Novembre 2009 : Contre la fessée, comme Aldo Naouri et Marcel Rufo, mais pour une loi l'interdisant, contre 82% des Français
Mai 2008 : Relaxée en appel
Juillet 2007 : Peine d'amende requise
6 mois avec sursis donnés
Edwige Antier

Pédiatre, auteur de nombreux ouvrages pratiques spécialisés : notamment 100 questions à ma pédiatre, Editions de l'Instant, Paris 1988 ; Mémoires d'un nouveau-né, avec une préface de Françoise Dolto, Nathan, Paris 1991 ; Elever mon enfant aujourd'hui, Fixot, Paris 1995, Robert Laffont 2001 ; L'Enfant de l'autre, Robert Laffont, Paris 2000 ; Eloge des mères, Robert Laffont, Paris 2001 ; Confidences de parents, J'ai lu, Paris, 2004.

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Les jeunes femmes homosexuelles désirant un enfant défrayent la chronique aujourd'hui, réveillant cette curiosité que l'on éprouve pour les mères qui ne correspondent pas au profil type. On parle de plus en plus de ces familles aux parents du même sexe. En France, on estime à plus de soixante mille le nombre d'homosexuels vivant en couple, et six mille d'entre eux auraient un enfant, les lesbiennes parents étant un peu plus nombreuses que les gays. Quarante-cinq pour cent en effet des couples de lesbiennes désireraient un enfant, contre trente-six pour cent pour les couples gays. Mais il est fréquent que les couples homosexuels élèvent un ou plusieurs enfants conçus dans le cadre d'une union hétérosexuelle antérieure.
Eloges des mères, p. 38.

2
Les mères ont toujours cru à l'existence de l'instinct maternel. Certes, comme je l'ai montré plus haut, la théorie d'Elisabeth Badinter a rencontré un écho puissant dans notre société occidentale où le féminisme se cherchait. Mais en dépit des discours, lorsqu'une femme met au monde, elle change brusquement de génération ; en devenant mère, elle ressent un bouleversement en elle, elle est submergée par un véritable orage hormonal et affectif qui ne peut être contrôlé. Elle devient instinctive.
Ibidem, p. 61.

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L'interaction entre la mère et le nouveau-né nous émerveille, et nous observons, nous pédiatres de maternité, combien il est important de ne pas séparer l'enfant de sa mère si l'on veut que celle-ci reste apte à percevoir les messages sublimaux que lui adresse son bébé. Car le nouveau-né est un acteur dynamique de l'alchimie mère-enfant. Il peut montrer un regard ouvert et attentif bien avant de sourire de façon volontaire en réponse au sourire de l'adulte.Pour capter ce regard qui survient dans de très nombreuses mais très courtes périodes d'attention, sans fréquence comparable à la nôtre, encore faut-il avoir le nourrisson près de soi, dans sa chambre, et être tranquille avec lui.
Ibidem, p. 68.

4
Plusieurs études confirment que les parents affectueux et compréhensifs, ceux qui expliquent clairement l'importance de la bonté et insistent sur le respect des droits d'autrui, ceux qui essayent d'inhiber les conduites agressives, ont des enfants attentionnés et secourables. Comme on peut s'y attendre, les rejetons de parents violents vivent eux aussi des relations perturbées et violentes, quel que soit le type de violence qu'ils aient subi.
Ibidem, p. 131.

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Peine d'amende requise contre le Dr Edwige Antier
Le Figaro, STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND. Publié le 04 juillet 2007Actualisé le 04 juillet 2007 : 08h10

La pédiatre comparaissait pour des détournements de fonds.

ROBERT REGARD a identifié le mal dont il souffrait : « Le syndrome du prince consort. On m'appelle « M. Antier » chez les commerçants, d'où cette confusion mentale ».

Car le prévenu, polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées, s'il reconnaît avoir détourné de fortes sommes des caisses de la branche française de l'Association mondiale des amis de l'enfance (Amade-France), affirme que le mobile est psychiatrique : « Les circonstances de la vie m'ont fait disposer d'un pactole avec, inconsciemment, la notion de précipice. »

De fait, lorsque sa médiatique épouse, Edwige Antier, pédiatre célèbre pour ses émissions radiophoniques, est appelée à la présidence d'Amade-France, à la fin 2003, il hérite du secrétariat général.

