2000. Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU : l'esclavage n'est pas encore mort

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Novembre 2010 : Esclavage moderne, Huit princesses accusées
Octobre 2009. La traite sexuelle, un esclavage qui propère en Europe
Septembre 2006. Esclavage à Dubaï
Décembre 2005 : Esclaves modernes chez les gens du voyage
Juillet 2005 : La France condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) dans l'affaire Siliadin c. France
Avril 2005 : Prison ferme
Novembre 2004 : Une Béninoise "J'ai été vendue comme un animal"
Les élites aussi ?
Septembre 2004 : Amende pour l'ancien conseiller du Premier ministre
Juin 2004 : Les policiers renoncent
Avril 2004 : Esclavage domestique chez les boulangers, ou complot de voisinage (1 an, 6 mois avec sursis)
Esclavage sexuel chez les politiques ??? Une prostituée roumaine mineure ? Protestation d'innocence. La prostituée placée en foyer.
Procès-verbaux et dépositions.
Janvier 2004 : La mairie de Paris pour la prostitution étrangère ?
Novembre 2003 : Prolifération des prostituées mineures chez les roms
Octobre 2003 : 25 000 esclaves sexuelles aux Pays-Bas ?
Juin 2003 : Les "esclaves invisibles" de l'Inde
Avril 2003 : Esclavage domestique chez un couple marocain
Février 2003 : Lourde condamnation des proxénètes africains
Août 2002 : L'esclavage sexuel des jeunes roumaines ; vendue 22 fois à 14 ans
Mars 2002 : Prostitution : La France abolitionniste contre l'Allemagne régulatrice
1 novembre 2001 : Prolifération de l'esclavage des femmes et des enfants
Aziza, une esclave afghane de sept ans
Aminata, 12 ans, esclave sexuelle en Sierra Leone

4 décembre 2000 - Malgré tous les efforts déployés pour abolir l'esclavage, celui-ci n'est non seulement pas mort, mais en hausse dans certaines régions de la planète, sous la forme notamment de l'exploitation sexuelle et du travail forcé des enfants, ainsi que du trafic des personnes.
C'est ce qu'a déploré le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans un message adressé à l'occasion de la commémoration de la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage, observée le 2 décembre 2000. Le secrétaire général, qui a appelé l'esclavage "un affront à chaque homme et femme libres", a appelé à l'adoption de législations interdisant ce type de pratiques.

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Aziza, une esclave afghane de sept ans *

Depuis l'âge de trois ans, Aziza est au travail dans une briqueterie d'Achar, ville frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan. Douze heures de besogne par jour pour 100 roupies, environ 9 francs. Récit d'un calvaire à visage d'enfant.

AZIZA n'a pas de chaussures. Aziza n'a jamais eu de chaussures de sa vie. Eté comme hiver, elle va nus pieds. C'est une esclave. Au front, profondément imprimée dans la peau, elle porte la marque de sa condition, deux taches sombres laissées par de mauvais abcès infectés. Aucun médecin, jamais, n'a examiné Aziza. Trop cher. En arabe, Aziza veut dire "la précieuse". Mais, sur le grand marché globalisé du monde, "la précieuse" ne vaut rien, pas une roupie. Aziza est une esclave et son corps porte les signes de son état. Les mains, par exemple, cela ne trompe jamais. Elles doivent être sèches comme un désert sur le dos, calleuses comme l'écorce d'un chêne dans la paume, striées d'anciennes blessures mal soignées un peu partout. Les menottes crottées d'Aziza correspondent parfaitement. De même, la tuberculose qui dévore ses poumons, l'anémie chronique qui grignote sa vie. Et puis les plaies sur les pieds.

Elle a mal parfois, "la précieuse". Mais elle ne se plaint jamais. Elle ne se plaint jamais, la petite esclave afghane. Elle sait, c'est écrit dans ses yeux, que sa vie sera une sorte d'enfer et que nul n'y peut rien. Aziza a sept ans. Dans son immense bonté, Allah le Miséricordieux lui a accordé un maintien de reine, une épaisse tignasse de jais, deux grands yeux noirs pétillant d'une intelligence grave. Sous le tchadri bleu, le voile obligatoire, le visage d'Aziza est pur comme une aube sur l'Hindu-Kush. Beau, tragiquement beau, comme un appel au secours, un cri muet. "Aidez-moi, je vous en supplie."

Là-bas, à quelques kilomètres, derrière les montagnes pelées du col de Khyber, de grands oiseaux de mort bombardent son pays, et sa ville, Jalalabad. Aziza ne sait rien de tout cela. Elle a vu le jour ici, directement sur le tapis pourri du gourbi familial, à Achar, misérable faubourg de Peshawar, la ville frontière, la ville-radeau qui coule inéluctablement sous le poids des milliers d'Afghans qui s'échouent là, depuis un mois, un an, une éternité. Un quart de siècle que la guerre, la sécheresse, la faim s'acharnent sur le fier et malheureux pays des moudjahidins.

Espérance d'une vie afghane : quarante-sept ans. Aziza en a déjà consumé quatre au labeur. Dès trois ans, à l'âge où les enfants de France ou d'Amérique entrent en pleurs à la maternelle, Aziza est au travail, en silence. De l'aube au crépuscule, sous les étés brûlants comme dans les grandes froidures des hivers de l'Asie centrale, chaque jour que Dieu fait, sauf quand "je suis trop malade", précise-t-elle, la petite "précieuse", agenouillée dans la poussière d'une carrière, malaxe la boue. Une boue noire, granuleuse, qui blesse la peau. Une boue avec laquelle on fait les briques dans la région.

Pour 100 roupies, 9 francs environ, de quoi mal nourrir une famille de sept personnes pour la journée, il faut mouler mille briques. Ce matin, avant d'attaquer ses douze heures de besogne, Aziza a avalé un thé vert et un demi-nan, la galette de pain locale. Ce soir, il y aura un potage, peut-être une pomme de terre ou une assiette de riz, avec un autre demi-nan. C'est sa pitance. "La précieuse" est une esclave. Dans quelque temps, si ses poumons empoussiérés ne la lâchent pas, elle sera mariée, vendue plutôt, à un homme de passage. Ce sera un pauvre, un riche, un jeune ou un vieux, elle n'en sait rien. Elle acceptera son sort, comme, avant elle, sa mère et ses trois grandes sœurs, cédées vers quatorze ans pour 10 000 roupies chacune (un peu plus de 1 000 francs).

Talibans ou non, ainsi va la vie des femmes, depuis des siècles, dans l'islam des Shinwaris, l'une des grandes tribus pachtounes de la frontière. De part et d'autre de la "ligne Durand" qui serpente entre montagnes afghanes et pakistanaises, c'est la même rengaine, la même règle d'airain, le même intangible code d'honneur des montagnards, le "pachtounwali". Ici comme là-bas, les femmes sont des ombres, des fantômes enfermés dans la bourka traditionnelle, la vue emprisonnée derrière des barreaux de tissu. Ici comme là-bas, à condition que les parents le puissent, les garçons - moins d'un tiers, selon une organisation non gouvernementale (ONG) - vont à l'école le matin. L'après-midi, c'est le chantier, l'atelier, le champ ou la carrière de briques. Il faut bien manger. Sauf exception - environ 6 % dans la province selon la même source -, les filles n'ont pas droit à l'éducation.

Là-haut, du côté de Dir, dans les lointaines vallées perdues de la North West Frontier Province, Ibrash Pasha, le patron local de Khwendo Kor -"la maison des sœurs" en pachtou - nous a expliqué comment il avait dû fermer trois écoles de filles péniblement ouvertes deux ans plus tôt dans les villages de Qaziabad, Latcha et Satcha. Il avait fallu des mois de salamalecs avec les mollahs et les anciens du cru. Il avait fallu expliquer et expliquer encore que non, l'apprentissage des chiffres et des lettres ne corrompt pas forcément les filles. Il avait fallu les convaincre que le travail éducatif des ONG n'en ferait pas automatiquement des rebelles au sacro-saint "pachtounwali". Le plus ardu fut de les assurer qu'il n'était pas question de convertir leurs filles aux croyances impies des kafirs, les infidèles. Promesses d'un autre âge pour une peuplade d'un autre âge.

LES vieux "sages" avaient fini par craquer. Et puis un autre mollah, plus influent, plus puissant, plus obscurantiste encore que ses homologues de campagne, a déboulé dans la région. Soufi Mohammad, c'est son nom, est en quelque sorte le fondamentaliste du fondamentalisme. Un authentique fanatique qui rêve de ramener le "pays des purs" au Moyen Age et d'imposer partout sa version, la plus dure, de la charia, la loi islamique. Allah est grand. Dans les zones tribales qu'il écume, Soufi Mohammad et ses adeptes ont déjà obtenu que les mains des voleurs soient coupées, que les femmes soupçonnées d'adultère soient lynchées et les traîtres au "pachtounwali" pendus.

Dans sa Constitution, la République islamique du Pakistan a pourtant inscrit le droit à l'éducation pour tous. Mais elle tolère. A l'instar de ses anciens alliés talibans qui ne s'y sont guère frottés, là-bas, de l'autre côté de la "ligne Durand", le pouvoir militaire du général Pervez Moucharraf tient à avoir la paix dans les régions semi-autonomes des Pachtounes. Pas question de bousculer des tribus frontalières de plusieurs millions d'individus à 90 % analphabètes que même les forces coloniales britanniques du siècle dernier n'ont jamais pu soumettre. En juin, le gouvernement a quand même essayé de les désarmer. Des primes ont été offertes à qui accepterait de se défaire de son fusil, pistolet, mitraillette et autres joujoux dangereux.

"Hé ! hé ! Les ateliers de Dara ont fait fortune", ricane un confrère pakistanais. Dara, petit village tribal planté comme un far west au cœur d'une vallée oubliée, est célèbre. C'est qu'ici, de mémoire d'homme et de père en fils, on fabrique des armes. A toute heure du jour, dans les arrière-cours, éclatent des détonations. "Il faut bien faire des essais", nous dira-t-on. Un pistolet-mitrailleur Uzi ? Un pistolet Makharov ? Un fusil d'assaut M. 16, un mortier, un lance-grenades ? Les prix ont un peu monté ces temps-ci : il faut 10 000 roupies (1 000 francs) pour acquérir un kalachnikov. Mais, à Dara, à l'exception des plus sophistiquées, on trouve d'efficaces copies de toutes les armes du monde. On peut aussi y acheter du haschich et de l'opium au quintal, mais ça, c'est une autre histoire.

En juin, ce sont des commandes groupées de plusieurs milliers de calibres que les géniaux armuriers de Dara ont vu arriver. "Les familles pachtounes se sont cotisées pour acheter des copies usagées qu'elles ont ensuite revendues, parfois plus cher, à l'Etat", ironise le confrère. "L'arme du Pachtoune, prétend un dicton, c'est comme un bijou pour la femme", il est interdit de s'en séparer. Combien, parmi les milliers de jeunes tribaux qui s'engagent depuis dix jours dans le djihad aux côtés des talibans afghans, le font uniquement pour mettre la main sur un calibre ? Seuls les Pachtounes éduqués, dans les villes, et les plus misérables dans les montagnes en sont démunis. C'est le cas de Togarah, le père d'Aziza, "la précieuse".

Bouche édentée, verrue sur le front, mais bon regard doux sous le topi maculé, la calotte des bons "croyants", Togarah n'est pas méchant homme. Plutôt une sorte de squelette ambulant qui consume ses dernières années dans la carrière, parce qu'il faut bien nourrir les marmots qui se succèdent au gourbi. Quatorze heures par jour, pour 100 roupies, on connaît. Seulement, Togarah est fatigué, perclus de rhumatismes, fiévreux souvent. Alors, comme ceux de tous les autres hommes-poussière de la carrière, les enfants, Aziza comprise, sont obligés de trimer avec le vieux. Pas le choix. "Sans eux, je n'arriverais pas à mon quota", se désole le bonhomme. Le bon temps de Jalalabad est mort depuis longtemps. La ferme familiale détruite pendant la guerre civile, il y a dix ans, Togarah a pris sa couvée sous le bras. Ils ont marché des jours et des jours pour arriver jusqu'ici. Et puis, ils n'ont plus bougé.

MOALEM RAHIMUDDINE, le voisin de tranchée du vieux, est dans la même situation. Dans une autre vie, ce solide quadragénaire pachtoune était prof d'histoire-géo à l'école Fakrullah de Jalalabad. Aujourd'hui, il moule des briques et il remercie Allah de lui avoir procuré cette sinécure. "Ce sont les Russes qui ont détruit ma maison, il y a treize ans." A l'époque, Moalem était seul. Il a trouvé une femme en exil, une jeune cousine à présent âgée de vingt-trois ans, mais déjà épuisée par sept grossesses successives. Ils sont tous là, les marmots, tannés par le soleil, à tirer des brouettes plus lourdes qu'eux, à malaxer la boue pour aider papa. Il y a tant d'esclaves impubères qui mendient dans les rues déglinguées de Peshawar, tant de mômes abandonnés qui s'échinent dans les briqueteries, les fabriques de tapis, les échoppes, les ateliers de mécanique, chez les ferrailleurs, que plus personne ne les remarque.

