delors.

Croyez-vous à la victoire du oui lors du référendum national ?
Ce sera un débat difficile. Il faudra éviter que la campagne soit perturbée ou détournée. Il ne s'agira pas de se prononcer pour ou contre le gouvernement : ce sera un vote sur la Constitution européenne. Et un vote absolument vital pour l'ensemble des Français comme pour l'avenir d'une Europe dont dépend leur destin.

Si vous aviez trois raisons à donner pour inciter les Français à voter oui...
1. Pour la première fois, les droits des citoyens, y compris leurs droits sociaux, ont valeur constitutionnelle. 2. Nous aurons enfin une vraie politique étrangère et de défense, avec un ministre européen pour l'incarner. 3. La coopération renforcée entre les Etats qui souhaitent avancer plus vite et plus loin que les autres sur la route commune (la France, l'Allemagne et beaucoup d'autres) devient possible. L'objectif est de faire de l'Europe autre chose qu'un simple marché.

Comment la France va-t-elle aborder, vendredi, à Bruxelles, l'explosif dossier turc ?
En disant la vérité. Le pire, ce serait le silence ou la caricature. La vérité, c'est que des négociations d'adhésion ne sont pas l'adhésion. Ceux qui prétendent que la Turquie va inévitablement, dès demain matin, entrer dans l'Union mentent. Cela dit, avec les précautions et les étapes nécessaires, sans complaisance ni raccourcis, notre intérêt est qu'une Turquie intégrée soit, le jour venu, notre frontière définitive au sud-est de l'Europe. Ce serait mieux que de la laisser à l'extérieur, avec le risque qu'elle ne devienne un pays instable et tenté par un autre modèle que le nôtre. Jacques Chirac a exprimé cette conviction avec force. Le moment venu, le peuple français, et lui seul, tranchera par référendum. La conclusion des négociations qui vont s'ouvrir n'est, en effet, pas écrite. C'est un processus dont le résultat n'est pas garanti d'avance : la France souhaite d'ailleurs que ceci soit spécifié vendredi à Bruxelles. En toute hypothèse, nous entendons garder un « lien très fort » avec la Turquie. [......]
Propos recueillis par Henri Vernet et Dominique de Montvalon, Le Parisien, lundi 13 décembre 2004, p. 4

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Un économiste marié à une Américaine Viktor Iouchtchenko

NE IL Y A cinquante ans dans une famille d'enseignants, Viktor Iouchtchenko a effectué des études en économie. D'abord comptable, il a travaillé dans une banque d'Etat provinciale avant d'être muté et promu à Kiev, la capitale.
En 1993, avec la libéralisation économique, sa lente ascension se poursuit.

En 1997, il arrive à la tête de la banque nationale et joue un rôle important dans la création de la nouvelle monnaie ukrainienne.
Nommé Premier ministre fin 1999, il profite d'une conjoncture économique favorable.

Il est démis de ses fonctions en 2001 à la suite d'un bras de fer avec les communistes, alliés au patronat d'Etat.
Devenu en 2002 chef de la coalition politique Notre Ukraine, il bénéficie d'une popularité grandissante.
En septembre 2004, il tombe sérieusement malade. Soigné à Vienne pour une infection virale, il réapparaît défiguré. Le rapport des médecins conclut à une intoxication à la dioxine de type Seveso.

Iouchtchenko, qui est perçu comme un amalgame de libéralisme occidental et de nationalisme modéré, est marié à Kateryna, une citoyenne américaine originaire de Chicago, ancienne fonctionnaire du Département d'Etat.
Elle a été accusée, sans preuve, par l'opposition d'être un agent de la CIA. Le couple a cinq enfants. Ph.D., Le Parisien, lundi 27 décembre 2004, p. 8

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« Il veut réconcilier le pays »

PRESIDENT du Parlement de l'Otan, Pierre Lellouche était, hier (26 décembre 2004) à Kiev, parmi les quelque 12 000 observateurs internationaux.

Comment s'est déroulé le scrutin ?