151 992 euros siphonnés

En deux années, des dizaines de milliers d'euros seront siphonnés des caisses de l'oeuvre - la prévention a retenu 151 992 eur - et abonderont les comptes de Mme Antier. « Je n'ai tenu personne au courant, je suis le seul responsable, martèle le prince consort autoproclamé, qui fut jadis condamné à une interdiction de gérer dans une autre affaire. C'est totalement aberrant, je ne pouvais que me faire prendre ».

Une confession qui fait l'affaire de la pédiatre, petite femme énergique en tailleur perle et au revers décoré. Car elle nie tout. Ses relevés bancaires ? Elle ne les consultait jamais : « Nous autres, médecins, avons l'habitude de déléguer la gestion à nos conjoints », confie-t-elle doctement.

Le président François de la Saussaye (s'adressant à une prévenue suppléante du député
Pierre Lellouche et, d'une manière générale, assez sûre apparemment de ses capacités) : « Il est difficile, pour un tribunal, de croire que vous ne vous êtes aperçue de rien. La prévention porte tout de même sur plus d'un million de francs ! »

Mais Mme Antier n'en démord pas. Toutefois, lorsque le pot aux roses est dévoilé, début 2006, elle signe illico une reconnaissance de dettes et rembourse quelque 165 000 eur. Le parquet, par la voix de Maud Morel-Coujard, note cependant que ce geste ne vaut pas quitus.

A ses yeux, les deux époux se partageaient les rôles au sein de la « holding Antier » et ils doivent donc, l'un et l'autre, se voir sanctionner. Prenant en cause les aveux de monsieur et les chèques de madame, le magistrat requiert une amende de 75 000 eur pour chacun, assortie d'une interdiction d'adhérer, pendant cinq années, à une association d'aide à l'enfance.

Tout à l'heure, le « X-Ponts » Regard se demandait si son forfait, qui ne pouvait passer inaperçu, ne confinait pas au « masochisme », le docteur Antier soutenant pour sa part qu'elle ignorait le sens exact du mot « recel ».

Quel dommage que le premier n'ait pas consulté la seconde plus tôt. Et vice-versa. Jugement le 10 juillet
Le Figaro, STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND. Publié le 04 juillet 2007 Actualisé le 04 juillet 2007 : 08h10

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Edwige Antier condamnée à six mois de prison avec sursis pour recel
Chroniqueuse radio, pédiatre et 1ère adjointe au maire du VIIIe arrondissement de Paris, il lui est reproché d'avoir recelé des fonds de l'association d'aide à l'enfance qu'elle présidait.
Par Liberation.fr LIBERATION.FR : mardi 10 juillet 2007

Edwige Antier, pédiatre, chroniqueuse radio sur France Info, et 1ère adjointe au maire du VIIIe arrondissement de Paris, a été condamnée mardi à six mois d'emprisonnement avec sursis ainsi qu'à une amende de 15 000 euros. Il lui est reproché d'avoir recelé des fonds détournés par son mari au détriment d'une association d'aide à l'enfance.
La prévenue a par ailleurs été condamnée à une interdiction d'exercer une activité dans une association pendant cinq ans, notamment dans le domaine de l'enfance.

Niant toute responsabilité, Edwige Antier, 65 ans, entend faire appel.

«Je n'ai rien à me reprocher, heureusement pour tous les enfants et leurs parents qui me font confiance, je n'ai jamais détourné un euro d'une association», a-t-elle déclaré à sa sortie du tribunal correctionnel de Paris.

«L'homme avec qui je vivais a trahi ma confiance (...). J'ai beaucoup souffert mais je vais continuer à me battre, maintenant seule», a-t-elle ajouté, précisant qu'elle se trouvait actuellement en instance de divorce.

Une version que n'a pas contesté son époux mardi dernier à la barre: «Je suis le seul responsable de tous les actes, je l'ai caché à mon épouse et ce n'est pas le moindre de mes péchés», avait déclaré Robert Regard.

L'ex-secrétaire général de l'Amade (l'Association mondiale des amis de l'enfance), dont Edwige Antier était la présidente, était poursuivi pour avoir détourné en 2004 et 2005 un total de 151 992 euros. La somme a depuis été quasiment intégralement remboursée.