Au bazar de Shobah, à quelques coudées de l'enfer d'Achar, nous sommes tombés sur un frère de misère d'Aziza. Shegarah a sept ans, le front buté et le regard dur. Pieds nus dans la crasse du marché, l'enfant sale porte un grand sac de jute sur l'épaule. A l'intérieur, en vrac, il y a une timbale de plastique rouge, un verre publicitaire ébréché marqué Pepsi, une vieille seringue à bestiaux, une ampoule électrique usagée, un peigne édenté, une boîte, vide, de jus de tomate et deux petits morceaux de croûton de pain maculés de terre. Il est 15 heures. En neuf heures d'errance sur les tas d'ordures, c'est tout le butin du marmot. La concurrence est rude, mais Shegarah ne se plaint pas. Dans cette société tribale où la pédophilie sur les garçons est plus courante que le viol des filles - pour combattre ce phénomène "non islamique", les talibans ont pendu plusieurs moudjahidins pachtounes qui se battaient parfois à l'arme lourde pour la possession de quelque éphèbe kidnappé dans un village -, il aurait pu tomber plus mal.

"Dis-moi, demande tout à coup Majid Baber, le confrère pakistanais qui nous pilote en ces enfers, tu crois vraiment que la mondialisation est en train de préparer une génération d'adultes apaisés dans cette région du monde ?" Heuh, écoute, Majid, qu'est-ce qu'on peut y faire, hein ? Tiens, voilà que ça recommence. Aziza est prise d'une nouvelle quinte de toux. Son chétif petit corps en est tout commotionné. Les anneaux dépareillés que la coquette a dénichés dans les ordures pour s'en parer les oreilles battent ses joues. Aziza crache dans la poussière. Elle couvre sa bouche, gênée. Il y a des mois qu'elle ne dort plus "la précieuse". "Avant, dans ma nuit, c'était bien, parfois. J'étais avec mon papa dans une belle voiture, nous avions tous de beaux habits, et même j'allais à l'école. Mais maintenant, à cause de ma toux, je ne peux plus rêver."

Pour Majid Baber, papa de deux enfants, c'en est trop. Le confrère s'éloigne écraser ses larmes. Attends, je sais quoi faire, ami ; nous allons emmener Aziza à l'hôpital, nous allons exiger qu'on la soigne, régler la facture et suivre son sort. Qui sait, peut-être allons-nous sauver une enfant esclave aujourd'hui ?
* Patrice Claude, LE MONDE | 23.10.01 | 11h20

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Calvaire des filles enlevées par les rebelles pour servir d'esclaves sexuelles *

Elle a le visage poupin, un foulard noué sur les cheveux, un pagne décoloré autour de son ventre rond. Aminata a 15 ans, neuf mois de grossesse et une vie de femme de soldat derrière elle. A 12 ans, comme des centaines d'autres en dix ans de guerre civile en Sierra Leone, elle a été enlevée par les rebelles du RUF (le Front révolutionnaire uni, en anglais) qui ont pris les armes contre le pouvoir central en 1991. Pour le repos des guerriers, et aussi pour leur popote, la rébellion pratique alors le recrutement d'«épouses». Emmenée de force avec sa grande sœur dans le bush (maquis) après l'attaque de leur village, Aminata y a passé trois ans. Elle a eu deux hommes. Le premier est mort au combat. Le deuxième l'a abandonnée quand il a su qu'elle était enceinte. «Il a dit que l'enfant n'est pas de lui, murmure la jeune fille en regardant la paume de ses mains. Pourquoi il m'a laissée? Je ne comprends pas. Qui va s'occuper du bébé maintenant?»

Selon l'estimation la plus basse de l'Unicef, 5 400 enfants de moins de 18 ans ont été enrôlés contre leur gré par les différentes factions (rebelles, ex-soldats factieux, milices civiles) depuis le début de la guerre. Les garçons servaient de porteurs ou de gardes du corps, armes à la main. Les filles, elles, devenaient les «esclaves sexuelles» des combattants. «Leur vie dans le bush commence toujours par un viol, parfois devant tout le monde, explique Roisin de Burca, responsable du bureau de l'Unicef. Des filles parfois âgées de 10 ans sont obligées d'avoir des relations sexuelles quotidiennes avec tous ceux qui le demandent.»

«Pour le gouvernement».
Selon les témoignages de celles qui en sont revenues, les rebelles pratiquent la razzia avec enlèvements: chaque guérillero se sert, les commandants se réservent les meilleures prises, quitte à redistribuer ensuite à leurs troupes. Celles qui refusent de suivre leur «mari» sont déclarées «pour le gouvernement», c'est-à-dire pour tout le monde. Seules celles qui ont eu la chance de tomber sur une femme combattante trouvaient un peu de protection.

Alors qu'une paix encore précaire s'installe doucement en Sierra Leone, des centaines de ces jeunes kidnappées retrouvent la liberté. Mais le retour au foyer de ces filles mères s'annonce encore plus problématique que pour les garçons. Plus que leurs camarades, elles risquent d'être montrées du doigt, exclues dans leur propre famille. Avec une soixantaine d'autres filles relâchées par les rebelles après l'accord de cessez-le-feu signé en mai, Aminata a été recueillie par Caritas, une ONG qui travaille à la réinsertion des enfants enlevés pendant la guerre. Elle a pu rentrer chez sa mère et espère apprendre le métier de couturière dans le cadre du programme de démobilisation et réintégration mis en place par le gouvernement sierra-léonais.

«Mais la plupart des jeunes ex-épouses ont trop honte pour retourner chez elles, assure Edmond Koroma, responsable du centre d'accueil de Caritas à Makeni, ville du nord tenue par le RUF. Presque toutes ont des bébés, les autres sont enceintes, alors que, chez nous, l'enfant sans père est mal vu: enfant sans nom, il est mis au ban du village. Pour elles, la meilleure solution, c'est que leur compagnon accepte de régulariser la situation par un mariage religieux ou coutumier.» De peur d'être rejetées par leur famille, la majorité préfère donc rester avec leur ravisseur.

Mais la crainte et la honte n'expliquent pas tout. Depuis le début de la démobilisation, en juin, les rebelles se montrent réticents à rendre leurs conquêtes. 95 % des enfants relâchés sont des garçons. «Les commandants veulent garder les filles avec eux, ils les font passer pour leur sœur ou leur cousine, raconte Samuel Sessay, qui travaille dans un camp de démobilisation des combattants. Et puis certaines ont eu des privilèges qu'elles ne veulent pas abandonner. Dans le bush, une femme de commandant était bien nourrie, bien habillée, elle avait une belle maison et personne n'avait le droit d'y toucher.»

Mariage forcé.
Certaines, parmi les plus âgées, sont même devenues des militantes. Aïcha, enlevée à 14 ans, n'a pas l'étoffe d'une victime. Aux côtés des rebelles, elle a pris les armes pour, dit-elle, «défendre ses sœurs». Aujourd'hui, elle veut reprendre l'école et devenir avocate. «Notre cause est juste, nous luttons contre le système pourri par la corruption, le népotisme et l'injustice», entonne-t-elle fièrement et sans regret pour son passé. Dans une société qui pratique encore le mariage forcé et où, selon la Constitution, les filles peuvent se marier à 14 ans, nombreuses sont celles qui ne retourneront pas en arrière. Et pas toujours pour le pire.

David, 28 ans, tend ainsi fièrement la photo de sa «femme», assise en tenue traditionnelle avec ses deux enfants, souriante. Il préfère rester discret sur les circonstances de leur rencontre «dans le bush». Après six années de maquis aux côtés des rebelles, David est venu rendre les armes et se prépare à retourner à la vie civile. Il a maintenant «des plans pour sa famille». Devenir chauffeur. Se marier «proprement», avec l'accord des beaux-parents qu'il compte aller voir dès sa sortie du camp. «Quoi qu'il arrive, nous sommes ensemble maintenant.».
* Par JUDITH RUEFF, Libération, 24 octobre 2001, p. 15

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Le responsable de l'ONU pour la prévention du crime affirme que le trafic des humains est en hausse rapide.

1 novembre 2001 - Pino Arlacchi, chef du Bureau de l'ONU pour le contrôle des drogues et la prévention de la criminalité, a déclaré que le trafic des humains était la forme de crime organisé qui augmentait le plus à l'heure actuelle. Dans une intervention aujourd'hui devant le Conseil permanent de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), M. Arlacchi a lancé un appel aux Etats membres pour qu'ils formulent des législations plus strictes dans ce domaine. "Il faudra également former les procureurs et les policiers et sensibiliser les opinions publiques sur la véritable nature de cette forme de criminalité", a estimé M. Arlachi. Selon le Bureau, des milliers de personnes, notamment des femmes et des enfants, sont enlevées tous les ans contre leur gré pour servir comme prostituées ou esclaves.

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DROITS DES FEMMES Nicole Péry a exposé hier (05 mars 2002) son intention de s'attaquer au libre exercice du « plus vieux métier du monde »
Le secrétaire d'état aux Droits des femmes souhaite d'abord évaluer scientifiquement le problème de la prostitution.
Prostitution : la France dans le camp des abolitionnistes

Contre le camp emmené par les Pays-Bas et l'Allemagne qui entendent réglementer la prostitution pour en faire un « métier comme les autres », la France est, avec la Suède, le chef de file en Europe des pays dits « abolitionnistes ». Le rapport présenté hier par Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux Droits des femmes, confirme cette position : « La prostitution, en tant qu'acte sexuel marchand non désiré, est une violence faite aux femmes dans la mesure où elle nie leur humanité. Ce ne sont donc pas seulement les conditions de son exercice, comme le proxénétisme ou la traite, qui sont condamnables », a déclaré le ministre. Depuis quelques années, les rapports et les travaux sur l'exploitation sexuelle se succèdent en France. Le Sénat et l'Assemblée nationale, notamment, ont planché sur le sujet, permettant des avancées législatives : la pénalisation de la prostitution des mineurs a été votée définitivement il y a quinze jours et l'incrimination de la traite des êtres humains a fait l'objet d'une proposition de loi adoptée en première lecture.
La prostitution « classique », elle, fait l'objet d'une condamnation symbolique mais pas de condamnations pénales. « On n'en est pas là ! » reconnaît la ministre qui parle de ce dossier comme d'« une patate chaude qu'on se refile de ministère en ministère » pour évoquer le malaise qu'il suscite. Pourtant, l'objectif à long terme des féministes est bien de pénaliser le client, comme en Suède, reconnaît Malka Marcovich, présidente du Mapp (Mouvement pour l'abolition de la prostitution, de la pornographie, et de toute violence sexuelle) et auteur du rapport. Le problème, avoue-t-elle, est qu'en France « 90 % des membres du Parlement sont des hommes, dont statistiquement un grand nombre sont ou ont été « clients ». En Suède, note-t-elle, il y a 46 % de femmes députés... »

Néanmoins, pour que les bonnes intentions et les déclarations françaises ne restent pas lettre morte, le secrétariat d'Etat élabore un certain nombre de propositions. D'abord, évaluer scientifiquement le phénomène, qualitativement et quantitativement : définition de la prostitution, enquête auprès des victimes et des clients, étude des différentes formes contemporaines de l'industrie du sexe. Car, affirme Nicole Péry, c'est à partir d'une étude approfondie et largement diffusée – comme celle qui fut réalisée sur la violence conjugale –, que les mentalités pourront évoluer. Et que le « plus vieux métier du monde » n'apparaîtra peut-être plus comme une fatalité.

