Danse avec le siècle, Seuil, Paris 2007
Indignez-vous !, Indigène éditions, Paris 2010
Stéphane Hessel, un judéo-gentil
Né en 1917, à Berlin, d'un père, Franz, membre de la grande bourgeoisie juive polonaise émigrée en Allemagne et ayant fait fortune dans le commerce des grains, partiellement convertie au protestantisme luthérien, et d'une mère, Helen Grund, fille d'un banquier prussien et protestant.
Son père, dès son plus jeune âge, se voue aux lettres, aux langues et à l'Antiquité grecque. Sa mère, qui dessine et peint, notamment, est l'héroïne de Jules et Jim, le fameux roman de Henri-Pierre Roché, l'ami de son père (qui sera "illustré" au cinéma par François Truffaut).
Immigré en France en 1925, bachelier à 15 ans, reçu à l'Ecole Normale supérieure et naturalisé français en 1937, époux, en 1939, de Vitia, une jeune juive russe, la fille de Boris Mirkine-Guetzevitch, un célèbre professeur de droit constitutionnel, prisonnier évadé en 1940, il rejoint le général De Gaulle à Londres en mai 1941.
Engagé dans les Forces aériennes françaises libres il obtient, en mars 1942, la qualification d'air observer (navigateur sur bombardier) mais c'est dans le Bureau de contre-espionnage, de renseignement et d'action (BCRA), section R, chargé d'informer l'état-major britannique, qu'il entre. Sa femme Vitia le rejoint en novembre 1942. En mars 1944 il est envoyé en France pour une mission de cents jours (la mission Greco). Le 10 juillet 1944 il est arrêté par la Gestapo et envoyé à Buchenwald en août où, en novembre, il bénéficie d'un complot qui lui permet d'être chef comptable au camp de Rottleberode. En janvier 1945 sa tentative d'évasion ayant échouée il est envoyé à Dora, le camp où sont fabriqués les V-1 et V-2. Le 4 avril il s'évade et rejoint les américains. Il est à Paris le 8 mai 1945.
Admis, en novembre 1945, au concours des Affaires Etrangères, Stéphane Hessel fait toute sa carrière, jusqu'en 1985, dans la diplomatie, tout en étant, sous la IVème République l'un des proches collaborateurs de Pierre Mendes-France, connu à Londres en 1943, et admiré.
Egalement admiratif des démocrates américains, Franklin Delanoe Roosevelt évidemment, John Kennedy, Lyndon Johnson finalement, et du socialiste Salvadore Allende, et déçu par les conservateurs, Richard Nixon étant "certainement le moins séduisant des présidents américains", Stéphane Hessel bénéficie de l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981, qui fait de lui "un ambassadeur de France un délégué interministériel, un membre de deux instances administratives de premier plan - la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, puis le Haut Conseil pour l'intégration -, le représentant de la France à l'un des sommets internationaux les plus prestigieux : la conférence mondiale des Nations unies sur les droits de l'homme. Elle m'a élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur et de grand officier de l'ordre national du Mérite. On voit que, personnellement je lui dois beaucoup."(Danse avec le siècle, La gauche au pouvoir, p. 247).
Stéphane Hessel s'illustre encore en 1996, Lionel Jospin étant Premier ministre, lorsqu'il devient le grand médiateur dans l'affaire, très médiatisée, des "sans-papiers" de l'église Saint-Ambroise, puis de Saint-Bernard, affaire bien encadrée par les gauches socialistes.
Auteur d'ouvrages socialistement très corrects
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1
La France
Je viens de prendre ma carte du Parti socialiste et je me demande pourquoi. Première réponse: le choc de l'année 1995. Je n'imaginais pas les Français assez imprudents pour porter Jacques Chirac à la présidence de la République. J'avais espéré un court moment que les dissensions ridicules de la droite permettraient contre toute attente à Lionel Jospin de l'emporter.
Sa campagne candide m'avait plu. J'étais allé l'ovationner au Zénith de Montpellier au milieu d'une foule en liesse. Cela m'avait rapproché d'un homme que je connaissais depuis trente ans. Il avait été mon jeune collègue au Quai d'Orsay avant d'entrer en politique. Puis j'avais écouté Martine Aubry à 7 sur 7 et m'étais trouvé d'accord avec chacune de ses phrases.
Mais ce n'était là qu'une réponse conjoncturelle. Au fond de moi, je me faisais le reproche d'avoir passé cinquante ans en dehors de l'action politique, observateur critique ou serviteur de l'État, tantôt heureux de travailler auprès d'un gouvernant respecté, tantôt exprimant plus ou moins discrètement mes réserves, animant toute une série de cercles de réflexion où se côtoyaient des femmes et des hommes d'accord sur l'essentiel. Où était, dans tout cela, le combat politique, l'engagement personnel sur un front exposé?
Danse avec le siècle, p. 135
2
Le Club Jean-Moulin
Après le 13 mai 1958, c'est la défense de la démocratie qui occupe nos esprits. Personne autour de moi n'applaudit à ce qui s'est passé à Alger. Nous sommes consternés par l'appel que les putschistes lancent au général de Gaulle, dont le retour au pouvoir nous apparaît comme un anachronisme.