L'argent destiné à l'aide à l'enfance avait en fait été utilisé pour assurer le train de vie du couple et pour aider l'un des fils de Robert Regard à monter son entreprise.

Robert Regard, condamné, lui, à neuf mois d'emprisonnement avec sursis, 15 000 euros d'amende et à une interdiction d'exercer des fonctions dans une association pendant cinq ans, a également l'intention de faire appel.

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Fonds détournés Edwige Antier relaxée en appel

LA PEDIATRE et chroniqueuse de radio Edwige Antier a été relaxée, hier, en appel à Paris, de l'accusation de recels de fonds détournés par son mari.

La cour d'appel a infirmé le jugement de première instance qui avait condamné Mme Antier à six mois de prison avec sursis et 15 000 € d'amende.

Son époux, Robert Regard, avec lequel elle est en instance de divorce, a vu sa peine alourdie à douze mois de prison avec sursis.

Il était poursuivi pour avoir détoumé 151 992 € de l'Association mondiale des amis de l'enfance (Amade).

Sa femme en était la présidente. L'argent aurait été utilisé pour le train de vie du couple et l'un des fils de M. Regard, qui créait alors une entreprise.

Edwige Antier, 65 ans, a toujours assuré n'avoir jamais détourné 1 € et affirmé que son époux avait « trahi sa confiance ».

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Paris (75) | Politique | Société Edwige Antier : "Le sexe intéresse plus que l’éducation"Publié le 24/11/2009 Par Paris Dépêches

La semaine dernière, la députée de Paris (des 8ème et 9ème arrondissements) et pédiatre, Edwige Antier, a annoncé son intention de déposer une proposition de loi rendant hors-la-loi les sévices corporels infligés aux enfants.
Face aux commentaires souvent goguenards entendus ou lus dans les médias, la pédiatre déplore le manque d’intérêt que suscite l’éducation des tout jeunes enfants.

Pourquoi cette idée aujourd’hui ? Y a t-il une recrudescence d’actes violents envers les enfants ?

Edwige Antier : Oui, les chiffres augmentent. Les sondages sont mauvais d’ailleurs. En 2007, Familles de France a mené une enquête sur ce sujet qui montre que 17% des papas interrogés utilisent encore le martinet. Nous sommes au Moyen Âge.
Je suis pédiatre : je vois dans ma pratique quotidienne que les parents ne savent plus comment éduquer leurs enfants. Un exemple : vous avez un bébé d’un an sur les genoux, devant une table. L’enfant veut y attraper votre téléphone portable. Pour lui dire "non", vous lui mettez une tape sur la main. En faisant cela, vous l’exercez à vous provoquer. Après la claque, il va vous regarder avec des yeux malicieux et, recommencer.

Il faut juste lui dire "non", sans le frapper, et placer le mobile ailleurs. Moi, je dis toujours "non, mais"… et je propose des feutres pour faire un dessin.

Quelle différence faite vous entre une fessée sur la couche et un coup sur la main après une bêtise ?

Il n’y a pas de différence. Ce sont deux châtiments corporels. La fessée sur la couche, c’est très choquant. Taper un bébé, sur son derrière, en traître ? C’est insupportable.

Que répondez-vous aux gens qui rétorquent "Moi, je me suis pris des claques, ça ne m'a pas tué" ? On entend souvent cela.

Encore heureux qu'ils ne soient pas morts. Je pense qu'on a toujours besoin de cautionner l'éducation de nos parents. Souvent, des personnes adhèrent même aux sévices qu'elles ont subis, c'est comme ça.

Votre proposition de loi a été largement commentée la semaine dernière dans les médias. Les remarques étaient souvent amusées, parfois véhémentes… Comment les avez-vous reçues ?

Cela fait bizarre d’entendre des observateurs mélanger des considérations d’adultes avec l’éducation des enfants. J’ai entendu beaucoup d’évocations de jeux érotiques faisant appel à la fessée. Étrange mélange des genres. Cela montre que le sexe intéresse plus que l’éducation.

Vous êtes députée de plein exercice depuis juillet. Comment vivez-vous votre mission ?

C’est un bonheur. Avec moi, c’est un peu comme si les enfants entraient à l’Assemblée nationale. Je prends mon rôle très au sérieux.