Pierre Lellouche. Très calmement.
Dans les bureaux de vote que j'ai vus, à Kiev, il régnait une ambiance plutôt bon enfant. Il n'y avait aucune tension. L'ambiance est même festive dans les rues. Les gens commencent à faire leurs courses pour le Nouvel An. Une fête est d'ailleurs prévue ce soir (NDLR : hier soir) place de l'Indépendance.

Ce calme est-il dû à la présence des observateurs internationaux ?

Sans doute. Mais la principale raison est ailleurs. En fait, le gouvernement sortant est neutralisé. Le Premier ministre-candidat Viktor Ianoukovitch est officiellement en vacances et la machine étatique ne fonctionne pas à plein régime pour faire battre Viktor Iouchtchenko.

Dans quel état d'esprit se trouvent les partisans de Iouchtchenko ?

Ils sont très confiants et ils sont déjà dans l'après-élection. Avec un objectif : réconcilier le pays profondément divisé par les deux tours précédents de la présidentielle.

Ne craignent-ils pas de nouvelles fraudes ?

Avec le rétablissement partiel, samedi, par la Cour constitutionnelle, du système des urnes mobiles, ils estiment que 300 000 voix pourront poser problème. On est loin du million et demi de fraudes recensées le 21 novembre !

Avez-vous rencontré Viktor Ianoukovitch ?

Non. Alors que les présidents des Parlements (Otan, OCDE, Conseil de l'Europe et Parlement européen) ont reçu son adversaire et la commission de contrôle des élections, l'équipe d'Ianoukovitch nous a boycottés.

En cas de confirmation de la victoire de l'opposition, y a-t-il un risque de crise ?

Iouchtchenko fera tout pour l'éviter. Il affirme qu'il souhaite recréer une unité nationale. Le prochain gouvernement sera plus large et aura une politique de la main tendue. Notamment avec Moscou. Il faut calmer le jeu avec Vladimir Poutine tout en pratiquant l'ouverture avec l'Europe. Ce sera un exercice délicat.

Iouchtchenko élu, c'est un premier pas vers une adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne ?

Il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de différence entre l'Ukraine et la Pologne voisine ou encore la Lituanie, deux pays membres de l'Union. Autant l'appartenance à l'Europe se pose pour la Turquie, autant elle ne se pose pas pour l'Ukraine.
Géographiquement, historiquement, culturellement et religieusement, ce pays appartient à l'Europe.
Nous devons donc être au rendez-vous pour l'aider alors qu'elle se réveille à la démocratie.
Propos recueillis par Bernard Mazières, Le Parisien, lundi 27 décembre 2004, p. 8

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Ianoukovitch refuse de concéder sa défaite

Alors que Viktor Iouchtchenko, crédité de 52,01% des suffrages, fêtait lundi sa victoire à la présidentielle ukrainienne, le Premier ministre sortant, Viktor Ianoukovitch, affirme qu'il ne reconnaîtra "jamais une telle défaite, parce que la Constitution et les droits de l'homme ont été violés".

Le chef de l'opposition Viktor Iouchtchenko fêtait lundi sa victoire décisive à l'issue du "troisième tour" de la présidentielle ukrainienne. Mais son adversaire, Viktor Ianoukovitch, a refusé de concéder sa défaite, annonçant son intention de contester les résultats du scrutin devant la Cour suprême, ce qui pourrait déclencher une nouvelle bataille juridique. "Je ne reconnaîtrai jamais une telle défaite, parce que la Constitution et les droits de l'homme ont été violés dans notre pays et que des gens sont morts", a-t-il affirmé devant la presse à Kiev, faisant référence à huit personnes qui seraient mortes pendant l'élection.

