Jean Calvin (1509-1564). Le plus célèbre, avec Martin Luther, des réformateurs du christianisme.
Praticien et théoricien (La vie et l'oeuvre § 1), sa conception du droit permet, selon Max Weber mais Jacques Attali est contre, la révolution bourgeoise en occident (La philosophie du droit de Jean Calvin § 2).

§ 1. La vie et l'oeuvre

Jean Calvin est né, en 1509, en Picardie, dans une famille bourgeoise. Son père est procureur ecclésiastique.

Calvin étudie le droit aux Universités d'Orléans et de Bourges, puis la théologie.
Sa conversion à la réforme protestante daterait de 1533. Il est alors poursuivi, avec le recteur de l'Université de Paris, par le Parlement.
Il se réfugie à Angoulême où il commence la rédaction de son ouvrage fondamental :
- Institution de la religion chrétienne, ouvrage qui sera publié à Bâle en 1536.

Cette même année 1536 il est à Genève et on le sollicite pour aider à organiser la Réforme dans la ville, mais il est banni à la suite de querelles religieuses.
Il se rend à Strasbourg en 1537 et il y résidera jusqu'en 1541.

En 1541 il revient à Genève et entreprend d'y organiser l'Eglise réformée tout en poursuivant son oeuvre théologique. Il restera à Genève jusqu'à la fin de sa vie en 1564.

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L'Institution de la religion chrétienne (texte de 1560) a été publié par les Editions Benoit à Paris en 1957. Egalement chez Vrin, Paris, 5 volumes, 1961-2000.

§ 2. La philosophie du droit de Jean Calvin : la morale chrétienne et le droit conservateur

A - La morale chrétienne

Les chrétiens se doivent de respecter les lois divines contenues dans la Bible. Non pas que l'observance de ces règles permettent nécessairement d'être sauvé, car Dieu ne sauve que qui il veut en accordant arbitrairement sa gràce.
Cette grâce est accordée de toute éternité, l' homme est prédestiné à être ou ne pas être sauvé.
La gràce divine ne se mérite pas, elle est un don de Dieu.

Si, cependant, les chrétiens se doivent d'être respectueux des règles bibliques c'est que ces règles sont d'origine divine et que les chrétiens ne sauraient se soustraire à la volonté divine.
Les règles bibliques commandent d'aimer Dieu et son prochain, condamnent la liberté sexuelle et, notamment, la danse, condamne, 1'oisiveté car un des premiers devoirs de l'homme est le travail - Dieu lui ayant enjoint de prospérer et de fructifier.

L'ascétisme, qui est un obstacle au travail, est condamnable et n'a pas été voulu par Dieu. La pauvreté, le sacrifice, la chasteté dans le mariage ne sont pas voulus par celui qui, au contraire, demande aux hommes de se multiplier et de prospérer.

L'acquisition des richesses, mais pas la jouissance immodérée des richesses, est une bénédiction divine et le couunerce ne saurait être moins noble que l'agriculture , ou l'artisanat.
L'usure, interdite officiellement par l'Eglise catholique, n'est pas systématiquement condamnable lorsque le prêt est productif et conduit à la prospérité.

(C'est cette morale "bourgeoise" qui, selon Max Weber, permettra le développement en Occident de la civilisation actuelle basée sur le commerce et l'industrie, et l'éclosion aux Etats-Unis de la société de consommation qui est aujourd'hui celle des États les plus développés. Le catholicisme restera, par contre, jusqu'au XXème siècle, attaché à la civilisation agricole et artisanale).

B - Le droit conservateur

Si la morale chrétienne veut que l'on aime son prochain cela signifie que les pauvres ne doivent pas voler les riches et que les riches doivent donner aux pauvres ce qui leur faut pour subsister, payer à l'ouvrier le salaire prescrit (respect du contrat), savoir prêter gratuitement.

Cela ne saurait signifier une répartition des richesses en fonction d'un "juste" théorique. En fait, de répartition des richesses, d'ailleurs, il ne saurait être question car le droit a pour fonction de conserver ce qui est.
La justice demande "qu'à chacun soit gardé ce qui est le sien", elle prescrit "de conserver le sien à chacun" (Institution, Chap. 3,1.) et non de répartir les richesses, de les distribuer en fonction de ce qui serait juste.

Si le droit est fondamentalement conservateur c'est que les situations existantes résultent de la volonté divine. C'est Dieu lui-même qui a attribué à chacun ce qu'il a :
"Il nous faut estimer que ce qu'un chacun possède ne lui est pas advenu par cas fortuit, mais par la distribution de celui qui est souverain maître et seigneur de tout" (Institution, chap. 8).
C'est la providence divine qui fait le riche et qui fait le pauvre. La conséquence en est que l'acquisition des richesses ne peut être que bénie par Dieu.

Le droit se doit donc d'être soumis au fait positif et se doit de sanctionner ceux qui entendraient le remettre en question.
Il est évident que les chrétiens doivent obéir au droit car l' autorité qui le crée est voulu par Dieu.
Certes, Dieu peut susciter dans l'histoire des vengeurs contre les tyrans (par exemple catholiques ?) mais l'on ne saurait en déduire que les chrétiens, d'eux-mêmes, doivent se révolter contre les princes qui les gouvernent.

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