L'abolition des sévices corporels aux enfants a déjà été décidée dans dix-huit pays européens (de la Suède à la Roumanie en passant par l'Italie ou l'Espagne…)

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La députée UMP Edwige Antier veut interdire la fessée L.D. (Lefigaro.fr) avec AFP 16/11/2009 | Mise à jour : 08:52 |

La célèbre pédiatre va déposer une proposition de loi visant à interdire ce chatiment corporel, jugeant la France «à la traîne» de nombreux pays européens.

A quelques jours du vingtème anniversaire la Convention internationale des droits de l'enfant, la députée UMP et célèbre pédiatre Edwige Antier a annoncé dimanche qu'elle allait déposer une proposition de loi visant à interdire les châtiments corporels, dont la fessée, jugeant la France «à la traîne» de nombreux pays européens.

Loin de corriger ou d'éduquer l' «enfant roi», explique-t-elle, la petite claque sur les fesses ne contribue qu'à la banalisation de la violence. «Plus on lève la main sur un enfant, plus il devient sournois, agressif et menteur».

La pédiatre affirme, en se fondant sur ses «38 ans de pratique professionnelle», que les enfants «qui n'ont jamais reçu de fessée sont les mieux élevés, plus à l'écoute des adultes et de leur autorité». «La seule chose que l'on fait passer à l'enfant» en lui donnant une fessée, «c'est qu'un conflit peut se résoudre par la violence» et «que le fort a le droit de frapper le faible». «On ne peut plus laisser entendre que ce n'est pas grave ou, même pire, que ça a une vertu éducative alors que c'est exactement le contraire», dénonce-t-elle.

«Faire changer les mentalités»

Edwige Antier appelle de ses voeux une loi, davantage dans l'objectif de «faire changer les mentalités», que de sanctionner. A l'image de la Suède : «Quand (ce pays) a interdit la fessée en 1979, 70% des parents y étaient opposés. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 10%», fait-elle valoir. «Il ne s'agit pas d'envoyer les parents en prison ni de les en menacer», rassure -t-elle. Elle ne propose donc pas d'inscrire l'interdiction de la fessée dans le Code pénal mais, «comme en Allemagne», dans le Code civil. «L'article serait lu aux parents lors du mariage».

En 2008, le Conseil de l'Europe avait appelé ses Etats membres à interdire la fessée, avec la campagne «Levez la main contre la fessée !». Une campagne qui avait provoquée une levée de bouclier de plusieurs associations. Jusqu'à présent, dix-huit Etats sur les quarante-sept du Conseil de l'Europe ont interdit tout châtiment corporel. Un expert des Nations-Unis avait de son côté fixé l'échéance de 2009, pour abolir dans les différents états les châtiments corporels sur les enfants.

Une fois sa proposition de loi officiellement déposée sur le bureau de l'Assemblée nationale, rien ne garantit qu'elle soit débattue en séance publique et, a fortiori, votée. «Je n'ai aucune garantie que le gouvernement la reprenne, mais je serai entêtée», assure-elle. «Si la France est à la traîne, c'est qu'on s'y refuse à prendre une décision impopulaire». De fait, en France, 87% des parents déclarent avoir déjà donné une fessée et plus de la moitié sont contre une interdiction, selon une enquête de l'association L'Union des familles en Europe publiée en 2007.

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Les Français hostiles à 82% à une loi interdisant la fessée, selon un sondage (AFP) – 23 novembre 2009

RENNES — Les Français se déclarent hostiles à 82% à une loi interdisant la fessée, loi qui recueille l'assentiment de 17% des sondés, selon un sondage TNS Sofres publié dimanche par Dimanche Ouest France (DOF).

Pour 52% des sondés, parmi lesquels 60% des sympathisants de gauche et 38% des sympathisants de droite, la fessée est "un geste qu'il faut éviter".

Ils sont 45% à penser qu'il faut l'utiliser "car cela apprend à l'enfant le respect de l'autorité", parmi lesquels 60% de droite et 38% de gauche.

A la question "donnez-vous ou avez-vous donné la fessée à vos enfants?", 67% répondent "oui", dont 46% "exceptionnellement" et 2% "souvent".

Ce sondage a été réalisé les 19 et 20 novembre par téléphone auprès d'un échantillon national représentatif de 1.000 personnes.