Pour l'instant, la prostitution « classique », « à la française », reste un sujet tabou, affirme le docteur Judith Trinquart, auteur d'une thèse de médecine consacrée aux conséquences de la prostitution sur la santé psychique et physique des femmes : « Il y a une omerta sur la prostitution, comme il y a trente ans sur le viol ou la pédophilie. » Elle bat en brèche le « préjugé » qui veut que les prostitués « libres » soient « consentantes » : « On recense entre 80 et 95 % d'antécédents de violences sexuelles chez les personnes prostitués originaires du pays. On ne peut, dès lors, parler de choix. »

L'enjeu est européen, affirme Nicole Péry : « Il ne faut pas laisser les pays de l'Union européenne institutionnaliser la prostitution. » Une tâche d'autant plus ardue, explique Malka Marcovich, que les acteurs de l'industrie du sexe (dont on évalue le chiffre d'affaires mondial annuel entre 5,4 et 7,6 milliards d'euros) ont infiltré les ONG. Contre la puissance de l'argent – une prostituée rapporte en moyenne 107 000 € par an à son proxénète –, l'argument des féministes est simplement éthique. Leur position rejoint celle des évêques de France. Il y a un an, ceux-ci publiaient une déclaration « abolitionniste » qui se concluait en ces termes : « Le XIXe siècle a vu la fin de l'esclavage. Le XXe sera reconnu comme celui où la peine de mort a été abolie dans la plupart des pays. Le XXIe sera, si nous le décidons, celui de l'éradication progressive de l'exploitation sexuelle. »
lefigaro.fr, Astrid de Larminat [06 mars 2002]

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Le calvaire des jeunes roumaines prostituées

LE RÉCENT DÉBAT sur la prostitution a remis la question de la traite des femmes au premier plan. Aujourd'hui, 70 % des prostituées qui arpentent les trottoirs des grandes villes de France sont étrangères, prisonnières de réseaux de trafiquants sans scrupules qui les achètent, les vendent et les exploitent. Ce « marché », dont plus de 300 000 jeunes filles seraient aujourd'hui victimes en Europe, constitue, selon Interpol, la troisième activité illégale la plus rentable après le trafic de drogue et celui d'armes. Aux côtés des Africaines, les jeunes filles des pays de l'Est forment la majeure partie des victimes. Pays d'origine et de transit, la Roumanie compte parmi les huit Etats les plus concernés, avec l'Albanie, la Bulgarie, et les Etats de l'ex-Yougoslavie. Un rapport Unicef-ONU-OSCE, publié fin juin, estime que 90 % des prostituées y sont prisonnières des « marchands de chair ». Or, en dépit d'une lente prise de conscience des autorités et de l'action des ONG, « pas plus de 35 % des victimes sont reconnues en tant que telles » et « seule une fraction (7 %) a reçu assistance et soutien à long terme ». La pauvreté, l'instabilité et une législation insuffisante sont autant de facteurs propices aux trafiquants. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 120 000 femmes et enfants originaires de cette zone parviennent chaque année dans l'Union européenne. Depuis la Roumanie, où 10 000 jeunes filles seraient « recrutées » chaque année, les filières passent par trois « routes » principales (voir carte) . Les itinéraires conduisant directement en France sont peu nombreux mais apparaissent de plus en plus souvent. Le démantèlement la semaine dernière à Paris par la brigade de répression du proxénétisme d'un réseau familial roumain qui exploitait huit compatriotes, dont deux mineures, sur les boulevards des maréchaux le démontre.

Calvaire

Les récits recueillis à Bucarest et à Pitesti auprès de ces jeunes filles, dont beaucoup sont à peine sorties de l'enfance, montrent à quel point les trafiquants jouent de leur naïveté, de leur désir de travailler ou de fuir un contexte familial difficile. Une fois dans les réseaux, leur quotidien est fait de menaces, de viols, de coups, voire de prison là où la prostitution est punie comme un délit. Les rares qui ont la chance d'échapper à leurs proxénètes ont bien d'autres obstacles à franchir avant d'oublier leur calvaire. Faute de structures d'assistance, le retour dans les familles et dans les villages, où l'incrédulité le dispute au mépris, les poussent bien souvent à retomber dans les griffes de leurs trafiquants. Pour celles qui parviennent jusqu'aux rues de nos villes, l'espoir paraît encore plus infime. « Celles que nous recueillons ont vécu quelques mois d'enfer, souligne Manuela Tavitian, de l'OIM Bucarest. Quand elles parviennent en France ou en Italie, il a pu s'écouler près d'un an. Elles sont alors entrées dans le système, elles sont si détruites qu'elles ont parfois perdu le désir de s'en sortir. »
Pascale Égré, Le Parisien, mercredi 28 août 2002, p. 14

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Une gamine de 14 ans vendue vingt-deux fois

CRÉÉ EN 1951, l'Organisation internationale des migrations (OIM) travaille au soutien des réfugiés et des migrants victimes de traite et assiste les gouvernements pour gérer ces phénomènes. Le bureau de Bucarest a ouvert en 1992. Le programme d'assistance aux victimes d'exploitation sexuelle a débuté en 1999.

En 2001, l'OIM Bucarest a assisté deux cent quarante-six victimes de la traite, dont quarante-sept mineures. Selon une étude récente, la plupart sont originaires des régions pauvres de Moldavie et de Muntenia. Leur vulnérabilité est d'autant plus forte lorsqu'elles ont souvent subi des abus dans leur famille ou leur institution de placement.

Le schéma de recrutement pour les réseaux passe par de petites annonces, ou par un proche de la victime qui lui fait miroiter une fausse promesse d'embauche dans un pays d'Europe de l'Ouest. Leurs trajets s'arrêtent en général dans les Balkans, où elles sont parfois vendues sur de véritables marchés (dont le tristement célèbre Arizona Market de Bosnie). L'une des mineures rapatriées par l'OIM, âgée de 14 ans, avait été vendue vingt-deux fois. Violées, frappées, elles sont obligées à des rapports sexuels non protégés si le client le demande. Elles ne touchent en général pas d'argent, ce qui n'est pas le cas de celles qui arrivent jusqu'en France et qui perçoivent une partie de leurs passes.

Durant trois mois, les jeunes filles sont accueillies dans un refuge ouvert fin 2001 à Bucarest et géré par la Fondation Estuar. Elles bénéficient d'une prise en charge médicale et psychologique, et doivent préparer leur orientation. Celles qui ne souhaitent ou ne peuvent pas rentrer sont confiées à d'autres ONG, mais le réseau existant reste très insuffisant.
P.E., Le Parisien, 28 août 2002, p. 15

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(Février 2003) Lourdes peines pour les proxénètes
La justice sanctionne le réseau qui opérait devant le tribunal de Bobigny.

C'était un procès très attendu. Derrière ce qui ressemble à une banale histoire de proxénétisme, se jouait lundi et hier à Bobigny une affaire qui a remué le monde judiciaire de Seine-Saint-Denis.

Embarrassante affaire

Tracy, Joy, Déborah, Bridget, Helen, Pat, Cynthia... ces prénoms, égrenés à l'audience de la 13e chambre correctionnelle à Bobigny lundi et mardi avaient un écho particulier. Car ces jeunes filles, dont la plupart ont aujourd'hui disparu, sont toutes passées après leur arrivée à Roissy devant le juge de Bobigny. Puis ont été recrutées, mineures, par des rabatteurs.

Les scènes décrites à l'audience, à l'occasion du procès de dix prévenus, se jouaient ici même dans l'enceinte du tribunal, et aux alentours. La présidente, Françoise Bouthier-Vergez, ainsi que ses deux assesseurs ont pu eux-mêmes constater ces manèges bien huilés lors de leurs permanences à l'audience des étrangers (dite du 35 quater). Cette proximité embarrassante a sans doute motivé la gravité des peines requises par le procureur, de trois à dix ans de prison, la peine maximale pour le cerveau du réseau, une Nigériane, nommée Edith, actuellement en cavale. Ce sont ces manoeuvres qui ont suscité, en 2001, une plainte déposée par le Gisti (1) (Libération du 31 octobre 2001). «Tout le monde savait», a rappelé à l'audience Me Stéphane Maugendre, partie civile pour le Gisti et le Mrap. «La procédure elle-même poussait ces jeunes filles sur le trottoir.»

Trois prostituées

Le deuxième volet de l'affaire est parisien : il fait suite à la plainte déposée en novembre 2001 par trois jeunes filles, absentes de l'audience. Rose, Grace et Victoria, jeunes prostituées, racontent alors à la police qu'elles ont été recrutées en Afrique par Edith, qui leur a procuré des documents de voyage et les a convoyées jusqu'en France. Elles ont été défendues au tribunal de Bobigny par un avocat choisi, qui a obtenu leur entrée sur le territoire. Elles déclarent alors résider chez un couple de Ghanéens : les Opoku, qui comparaissaient hier. Victoria, Rose et Grace rapportent, à tour de rôle, aux enquêteurs qu'Edith et Herod Opoku les ont accompagnées sur leur lieu de travail, porte de Vincennes. Elles devaient régler 50 000 dollars pour rembourser leurs frais d'entrée en France par versements hebdomadaires. «Edith expliquait la procédure, disait qu'il fallait se dire de la Sierra Leone, et ne pas donner son nom ghanéen, raconte Victoria aux policiers. Elle a beaucoup d'argent, elle achètera d'autres avocats.»

La présidente cite une étude de la brigade des mineurs de Paris : sur 44 enfants sierra-léonaises placées à l'Aide sociale à l'enfance, en 1999, 24 ont fugué. «Toutes les jeunes filles ont un numéro de téléphone quand elles arrivent, explique le directeur d'un foyer à la police. Elles sont soit très coquettes habillées à l'européenne, ou très simplement. Elles n'ont pas de bagages.» Et disparaissent en quelques jours. En 2000 et 2001, on compte encore 55 fugues. Lundi et mardi, quelques maillons de cette chaîne étaient donc jugés. Dix prévenus, accusés de proxénétisme, dont deux absents du box. Le couple Opoku reconnaît avoir hébergé Rose, Grace et Victoria. «Elles étaient en galère et n'avaient pas d'endroit où dormir», dit le mari. «C'est la seule chose que l'on peut reprocher à mes clients», estime leur avocate Me Yamina Belajouza, qui déplore les huit années de prison requises contre eux. «J'ignore ce qu'elles font», tente de se défendre l'épouse. «Mais elles s'absentaient la nuit, et ne revenaient qu'au petit matin, tous les jours !», s'étonne la juge. A Arron Kodua, un ancien petit ami d'Edith, la magistrate demande des explications qu'il est bien en peine de fournir. Pourquoi est-il allé déjeuner en compagnie d'une assistante sociale avec deux jeunes filles mineures qu'il ne connaissait pas, qu'il devait accompagner à la gare St-Lazare et qu'on n'a plus jamais revues ? Pourquoi a-t-il eu des contacts téléphoniques avec des prostituées notoires ? Que faisaient chez lui des documents officiels vierges dont des ordonnances judiciaires ? Pourquoi a-t-il envoyé en Espagne, au Bénin, au Sénégal, au Niger et en Italie, par le biais de la Western Union, 443 100 francs entre janvier 1999 et le milieu de l'année 2000 ?

Le fantôme Edith

Mais la grande absente, le «fantôme de ce procès» selon le procureur, demeure Edith. Une femme que la présidente décrit comme élégante, couverte de bijoux et que certains prévenus appellent «le boss», la «mother», ou «la maquerelle». «Je pense qu'il y a une structure beaucoup plus solide qui n'a pas été démantelée. La preuve en est que des filles sont toujours sur les trottoirs à Paris», a commenté l'avocate du couple. «Cette affaire n'est pas vraiment un aboutissement mais plutôt un commencement...», a estimé Me Simon Foreman, qui au nom de la Cimade et de l'Anafé (2) a engagé le parquet à se montrer vigilant face au sort des mineures étrangères. Hier soir, le compagnon d'Edith a été condamné à huit ans et demi de prison et à l'interdiction définitive du territoire. Le couple ghanéen s'est vu infliger sept ans de prison pour le mari et cinq ans et demi pour la femme. Ils veulent faire appel. Les autres prévenus ont pris des peines de quinze mois à cinq ans et demi. A côté, de la salle d'audience, défilent Chinois, Africains, femmes et hommes, escortés par la police. Peut-être encore suivis par l'ombre d'autres proxénètes.
(1) Groupe d'information et de soutien des immigrés.
(2) Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers.
Libération, Par Charlotte ROTMAN, mercredi 12 février 2003, p. 16

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(23 avril 2003) Deux jeunes Marocaines exploitées par un couple (marocain)

FATIMA S'ÉTAIT VUE promettre un mariage en France, Magda un titre de séjour. Mais, depuis de longs mois, ces deux jeunes Marocaines étaient en fait les esclaves d'un couple de Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise).
La semaine dernière, Fatima, 24 ans, la plus âgée des deux, a fini par craquer, mettant fin à près de deux ans de silence et de souffrances. Lorsque les policiers sont venus la délivrer dans un appartement du quartier de la Muette, elle venait d'être frappée et attachée dans la baignoire. Punie parce qu'elle avait essayé de s'enfuir quelques minutes auparavant.
Dans le modeste F 4 du couple, les policiers ont également trouvé Magda, 16 ans, une autre jeune fille « engagée » l'été dernier au Maroc par Jamal, le père de famille, lui-même de nationalité marocaine et ancien chauffeur livreur au chômage. Après deux jours de garde à vue, Jamal a été mis en examen pour « séquestration, violences volontaires et soumission à des conditions de travail et d'hébergement contraires à la dignité humaine », puis remis en liberté sous contrôle judiciaire. Fatima et Magda ont été placées en foyer en région parisienne.