Comment ne serait-il pas l'otage des colons et des militaires factieux? S'il accepte de se faire une deuxième fois le « sauveur de la France », il ne pourra que relancer les opérations militaires, à l'efficacité desquelles nous ne croyons pas. L'espoir de trouver une solution politique au drame algérien ne va-t-il pas s'évanouir une fois pour toutes?
La rapidité avec laquelle la IVe République s'effondre, le ralliement presque unanime des formations politiques à de Gaulle sont pour nous révélateurs des défauts profonds de la pratique démocratique. Comme nous avons autrefois laissé la guerre d'Indochine miner notre indépendance à l'égard des États-Unis, la guerre d'Algérie aujourd'hui est en train de confisquer les capacités de résistance de nos institutions démocratiques.
Car nous n'avons pas confiance en de Gaulle. Nous qui avions dénoncé l'aveuglement des antigaullistes de Londres, nous avons été choqués par les prises de position nationalistes et réactionnaires du RPF. L'âge et la rancune n'auront-ils pas fait de ce personnage ambigu qu'est le Général un ennemi des libertés publiques?
Ibidem, p. 151
3
Un voyage autour du monde
Ma carrière diplomatique a été presque aussi atypique que ma déportation. je n'ai occupé aucun des postes classiques où se forment les futurs ambassadeurs. Comme secrétaire des Affaires étrangères, j'ai été détaché auprès du secrétaire général des Nations unies. Comme conseiller, j'ai fait pendant cinq ans fonction de directeur dans un ministère autre que les Affaires étrangères, l'Éducation nationale. Comme ministre plénipotentiaire, je me suis retrouvé administrateur adjoint du Programme des Nations unies pour le développement. Je suis resté à Paris vingt-quatre ans sur les quarante qui vont de mon entrée au ministère à ma retraite.
Et pourtant, j'ai l'impression d'avoir beaucoup voyagé, d'avoir peut-être trop souvent accepté des missions sans penser à ma femme et à mes enfants. Vitia voyageait de son côté. Sa profession d'interprète de conférences lui imposait des déplacements. Heureusement pour les enfants, il y avait ma belle-mère, éducatrice rigoureuse, que ses petits-enfants redoutaient et chérissaient à la fois. Et il y avait la merveilleuse gouvernante, la Vava, monument de certitudes morales et de loyauté.
Malgré les nombreux voyages que mes fonctions m'imposaient, je n'ai jamais été blasé. Aujourd'hui encore, j'aime l'instant où l'avion s'arrache du sol, le branle presque imperceptible du train en partance, l'arrivée au soir dans une ville inconnue que l'on se réjouit de découvrir au matin. J'aime survoler les blondes rousseurs du désert africain, la blancheur scintillante d'un massif alpin ou l'inquiétante éponge vert sombre d'une forêt équatoriale.
Ibidem, p. 186
4
L'immigration
Immigré moi-même, le sort des travailleurs immigrés ne pouvait que m'intéresser. J'acceptai donc avec gratitude l'offre de Paul Dijoud, dont l'énergie et la vision m'avaient tout de suite conquis.
Mais je n'en fus pas moins attristé du «débarquement» de Pierre Abelin, auquel succéda en 1976 Jean de Lipkowski. Lors de sa prise de fonctions, je lui écrivis un mot personnel (nous nous connaissions depuis trente ans) pour lui demander d'apporter à la mise en œuvre du rapport Abelin plus d'énergie que son prédécesseur.
Il commit l'indélicatesse de montrer ma lettre à Pierre Abelin, qui fut bien naturellement froissé de ce qui apparaissait comme une critique à son égard et il m'en voulut. J'avais une fois encore fait trop confiance.
Ibidem, p. 215
5
Michel Rocard (1)
En 1985, trois mois avant la mort de Vitia, Stanley Hoffmann, président du Center for European Studies de l'université Harvard, me proposa de rédiger pour sa revue un article sur la France de Mitterrand et le tiers-monde. Il m'invita à venir le présenter à Harvard, au cours d'une rencontre à laquelle participerait Michel Rocard.
De ce dernier je gardais le souvenir de nos conversations au Club Jean-Moulin, de son amitié pour Mendès France, qu'il avait persuadé d'adhérer au PSU, de sa réaction intelligente après l'échec de la gauche aux législatives de 1978, de la détermination avec laquelle, en 1981, il s'était porté candidat à l'élection présidentielle avant François Mitterrand.
La clarté de ses prises de position me plaisait. Je lui attribuais une ambition politique plus sérieuse, plus réfléchie et moins égocentrique que celle de la plupart de nos hommes politiques, dans la même ligne que celle qui animait Pierre Mendès France. Je lui parlais comme à quelqu'un pour qui je serais content de m'engager.
Quelques semaines plus tard, je reçois de lui une lettre très amicale, dans laquelle il me demande de présider un réseau de clubs de réflexion destiné à appuyer sa candidature à la présidence de la République, au terme du mandat de François Mitterrand. Me sentant trop vieux et trop éloigné de la vie politique, je décline son offre Sa riposte est rapide, presque brutale. En quelques phrases, il réfute mes arguments et décide que je ne peux refuser. La vivacité du ton me surprend et bouscule mes réserves. J'accepte donc et deviens "rocardien".