La députée UMP Edwige Antier a annoncé son intention de déposer une proposition de loi visant à interdire les châtiments corporels, dont la fessée, arguant du fait que, "plus on lève la main sur un enfant, plus il devient agressif".

En 2008, le Conseil de l'Europe a appelé ses Etats membres à interdire la fessée et "18 Etats l'ont déjà fait", a rappelé Mme Antier, par ailleurs pédiatre.

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Deux claques pour la loi antifessée PROPOS RECUEILLIS PAR SOPHIE ROQUELLE lefigaro.fr 20/11/2009 | Mise à jour : 19:20 | La proposition choc d'Edwige Antier, pédiatre et députée UMP, d'interdire la fessée par la loi a été balayée d'un revers de main par Xavier Bertrand.

«Le Figaro Magazine » a interrogé deux grands spécialistes français de l'enfance, le pédiatre Aldo Naouri et le pédopsychiatre Marcel Rufo.

ALDO NAOURI : «Etre parent est déjà suffisamment difficile

Le Figaro Magazine Que pensez-vous de l'idée d'Edwige Antier d'interdire la fessée par la loi ?

Aldo Naouri
Cela n'a aucun sens. Les parents d'aujourd'hui ont été réduits à l'impuissance. Ils sont déjà surinformés, conseillés de toutes parts. On leur serine quantité de choses sur leur enfant en faisant de lui un être fragile qu'un rien peut détruire. Ils n'osent plus faire quoi que ce soit d'euxmêmes. Et voilà qu'on voudrait que même l'Etat s'en mêle !
On est là dans un domaine privatif dans lequel l'Etat n'a pas à intervenir. En outre, comment faire appliquer une telle loi ? Comme il s'agit de petits, faudrait-il leur enseigner comment dénoncer leurs parents, ou bien encourager le voisinage à la délation ? Je signerais demain une tribune, une pétition, un livre contre la fessée avec Mme Antier. Mais une loi, non !

Vous êtes contre la fessée ?

Je le dis clairement et je l'ai écrit : la fessée, comme toute autre forme de châtiment corporel fût-il une tape sur la main , doit être proscrite. Il n'est pas question de battre un enfant. C'est attentatoire à sa dignité et au respect qui lui est dû. Et d'ailleurs, que répond l'enfant quand il reçoit une fessée ? « Même pas mal ! », atteint dans son amour propre et profondément vexé.
Si on doit le punir, et c'est inévitable, la seule façon de le faire est de l'isoler. C'est bien suffisant. Les enfants souffrent de quantité de choses qui sont bien plus traumatisantes qu'une fessée. Toutes les mères, par exemple, ne peuvent éviter de forcer un enfant à manger. Faudrait-il faire une loi pour interdire cela aussi ? Même chose pour ces parents qui veulent à tout prix mettre un enfant sur le pot avant l'âge de 2 ans, ce que tous les pédiatres déconseillent.
L'Etat doit-il intervenir ? Ça suffit. Le métier de parent est un métier extrêmement difficile et il y a déjà suffisamment de sonnettes d'alarme paralysantes. Il est inutile d'en rajouter et d'altérer un peu plus la responsabilité et l'esprit d'initiative.

D'autres pays, y compris en Europe, se sont pourtant dotés de telles lois…

S'il fallait copier tout ce que font nos voisins... Savez-vous qu'aux Pays-Bas, il existe un parti politique pédophile qui a une existence officielle et pignon sur rue ? Et que dire de cette loi, qui a été votée il y a une vingtaine d'années en Allemagne, interdisant de coucher les nourrissons autrement que sur le ventre ? A cette époque-là on pensait que c'était le meilleur moyen de prévenir la mort subite du nourrisson. Cette position est aujourd'hui proscrite parce qu'il a été prouvé qu'elle majorait le risque de mort subite. Alors, les pays voisins...
Mais je suis sans illusions. Déjà, en 1989, avec 14 autres spécialistes, nous nous étions prononcés à l'unanimité contre la ratification par la France de la Convention sur les droits de l'enfant lorsque le Premier ministre de l'époque, Michel Rocard, nous avait consultés. Nous pensions déjà pour bon nombre d'articles de cette convention, que les Etats n'avaient pas à intervenir dans la sphère privée. Nous avons appris que la France l'avait ratifiée six mois avant de nous consulter.

Comment vont les parents et les enfants de 2009 ?