Sans aucun papier

Le calvaire de Fatima débute au mois d'août 2001 au Maroc. Cousine de Rkia, la femme de Jamal, elle rêve de quitter son pays natal. Jamal lui propose alors un mariage avec son frère en France. Clandestinement, elle quitte le Maroc par bateau, entre en Espagne sous l'identité d'une des filles de Jamal qui l'accompagne et pénètre en France.
Dès son arrivée à Garges, elle se rend compte que le mari promis a déjà une femme. Le piège vient de se refermer. Sans aucun papier et sous la pression psychologique constante du couple qui l'a amenée en France, Fatima devient alors une véritable esclave vouée aux tâches ménagères. Elle est même « prêtée » à une famille parisienne qui l'emploie comme femme de ménage.
L'été dernier, Jamal et sa famille retournent au Maroc. Cette fois, c'est Magda, une jeune fille d'à peine 16 ans qu'ils arrivent à convaincre de quitter son village contre la promesse d'un titre de séjour et d'un travail en France. « On lui a même promis qu'elle pourrait envoyer de l'argent à sa famille restée au Maroc, rapporte une source proche du dossier, mais ils n'ont jamais reçu un centime. »
Magda suivra la même route que celle de Fatima jusqu'à l'appartement de Garges. Jusqu'à la tentative de fuite désespérée de Fatima la semaine dernière, qui a profité d'un bref moment d'inattention de ses geôliers avant d'être rattrapée à un arrêt de bus, les deux jeunes filles dormaient sur un matelas dans le salon, soumises au même quotidien fait d'humiliation et de soumission. « N'ayant aucun papier, Fatima avait très peur de la police, lâche un enquêteur. Et surtout, elle ne voulait pas retourner au Maroc. »
Damien Delseny, Le Parisien, mercredi 23 avril 2003, p. 19

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(Juin 2003) Les «esclaves invisibles» de l'Inde
Le calvaire de Selma met en lumière l'exploitation des enfants domestiques.

En apparence, Sharbat Tanvir était une femme respectable. Une bourgeoise sans histoires, épouse d'un médecin expatrié dans un pays du Golfe, décrite par ses voisins comme «tout à fait normale». Aujourd'hui, cette femme est pourtant derrière les barreaux. Motif: elle infligeait les pires tortures à la gamine de 12 ans qu'elle employait comme domestique. Le crâne ouvert, la jambe cassée et le corps couvert de brûlures et de cicatrices, Selma a en effet dû être hospitalisée d'urgence, fin janvier, lorsqu'une association de lutte contre le travail des enfants est venue l'arracher aux mains de son employeur-bourreau. Selon les médecins, elle serait probablement morte de ses blessures si les voisins, alertés par les cris et les pleurs quotidiens, n'avaient pas fini par contacter le mouvement Sauver l'enfance.

Barres de fer.
A l'hôpital, Selma a raconté son calvaire. Originaire d'un petit village du Bihar, un Etat pauvre du Nord, elle était venue il y a six mois à New Delhi pour travailler comme domestique chez Mme Tanvir, la soeur du patron de ses parents. Mais, en fait de domestique, la fillette était devenue une véritable esclave. Interdite de sortie, elle était régulièrement battue, brûlée et affamée pour des fautes a priori sans gravité. Quinze jours avant sa libération, elle avait ainsi été violemment battue à coups de barres de fer pour avoir «trop mangé», d'où l'impressionnante plaie purulente qui lui traversait le crâne lorsqu'elle a été transférée à l'hôpital. Noyée dans les colonnes de faits divers, cette histoire atroce est passée quasiment inaperçue en Inde. D'une part, parce qu'elle est relativement banale dans ce pays de plus d'un milliard d'habitants où les crimes sont nombreux et souvent sanglants, mais peut être aussi parce qu'elle met le doigt sur un sujet tabou : le travail des enfants domestiques. «On parle toujours des enfants employés dans les usines ou les mines, mais les enfants domestiques n'émeuvent personne, s'insurge Kailash Satyarthi, le président du mouvement Sauver l'enfance. C'est pourtant une pratique beaucoup plus répandue et beaucoup plus difficile à combattre, car il est impossible d'aller vérifier ce qui se passe dans chaque maison. Ces gamins sont les esclaves invisibles de ce pays.»

Dans la société indienne, le fait d'employer des mineurs pour faire le ménage ou s'occuper des enfants reste une pratique courante, qui n'offusque personne. Pour la plupart, les employeurs ne sont d'ailleurs pas les brutes ignorantes que l'on pourrait imaginer, mais plutôt des gens aisés, éduqués, qui, en dehors de chez eux, défendront volontiers le droit à l'éducation et la nécessité pour l'Inde de rompre avec ses traditions archaïques. «Le phénomène concerne en grande majorité des gens riches, affirme Kailash Satyarthi. Et si le travail des enfants en général est heureusement en train de diminuer, le nombre d'enfants domestiques ne fait lui qu'augmenter avec l'émergence d'une classe moyenne de plus en plus importante. Tout le monde cherche une main-d'oeuvre peu chère et docile, or les enfants sont ceux qui répondent le mieux à ces critères, surtout les petites filles. Vous pouvez les exploiter autant que vous voulez, ils ne diront jamais rien, et leur voix ne sortira de toute façon jamais de l'enceinte familiale.»

En toute légalité.
Selon les estimations des associations pour la protection de l'enfance, il y aurait actuellement au moins 60 millions d'enfants au travail en Inde, dont plus de 10 millions en situation de travail forcé ou d'esclavage. Combien, là-dessus, sont employés comme domestiques chez des particuliers ? Impossible de le savoir, mais il suffit de se rendre dans les maisons huppées de la capitale pour se rendre compte à quel point le phénomène est répandu. Paradoxalement, la pratique est d'ailleurs totalement légale. La législation indienne contre le travail des enfants ne concerne en effet que les activités dites «dangereuses», ce qui n'inclut pas le travail de domestique. En plus, si New Delhi a depuis longtemps signé la Convention des Nations unies sur les droits de l'enfant, elle n'a, en revanche, jamais ratifié les conventions du Bureau international du travail interdisant le travail des mineurs, beaucoup plus contraignantes. Dans certains quartiers de New Delhi, on peut ainsi se procurer, en toute légalité, un enfant de 10 ou de 12 ans dans les agences spécialisées dans la recherche de domestiques... «Laissez-moi 1 000 roupies (environ 20 euros) de caution, et je peux vous l'avoir pour après-demain», assure ainsi le responsable de l'une d'entre elles.

Pourquoi cette lacune juridique ?
«Nous procédons par priorité, argumente-t-on au département du Travail des femmes et des enfants. Or, pour l'instant, il y a plus urgent que les enfants domestiques.» De fait, le gouvernement est en train de remettre un peu d'ordre dans sa législation, afin de lutter plus efficacement contre le travail des enfants en général. Pour autant, New Delhi continue d'estimer qu'il n'y a, tout au plus, que 11 millions d'enfants au travail dans le pays, ce qui nuit quelque peu à la crédibilité de son discours. En outre, le phénomène des enfants domestiques est si courant qu'on est en droit de se demander pourquoi les autorités n'ajoutent pas cette activité dans la liste des activités dangereuses, comme elles l'ont déjà fait pour 45 autres métiers. Ou de rendre l'éducation obligatoire, ce qui mettrait de fait tous les employeurs dans l'illégalité.

Réseaux influents.
Pour l'heure, la seule législation existante en la matière ne concerne que les employés du service public. Sous la pression des associations de protection de l'enfance, le gouvernement a en effet fini par inclure, il y a trois ans, l'interdiction d'employer des enfants dans le code de conduite des fonctionnaires. Comme souvent en Inde, cette loi est toutefois bien loin d'être appliquée, et les agents de l'Etat sont au contraire souvent les premiers à s'en remettre aux services des enfants. «Le gros problème concerne les hauts fonctionnaires, accuse ainsi Kailash Satyarthi. Ces gens-là sont mutés d'un endroit à l'autre, et ils préfèrent souvent emmener avec eux un enfant de leur propre région, d'une part parce qu'il parle leur langue, et d'autre part parce qu'il lui est quasiment impossible de s'échapper ou de voler ses patrons. Pareil pour les députés et les sénateurs, qui préfèrent ramener la main-d'oeuvre de leur propre circonscription.»

Cette implication de personnalités influentes rend la pratique d'autant plus difficile à combattre, car ces gens ont souvent les réseaux et l'argent nécessaires pour échapper à la justice. En payant les parents de Selma, son employeur a ainsi réussi à les convaincre de porter plainte contre le mouvement Sauver l'enfance, afin de récupérer la garde de l'enfant et de lui faire ensuite changer sa version des faits... Depuis, la gamine est d'ailleurs introuvable, cachée par sa mère, jusqu'à ce qu'elle accepte de modifier sa déposition. «C'est triste à dire, mais c'est comme ça quasiment à chaque fois, se lamente Kailash Satyarthi. Les parents se sentent redevables envers l'employeur et se laissent facilement acheter.» «Il y a tout de même une amélioration, nuance un autre activiste, car il y a dix ans le cas de Selma serait passé totalement inaperçu, et l'employeur aurait été libéré dans la journée.» Amélioration toute relative, car, au vu des réseaux qui ont été activés depuis son arrestation, tout porte à croire que Mme Tanvir sortira de prison dès la prochaine audience.
Libération, Par Pierre PRAKASH, samedi 21 juin 2003, p. 10

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(Octobre 2003) Une loi de 2000 a légalisé la prostitution aux Pays-Bas, qui est devenue dans cet Etat ultra libéral "un secteur commercial" comme un autre, les prostituées étant des "travailleuses du sexe" et leurs souteneurs "des entrepreneurs du sexe".
Gràce à cette législation les filles de l'Est sont exploités remarquablement par les mafias (une fille de l'Est rapporte annuellement 170 000 euros à son "entrepreneur", et l'Etat néerlandais perçoit un milliard d'euros par an d'impôts, une excellente affaire ...).

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(Janvier 2004) Prostitution : contre-enquête de la mairie de Paris
Un rapport que «Libération» s'est procuré fait le bilan après la loi Sarkozy.

Selon Nicolas Sarkozy, la prostitution aurait baissé de 40 % à Paris.
Pour l'équipe Delanoë, ce chiffre est «fantaisiste».
Hier, le ministre est revenu à la charge à l'Assemblée, en annonçant que 1 747 procédures pour racolage avaient été dressées à Paris depuis sa loi de mars 2003 : «Il y avait 1 700 prostituées sur la voie publique au début de l'année, il n'y en a plus que 1 000.»
Dans la guerre des chiffres, la mairie de Paris dispose d'un atout : le rapport sur «la prostitution à Paris» commandé à deux chercheuses, Janine Mossuz-Lavau et Marie-Elisabeth Handman, que Libération s'est procuré. Les deux adjoints de Delanoë, Anne Hidalgo et Christophe Caresche, avaient lancé en 2003 un ambitieux comité de pilotage sur la question. Lequel a débouché sur une vaste enquête qualitative menée sur le terrain.
Depuis l'annonce du projet de loi Sarkozy, il apparaît que les personnes prostituées ont retardé l'heure d'arrivée sur le trottoir (jusqu'à 2 ou 3 heures du matin), ce qui les rend moins «visibles». Elles s'installent hors des grands axes. Leurs revenus ont chuté, elles se sont éparpillées.

Proxénétisme.
Sur les boulevards extérieurs, qui ont reçu les dernières arrivées (Africaines puis femmes de l'Est), certains secteurs ont été presque totalement abandonnés sous la pression de jeunes des cités après des bagarres ayant opposé Africaines et filles de l'Est. Une partie de l'activité s'est déplacée en proche banlieue.
Au bois de Vincennes, les chercheurs ont également constaté que le nombre de prostituées avait diminué : il ne reste que quelques Africaines et des Kosovares. La rue Saint-Denis résiste, avec des établissements commerciaux de tous standings. Enfin, aux abords des gares de l'Est, Saint-Lazare et du Nord se sont installées des femmes en situation de grande précarité, rejointes par des Chinoises officiant discrètement autour de Belleville et de la Porte Saint-Denis.

Près de 70 % des femmes rencontrées sont sous la coupe de proxénètes ou de réseaux.
Des étrangères pour la plupart, dont un groupe de Macédoniennes sourdes et muettes surveillées par un proxénète lui-même sourd et muet. Dans les camionnettes, certaines demandent 100 euros du quart d'heure, faisant monter les gains hebdomadaires à près de 8 000 euros.
Le tarif des étrangères tourne autour de 30 euros la fellation, 50 l'amour. Les clients seraient prêts à monter jusqu'à 500 euros pour des relations non protégées. Depuis la loi Sarkozy, la plupart ont vu leurs revenus fondre. S'est ajoutée une dégradation de l'ambiance entre Françaises et étrangères. Des discours violemment racistes émergent. Beaucoup relatent des bagarres pour des histoires de territoires et de concurrence déloyale.