Ibidem, p. 262
6
MICHEL ROCARD (2)
.....
L'élection présidentielle de 1988 avait été marquée par une poussée inquiétante des voix du Front national. Autour des problèmes d'exclusion, dont ils ne portaient d'aucune façon la responsabilité, les «immigrés» - terme dans lequel étaient englobées les populations non blanches des banlieues pauvres - devenaient la cible d'un rejet xénophobe qui imprégnait jusqu'au discours des dirigeants de la gauche.
Rocard avait utilisé une expression dangereuse dans son laconisme: « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. »
François Mitterrand lui-même avait laissé échapper une phrase sur le «seuil de tolérance» au-delà duquel les immigrés seraient de trop.
Toutefois, le président de la République n'avait jamais manqué une occasion pour fustiger publiquement tout racisme et toute atteinte aux droits de l'homme. Lors des cérémonies du bicentenaire de la Révolution française, au cours d'un colloque consacré à l'héritage de 1789 dans le grand amphitéâtre de la Sorbonne, je l'entendis caractériser les Français comme un peuple composé de Celtes, de Latins, de Germains, d'Italiens et - conclut-il après une pause - d'Arabes.
Ce jour-là, comme si souvent, j'ai aimé son éloquence.
Ibidem, pp. 271-272
7
L'Afrique (3) :
Bujumbura
Comment s'expliquer que ces mêmes Africains, si souriants, si hospitaliers, puissent devenir, d'un jour à l'autre, féroces et se laisser entraîner si facilement au meurtre, au viol, au pillage, à l'usage alterné de la kalachnikov et de la machette, le tout à une échelle terrifiante?
Ni les ethnologues ni les psychiatres ne possèdent la réponse à cette question, la plus lancinante peut-être de notre temps.
Elle s'était posée en un autre point du monde dans les années soixante-dix, le Cambodge, au sein d'un peuple particulièrement sensuel, serein, joyeux, lorsque tout à coup Pol Pot avait déclenché la plus effroyable des tueries. Elle a resurgi vingt ans après dans cette région des Grands Lacs dont les anthropologues nous assurent qu'elle a été le berceau d'Homo sapiens, il y a sept cent mille ans, parce que son climat, sa végétation, sa faune convenaient parfaitement à notre espèce.
Ce n'est pas la violence ou la cruauté en elles-mêmes qui peuvent nous surprendre, nous qui avons vu les Allemands, devenus des nazis, se livrer à un génocide systématique, les Russes faire du Goulag un moyen d'extermination planifiée, les Américains massacrer, village après village, les habitants du Vietnam. Nous possédons une catégorie de l'entendement, même s'ils nous font horreur, pour les terroristes irlandais, les poseurs de bombes basques, les «purificateurs ethniques» de l'ex-Yougoslavie.
Mais nous sommes saisis de vertige lorsque des populations qui vivaient depuis des siècles sur les mêmes collines ont perdu subitement toute humanité et sont aveuglées par une haine qui s'emballe, déferle comme une lame de fond, court à la vitesse d'un feu de brousse et ne laisse derrière elle que dévastation.
Nous ne savons ni comment prévenir ces flambées, ni, lorsqu'elles nous ont révélé la face sombre de la nature humaine, aider ces populations à se réconcilier. Sauf à trouver la réponse à ce défi, qui est l'un des plus troublants pour le siècle prochain, la vie en commun sur cette terre exiguë deviendra un cauchemar.
Ibidem, pp. 287-288
8
CREPUSCULE OU AUBE ?
....
Les Nations unies ont fixé à la communauté internationale des objectifs incontestables: règlement pacifique des différends, promotion et protection des droits de l'homme, rôles égaux des femmes et des hommes, développement équitable et respectueux de l'environnement, lutte contre l'argent sale, celui de la drogue et du crime. Ces objectifs sont très loin d'être atteints.
Mais le fait est là:
ils ont été affirmés et réaffirmés par tous les États, et ce ne sont pas seulement les gouvernements qui y souscrivent de bonne ou de mauvaise foi, mais l'ensemble des acteurs de la société civile qui les prend à son compte. Chacun des fléaux à combattre fait l'objet d'observatoires internationaux, d'associations citoyennes, de fondations et de mouvements militants, de mieux en mieux reliés entre eux en réseaux mondiaux.
Ainsi se dévoile un nouvel horizon où la responsabilité de chacun est plus claire, la solidarité entre civilisations dans le respect de leur diversité moins abstraite, l'engagement commun pour dépasser la fascination de l'économie et le culte de l'argent mieux partagé. Ainsi s'amorce une nouvelle transcendance, loin de toute crispation identitaire et de tout sectarisme religieux, au cœur même de la nature humaine, qui prend corps dans l'exigence personnelle de convivialité et de générosité.
Ibidem, pp. 302-303
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1
93 ans. C'est un peu la toute dernière étape. La fin n'est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pout rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : les années de résistance et le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance!
C'est à Jean Moulin que nous devons, dans le cadre de ce Conseil, la réunion de toutes les composantes de la France occupée, les mouvements, les partis, les syndicats, pour proclamer leur adhésion à la France combattante et au seul chef qu'elle se reconnaissait : le général de Gaulle.