5.000 réclamations

Il a précisé que son équipe de campagne avait près de 5.000 réclamations concernant la façon dont le troisième tour de dimanche s'était déroulé. Mais il a ajouté qu'il ne demanderait pas à ses partisans d'organiser des manifestations.
"Nous allons faire appel de la falsification du scrutin", a déclaré pour sa part le député Nestor Choufritch, un de ses alliés, en faisant état de diverses fraudes. Parallèlement, le ministre ukrainien des Transports Heorhï Kirpa, qui soutenait Viktor Ianoukovitch, a été retrouvé mort lundi. Il pourrait avoir été tué par balles, mais il pourrait aussi s'être suicidé. Selon des membres de l'opposition, Heorhï Kirpa, 58 ans, avait fait mettre en place des trains spéciaux pour acheminer des électeurs de Viktor Ianoukovitch jusqu'aux bureaux de vote lors du "premier" deuxième tour de l'élection.

Lundi, les tentes dressées par les partisans de Viktor Iouchtchenko sur la principale avenue de Kiev après le deuxième tour du 21 novembre, entaché de fraudes, et qui a ensuite été annulé, restaient en place. Ce qui semble montrer que ses partisans sont prêts à rester mobilisés en cas de nouvelles tensions.

Selon les résultats officiels portant sur 99,89% des bulletins dépouillés, Viktor Iouchtchenko a remporté 52,01% des suffrages, contre 44,18% au Premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch, candidat du pouvoir et favori du Kremlin. La participation au scrutin est estimée à 77,2%.
Viktor Iouchtchenko, qui dispose de 2,3 millions de voix d'avance, ne peut plus être rattrapé: moins de 100.000 bulletins restaient à compter dans 75 bureaux de vote. Une fois que la commission électorale a dévoilé ses premiers résultats officiels, les deux candidats ont sept jours pour faire appel. Viktor Iouchtchenko a félicité ses partisans pour leur mobilisation au cours des journées de la "révolution orange", notamment pour avoir passé, pour certains, plusieurs semaines à camper dans les rues de la capitale malgré le froid.

12.000 observateurs

Quelque 12.000 observateurs au total étaient présents en Ukraine, dont ceux de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et du Conseil de l'Europe, pour essayer d'empêcher la répétition de fraudes comme celles qui avaient marqué le second tour. C'est de là qu'était née la révolte populaire, cette "révolution orange", dont l'ampleur a conduit à l'annulation du scrutin, remporté alors par Viktor Ianoukovitch, et à l'organisation du "troisième tour" de dimanche.

Les observateurs ont cette fois accordé leur satisfecit aux opérations du 26 décembre: les élections "se sont considérablement rapprochées des critères de l'OSCE et des autres normes internationales" définissant un scrutin libre et équitable, a déclaré à Kiev Bruce George, chef de la délégation. "Nous jugeons que le peuple de ce grand pays a fait un grand pas vers des élections libres et équitables en élisant leur futur président", a-t-il ajouté au cours d'une conférence de presse. "Aujourd'hui le peuple ukrainien a gagné. Je vous félicite", a lancé pour sa part le leader de l'opposition devant une foule en liesse sur la place de l'Indépendance, théâtre de manifestations massives après le second tour.

"Nous sommes indépendants depuis 14 ans, mais nous n'étions pas libres", a souligné Iouchtchenko. "Aujourd'hui, nous pouvons dire que c'est du passé. Nous sommes une Ukraine indépendante et libre".

A Bruxelles, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso s'est félicité de l'issue du scrutin, "une bonne journée pour l'Ukraine et la démocratie". Avant de souligner l'importance que l'UE attache à "l'intégrité territoriale de l'Ukraine", et d'estimer que la "tenue d'élections libres et équitables (...) ouvre la voie à un renforcement de la coopération avec l'Ukraine".

De Washington, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a quant à lui estimé qu'il s'agissait d'un "moment historique pour la démocratie en Ukraine", félicitant les Ukrainiens pour leur "courage" à défendre leur droits, et les exhortant à "oublier leurs divisions, et à éviter la violence, le séparatisme ou les provocations". (AP)
NOUVELOBS.COM | 28.12.04 | 09:02

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IOULIA TIMOCHENKO La pasionaria de la révolution «orange»
Députée de l'opposition, c'est elle qui a invité les Ukrainiens à la désobéissance civile

Dans la capitale, que ce soit sur la place de l'Indépendance ou devant le Parlement, on ne voit qu'elle. Au bras de Viktor Iouchtchenko, Ioulia Timochenko, 44 ans, ancienne vice-premier ministre, apparaît comme la véritable inspiratrice de l'actuelle révolte populaire, celle qui a fait plus que quiconque pour entretenir la mobilisation des manifestants.
Cible des critiques du pouvoir en place, elle est adulée des manifestants qui occupent le centre de la ville. Certains vont même jusqu'à l'appeler «la déesse de la révolution» ou encore la «Jeanne d'Arc ukrainienne». Une icône est née.