Internet. Dans tous les récits, il semble que les violences policières se soient accentuées depuis l'été 2002 et surtout depuis le vote de la loi Sarkozy.
«En amalgamant prostitution libre et prostitution forcée, qui relèvent de processus totalement différents, en victimisant les personnes qui se prostituent, sans distinction, cette loi légitime et renforce les violences symboliques, physiques, policières, institutionnelles.
Elle renforce aussi leur insécurité, les obligeant à investir des lieux éloignés des regards, d'autant plus qu'elle les contraint à travailler davantage puisque toutes ont vu leur clientèle se raréfier, et par conséquent leur revenu diminuer de 50 % en moyenne.» Il semblerait que de nombreuses personnes aient choisi de se rabattre sur le Web : 482 sites parisiens en août 2003 contre 108 en août 2002.
Libération, 14/1/2004

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(Avril 2004) Prison ferme requise contre les boulangers tortionnaires (16 avril, 1 an dont 6 mois avec sursis)

LA COUR D'APPEL de Bordeaux (Gironde) s'est plongée hier (14 avril 2004) dans une atmosphère digne des romans de Zola. Plus précisément dans le quotidien de Christophe Lavigne, 23 ans, apprenti boulanger exploité dans des conditions indignes et brimé pendant quatre ans par des patrons sans scrupules.
Condamnés en première instance en février à un an de prison ferme dans cette affaire d'esclavage moderne, le couple de boulangers en cause, originaires d'Arcachon (Gironde), Georges et Claudette Lugaro, avait fait appel de cette condamnation.

Hier, le procureur a requis contre eux des peines plus légères : un an de prison dont quatre à cinq mois avec sursis. Il a également précisé que le sursis serait révoqué si le couple, incarcéré depuis le 9 mars, ne s'acquittait pas de la somme de 8 000 € de dommages et intérêts requise en première instance. La cour a mis son arrêt en délibéré à demain.

Pour Christophe Lavigne, les difficultés débutent dès 1996 quand, à 16 ans, il débarque comme apprenti chez les Lugaro. Hébergé dans une pièce sans fenêtre ni eau chaude, le jeune homme est obligé de dormir sur un simple lit de camp. Alertée par un ancien ouvrier du couple, l'inspection du travail oblige un an plus tard les boulangers à reloger Christophe dans des conditions plus décentes. Mais sa seconde chambre, dépourvue de chauffage, n'est guère plus confortable.

Coup de couteau

Plus grave encore, à partir de 1998, les brimades et les mauvais traitements pleuvent. Coups de manche à balai, de pelle à fournil, horaires de travail démentiels, salaire rogné... le jeune apprenti vit un véritable enfer. Mais pendant quatre ans il garde le silence jusqu'à ce jour de septembre 2001 où sa patronne lui plante un coup de couteau dans le thorax : Christophe s'enfuit de la boulangerie et porte plainte.

Sensible à l'histoire du jeune apprenti, le tribunal de grande instance de Bordeaux avait condamné en leur absence les époux Lugaro à un an de prison ferme en février, une peine que leur avocat avait alors qualifiée d'« extrêmement sévère ». Présents à l'audience d'hier, les deux boulangers ont nié les faits tout en affirmant être victimes d'un « complot de la part de leur voisinage ». On saura demain s'ils ont convaincu les magistrats de la cour d'appel.

T.B. Le Parisien, jeudi 15 avril 2004, p. 11

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(23 avril 2004) Démission d'un conseiller de Raffarin interpellé avec une prostituée mineure

PARIS (AFP) - La démission vendredi pour une affaire de moeurs du conseiller en communication de Jean-Pierre Raffarin, Dominique Ambiel, constitue un nouveau coup dur pour le Premier ministre, politiquement affaibli par la débâcle de la droite aux régionales de mars.

M. Ambiel, 49 ans, a été contraint de quitter son poste après avoir été interpellé en début de semaine avec une prostituée mineure. Dans un communiqué publié en fin de matinée, M. Raffarin a pris acte de cette démission en indiquant qu'il avait mis "fin à ses fonctions".

"Je suis abasourdi par ce qui m'arrive. Je n'ai jamais imaginé qu'on puisse aussi facilement déshonorer quelqu'un. Je vous dis, sur l'honneur: je n'ai jamais fréquenté de prostituée de ma vie", a déclaré en fin d'après-midi sur France Info le conseiller.

Dominique Ambiel a été arrêté dans la nuit de lundi à mardi alors qu'il se trouvait dans sa voiture en compagnie d'une prostituée roumaine âgée de 17 ans lors d'une opération policière de routine à Paris, selon une source policière qui a confirmé une information du Monde daté de samedi.

Accusé de s'en être pris verbalement aux policiers qui procédaient à son interpellation, cet ancien giscardien et ex producteur de télévision ("Fort Boyard", "Koh Lanta"...), sera jugé le 7 juin pour "outrage à agent" et "sollicitation" d'une prostituée mineure, délit passible de trois ans de prison et 45.000 euros d'amende.

M. Ambiel a affirmé avoir souhaité "immédiatement démissionner afin de ne pas gêner le Premier ministre et tout simplement pour rétablir la vérité".

Selon sa version des faits, il se serait arrêté à un feu tricolore, dans le XVIIème arrondissement, où deux prostituées se disputaient.

M. Ambiel aurait tenté de verrouiller ses portières pour empêcher l'une d'elles de monter mais se serait trompé et aurait en fait déverrouillé. Il aurait déposé cette jeune fille "moins de deux minutes plus tard et 300 mètres plus loin environ, pour la mettre hors de danger".

Mais la prostituée a affirmé aux policiers qu'elle connaissait bien M. Ambiel et qu'elle l'avait vu à deux ou trois reprises la semaine précédente. Elle a assuré que tous deux seraient allés dans un hôtel où M. Ambiel aurait payé la chambre avec une carte bancaire, affirme Le Monde. Cette jeune fille va bientôt être convoquée devant le tribunal pour enfants pour racolage, selon une source judiciaire.

Selon des sources syndicales policières ayant requis l'anonymat, M. Ambiel a reconnu les faits pendant sa garde à vue mardi, affirmant qu'il ignorait avoir affaire à une prostituée mineure qui lui assurait avoir 19 ans.

Muet sur cette affaire, le chef du gouvernement, bien que reconduit à Matignon par Jacques Chirac, apparaît plus isolé que jamais, son autorité ayant été entamée jusqu'au sein de l'UMP après la défaite électorale. En devant laisser partir Dominique Ambiel, il perd au sein de son cabinet un ami proche qui était, avec la chef du service de presse Cécile Ozanne, son plus fidèle collaborateur.

Appelé à Matignon en mai 2002, M. Ambiel avait mis au service de M. Raffarin son impressionnant carnet d'adresses. Cet homme de l'ombre qui contrôlait scrupuleusement les interventions de son mentor et gérait avec soin son image avait annoncé, après les régionales, son intention de quitter, vers le 1er juillet, ses fonctions pour retourner à la télévision. Certains ministres critiquaient son interventionnisme jugé excessif.
yahoo.fr, actualités, vendredi 23 avril 2004, 19h16

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Dominique Ambiel: "je n'ai jamais fréquenté de prostituée de ma vie"

PARIS (AP) - L'ex-conseiller en communication de Jean-Pierre Raffarin Dominique Ambiel s'est dit vendredi "abasourdi" et "atterré" devant des allégations "malveillantes", jurant sur l'honneur qu'il n'avait "jamais" fréquenté de prostituée de sa vie.

Convoqué le 7 juin devant le tribunal correctionnel de Paris après son interpellation dans la nuit du 19 au 20 avril en compagnie d'une prostituée mineure, Dominique Ambiel a présenté vendredi sa démission au Premier ministre.

"Je suis abasourdi par ce qui m'arrive. Je n'ai jamais imaginé qu'on puisse aussi facilement déshonorer quelqu'un, aussi rapidement", a-t-il déclaré à France-Info.

"Je vous dis, moi, sur l'honneur, je n'ai jamais fréquenté de prostituée de ma vie. Jamais", a-t-il ajouté, se disant "atterré par des allégations aussi malveillantes". "J'ai dit très exactement ce qui s'est passé ce soir-là et il ne s'agit en rien, en rien, de prostitution", a-t-il affirmé.

"J'ai souhaité immédiatement démissionner afin de ne pas gêner le Premier ministre et tout simplement pour rétablir la vérité. Voilà", a-t-il conclu. AP
Yahoo.fr, actualités, vendredi 23 avril 2004, 18h25

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4 h du mat, une voiture s'arrête...
Le délit reproché à Ambiel est passible de trois ans de prison.

«Cette affaire ne se résume pas à parole contre parole.» Selon l'analyse d'une source judiciaire, Dominique Ambiel peut redouter le procès du 7 juin (lire ci-contre). L'ex-conseiller de Jean-Pierre Raffarin est poursuivi par le parquet de Paris après avoir été interpellé, mardi vers 4 heures du matin, en compagnie d'une prostituée roumaine âgée de 17 ans.

Planque.
N'était le profil du client, l'histoire serait assez banale. Cette nuit-là, comme souvent, des policiers d'une unité spécialisée dans la lutte contre le racolage ­ l'Usit, créée par Nicolas Sarkozy dans le cadre de la loi sur la sécurité intérieure de 2003 ­ patrouillent dans les environs du bois de Boulogne, à Paris. Avenue des Ternes, ils repèrent une jeune femme sur le trottoir. Les policiers planquent, observent le va-et-vient des voitures qui stoppent devant la prostituée. Plusieurs véhicules repartent. Une voiture s'arrête et, après une brève conversation, la prostituée y monte. Les policiers interviennent. Le client est Dominique Ambiel. Si les policiers l'ignoraient, le conseiller de Matignon se charge de le leur rappeler. Selon le rapport de police, il sort ses papiers officiels, tente d'intimider les agents («Messieurs, votre carrière est terminée», «La loi, c'est moi qui l'ai faite»), demande leur numéro de matricule, relève leur plaque d'immatriculation. Dominique Ambiel affirme alors qu'il a pris la jeune femme en stop. Les policiers, qui estiment leur procédure solide, le laissent repartir. La jeune femme est emmenée dans les locaux de l'Usit pour y faire sa déposition. Le parquet de Paris, convaincu par les versions des policiers et de la prostituée, place Dominique Ambiel en garde à vue dès l'après-midi. A l'issue d'une confrontation d'environ trois heures avec la prostituée dans les locaux de l'Usit, il repart avec sa convocation pour le tribunal. Le dossier clos, et au vu de la personnalité du prévenu, le procureur de Paris Yves Bot informe le garde des Sceaux, Dominique Perben.

Hôtel.
Dans sa déposition, la femme a affirmé avoir eu la semaine précédente, à deux ou trois reprises, des relations sexuelles tarifées avec ce client, dont une fois dans un hôtel où Ambiel a, dit-elle, réglé la chambre avec sa carte bancaire. Le parquet n'a pas retenu ces affirmations et n'a renvoyé Ambiel devant le tribunal qu'en raison du flagrant délit de proposition de relation sexuelle payante avec une mineure.

En dépit des versions des policiers et de la prostituée, validées par le parquet, Dominique Ambiel continue de nier, ne concédant qu'un échange vif avec les policiers. Dans une seconde version, dégainée mardi après une matinée de réflexion, il affirme qu'à l'arrêt à un feu il aurait vu une bagarre entre deux prostituées. L'une d'elles serait parvenue à monter dans sa voiture, dont il aurait ­ par erreur ­ déverrouillé le système de fermeture. Il l'aurait conduite quelques dizaines de mètres plus loin. La police aurait alors surgi.

Le délit reproché à Ambiel, qui ne suppose pas de rapport sexuel consommé, est passible de trois ans de prison et 45 000 euros d'amende depuis la loi sur l'autorité parentale votée en mars 2002 à l'instigation de Ségolène Royal (PS). Vendredi, l'ami de Raffarin a affirmé «sur l'honneur» n'avoir «jamais fréquenté de prostituée de [sa] vie». La jeune femme, qui dispose d'un passeport régulier prouvant son identité et son âge, effectuait son deuxième séjour en France. Laissée en liberté, elle devrait être convoquée devant le tribunal pour enfants pour racolage.
Libération,

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Affaire Ambiel: Daniela placée en foyer
La jeune Roumaine de nouveau interpellée.

Réfugiée sous son abribus à l'angle du boulevard Pereire et de l'avenue des Ternes à Paris, Daniela, 17 ans, prostituée roumaine, a été interceptée dans la nuit de mardi à mercredi avec trois copines par des policiers en civil de l'Usit, unité de lutte contre le racolage. Interpellée en compagnie de Dominique Ambiel, conseiller du Premier ministre, le 20 avril, elle était retournée dans la rue dès la fin de sa garde à vue. Considérées comme «mineures en danger physique et moral», les quatre adolescentes ont été confiées hier à la brigade de protection des mineurs (BPM) sur ordre du procureur de la République de Paris et placées en foyer.