De Londres où j'avais rejoint le général de Gaulle en mars 1941, j'apprenais que ce Conseil avait mis au point un programme, l'avait adopté le 15 mars 1944, proposé pour la France libérée un ensemble de principes et de valeurs sur lesquels reposerait la démocratie moderne de notre pays.
2
Le motif de la résistance, c'est l'indignation. On ose nous dire que l'État ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes. Mais comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ?3
Mon indignation à propos de la Palestine
Aujourd'hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. Ce conflit est la source même d'une indignation.---------
Hessel/essai: la réponse de Fillon lefigaro.fr AFP 10/01/2011 | Mise à jour : 17:45
"L'indignation pour l'indignation n'est pas un mode de pensée" : c'est en ces termes que François Fillon a commenté l'essai à très grand succès de Stéphane Hessel, "Indignez-vous!", très critique sur l'action gouvernementale, lors des voeux de la presse aujourd'hui à Matignon. "J'ai vu qu'un débat s'était noué autour de l'indignation. Rien ne serait en effet moins français que l'apathie et l'indifférence. Mais l'indignation pour l'indignation n'est pas un mode de pensée", a jugé le premier ministre. Dans cet opus de 24 pages, tiré à plus de 800.000 exemplaires, l'ancien ambassadeur et résistant de 93 ans, dénonce l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, le traitement fait aux sans-papiers et aux Roms, la dictature des marchés financiers, les acquis bradés de la Résistance comme la sécurité sociale et les retraites. "La complexité du monde actuel réclame d’abord de la lucidité, de l’exigence intellectuelle, parce que tout ne s’écrit pas en noir et blanc, mais elle réclame aussi et surtout des actes", a affirmé M. Fillon. "En cette année pré-électorale, est-ce qu’on peut souhaiter le sens de la nuance au détriment de la violence? Est-il possible de parier sur la quête d'une vérité équilibrée, qui prétend construire plutôt que détruire?", a-t-il suggéré. "Peut-on espérer que la difficile tâche d’agir pour la France ne soit pas étouffée par le penchant bien plus facile de tout contester? C’est en tout cas le voeu que je formule pour notre démocratie", a aussi ajouté le chef du gouvernement.-------
Polémique Par Chloé Leprince | Rue89 | 08/01/2011 | 11H19 Hessel : après l'emballement, place aux sceptiques
Assouline, Ferry, Cyrulnik… : les critiques fusent contre son court essai « Indignez-vous », jugé faible et pétri de bons sentiments. Trop d'indignation tue-t-elle l'indignation ? Après une phase d'engouement quasi-unanime pour le petit livre d'une trentaine de pages « Indignez vous ! » signé par Stéphane Hessel et vendu à 500 000 exemplaires, les critiques ont commencé à pleuvoir début 2011. Notamment chez certains lecteurs de ce qu'Anne Fulda appelle dans sa chronique du Figaro « une espèce de nouveau Petit Livre rouge », agacés par le matraquage médiatique dont a fait l'objet l'ancien résistant et ambassadeur de 93 ans, connu pour ses prises de position pro-palestiniennes. Certains encore ont été déçus par les sympathies « social-démocrates » d'Hessel dans l'entretien qu'il a accordé à Rue89 : il s'y montre bien moins insurgé que ne laisse penser le titre de son petit livre bien marketé à 3 euros. Il vante les mérites de Martine Aubry, Pierre Mendès-France, Edgar Morin ou même DSK et prend ses distances avec l'extrême gauche et Mélenchon (même si ce dernier a dit-il, « des côtés très sympathiques »). Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik : « Raisonner plutôt que s'indigner » Ces piques, dans les conversations privées ou sur les réseaux sociaux, trouvent aussi leur écho médiatique. Ainsi, depuis début 2011, plusieurs personnalités ont pris l'engouement pour Stéphane Hessel à rebours. Boris Cyrulnik s'est élevé assez tôt contre l'unanimisme de l'indignation, mot-phare des réveillons de 2010. Voici ce qu'il écrivait, le 31 décembre, en réponse au Monde qui lui demandait, comme à d'autres, de donner des motifs d'indignation : « J'ai beaucoup de tendresse, d'admiration, pour Stéphane Hessel avec qui j'ai beaucoup de concordances de vue, mais je m'indigne qu'on nous demande de nous indigner parce que l'indignation est le premier temps de l'engagement aveugle. Il faut nous demander de raisonner et non de nous indigner. » Le blogueur Pierre Assouline : « A-t-on le droit de ne pas s'indigner ? » Le 4 janvier, Pierre Assouline s'interrogeait, sur son blog, au milieu d'un océan encore consensuel : « A-t-on le droit de ne pas s'indigner avec Hessel » ? Comme tout le monde, Assouline relève chez ce vieux monsieur aussi digne, accueillant et humaniste « son sourire désarmant, son incroyable mémoire de la poésie, sa courtoisie d'un autre temps, sa gentillesse si rassurante ». Comme certains, il s'interroge toutefois sur l'emballement autour d'un texte « plein de bons sentiments » :--------
nouvelobs.com mardi, 18 janvier 2011 Le CRIF, Finkielkraut et BHL censurent Stéphane Hessel