Fausse blonde

Ioulia Timochenko a mis au service du candidat Victor Iouch-tchenko son talent d'oratrice, ses capacités d'organisatrice et son immense fortune.
Son maquillage irréprochable et sa coiffure traditionnelle de paysanne ukrainienne en font une icône parfaite de la cause nationale. A condition d'oublier que c'est en fait une vraie brune qui cultivait il y a quelques années seulement son côté BCBG. Car Ioulia Timochenko a eu plusieurs vies et, malgré un passé quelque peu sulfureux, la population est tombée sous son charme.

Action gouvernementale appréciée

Aujourd'hui dans le camp de l'opposition, Ioulia Timochenko n'a pas toujours été contestataire et révolutionnaire engagée. Elle fut un temps proche du régime en place, et même vice-premier ministre du président sortant, Leonid Koutchma, après avoir dirigé le principal fournisseur de gaz ukrainien, le Système énergétique unifié (SEU), aujourd'hui disparu.

Son action au gouvernement avait, à l'époque, été très appréciée par les Occidentaux, qui saluaient les réformes du secteur de l'énergie qu'elle avait mises en place en dépit de l'opposition de plusieurs hommes d'affaires influents. Remerciée en 2001, elle s'était alors retournée contre Koutchma, créant un courant d'opposition au sein du Parlement ukrainien, la Baktivchina (la mère patrie).

Séduisante et séductrice

Ioulia voue aujourd'hui une haine farouche au président sortant et à son entourage pour avoir mis son mari et son beau-père en prison pour fraudes (son mari a été relâché, mais a de nouveau des ennuis avec la justice). Elle-même, brièvement emprisonnée en 2001, est toujours sous le coup de poursuites en Ukraine et en Russie pour des histoires de versements présumés de pots-de-vin.

Entre-temps, Ioulia a pris la tête de la contestation du pouvoir en place. Le fait qu'il y a une dizaine d'années elle parlait avec peine l'ukrainien ne dérange pas ses supporters inconditionnels, de plus en plus nombreux. Ni comment elle a accumulé une fortune considérable en si peu de temps. Populaire, séduisante et séductrice, Mme Timochenko a toujours su être là au bon moment et fait tout pour soigner sa popularité. Et si Victor Iouchtchenko est, comme le bon sens le laisse présager, le nouveau président ukrainien, le poste de premier ministre semble taillé sur mesure pour la pasionaria de la révolution «orange».
Le Matin Online, ANDRÉ PAILLERON, 09 décembre 2004

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(Janvier 2005) Une orange radicale à la tête du gouvernement ukrainien
Timochenko a été nommée hier. Le Président poursuit sa visite à Moscou.

Alors que le nouveau président ukrainien Victor Iouchtchenko effectuait lundi (24 janvier 2005) une visite à Moscou visant à détendre des relations très crispées avec le Kremlin, un communiqué annonçait à Kiev la nomination au poste de Premier ministre de Ioulia Timochenko, la plus radicale des leaders de la «révolution orange». Cette nomination doit encore être approuvée par le Parlement.

Adjointe de Victor Iouchtchenko lorsque ce dernier occupait le poste de Premier ministre entre 2000 et 2001, la très charismatique Ioulia Timochenko jouit d'une grande popularité dans son pays mais est peu aimée en Russie. Née dans une ville industrielle de l'est de l'Ukraine, cette femme de 44 ans, qui aime porter une longue tresse blonde nouée autour de la tête à la manière des paysannes ukrainiennes et affectionne les tenues de grands couturiers, a d'abord étudié l'économie et la cybernétique avant de devenir dirigeante d'entreprise puis de se lancer dans la politique. Elle dirige aujourd'hui le Bloc Ioulia Timochenko, une coalition de centre droit qui contrôle 19 des 450 sièges du Parlement.