Oubli.
Normalement, Daniela aurait dû bénéficier d'une mesure éducative, même contre son gré, huit jours plus tôt, dès sa sortie de l'Usit, le 20 avril. Mais voilà, «Ambiel a pris le dessus et la gamine sort comme cela, admet le parquet, même si, placée en foyer, la jeune Roumaine s'en serait probablement échappée comme les autres». La police urbaine de proximité n'a pas plus respecté son «protocole d'accord» avec la police judiciaire (PJ) qui implique de «remettre les prostituées de moins de 18 ans non répertoriées par les services à la BPM». La justice et la police ont réalisé cet oubli quand Daniela a été interviewée par des journalistes (Libération d'hier) : «On ne pouvait quand même pas la laisser sur le trottoir, indique-t-on à la préfecture de police, cela faisait désordre.» Le parquet des mineurs tente de trouver une solution pour héberger Daniela, qui refuse, décidée à «rester dans la rue pour gagner de l'argent». La brigade de PJ essaie de les persuader, elle et ses copines, de se retirer du milieu, et enquête pour «remonter jusqu'au réseau de proxénètes». Les campagnardes roumaines n'échouent pas seules sur le pavé parisien, sans payer des macs.

L'avocate de Dominique Ambiel, Julie Jacob, qui s'occupe «de droit de la presse», continue à soutenir la théorie du complot et de la manipulation : «Mon client est totalement révolté par le fait qu'on tienne à son égard des propos mensongers, de surcroît portant atteinte à son honneur et à sa dignité, pour tenter de le mettre à terre.»L'ex-conseiller en communication du Premier ministre devait quitter ses fonctions en mai, pour reprendre ses activités audiovisuelles, mais a avancé sa démission d'un mois à cause de ce contrôle policier. Pour tirer l'affaire au clair, Ambiel s'en remet à la justice, qui l'a pourtant poursuivi pour outrage à agent et recours à la prostitution d'un mineur : «Nous sommes confiants dans la justice qui va mettre en lumière l'origine de cette scabreuse cabale, souligne par écrit Me Jacob. C'est sans doute la raison pour laquelle il est tenté, par tous les moyens, de le faire condamner moralement par le biais d'un tapage médiatique dont le contenu est dénué de tout fondement. Dominique Ambiel l'a dit et le redira, il n'a jamais fréquenté de prostituées de sa vie.»

Carte bancaire.
L'homme public se déclare maintenant prêt à fournir ses relevés bancaires à la justice pour prouver qu'il n'a pas réglé de chambre d'hôtel pour une prestation sexuelle tarifée avec Daniela, comme elle l'a assuré sur procès-verbal. Le procureur n'a pas demandé à la police de vérifier si Ambiel a oui ou non payé avec sa carte au Novotel de la Porte Saint-Ouen ou dans des hôtels sociaux de la rue de la Jonquière. Seulement, le parquet de Paris n'entend pas «donner plus d'importance à cette affaire qu'elle n'en a» et considère que «les deux infractions sont caractérisées, sans avoir besoin d'investiguer plus».
Libération, Par Patricia TOURANCHEAU, jeudi 29 avril 2004, p. 15 (Liberation - 06:00)

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Affaire Ambiel
Les témoins font défaut contre l'ex-conseiller de Raffarin

LE 29 JUIN (2004) prochain, les témoins ne devraient pas se bousculer à la barre, lors du procès de l'ex-conseiller en communication de Jean-Pierre Raffarin.
Accusé d'avoir « sollicité, accepté ou obtenu, en échange d'une rémunération, des relations sexuelles de la part d'une mineure qui se livrait à la prostitution » et d'avoir outragé les policiers qui le contrôlaient, Dominique Ambiel, 50 ans, devait initialement comparaître le 7 juin dernier.
A l'ouverture de cette audience, qui n'a duré que quelques minutes et a débouché sur le renvoi de l'affaire à la fin du mois, seul un des trois policiers qui avaient procédé au contrôle du conseiller, dans la voiture duquel se trouvait une jeune prostituée roumaine, était présent.
Membre de l'Usit, l'unité créée par Nicolas Sarkozy pour lutter contre le racolage, ce fonctionnaire de police était le seul à s'être constitué partie civile pour réclamer réparation des outrages subis lors de cette opération mouvementée. « N'oubliez pas que vous êtes sous mes ordres », avait entre autres lancé le conseiller à ses interlocuteurs la nuit du 19 au 20 avril dernier, dans le XVII e arrondissement de Paris.
Mais après quelques semaines de réflexion, ce policier s'est ravisé et a finalement retiré sa plainte cette semaine.

Une lettre d'excuses

« Se retrouver au milieu d'une affaire de ce type qui a pris des proportions médiatiques énormes n'est pas forcément très confortable, avance un fonctionnaire de police. Et puis M. Ambiel a adressé une lettre d'excuses au procureur pour reconnaître qu'il s'était mal comporté lors du contrôle. »
« Sur le fond, cela ne change rien, insiste un magistrat du parquet de Paris. Le fait qu'il n'y ait plus de partie civile n'empêche pas les poursuites. »
Reste que pour Dominique Ambiel, ce désistement s'apparente tout de même à une bonne nouvelle. Concernant la principale accusation de sollicitation d'une prostituée mineure, le conseiller n'a jamais varié dans ses déclarations et nie formellement avoir fait monter la jeune fille de 17 ans, prénommée Daniela, dans son véhicule.
Il a expliqué en substance qu'elle s'était d'elle-même engouffrée dans sa voiture pour échapper à une altercation avec une autre prostituée. Un argumentaire contraire aux déclarations de la jeune Roumaine.
Elle a de son côté affirmé qu'elle avait déjà eu à trois ou quatre reprises Dominique Ambiel comme client. Mais au-delà de ces contradictions, les avocats du conseiller devraient mettre en avant un autre argument. La condamnation à laquelle leur client est exposé, trois ans de prison et 45 000 € d'amende, est essentiellement basée sur le fait qu'il savait que la prostituée était mineure.
Or, sur ce point, Daniela a expliqué aux policiers qu'elle avait pour habitude de dire à ses clients qu'elle avait 19 ans. De son côté, Dominique Ambiel a assuré qu'il pensait qu'elle avait 20 ans. La jeune Roumaine ne devrait de toute façon pas être présente au procès du 29 juin. Elle était déjà absente à la précédente audience et serait actuellement placée dans un foyer en province.
Le Parisien, 19 juin 2004, p. 13

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Amende pour l'ex-conseiller Ambiel
Ce proche de Raffarin avait été arrêté avec une prostituée mineure en avril à Paris.

Dominique Ambiel, ex-conseiller en communication du Premier ministre, a été condamné hier (6 septembre 2004) à 1 500 euros d'amende pour «sollicitation de prostituée mineure» et relaxé du fait d'outrage à agent.
Ses avocats, Mes Olivier Metzner et Marie-Alix Canu-Bernard, ont annoncé que leur client allait faire appel de cette décision.
Le tribunal correctionnel de Paris n'a donc pas cru les explications «confuses et contradictoires» du prévenu qui, la nuit du 19 au 20 avril, a fait monter dans sa BMW une tapineuse roumaine de 17 ans, à l'angle du boulevard Pereire et de l'avenue des Ternes à Paris (XVIIe).

A l'audience du 29 juin, Dominique Ambiel, 50 ans, a prétexté une mauvaise manipulation du système de verrouillage de ses portières qui l'a conduit à embarquer malgré lui Daniela A. comme passagère, pour la sortir d'une bagarre avec une autre fille.
Il a fait mine d'ignorer qu'il traversait à 4 heures du matin un lieu notoire de prostitution des filles de l'Est. Il retournait à Matignon, a-t-il dit, chercher un dossier. Ironie du sort, il fit les frais de la nouvelle unité de police chargée de la lutte contre le racolage même passif, érigé en délit par le gouvernement.
Il prit de haut les policiers qui multipliaient les contrôles à la demande du maire de l'arrondissement, l'UMP Françoise de Panafieu, mécontente des «nuisances dues à la prostitution».

Face à ses juges, il a accusé «la presse nauséabonde» de l'avoir «discrédité, sali, décrédibilisé, déshonoré» et a attaqué la jeune Roumaine qui l'a désigné comme un «client» ayant payé plusieurs passes avec elle : «Cette fille ment, et je ne comprends pas.»
La présidente Chantal Bartholin a écarté le délit d'outrage puisque le premier procès-verbal des agents n'a pas fait état «du comportement de M. Ambiel» mais a jugé le second délit «parfaitement constitué» car «cette jeune fille avait déjà été interpellée par les services de police et (...) les éléments constituant sa minorité étaient suffisamment établis».

Ambiel ne s'est pas déplacé hier pour entendre ce jugement désagréable pour qui invoque un complot : «Cette affaire est le révélateur de ce que j'ai vécu dans un univers où l'on est confronté aux règlements de comptes», a-t-il ainsi indiqué au Figaro Magazine en juillet.
Il envisage de publier un livre sur l'hypothétique machination et a déjà «quelques idées» sur ceux à qui elle «profite».
Libération, Par Patricia TOURANCHEAU, mardi 07 septembre 2004, p. 18 (Liberation - 06:00)

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(Novembre 2004) « J'ai été vendue comme un animal »

ENCORE AUJOURD'HUI, Denise se réveille le matin complètement paniquée : « J'ai toujours peur de me retrouver emprisonnée », souffle cette jeune Béninoise de 29 ans. A son arrivée en France il y a trois ans, Denise pensait décrocher un travail pour nourrir sa famille, restée au Bénin. Elle a subi pendant plus d'un an un véritable calvaire, exploitée au domicile de deux familles de compatriotes.

« C'est une dame très connue au pays qui m'a amenée en France, où elle m'avait promis de me payer 1 000 € pour m'occuper de la maison et des enfants », raconte-t-elle. La jeune femme a bien travaillé, mais comme un véritable esclave, sans jamais toucher un sou. Dès son arrivée en France, à Bondoufle, ses papiers et son billet d'avion sont confisqués. Puis elle est envoyée en province dans un pavillon délabré et abandonné, que la « famille d'accueil » vient d'acheter.

Briser la loi du silence

« Il n'y avait ni eau, ni électricité. Pendant deux mois, j'ai dû faire dix fois par jour l'aller et retour à pied vers la mairie pour remplir deux seaux d'eau pour la douche de tout le monde. Le soir, je dormais sur un matelas dans la salle de bains. »
Menacée d'être dénoncée par une voisine, sa « patronne » décide de la ramener à Bondoufle. « Pour se débarrasser de moi, elle m'a vendue comme un animal à une autre famille, une dame qui tient un salon de coiffure à Evry ». Montant de la transaction : 1 000 € et les papiers toujours confisqués.

Loin de s'améliorer, la situation est encore pire pour Denise, qui est surveillée en permanence. « Quand j'allais faire les courses pour la maison, elle me donnait 10 minutes et me chronométrait. Si je dépassais le temps, j'étais punie. »
Perdue, terrifiée, ne connaissant personne, Denise est complètement assujettie à ses « maîtres », et a même peur de parler aux gens. Un jour pourtant, à bout, elle décide de s'enfuir et trouve de l'aide auprès d'une ancienne employée du salon de coiffure. Depuis, elle a pu obtenir des papiers et de l'aide auprès du Comité contre l'esclavage moderne. Elle a trouvé un vrai travail et s'est décidée à porter plainte.

« Il faut dénoncer, il faut parler de ces agissements, explique Denise. Au pays, personne ne parle de ça, c'est la loi du silence. Depuis, ma famille a même été menacée parce que j'avais osé porter plainte et a dû déménager dans un endroit secret. »
(*) Le prénom a été changé.
S.R., Le Parisien, samedi 13 novembre 2004, Essonne, p. III

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Combattre la nouvelle traite des Noirs *

Ceux qui ne cessent de rappeler l'histoire scandaleuse de la Traite d'hier sont les mêmes qui favorisent aujourd'hui l'immigration des diplômés originaires du Sud dans les pays du Nord. Forme contemporaine du commerce des esclaves, ses conséquences seront encore plus graves pour l'Afrique que les ponctions humaines des XVIIe -XVIIIe siècles car c'est de sa matière grise qu'est aujourd'hui vidé le continent.

Prenons l'exemple du Ghana. Depuis une dizaine d'années, le pays est ponctionné de ses infirmières qui émigrent par centaines tant vers l'Afrique du Sud que vers l'Amérique du Nord ou l'Angleterre. En 1999 elles furent ainsi 150 à partir, en 2000 leur nombre atteignit 400 et en 2002 il était de plus de 500. Le plus grave est que le phénomène va inéluctablement s'aggraver car aux Etats-Unis et au Canada, le vieillissement de la population permet d'annoncer une pénurie d'infirmières pour les prochaines décennies.
D'où la prolifération d'agences de recrutement vivant de cette forme moderne de la Traite. Au même moment, dans les pays du Nord, d'incessantes campagnes médiatiques tentent de sensibiliser les populations aux problèmes médicaux africains. L'hypocrisie est totale car il y a davantage de médecins africains installés dans les pays de l'hémisphère nord que dans toute l'Afrique noire, Afrique du Sud exceptée !!!