Aujourd'hui le 18 janvier, aurait dû avoir lieu, à l'École normale supérieure, un colloque débat réunissant Stéphane Hessel, le magistrat Benoît Hurel, Leila Shahid, délégué de l'Autorité palestinienne à Bruxelles, le pacifiste israélien Michel Warschawski et Elisabeth Guigou. Aurait dû, parce que Monique Canto Sperber, directrice de l’ENS l’a interdit. Sur le site du CRIF, son président, Richard Prasquier, se réjouit de cette nouvelle. Selon lui, ce débat n'était pas contradictoire. Il s'agissait en fait de défendre le collectif BDS qui prône le boycott des produits israéliens. Dans son éditorial, il affirme « c’est bien le CRIF qui est à la manœuvre derrière toutes les procédures contre le boycott, même si par tradition il s’abstient de porter plainte lui-même ». Il rend hommage à Claude Cohen Tannoudji, Bernard Henri Lévy et Alain Finkielkraut, tous anciens élèves de l'École normale supérieure, qui ont intercédé auprès Valérie Pecresse, ministre des Universités, afin d'interdire ce débat. Ceci a provoqué un émoi dans la communauté intellectuelle dont la presse n’a que très partiellement rendu compte. Ce débat était-il si dangereux qu'il fallait en interdire la tenue ? Certes il n'était pas follement contradictoire. Je préfère pour ma part les véritables débats où des points de vue divergents s'expriment, que ceux où le même point de vue est décliné sur plusieurs modes. Mais peut-on justifier l'interdiction d'un colloque au motif de la convergence de vue des participants ? Les défenseurs inconditionnels d'Israël n'organisent-ils pas eux-mêmes des conférences où l'unanimisme est de mise et où parfois des propos violents sont parfois tenus contre ceux qui ne partagent pas leur avis ? Ne peut-on pas penser que le public est suffisamment adulte pour choisir ce qu'il a envie d'entendre ou non ? D'autant plus que le public de l'ENS est censé avoir un certain sens critique. On peut légitimement débattre du boycott. Parmi les partisans, certains en ont une vision extensive, d'autres (comme la plupart de ceux qui devaient débattre) veulent le limiter aux produits israéliens issus des colonies, conformément d’ailleurs à la législation européenne. Tous, en tous les cas, protestent contre le fait que cette revendication puisse être qualifiée de provocation publique à la discrimination, comme cela a été fait par le ministre de la Justice, croit-on comprendre, à la demande du CRIF. Le CRIF affirme avoir deux objectifs : la lutte contre l'antisémitisme et la défense d'Israël. N'a-t-il pas en l'occurrence privilégié le second sur le premier ? Sauf à réaffirmer une énième fois que toute critique d'Israël fait le lit de l'antisémitisme. Mais l'efficacité de cet argument utilisé avec insistance depuis une dizaine d'années s’amenuise et irrite de plus en plus de gens. Il est encore moins recevable au moment où Israël a le gouvernement le plus à droite et même le plus à l'extrême-droite de son histoire, et où les O.N.G. de défense de droits de l'homme sont dans le collimateur de certains partis gouvernementaux. N'est-ce pas un aveu de faiblesse que de vouloir interdire un débat ? Une contre argumentation critique n’est-elle pas préférable ? Le CRIF peut-il à la fois déplorer l'importation du conflit israélo-palestinien en France et agir ainsi ? Si malgré l‘immense respect que suscite Stéphane Hessel et le succès phénoménal de son livre, le CRIF parvient à l'empêcher de tenir une conférence, on peut deviner les problèmes posés à des gens moins en vue qui critiquent également l'action du gouvernement israélien. Le CRIF semble soumis à la pression de la fraction la plus radicalisée de sa base. En reprenant ses revendications, il contribue à sa radicalisation. Il exerce une pression sur les responsables politiques, les journalistes et intellectuels, créant chez nombre d’entre eux un climat de peur qui les conduit à ne pas s’exprimer sur ce sujet. La peur que suscite le CRIF peut limiter la critique du gouvernement israélien à court terme. À long terme, elle crée des effets malsains qui ne sont bons pour personne. En ayant soutenu l’interdiction de conférence (tout en espérant que leur action ne soit pas rendue publique), BHL (qui est coutumier du fait) et Alain Finkielkraut se rangent dans la catégorie des censeurs. C’est contradictoire avec les postures publiques qu’ils affichent et il est curieux que les mêmes qui protestent contre le boycott des produits, prônent celui des personnes avec lesquelles ils sont en désaccord.--------
Hessel: interdit à Normale Sup,acclamé au Panthéon Par Anne BRIGAUDEAU France2.fr
Stéphane Hessel avec son bonnet phryigien au Panthéon, Paris 5e (19 janvier 2011)
Des centaines de personnes sont venues mardi soir écouter Stéphane Hessel s'indigner place du Panthéon (Paris 5e)
A l'appel de la LDH, du Front de gauche, d'associations pro-palestiniennes, les manifestants protestaient contre l'annulation par la directrice de Normale Sup, Monique Canto-Sperber, d'un débat sur le conflit israélo-palestinien avec l''auteur d'"Indignez-vous" (plus de 700.000 exemplaires vendus).