Enrichie.

Surnommée la princesse du gaz, Ioulia Timochenko, qui a dirigé la compagnie privée Systèmes énergétiques unis d'Ukraine de 1995 à 1997, a plus tard été accusée par le pouvoir de s'être enrichie grâce à des opérations douteuses. Poursuivie en 2001 pour falsification de documents et contrebande, elle abandonne son poste au gouvernement avant d'être brièvement incarcérée puis relâchée. Elle a toujours affirmé que ces accusations étaient liées aux succès qu'elle avait obtenus pour rendre le monde de l'énergie plus transparent.

L'arrivée de Ioulia Timochenko à la tête du gouvernement ukrainien est survenue alors que Victor Iouchtchenko était à Moscou pour tenter de renouer des liens avec son homologue russe Vladimir Poutine, qui avait lors de la présidentielle ouvertement soutenu l'ex-Premier ministre prorusse Victor Ianoukovitch. «Comme des millions d'Ukrainiens, je sais que la Russie est un grand pays, le voisin éternel de l'Ukraine avec lequel il s'agit de toujours vivre dans la paix et l'entente», a déclaré le nouveau président ukrainien à Kiev peu avant son départ pour Moscou. «Nous sentons tous que nos relations pourraient être meilleures, différentes. C'est le principal but de ma visite», a ajouté le Président, qui a réservé sa première visite à l'étranger à la Russie.

Sphère d'influence.
Vladimir Poutine avait vivement critiqué les manifestations de novembre, quand des centaines de milliers d'Ukrainiens s'étaient élevés contre la fraude électorale et obtenu l'annulation du second tour de la présidentielle. Le chef de l'Etat russe avait à contrecoeur fini par accepter que l'élection soit rejouée. Mais en exprimant son désir de voir l'Ukraine s'amarrer à l'Europe, Victor Iouchtchenko a encore froissé Moscou qui considère toujours l'ex-république soviétique comme sa sphère d'influence réservée. «Notre place est dans l'Union européenne», a lancé dimanche l'Ukrainien lors de son investiture, peu après avoir confié au secrétaire d'Etat américain Colin Powell qu'il était heureux d'«avoir vu le jour où le président ukrainien n'est élu ni à Moscou ni à Washington, mais en Ukraine».
Vladimir Poutine n'a félicité le nouveau chef d'Etat que jeudi, presque un mois après sa victoire électorale . De même, il ne s'est fait représenter à Kiev pour la cérémonie d'investiture que par un personnage mineur, le président de la Chambre haute du Parlement, Sergueï Mironov, alors que beaucoup espéraient y voir un poids lourd de la politique russe .
Les analystes russes pensent toutefois que Iouchtchenko s'efforcera de ménager la Russie, qui reste son principal partenaire économique et fournisseur de brut.
Par Claire BIGG, mardi 25 janvier 2005 (Liberation - 06:00), p. 9

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2006-03-29 13:18:11 Ukraine : le parti pro-russe en tête aux législatives

KIEV, 29 mars (XINHUA) -- Le principal parti d'opposition pro- russe de l'Ukraine, le Parti des régions, est arrivé en tête des élections parlementaires ukrainiennes, remportant 31,1% des 93% des suffrages comptés, a annoncé mercredi la Commission électorale centrale.

Le parti, dirigé par l'ancien Premier ministre Viktor Ianoukovitch, est suivi par le Bloc Ioulia Timochenko, du nom de l'ancienne Premier ministre, avec 22,5% des votes. La coalition Notre Ukraine, qui soutient le président Viktor Iouchtchenko, se trouve à une lointaine troisième place, obtenant 14,5% des suffrages.