Les parents vont très mal et, quand les parents vont mal, les enfants vont mal aussi. Car ils perçoivent le monde tel qu'on le leur donne. Eduquer un enfant consiste à l'aider à réfréner ses pulsions, à lui poser des limites. Pour cela, il est urgent de restaurer le pouvoir intuitif des parents et leur donner confiance en eux-mêmes. Une loi antifessée, ou anti-tout autre chose d'ailleurs, ne ferait qu'aggraver leur situation.

* Aldo Naouri, pédiatre, est l'auteur de nombreux ouvrages sur les rapports parents-enfants. En 2008, il a publié Eduquer ses enfants, l'urgence aujourd'hui (Odile Jacob), dans lequel il prônait le retour de l'autorité.

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MARCEL RUFO : «Mieux vaut expliquer qu'interdire» PROPOS RECUEILLIS PAR SOPHIE ROQUELLE lefigaro.fr 20/11/2009 | Mise à jour : 19:20 |

Marcel Rufo
Je suis contre la fessée. On n'a pas le droit de frapper un enfant, d'autant que, paradoxalement, cela peut lui plaire. Et un parent qui donne une fessée est toujours un parent qui disjoncte. Etre parent, c'est maîtriser ses affects pour que l'enfant comprenne.
Plus que jamais, alors qu'on fête les 20 ans de la Convention des droits de l'enfant, il faut rappeler que la fessée ne sert à rien et que battre un enfant est toujours un signe de faiblesse. Pour autant, légiférer sur le sujet est une véritable bêtise. Cela risquerait de radicaliser ceux qui sont pour la fessée. Et puis se pose la question de la dénonciation : verrait-on dans les allées des supermarchés des clients dénoncer des parents qu'ils ont vus donner une claque ou une fessée à leur enfant ?
Bien sûr, personne ne peut nier qu'un enfant de 2 ans et demi peut parfois être casse-pied, provoquant, et se comporter en véritable petit tyran. On lui va donner une tape sur les fesses pour le calmer. Bon, c'est inutile mais on ne va pas faire une loi contre cela. Pour les enfants opposants, la meilleure réponse est de les envoyer à la maternelle !

N'est-ce pas déresponsabiliser les parents ?

Non, car il faut se séparer pour grandir. Je suggère d'ailleurs aux députés dont c'est le rôle de se pencher sur la question. Plutôt que de faire une loi pour interdire la fessée, pourquoi ne pas prévoir des structures d'accueil pour les jeunes enfants dans la phase d'opposition de 2 à 3 ans ? Cela soulagerait les familles les plus vulnérables qui seraient les premières visées par une loi antifessée.
Car c'est dans les familles fragiles que les enfants sont battus : frapper son enfant, c'est frapper un devenir qui paraît impossible. Les parents qui frappent leurs enfants frappent l'avenir alors qu'ils ont un présent dévasté. Il faudrait créer des groupes de parole pour aider ces familles déboussolées.

C'est donc si grave de recevoir une fessée ?

Il y a deux générations de parents : celle d'hier qui a reçu des fessées et des claques et qui dit « ça ne nous a pas traumatisés ». Et puis il y a les parents d'aujourd'hui, que je trouve bien meilleurs, car ils sont plus dans la compréhension de l'enfant que dans l'interdit. Le rôle d'un parent est de donner son avis à l'enfant, de lui expliquer les choses. L'enfant l'acceptera.

La proposition d'Edwige Antier a en tout cas ouvert un débat...

Elle pose une belle question, celle des changements qu'a connus la famille ces dernières décennies. Souvenons-nous des hussards qui donnaient des coups de règle sur les doigts des élèves turbulents. Aujourd'hui, si un instituteur donne une fessée à un enfant, il se retrouve au tribunal. Et pourtant, on conserve le droit de frapper son propre enfant.

Des pays d'Europe l'ont interdit...

L'Europe du Nord a une conception différente de la place de l'enfant. Nous, nous sommes un pays latin où l'on considère que l'enfant nous appartient. On ne peut pas délatiniser la France.

* Pédopsychiatre, expert de l'adolescence, le Pr Marcel Rufo exerce à l'hôpital Sainte-Marguerite de Marseille. Auteur prolifique, il a publié notamment, en 2009, Chacun cherche un père et, en 2000, OEdipe toi-même ! (Anne Carrière).

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