Résultat : le colloque prévu a eu lieu place du Panthéon, attirant, comme l'a noté ironiquement la déléguée générale de l'Autorité palestinienne auprès de l'Union européenne Leïla Shahid, beaucoup plus de monde que s'il s'était tenu rue d'Ulm.
Hessel :"rendre compte de ce qu'on a vu à Gaza" Parmi les participants qui se sont succédé à la tribune sous la bannière "Solidarité Palestine: contre la censure et la répression, pour la défense des libertés" : le journaliste du Monde Diplomatique Dominique Vidal, le journaliste et pacifiste israélien Michel Wasrchawski et "le plus jeune" d'entre eux Stéphane Hessel (93 ans), qui a remporté la palme des applaudissements. Très applaudie aussi, une jeune Israélienne étudiante à l'Ecole normale supérieure (ENS) qui a tenu, comme les autres, à dénoncer le rôle revendiqué du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives) dans l'annulation du débat. "La liberté de l'information est bafouéee par une action comme celle-là" Devant une foule acquise, Stéphane Hessel, qui avait enfilé le bonnet phrygien distribué par des militants pro-palestiniens, a dit "sa reconnaissance" à ses "amis venus pour s'indigner de ce qu'on dénie la possibilité de tenir une réunion pacifique, au cours de laquelle on donnerait simplement la voix à des gens qui ont été récemment à Gaza et qui veulent rendre compte de ce qu'ils ont vu là-bas". "Ce qui est à mon avis insupportable, c'est qu'au dernier moment, l'accès à une salle où nous devions nous réunir pacifiquement nous soit refusé, sans aucune raison particulière. La liberté de l'information est bafouée par une action comme celle-là", a poursuivi l'ancien résistant , en disant "penser que c'est (la ministre de l'Enseignement supérieur) Valérie Pécresse qui a relayé le désir du Crif de ne pas laisser parler librement sur Gaza".--------
Puerta del Sol : les "indignados" toujours mobilisés 25/05/11 à 09:14 lepoint.fr
La protestation des jeunes espagnols contre le chômage et la crise ne s'est pas éteinte après les élections (municipales, défaite socialiste). Le village alternatif de la Puerta del Sol, dans le centre de Madrid, a de nouveau été envahi mardi 24 mai dans la soirée par une foule de jeunes soutenant le mouvement de protestation des "indignés" contre le chômage, la crise et la classe politique "corrompue". Des centaines de personnes participaient aux interminables assemblées qui émaillent les journées du campement, pendant que d'autres travaillaient à l'organisation du village, qui ne cesse de s'étendre et de se structurer depuis une semaine. "Il y a toujours une importante participation citoyenne", assurait Nerea, une des porte-parole. Les grands rassemblements de la semaine dernière, qui ont réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes à la Puerta del Sol et tout autour, ont laissé place à une mobilisation moindre, une fois passées les élections locales qui avaient constitué le premier objectif du mouvement. Pourtant, chaque soir, des milliers de personnes continuent à se regrouper autour du village de bâches et de tentes, où la vie bat son plein. "Ceci n'est pas un apéro géant" Malgré des signes visibles de fatigue et la mauvaise humeur des commerçants du quartier, les organisateurs, qui contrôlent strictement la vie sociale du village, espèrent poursuivre l'occupation au moins jusqu'à dimanche. Ivan Villanueva, un étudiant de 20 ans affecté à la commission "Respect", est chargé avec plusieurs autres de rappeler qu'il ne faut "ni boire ni fumer dans le campement", bien que "les gens le sachent déjà", souligne-t-il. "Ceci n'est pas un apéro géant", rappellent des pancartes, afin d'éviter tout excès d'alcool. Des mouvements semblables dans d'autres villes d'Espagne Un peu à l'écart de la place, une assemblée débat de la manière dont il faut gérer les comptes Twitter et Facebook du mouvement, qui se développe depuis le 15 mai via internet. Sous les bâches en plastique, des jeunes rafraîchissent l'atmosphère avec de petits pulvérisateurs d'eau. L'infirmerie fournit de la crème solaire et les stands "ravitaillement" réclament des volontaires pour fabriquer des sandwichs. "Ceci n'est pas un pique-nique", lance dans un mégaphone Manuel Isaac, un chômeur de 21 ans, en rappelant que la nourriture est réservée aux "campeurs actifs". Tandis que des mouvements semblables se poursuivent, dans de moindres proportions, dans de nombreuses villes d'Espagne, les "indignés" de Madrid veulent organiser samedi des assemblées dans les différents quartiers, avant de décider dimanche de la suite du mouvement. A Paris, le mouvement "Réelle Démocratie", organisé par le collectif "Les Pas de Noms" en soutien aux "Indignados" espagnols, appelle depuis vendredi à un rassemblement tous les soirs à 19h place de la Bastille. Le collectif de stagiaires Génération Précaire vient de leur déclarer son soutien dans un communiqué. Le Nouvel Observateur - AFP-------
Occupy Wall Street Les «indignés» de New York expulsés Première publication 15 novembre 2011 à 04h58 Mise à jour : 15 novembre 2011 à 14h05 TVA Nouvelles avec AFP
