Ibn Khaldun (1332-1406)(732-808)

Historien et sociologue d'origine yéménite ayant, avant Machiavel, donner de l'histoire humaine une relation réaliste. A la fois homme d'action et théoricien (La vie et l'oeuvre § 1.) il construit l'histoire comme science (La science historique d'Ibn Khaldun § 2.).

§ 1 - La vie et l'oeuvre

Abd al-Rahman ben Muhammad Ibn Haldun est né à Tunis, en 1332, dans une famille de la grande bourgeoisie andalouse, d'origine yéménite.
Il fait ses études à Tunis.
De 1350 à 1372 il est homme d'Etat, de cour et d'action politique, avec des fortunes diverses (deux ans de prison).

En 1372 il se retire dans la forteresse d'Ibn Salama en Oranie où il écrit son ouvrage fondamental :
- Muqaddima (1377), Discours sur l'histoire universelle, trad. fr. de Vincent Monteil, 3 vol. Beyrouth 1967-1969.
Cet ouvrage est une introduction à un ouvrage sur l'histoire universelle, le Kitab al-'Ibar (1375-1379).

Après cette retraite studieuse Ibn Khaldun enseigne à Tunis mais se heurte aux conservateurs et quitte définitivement la Tunisie pour l'Egypte en 1382.
Il enseigne au Caire le droit et est magistrat.

En 1401 il négocie avec le Mongol Tamerlan le sort de Damas et meurt un an après ce dernier en 1406.

Selon certains auteurs Ibn Khaldun serait le fondateur de la sociologie.
Il est certain qu'il a de l'histoire une vision nouvelle au XIVème siècle et qu'on peut le considérer comme étant, avec Machiavel, l'un des précurseurs de la sociologie moderne.

§ 2 - La science historique d'Ibn Khaldun

Selon cet auteur le réel est la source unique de ce qui est intelligible et en conséquence l'histoire scientifique a pour objet de saisir les rapports de causalité qui régissent ce réel.

L'on peut dire que le réel historique c'est la soif du pouvoir qui conduit les hommes de la société nomade à l'Etat, la base du pouvoir politique étant économique (A/) et la religion étant l'élément qui permet la cohésion sociale (B/).

A - De l'économique au politique

L'activité fondamentale de l'homme est l'activité de production.
L'activité de production des hommes se déroule dans un cadre géographique qui exerce son influence en conditionnant la vie des groupes sociaux.
Il résulte de l'action des groupes sociaux dans un cadre géographique déterminé un certain mode de vie. Les différences entre les groupes sociaux dépendent essentiellement des différences qui existent entre leurs modes de vie économique.

Le mode de vie de la société nomade est basé sur la recherche de la subsistance, des moyens de survivre.
Lorsque, les circonstances aidant, vient plus que le nécessaire et même une certaine richesse, les nomades amassent des vivres, recherchent les beaux habillements, bâtissent de grandes maisons, construisent des villes.
Ainsi apparait la société des villes, la civilisation, l'Etat.

Ce travail constructif nécessite une souveraineté et une cohésion sociale.
L'homme est un animal agressif ce qui le conduit à la violence et à la domination mais ce qui le conduit également à la coopération avec ses semblables.Cette coopération dans la société nomade est basée sur les liens du sang, la Parenté, ce qui permet un esprit de corps.
La société des villes n'étant pas basée sur la parenté a besoin d'un pouvoir monarchique qui s'impose à tous, d'une souveraineté.

La souveraineté est décrite par Ibn Khaldun comme étant :
"une fonction noble et satisfaisante, permettant à son détenteur l'obtention de tous les biens et de tous les plaisirs, aussi bien corporels que spirituels ; c'est pourquoi elle fait l'objet d'une concurrence acharnée, et il est rare que quelqu'un la laisse échapper sans qu'il soit vaincu".

Cette souveraineté appartient au plus fort, à celui qui dispose d'un parti fort pour le soutenir.

Cependant l'Etat n'est pas à l'abri de la décadence car les habitants des villes se laissent volontiers aller à la paresse et les gouvernants à la corruption.
L'Etat décadent sera alors à la merci d'un chef nomade puissant qui s'emparera de la souveraineté.

Le nouvel Etat ainsi créé commencera par assurer ses bases, puis prospérera, puis entrera en décadence à son tour, et un nouveau cycle recommencera.

B - Du politique à la religion

La religion a une fonction d'ordre politique.

C'est elle qui permet l'esprit de corps donc le maintien de la souveraineté.
C'est la religion qui permet la cohésion sociale.
La religion est soumise à des déterminants de base qui sont géographiques, économiques, sociaux, historiques.

A chaque phase de l'évolution sociale correspond un comportement religieux.
Et l'esprit de corps se dénature et se dissout en même temps que s'amenuise et disparaît l'esprit religieux.

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