Le parti socialiste et le parti communiste ont respectivement obtenu 5,9% et 3,6% des votes, obtenant ainsi leurs entrées au nouveau Parlement. Fin

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jeudi 22 juin 2006, 18h42 Une coalition pro-occidentale naît en Ukraine après trois mois de suspense

KIEV (AFP) - Les anciens partenaires de la "Révolution orange" ont scellé jeudi un accord pour former le prochain gouvernement en Ukraine, mettant ainsi un terme à trois mois de suspense politique et confirmant l'orientation pro-occidentale de cette ex-république soviétique.
"La coalition des forces démocratiques (...) a été créée", a déclaré devant le Parlement Mme Ioulia Timochenko, leader d'une de ces formations et probable futur Premier ministre.

Les trois forces "orange" (le parti Notre Ukraine du président Viktor Iouchtchenko, le Bloc Ioulia Timochenko et les socialistes) contrôlent au total 243 des 450 sièges au Parlement ukrainien, contre 207 pour l'opposition pro-russe (Parti des régions et communistes).
Vêtue d'un élégant complet blanc, Mme Timochenko a assuré que le nouveau cabinet combattrait la corruption.
"Aujourd'hui, nous commençons notre combat pour que le pays (...) soit nettoyé de toute cette saleté de corruption", a-t-elle lancé.

Les trois formations "orange" (la couleur arborée dans les manifestations lors de la révolution pacifique de la fin 2004, ndlr) soutiennent l'ambition du président Viktor Iouchtchenko de rapprocher l'Ukraine de l'Occident et de la faire entrer dans l'Union européenne, même si l'adhésion à l'Otan suscite une polémique entre les membres de la coalition.
Grâce à son score aux législatives de mars dernier (129 députés), le Bloc Timochenko doit obtenir le poste de Premier ministre tandis que Notre Ukraine (81 députés) et les socialistes (33) contrôleront respectivement les postes de président du Parlement et de premier vice-Premier ministre.
Le Bloc Timochenko doit également nommer plusieurs ministres importants (Finances, Economie et Energie), alors que M. Iouchtchenko désignera ceux des Affaires étrangères, de la Défense et de l'Intérieur.

Un nouveau cabinet doit être créé d'ici un mois, aux termes de la Constitution. Mme Timochenko a promis que sa formation commencerait dès mardi prochain.
La très probable nomination de Mme Timochenko au poste de Premier ministre risque cependant de provoquer des réactions mitigées dans les milieux d'affaires alors que l'Ukraine a grand besoin d'investissements.
Le populisme dont est accusée la "dame de fer" de la politique ukrainienne et son appui à la révision des privatisations ont découragé des investisseurs lorsqu'elle était à la tête du gouvernement en 2005.
Dès jeudi, Mme Timochenko s'est engagée à réviser les accords controversés avec la Russie sur le gaz, jugés opaques et qui ont pratiquement doublé la facture de Kiev.

Une promesse aussitôt dénoncée par des analystes russes proches du Kremlin, mettant en garde contre une nouvelle "guerre du gaz" russo-ukrainienne, qui risque, selon eux, d'affecter l'Europe, dépendante du gaz russe transitant par l'Ukraine.

Le Parti des régions, pro-russe, qui n'a pas pu entrer dans l'alliance gouvernementale malgré son score aux législatives (186 députés), s'est déclaré prêt à "contrôler fermement" le gouvernement et a mis en doute la stabilité de la coalition.
"Vers l'automne, le président ukrainien reconnaîtra que la nomination de Ioulia Timochenko au poste de Premier ministre était une erreur et elle sera remerciée une fois de plus", a affirmé l'opposant Taras Tchornovil, dont l'opinion, cependant, n'est pas partagée par les experts indépendants.

L'équipe "orange" arrivée au pouvoir grâce à la révolution pacifique de la fin 2004, avait éclaté après le limogeage de Mme Timochenko du poste de Premier ministre en septembre dernier, sur fond d'âpres luttes d'influence.
yahoo.fr, actualités, jeudi 22 juin 2006, Par Yana DLUGY

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