Les autorités de la Ville de New York ont décidé d'évacuer en pleine nuit le campement d'Occupy Wall Street à New York. Lors de la nuit de lundi à mardi, les tentes sur le square Zuccotti ont été arrachées. L'opération a débuté vers 1h45, peu après que le bureau du maire Michael Bloomberg a indiqué sur son compte Twitter que les occupants du parc Zuccotti devaient partir temporairement, le temps de nettoyer les lieux. Les autorités ont interdit l'accès au square, qui a été barricadé, et le quartier a été bouclé, pendant que le secteur était nettoyé. Les manifestants dormaient sur place depuis le 17 septembre dernier. Plusieurs dizaines de protestataires ont été arrêtés et embarqués dans des camions de police. Quelque 200 personnes auraient été arrêtées, selon certains médias. Toutefois, la police a refusé de confirmer ce chiffre. Un homme a été évacué sur un brancard. La police a diffusé sur un haut-parleur un message enregistré, qui invitait les manifestants anti-Wall Street à retirer leurs tentes et tout leur matériel. «Tout doit être enlevé immédiatement. Si vous refusez d'enlever vos tentes et de partir, vous serez sujet à arrestation. Une fois que tout aura été enlevé, vous pourrez revenir», pouvait-on entendre. Vers 4h, la plupart des «indignés» avaient quitté le square. Un petit groupe demeurait sur place et était entouré par les forces de police. Une des manifestantes a indiqué que le groupe a fait une chaîne humaine, mais qu'il ne veut pas de violence. «Mais certains veulent rester et se faire arrêter», a-t-elle ajouté. Peu après 5h du matin, la situation s'est corsée, alors que les policiers ont évincé derniers occupants du parc. Les «indignés» tiennent une assemblée générale Les manifestants ont par ailleurs réagi en se dirigeant vers le square Foley, à quelques centaines de mètres du square Zuccotti. Une forte présence policière était constatée dans ce parc tôt ce matin. Sur place à New York, la journaliste Marie-Joëlle Parent a indiqué vers 7h ce matin sur les ondes de LCN que de 300 à 400 manifestants étaient alors présents au square Foley. La situation était relativement calme et les «indignés» tentaient de se réorganiser. «Nous sommes horrifiés par ce qu'a fait la municipalité, mais nous ne sommes pas découragés. Nous sommes aujourd'hui plus forts que nous l'étions hier, et serons encore plus forts demain», a déclaré OWS dans un communiqué. «Ce mouvement ne peut être limité à un endroit de Manhattan. Il est plus important que cela. Vous ne pouvez pas expulser une idée quand son temps est venu», ont ajouté les protestataires. Vers 9h, de nombreux manifestants ont déambulé dans le sud de Manhattan et se sont rendus au square Duarte, au coin de la 6e avenue et de Canal Street. Ils y ont tenu une assemblée générale. Certains tentaient en fin d'avant-midi de revenir au square Zuccotti. Celui-ci avait brièvement rouvert au public, mais a été immédiatement fermé, en attendant une audience sur une requête des manifestants afin de pouvoir y revenir. La ville de New York a l'intention de laisser les manifestants retourner au parc Zuccotti, mais sans pour autant les laisser s'y installer avec des tentes et des sacs de couchage. Le maire Bloomberg a cependant confirmé en avant-midi que le parc resterait fermé en attendant une décision de justice sur la situation. Une juge «gèle» l'ordre d'expulsion du parc Zuccotti En fin d'avant-midi, un juge a «gelé» l'ordre d'expulsion du parc occupé Zuccotti. La juge Lucy Billing a en effet interdit l'application du règlement du parc privé, qui proscrit les tentes et les installations temporaires. Elle a aussi interdit l'expulsion des manifestants. Il semble cependant que la décision reste théorique, car le parc a été complètement vidé de ses occupants. L'opération menée à New York cette nuit survient quelques jours après celles semblables dans plusieurs autres villes des États-Unis, notamment celle d'hier à d'Oakland en Californie. Dimanche, les autorités avaient aussi délogé les manifestants installés dans un parc de Portland, en Oregon. Journée internationale de protestation Les indignés de Wall Street organisent une journée de manifestations jeudi le 17 novembre. Ils prévoient interrompre les activités dans le secteur financiers, prévoient manifester dans le métro en après-midi et un grand rassemblement est prévu à Foley Square, devant l'hôtel de Ville. En Espagne, les étudiants prévoient une grève générale dans une douzaine de villes. Londres évacuera le campement Après l'évacuation à New York, la ville de Londres a annoncé mardi qu'elle s'adressera à la cour afin de déloger les indignés installés depuis la mi-octobre devant la cathédrale Saint-Paul. «Nous avons suspendu notre action en justice pendant deux semaines pour discuter avec les occupants du camp d'une réduction du nombre de tentes et d'une date de départ, mais cela n'a mené à rien» indique Stuart Fraser, un responsable de la municipalité. Arrestations à Oakland Lundi, plus de 50 personnes ont été arrêtées sur le site d'Occupy Oakland. La police avait reçu l'ordre de démanteler le campement de cette ville en Californie.---------
1
Nous devons prendre conscience que la mondialisation constitue à la fois le meilleur et le pire de ce qui a pu advenir à l'humanité.