Le scandale ne touche pas que le milieu médical. D'autres officines ou intermédiaires vivent en effet de l'achat de sportifs de haut niveau. Naturalisés à la hâte et parfois même en contradiction des lois, ils constituent désormais une part importante et souvent majoritaire de certaines équipes y compris nationales.
Cette pratique connue est observable par tous, notamment dans le domaine du football ou dans celui de l'athlétisme et elle pénalise gravement l'Afrique.

Comme à l'époque honteuse de la Traite, les marchands vont sur place, en Afrique, pour y sélectionner la "marchandise" humaine que leur présentent des intermédiaires. Comme hier, des Africains sont vendus aux Européens par d'autres Africains. Insolite permanence de l'histoire... Comme hier, les esclavagistes se sont "spécialisés". Certains vendent ainsi des informaticiens ou des ingénieurs, d'autres des sportifs, d'autres encore et nous l'avons vu, des membres du corps médical...
Les firmes esclavagistes d'hier avaient elles aussi leurs "spécialités". Les unes fournissaient des travailleurs de force pour les plantations, les autres des domestiques ou des nourrices, d'autres encore des artisans ou des cochers etc., selon le génie et les capacités supposés de chaque peuple. Horribles souvenirs...

Quant au commerce des enfants africains adoptables ou celui des concubines, pardon, des épouses, pour célibataires ruraux esseulés des campagnes de la Creuse ou du Morbihan, il n'est pas seulement pratiqué par des trafiquants de chair humaine, mais aussi par des organisations dites "charitables" qui sont, hélas, trop souvent religieuses.

Aujourd'hui comme hier, des Africains sont donc à vendre et cela dans l'assourdissant silence des organisasion de défense "des droits de l'homme". Le scandale est d'autant plus immense que sont ainsi offerts à la vente des hommes et des femmes formés aux frais de pays pauvres ; et qui seront achetés par des pays riches. Pour l'Afrique la perte est donc double.
Sans parler des dizaines de milliers de diplômés, africains, véritables déserteurs du développement, retenus en Europe ou en Amérique du Nord une fois leurs études achevées. Surtout quand, appartenant à des peuples minoritaires, ils sont étrangers dans leurs propres pays en raison de ce système démocratique vicié qui réserve le pouvoir et ses avantages aux peuples les plus nombreux, assurés par la mathématique électorale de le conserver pour l'éternité.

Voilà le vrai pillage de l'Afrique! Vidant le continent d'élites qu'il a eu tant de mal à former, les modernes esclavagistes s'abritent derrière les notions de liberté, de tolérance, de fraternité, de lutte contre le racisme...
Le "village terre" n'est-il pas peuplé d'hommes et de femmes pareillement identiques, transposables et interchangeables? Funestes billevesées qui achèveront de tuer l'Afrique si un terme n'y est pas mis.

L'année 2004 ayant été celle de la commémoration de l'abolition d'un esclavage heureusement supprimé depuis deux siècles, pourquoi l'UNESCO ne ferait-t-elle pas de 2005 celle de la dénonciation de cette nouvelle traite qu'est le pillage des élites africaines ? Il n'est pas (encore?) interdit de rêver.

PS- On pourrait me rétorquer que l'on ne demandait pas leur avis aux esclaves d'hier tandis que les émigrants diplômés d'aujourd'hui ont eux-mêmes décidé de portir. L'argument n'est pas recevable, car c'est au nom de la recherche d'un bien-être individuel qu'avec hypocrisie les modernes esclavagistes attirent leurs proies, ce qui prive les communautés africaines de cadres qu'elles ont eu tant de mal à former. De plus, au XVIIIe siècle, tous les esclaves ne furent pas capturés puis vendus par des intermédiaires africains.
Certains se vendirent eux-mêmes contre de la verroterie, contre une pièce d'indienne ou pour une mesure de rhum. La démarche n'est-elle pas la même aujourd'hui?
* Bernard Lugan, Universitaire, historien de l'Afrique, Editorial, L'Afrique réelle, n° 45, automne 2004.

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(Avril 2005) Prison ferme pour esclavage moderne
Travail sans répit, viols... Un couple (marocain) exploitait deux jeunes Marocaines.

Elles sont assises sur le même banc, ne se sourient pas, ne se regardent pas. Entre les deux jeunes Marocaines partie civile au procès d'assises qui se tenait hier et avant-hier à Pontoise, on soupçonne qu'il y a plus de honte que d'amitié, plus de colère que de compassion. Fatima O., 24 ans, et Majda O., 18 ans, ne sont pas parentes mais toutes deux ont une histoire familiale tissée par la misère, le sens du devoir et la soumission au père. Pour les convaincre de les suivre, les époux Oughalmi ont promis à la première un bon mariage, à la seconde la possibilité de poursuivre ses études, aux pères des deux, un travail et un salaire. Arrivées à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise), leur rêve d'adolescente s'est usé sur les tâches ménagères, les mensonges et les menaces. A la barre, la fluette Fatima raconte : «Je me réveillais à 6 heures, je préparais le petit déjeuner puis je conduisais les enfants à l'école. A 8 h 30, je partais travailler chez un couple à Paris ­ je reversais mon salaire à M. Oughalmi pour la nourriture et l'hébergement. Je récupérais leurs enfants à 16 heures Au retour, je faisais la vaisselle, le ménage, puis le dîner, puis je berçais les enfants. Parfois jusqu'à 1 heure du matin. Quand ils faisaient des bêtises, je prenais les coups...»

Hier, tard dans la soirée, leur employeur a été condamné à douze ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Val-d'Oise, pour avoir réduit en esclavage les deux jeunes Marocaines et avoir violé l'une d'elles. Sa femme, Rkia Oughalmi, s'est vu infliger une peine de trente-six mois d'emprisonnement, dont six mois ferme. Le couple Oughalmi, habitant Garges-lès-Gonesse, comparaissait depuis mercredi pour «soumission à des conditions de travail ou d'hébergement contraires à la dignité humaine» concernant les deux jeunes filles qui habitaient chez lui.

«Visite médicale.»
Plus encore que Fatima, Majda sait que, pour elle, il n'y a pas de retour au pays possible : à l'entendre, l'adolescente, qui n'avait pas 16 ans à son arrivée en France, a été, moins qu'une domestique, une esclave sexuelle entre les mains de l'homme. Déshonorée, elle n'a plus sa place au Maroc : sa terreur d'être arrêtée sans papiers et expulsée vient de là. «Ils m'ont sortie du pays en juillet 2002. En Espagne, on s'est arrêtés près d'un restaurant. L'homme m'a conduite dans les toilettes femmes, m'a dit qu'il devait me faire passer une visite médicale pour les papiers et m'a demandé de me déshabiller. Il m'a bandé les yeux et m'a sodomisée avec un objet, j'ai vu après que c'était un phallus en plastique orange. Puis il a voulu me pénétrer, je me suis débattue. Il s'est excusé, a dit que c'était une faute pour que j'arrête de pleurer. On est repartis.» Simple trêve. Car, une fois à Garges, Jamal Oughalmi aurait exigé davantage : «Il m'a dit que, désormais, je devrai faire l'amour avec lui deux fois par semaine. Au début c'était ça, dans sa fourgonnette ou chez lui. Un jour, il m'a emmenée dans un hôtel Formule 1. Il y avait un autre homme qui a regardé.»

Epouse «perturbée».
Dans le box, Jamal Oughalmi ne bronche pas. Incarcéré depuis déjà deux ans, l'ancien chauffeur-livreur, au chômage depuis janvier 2003, nie en bloc. Ces jeunes filles, il les a à peine vues. D'ailleurs, il ne «comprend rien» à cette histoire, et ne s'explique toujours pas pourquoi la police a fait irruption dans son appartement, le 15 avril 2003.

Ce jour-là, alertés par deux appels sur le 17, les policiers trouvent chez les Oughalmi les deux jeunes filles hagardes : Fatima, pieds nus, affolée, a les chevilles et les poignets cerclés de rouge ; Majda est cachée sous un lit. Au médecin, qui l'examine le lendemain, Fatima explique : «Il dit qu'il veut que je travaille le trottoir pour lui. Il veut que je pute.» Interrogée sur ses ecchymoses corporelles, elle raconte sa fuite de l'appartement, son retour forcé, les coups : «Il me frappe avec un truc de balai. Il m'attache les mains dans le dos et me laisse la nuit comme ça.» Majda confirme ses dires, et précise : «Je suis venue porter de l'eau à Fatima, qui était attachée dans la salle de bains. Je lui ai dit qu'elle devait lui donner 3 millions de dirhams ou coucher avec lui pour qu'il la laisse tranquille. Elle a refusé.»
Par Nathalie RAULIN, vendredi 22 avril 2005 (Liberation - 06:00)

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(Juillet 2005) L'arrêt de la CEDH dans l'affaire Siliadin c. France

La Cour européenne des Droits de l'Homme a communiqué aujourd'hui (26 juillet 2005) par écrit son arrêt dans l'affaire Siliadin c. France (requête no 73316/01). La Cour conclut, à l'unanimité, à la violation de l'article 4 (interdiction de la servitude) de la Convention européenne des Droits de l'Homme.

En application de l'article 41 (satisfaction équitable) de la Convention, la Cour alloue à la requérante 26 209,69 euros (EUR) pour frais et dépens. Mlle Siliadin n'ayant rien demandé en réparation du dommage subi, la Cour ne lui octroie pas de somme à ce titre.

1. PRINCIPAUX FAITS

La requérante, Siwa-Akofa Siliadin, est une ressortissante togolaise de 26 ans qui réside à Paris.

En janvier 1994, la requérante, qui était alors âgée de 15 ans et demi, arriva en France avec une ressortissante française d'origine togolaise : Mme D. Celle-ci s'était engagée à régulariser la situation administrative de la jeune fille et à s'occuper de sa scolarisation, tandis que la requérante devait travailler chez elle le temps nécessaire pour lui permettre de rembourser son billet d'avion. En réalité, Mlle Siliadin fut la domestique non rémunérée des époux D., son passeport lui ayant par ailleurs été confisqué.

Vers octobre 1994, Mme D. « prêta » la requérante à un couple d'amis, les époux B., afin qu'elle les aide à assumer les taches ménagères et qu'elle s'occupe de leurs jeunes enfants. Ce placement ne devait durer que quelques jours, le temps que Mme B. arrive au terme de sa grossesse. Cependant, après son accouchement, Mme B. décida de garder la requérante. Celle ci devint la bonne à tout faire des époux B. qui la firent travailler tous les jours de la semaine de 7 h 30 à 22 h 30, sans jour de repos et en lui accordant une permission de sortie exceptionnelle pour aller à la messe certains dimanches. La requérante dormait dans la chambre des enfants, sur un matelas posé à même le sol, et portait des vêtements usagés. Elle ne fut jamais payée, mais reçut de la mère de Mme B. un ou deux billets de 500 francs, soit l'équivalent de 76, 22 EUR.

En juillet 1998, Mlle Siliadin se confia à une voisine qui alerta le comité contre l'esclavage moderne, lequel saisit le parquet. Les époux B. furent poursuivis pénalement d'une part, pour obtention abusive, d'une personne vulnérable ou dépendante, de services non rétribués ou insuffisamment rétribués – délit prévu à l'article 225-13 du code pénal (CP) – et d'autre part, pour soumission de cette personne à des conditions de travail ou d'hébergement incompatibles avec la dignité humaine – délit réprimé par l'article 225-14 du CP.

Condamnés en première instance à notamment 12 mois d'emprisonnement dont sept avec sursis, les prévenus furent relaxés en appel le 19 octobre 2000. Statuant sur renvoi après cassation, la cour d'appel de Versailles, par un arrêt du 15 mai 2003, estima que les époux B. étaient coupables d'avoir fait travailler Mlle Siliadin, personne dépendante et vulnérable, sans la rémunérer, mais considéra que ses conditions de travail et d'hébergement n'étaient pas incompatibles avec la dignité humaine. En conséquence, la cour condamna les époux B. à verser à la requérante l'équivalent de 15 245 EUR de dommages et intérêts.

En octobre 2003, la juridiction prud'homale alloua à la requérante notamment 31 238 EUR au titre du rappel de salaires.

2. PROCÉDURE ET COMPOSITION DE LA COUR

La requête a été introduite devant la Cour européenne des Droits de l'Homme le 17 avril 2001 et déclarée partiellement recevable le 1er février 2005. Une audience s'est déroulée en public au Palais des Droits de l'Homme, à Strasbourg, le 3 mai 2005.

L'arrêt a été rendu par une chambre de 7 juges composée de : Ireneu Cabral Barreto (Portugais), président, Jean-Paul Costa (Français), Riza Türmen (Turc), Karel Jungwiert (Tchèque), Volodymyr Butkevych (Ukrainien), Antonella Mularoni (Saint-marinaise), Elisabet Fura-Sandström (Suédoise), juges, ainsi que de Stanley Naismith, greffier adjoint de section.