Le meilleur, parce que tous les fragments de l'humanité sont pour la première fois devenus interdépendants, qu'ils vivent une communauté de destin qui crée la possibilité d'une TerrePatrie, laquelle, répétons-le, loin de nier les patries singulières, les engloberait.
Le pire, parce qu'elle a donné le départ à une course effrénée vers des catastrophes en chaîne. L'essor incontrôlé des pouvoirs manipulateurs et destructeurs de la science et de la technique, le déchaînement tous azimuts de l'économie de profit ont engendré la prolifération des armes de destruction massive et la dégradation de la biosphère, cependant qu'aux totalitarismes du xxe siècle ont succédé la tyrannie d'un capitalisme financier qui ne connaît plus de bornes, soumet États et
peuples à ses spéculations, et le retour de phénomènes de fermeture xénophobe, raciale, ethnique et territoriale. Les ravages conjugués d'une spéculation financière et de fanatismes-manichéismes aveugles amplifient et accélèrent les processus annonciateurs de catastrophes.
Le chemin de l'espérance, pp. 11-12.
2
Dans un monde désormais multipolaire, nous devons nous efforcer de donner consistance à l'Europe en lui donnant unité, autonomie et volonté politique. Cela lui permettrait d'agir sur tous les grands problèmes du siècle dans le sens de la compréhension humaine et de la paix. Elle devrait alors, d'une part élaborer une politique commune d'insertion des immigrés, d'autre part intervenir contre la radicalisation des conflits, générateurs de barbarie, partout où ils se déclenchent ou se prolongent, notamment la tragédie israélo-palestinienne dont les métastases se répandent sur la planète.
Ibidem, p. 14
3
L'Europe devrait continuer à développer en son sein les comportements humanistes, la démocratie effective, le respect des droits de l'homme et de ceux de la femme, mais réagir contre les dégradations de plus en plus nuisibles produites à l'intérieur comme à l'extérieur de ses frontières par sa civilisation même. D'où le rôle que devrait se donner la France en prenant la tête d'un mouvement pour une «politique de civilisation» qu'elle commencerait par appliquer dans son propre cadre national.
Par ailleurs, tout en sachant que la grande métamorphose ne saurait advenir que par le développement d'un processus multiforme, nous pouvons d'ores et déjà proposer aux nations une gouvernance mondiale qui non seulement réformerait et refonderait l'Onu, mais créerait des instances planétaires de décision pour les problèmes vitaux que sont la prolifération des armes de destruction massive, la dégradation de la biosphère, le retour des famines et la permanence des sousalimentations, avec la nécessité d'une véritable régulation économique qui diminuerait les méfaits
de la spéculation financière mondiale dont celle qui s'exerce sur les cours des matières premières.
Notre course à l'abîme a déjà suscité en divers points de la planète des situations explosives qui expliquent et justifient la prolifération géographique du mouvement des Indignés. L'accroissement des inégalités, le cynisme insolent des corruptions, un chômage endémique, voilà quelque-uns des points communs au chœur des révoltés du printemps arabe, des indignés d'Espagne et de Grèce, des émeutiers de Londres et des grandes villes anglaises, des protestataires israéliens, des soulèvements indiens.
Ibidem, pp. 15-16
4
L'impulsion pour cette grande réforme surgira des profondeurs de notre pays quand il percevra qu'elle répond à ses besoins et aspirations. Car, sclérosé dans toutes ses structures bureaucratisées, ce pays est on ne peut plus vivant dans ses tréfonds. La démonstration en a été apportée par le succès remarquable de l'appel Indignez-vous !, accueilli non seulement en France, mais dans le reste du monde, comme une invitation à risquer la mise en question de pesanteurs inacceptables. Changement individuel et changement social sont
indissociables, chacun seul est insuffisant. La réforme de la politique, la réforme de la pensée, la réforme de la société, la réforme du mode de vie se conjugueront pour produire une métamorphose de la société. Les avenirs radieux sont morts, mais nous fraierons la voie à un futur possible.
Ibidem, pp. 56-57
5
La régénération
Nous ne voulons pas fonder un parti nouveau, ni nous rallier à un parti ancien, mais nous souhaitons que s'opère une régénérescence à partir des quatre sources qui alimentent la gauche : la source libertaire, qui se concentre sur la liberté des individus ; la source socialiste, qui se concentre sur
l'amélioration de la société ; la source communiste, qui se concentre sur la fraternité communautaire. Ajoutons-y la source écologique, qui nous restitue notre lien et notre interdépendance avec la nature et plus profondément notre Terre-mère, et qui reconnaît en notre Soleil la source de toutes les énergies vivantes.
Nous souhaitons que les partis politiques actuels, dont les ressourcements sont taris et se sont de surcroît fossilisés, acceptent de se décomposer pour une recomposition qui puiserait conjointement aux quatre sources.
Nous ne proposons pas de pacte aux partis existants. Nous souhaitons contribuer à la formation d'un puissant mouvement citoyen, d'une insurrection des consciences qui puisse engendrer une politique à la hauteur de ces exigences.
Ibidem, pp. 59-60
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