3. RÉSUMÉ DE L'ARRÊT

Grief

Invoquant l'article 4 de la Convention, la requérante soutenait que le droit pénal français ne lui avait pas assuré une protection suffisante et effective contre la "servitude" à laquelle elle avait été assujettie, à tout le moins, contre le travail "forcé et obligatoire" exigé d'elle, qui en réalité avait fait d'elle une esclave domestique.

Décision de la Cour

Quant à l'applicabilité de l'article 4 et aux obligations positives en découlant

La Cour estime que l'article 4 de la Convention consacre l'une des valeurs fondamentales des sociétés démocratiques qui forment le Conseil de l'Europe. Il est de ces dispositions de la Convention au sujet desquelles le fait qu'un Etat s'abstienne de porter atteinte aux droits garantis ne suffit pas pour conclure qu'il s'est conformé à ses engagements ; il fait naître à la charge des Etats des obligations positives consistant en l'adoption et l'application effective de dispositions pénales sanctionnant les pratiques visées par l'article 4.

Quant à la violation de l'article 4

Outre la Convention, la Cour relève que de nombreux traités internationaux ont pour objet la protection des êtres humains contre l'esclavage, la servitude et le travail forcé ou obligatoire. Comme l'a relevé l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, bien que l'esclavage ait été officiellement aboli il y a plus de 150 ans, des situations d'« esclavage domestique » perdurent en Europe, et concernent des milliers de personnes parmi lesquelles une majorité de femmes. Conformément aux normes et tendances contemporaines en la matière, la Cour estime que les Etats ont l'obligation de criminaliser et réprimer tout acte tendant à maintenir une personne dans une situation contraire à l'article 4.

Pour qualifier l'état dans lequel la requérant a été maintenue, la Cour relève que durant des années, Mlle Siliadin a travaillé chez les époux B., sans relâche et contre son gré, et n'a perçu pour cela aucune rémunération. Mineure à l'époque des faits, la requérante était en situation irrégulière dans un pays étranger, et craignait d'être arrêtée par la police. Les époux B. entretenaient d'ailleurs cette crainte et lui faisaient espérer une régularisation de sa situation.

Dans ces circonstances, la Cour estime que Mlle Siliadin a, au minimum, été soumise à un travail forcé au sens de l'article 4 de la Convention.

La question qui se pose alors à la Cour est de déterminer si la requérante a été en outre maintenue en esclavage ou en servitude.

En ce qui concerne l'esclavage, bien que la requérante ait été privée de son libre arbitre, il ne ressort pas du dossier qu'elle ait été tenue en esclavage au sens propre, c'est à dire que les époux B. aient exercé sur elle un véritable droit de propriété, la réduisant à l'état d'objet. La Cour estime donc que l'on ne saurait considérer que Mlle Siliadin a été maintenue en esclavage au sens « classique » de cette notion.

Quant à la servitude, elle s'analyse en une obligation de prêter ses services sous l'empire de la contrainte, et est à mettre en lien avec la notion d' « esclavage ». A cet égard, la Cour relève que le travail forcé auquel la requérante a été astreinte s'effectuait sept jours sur sept durant près de 15 heures par jour. Amenée en France par une relation de son père, Mlle Siliadin n'avait pas choisi de travailler chez les époux B. Mineure, elle était sans ressources, vulnérable et isolée, et n'avait aucun moyen de vivre ailleurs que chez les époux B. où elle partageait la chambre des enfants.

La requérante était entièrement à la merci des époux B. puisque ses papiers lui avaient été confisqués et qu'il lui avait été promis que sa situation serait régularisée, ce qui ne fut jamais fait. De plus, Mlle Siliadin, qui craignait d'être arrêtée par la police, ne disposait d'aucune liberté de mouvement et d'aucun temps libre. Par ailleurs, n'ayant pas été scolarisée malgré ce qui avait été promis à son père, la requérante ne pouvait espérer voir sa situation évoluer et était entièrement dépendante des époux B.

Dans ces conditions, la Cour estime que Mlle Siliadin, mineure à l'époque des faits, a été tenue en état de servitude au sens de l'article 4 de la Convention.

Il revient donc à la Cour de déterminer si la législation française a offert à la requérante une protection suffisante compte tenu des obligations positives incombant à la France au regard de l'article 4. Elle note à cet égard que dans sa Recommandation 1523(2001), l'Assemblée Parlementaire a « regretté qu'aucun des Etats membres du Conseil de l'Europe ne reconnaisse expressément l'esclavage domestique dans leur code pénal ». L'esclavage et la servitude ne sont pas en tant que tels réprimés par le droit pénal français.

Poursuivis sur le fondement des articles 225-13 et 225-14 du CP, les époux B. ne furent pas condamnés pénalement. La Cour note à cet égard que le procureur général ne s'étant pas pourvu en cassation contre l'arrêt de la cour d'appel du 19 octobre 2000, la Cour de cassation ne fut saisie que du volet civil de l'affaire et qu'ainsi la relaxe des époux B. est devenue définitive. Par ailleurs, selon un rapport établi en 2001 par la mission d'information commune sur les diverses formes de l'esclavage moderne de l'Assemblée Nationale française, ces dispositions du code pénal étaient susceptibles d'interprétations variant largement d'un tribunal à l'autre.

Dans ces circonstances, la Cour estime que la législation pénale en vigueur à l'époque n'a pas assuré à la requérante une protection concrète et effective contre les actes dont elle a été victime. Elle insiste sur le fait que le niveau d'exigence croissant en matière de protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales implique, parallèlement et inéluctablement, une plus grande fermeté dans l'appréciation des atteintes aux valeurs fondamentales des sociétés démocratiques.

Par conséquent, la Cour conclut que la France n'a pas respecté les obligations positives qui lui incombent en vertu de l'article 4 de la Convention.
LEMONDE.FR | 26.07.05 | 19h16

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mercredi 14 décembre 2005 (Reuters - 18:30) Six hommes séquestrés pendant des mois par des gens du voyage

LILLE - Des gens du voyage ont séquestré et traité comme des esclaves six adultes pendant plusieurs mois à Bavay, dans le département du Nord, apprend-on de sources proches de la gendarmerie.

Les gendarmes ont perquisitionné dans un camp de plusieurs caravanes et ont libéré les six hommes, âgés de 30 à 50 ans. Blessés et en état d'hypothermie, ils ont été hospitalisés à Maubeuge.

D'après les premiers éléments de l'enquête, les six hommes étaient exploités par leurs ravisseurs, traités comme des esclaves et obligés de reverser leurs prestations sociales.
Les gendarmes ont interpellé huit personnes.
yahoo.fr, actualités, mercredi 14 décembre 2005 (Reuters - 18:30)

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15/09/2006 Emirats arabes unis Le calvaire des enfants-jockeys

De riches propriétaires recherchent de jeunes garçons en Asie du Sud pour des courses de chameaux. Une plainte pour esclavage est déposée aux Etats-Unis.

Mardi, à Abou Dhabi, un chameau issu d'une «lignée primée» a été acquis, lors d'une vente aux enchères, pour la somme de 680 000 dollars par un collectionneur d'Oman, que l'on qualifierait volontiers de «scandaleusement riche».
Ce qui apparaît comme une sorte de record dans la vente de chameaux de course s'explique par la passion des pays de la région pour les compétitions de ces quadrupèdes. Or celles-ci se sont développées non sans de sérieuses dérives.

L'illustre une procédure judiciaire pour esclavage engagée aux Etats-Unis contre l'émir de Dubaï, cheikh Mohammad ben Rached al Maktoum, son fils et d'autres responsables de l'émirat, un des sept qui forment la fédération des Emirats arabes unis. Ces personnalités sont poursuivies pour «enlèvement et trafic d'êtres humains présumés concernant des milliers de jeunes garçons» (30 000 en 30 ans, selon l'accusation).

Les courses de chameaux dans les Emirats ont pris une telle ampleur que les propriétaires d'écurie recherchent des enfants, souvent dans des pays d'Asie du Sud ou au Soudan, formés ensuite comme jockeys selon des critères qui dépassent l'entendement.
Le cabinet d'avocats «Motley Rice LLC», qui conseille les plaignants aux Etats-Unis, affirme que «des garçons, parfois âgés de 2 ans, ont été volés à leur famille, sortis de leur pays et retenus avec brutalité dans des camps d'entraînement aux courses de chameaux un peu partout aux Emirats arabes unis».

L'accusation évoque également des sévices sexuels, des injections d'hormones pour freiner la croissance et la privation de nourriture pour rester léger. La plainte a été déposée à Miami parce que l'émir de Dubaï possède un ranch en Floride.

L'organisation de défense des droits de l'homme «Amnesty International» a déjà, par le passé, dénoncé le sort réservé à ces enfants-jockeys. Mais dans son rapport 2006, elle notait deux avancées: d'une part, l'adoption en juillet 2005 d'une loi fédérale prohibant le recours des jockeys de moins de 18 ans et, d'autre part, la mise en place, sous l'égide de l'Unicef, d'un programme de retour dans leur pays d'origine des enfants utilisés à cette fin. Reste le calvaire enduré par ceux qui ont été exploités ou le sont encore.

A l'instar de Shadid, 12 ans, du Bangladesh, dont le témoignage fut recueilli par le Bureau international du travail: «Quand je demandais un peu plus de nourriture, on me frappait. Je pesais seulement 20 kilos. Quand j'ai grandi un peu, je n'étais plus assez mince parce qu'avec ce travail de jockey, je ne pouvais dépasser ce poids de 20 kilos. Je devins donc inutile pour ce monsieur arabe».
La Libre Belgique 2006, 15/09/2006

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Journée européenne contre la traite des êtres humains, un esclavage qui prospère De Isabelle LIGNER (AFP) – 17 octobre 2009 08.00

PARIS — La traite des êtres humains est un esclavage moderne très lucratif qui continue à prospérer et briser des vies en Europe, souligne le collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains", à l'occasion de la Journée européenne contre la traite du 17 octobre.

Ce commerce criminel arrive en troisième position derrière le trafic de drogue et d'armes en terme de bénéfices: il générerait 27 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel selon des estimations internationales.

Chaque année dans le monde, de 800.000 à 2,4 millions de personnes sont victimes de traite des êtres humains. Selon l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la plupart des pays du monde sont touchés par ce phénomène, que ce soit comme pays d'origine, de transit, ou de destination des victimes qui sont principalement des femmes et des enfants.

La traite des êtres humains est définie dans l'article 4 de la Convention du Conseil de l'Europe du 16 mai 2005 et dans le Protocole de Palerme additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée.

Cette expression désigne "le recrutement, le transport, le transfert, l'hébergement ou l'accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou d'autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d'autorité ou d'une situation de vulnérabilité, ou par l'offre ou l'acceptation de paiements ou d'avantages pour obtenir le consentement d'une personne ayant autorité sur une autre aux fins d'exploitation".

La traite des êtres humains comprend "au minimum, l'exploitation de la prostitution d'autrui ou d'autres formes d'exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l'esclavage ou les pratiques analogues à l'esclavage, la servitude ou le prélèvement d'organes".

Selon le rapport 2009 de l'ONUDC, la majorité des victimes dans le monde sont exploitées sexuellement.

En Europe, la traite concernerait 100.000 à 200.000 personnes, pour la plupart à des fins sexuelles.

Depuis quelques années, les flux de la traite se sont déplacés de l'Asie vers l'Europe de l'Est et du Sud-est, devenue actuellement une zone majeure d'origine et de transit du trafic. Les pays de destination pour ces victimes sont situés en Europe de l'Ouest (Allemagne, Pays-Bas, Italie, France...).

Une autre route de la traite vers l'Europe de l'Ouest vient d'Afrique et du Maghreb. "Dans le champ de l'exploitation sexuelle, l'Afrique est devenue ces cinq dernières années une zone d'origine de la traite en pleine explosion", souligne le Secours catholique, qui fait partie du collectif de 24 associations françaises engagées en France ou à l'étranger crée en 2007 pour mener un combat commun contre la traite des êtres humains.

Samedi, ce collectif organise à Paris, au parc de Bercy un après-midi d'information et de débat sur la traite des êtres humains afin de "favoriser une prise de conscience citoyenne" du grand public.

La traite passe souvent parfois par des "amoureux" qui se révèlent proxénètes mais une méthode plus radicale, l'enlèvement de jeunes filles mineures, est pratiquée en Europe centrale et orientale. Selon les estimations officielles, le nombre des enfants victimes d'exploitation sexuelle est en augmentation en France et concernerait 6.000 à 10.000 enfants, venus pour la plupart de l'étranger et notamment de Roumanie, d'Afrique subsaharienne et du Maghreb.

Vendredi, le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) examine une affaire d'esclavage domestique: un couple franco-malien est accusé d'avoir exploité neuf années durant une jeune Malienne, 11 ans au début des faits.

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